‹ Developpement progressif et but final de l'humanite Hoene WronskiChapitre 15 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

INFLtENCK DU BIT DOMINANT DANS LA QUATRIÈME PÉRIODE SUR LA RELIGION. — PRINCIPES PHILOSOPHIQUES UES DmaSES ÉGLISES CHRÉTIENNES. — DÉVELOPPEMENT DE L’INCRÉDULITÉ RELIGIEUSE. — DÉGÉNÉRATION DU CHRISTIANISME DANS TOUTES LES ÉGLISES. — PRINCIPES SUPÉRIEURS DE LA RÉVÉLATION. — DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE DE LA THÉOLOGIE. — AFFAIBLISSEMENT GÉNÉRAL DE l’autorité de LA CROYANCE.

Il faut nous rappeler l’origine de la tendance vers la certitude, coiisistaut dans la nécessité d’une garantie pour la recherche de la vérité, dont la suprématie se fit sentir vers la fin de la troisième période. 11 faut nous rappeler également que la seule certitude qu’on put atteindre d’abord, fut celle des faits ou des objets dont la réalité se trouve liée à notre existence actuelle. Alors, considérant l’essence du christianisme fondée sur la divinité de Jésus, et par conséquent sur une réalité qui est supérieure à notre existence terrestre, ou

qui se trouve hors de la sphère de l’expérience , on comprendra facilement la décadence de cette sublime religion, et l’on pourra même -prévoir les degrés par lesquels elle doit s’affaiblir insensiblement, pour faire place à 1 'incrédulité, qui de\iendra le caractère religieux distinctif de cette dernière période.

Les abus de cette sainte religion, commis par ceux qui sont investis de l’autorité ecclésiastique, durent naturellement être aperçus les premiers ; et, suivant l’impulsion dominante vers la certitude ou la vérité, on dut commencer par rechercher les fondements sur lesquels cette autorité voulait établir de pareils abus manifestes de la religion. Cette première recherche de la vérité dans le Christianisme, n’admettant que l’autorité divine de .la révélation nu de l’Écriture-Sainte, dut donc rejeter toute autorité humaine en matière de foi, et instituer à sa place la raison pour l’interprétation de la parole de Dieu. Ainsi, une nouvelle religion, fondée sur l’union possible de la raison avec la révélation, c’est-à-dire, en tant que la raison ne doit qu'interpréter la révélation, fut le premier développement religieux de la tendance dominante vers la certitude ; et cette nouvelle religion , ouvrant évidemment le champ à l’incrédulité, dut amener la décadence graduelle du

christianisme. Mais, cette association de la -raison à la révélation, en abandonnant entièrement aux lumières de la première l’interprétation ou l’intelligence de la dernière, dut aussi donner lieu à une séparation de plusieurs Églises ou de plusieurs opinions différentes dans cette nouvelle religion, provenant de la diversité de l’aspect sous lequel la raison humaine peut envisager la révélation; diversité qui, plus que toute autre chose, aura servi à rendre manifeste l’impossibilité de concilier la raison avec la révélation, et à préparer ainsi l’examen du Christianisme. Voici ces différents aspects possibles de la révélation et par conséquent les principes des opinions différentes qui ont dû partager la nouvelle religion dont il s’agit.

D’abord, sous le nom de raison, nous entendons ici la cognition générale de l’homme, composée des facultés de l’Entendement, du Jugement, et de la Raison strictement dite. Ainsi, suivant que l’une de ces trois facultés cognitives prédominait dans J’interprétation de la révélation, le sens de cette interprétation devait être différent ; ce qui nous présente déjii la possibilité de trois opinions diverses dans la nouvelle religion. Et effectivement, l’application prédominante de l’Entendement à l’interprétation ou à l’intelligence de la révélation, est le dogme principal des Mennonites, Baptistes ou Anabaptistes, qui prennent les paroles mêmes de la Bible, sans y ajouter aucun commentaire ; ensuite, l’application prédominante du Jugement à la

même intelligence, est le dogme fondamental des Protestants, qui admettent la plus grande libéralité dans l’interprétation de la Bible ; enfin , l’application prédominante de la Raison' strictement dite , est le dogme principal des Sociniens , qui rejettent l’interprétation mystique de la Bible, ou le sens merveilleux des livres sacrés. Les Mennonites ou Anabaptistes se développèrent en même temps, ou même avant les Protestants ; et les Sociniens ne commencèrent qu’avec Lelio, ou même avec Fausto Sozzini, vers la fin du siècle de la réformation. Quant aux Protestants, -qui, suivant ce que nous venons de reconnaître, se servent du Jugement ou de la faculté cognitive moyenne pour l’interprétation de l’Écriture-Sainte, ils forment naturellement, à cause de cette faculté centrale, la branche principale de la nouvelle religion. Aussi, dans cette concentration des nouvelles opinions religieuses chez les Protestants, dut s’établir une scission provenant de la préférence accordée à la certitude absolue ou à la certitude relative dans l’emploi du Jugement pour l’interprétation de la Bible; et effectivement, dans cette interprétation, les Évangéliques ou Luthériens penchent vers la certitude absolue, et les Réformés ou Zwingliens vers la certitude relative. Telle est, m abstracto, la véritable différence entre les deux Églises protestantes ; différence que nous ^vons déjii reconnue, plus haut in concreto, en appréciant leurs intérêts politiques respectifs.

Mais, dans cette application de la raison ou de la rognition générale de l’homme à l’intelligence de la révélation, formant le caractère de la nouvelle religion dont il s’agit, nous n’avons encore reconnu que les aspects placés du côté subjectif, c’est-à-dire, du côté de la nature distincte des facultés cognitives employées pour l’interprétation dos livres sacrés. Il nous reste donc à reconnaître les aspects placés du côté objectif, c’est-à-dire du côté du sens même de la révélation, obtenu par cette interprétation cognitive. Et, à cet égard, il est clair qu’on ne saurait distinguer que la préférence accordée à la réalité absolue ou à la réalité relative dans le sens de l’interprétation de la Bible. Le premier aspect, celui qui incline vers la réalité absolue dans le sens de cette interprétation, est le point de vue de l’Église anglicane; le second aspect, celui qui incline vers la réalité relative dans le sens de la Bible, est le point de vue de la secte des Quakers ou Trembleurs. L’Eglise anglicane, dont le dogme, analogue à celui des Luthériens, respire manifestement quelque réalité absolue, fut fondée occasionnellement vers l’origine de la réformation, comme nous l’avons vu plus plus haut ; mais, la secte des Quakers, qui rattache à la réalité relative de notre existence actuelle l’inspiration même de l’Écriture-Sainte, ne fut établie que durant les troubles des puritains ou des stricts réformés qui avaient introduit en Écosse et en Angleterre les principes terrestres des Zwingliens ou Calvinistes.

Telles sont les branches fondamentales et essentiellement distinctes qui forment la nouvelle religion , développée par l’application de la raison à la révélation, dont la dernière constituait seule l’ancienne religion chrétienne. Mais cette réformation du christianisme ne s’est opérée que dans l’Église d’Occident, parce que l’autorité excessive du Pape avait précisément amené les abus, tels que la taxe de Chancellerie, et surtout le trafic des absolutions, que l’on reconnaîtra avoir dû être aperçus les premiers. Toutefois, cet esprit de réformation, résultant de la tendance dominante de cette quatrième période historique, s’est aussi étendue sur l’Église d’Orient, qui, par son indépendance de l’autorité abusive du Pape, et surtout par la pureté plus grande de son dogme, était assez proche de la nouvelle religion dont nous parlons. Ainsi, déjà dans le siècle de la réformation, s’établit une espèce d’union, ou du moins une relation entre les protestants et les patriarches de Constantinople, Josaphat, Jérémie, et l’infortuné Cyrille Lukaris, dont le premier, qui avait envoyé un prêtre, Démétrius, à Wittemberg, reçut de Melanchton une traduction grécque dè la Confession d’Augsbourg, et dont le dernier, qui publia en 1629 une confession de foi conforme aux dogmes des protestants, et spécialement de l’Église anglicane, fut étranglé par l’intluence des Jésuites, pour arrêter ce développpement de la nouvelle religion. Mais, la scission des Rozkolniki et des Staroverci, opérée dans

l’Église russe, sous le patriarche Nikon, et fondée principalement sur l’intelligence de la Bible, qui était déjà en question depuis la condamnation de Maximus, \ers l’origine de la réformation, donne peut-être une preuve directe de l’extension spontanée de l’esprit de la réformation, consistant dans l’autorité de la raison pour l’interprétation des livres sacrés.

(’onnaissant ainsi la vraie origine des diverses branches fondamentales qui composent la nouvelle religion, nous allons, en passant, jeter un coup d’œil rapide sur leurs relations entre elles et avec l’ancienne religion chrétienne, àvant de poursuivre la décadence du christianisme, amenée par le développement de ces nouvelles opinions religieuses.

D’abord, dans l’Église romaine, dans laquelle s’était opérée la, réformation , on dut, pour la première fois, chercher à fixer les principes infaillibles de l’autorité papale, contre laquelle on s’était soulevé, et arrêter le sens authentique de la Bible, sur l’intelligence de laquelle se trouvaient principalement fondées ces premières modifications du christianisme. Et effective-* ment, le fameux Concile de Trente, tenu en conséquence de la réformation, et prolongé (de 1542 à 1 563) dui*ant son établissement politique , statua définitivement sur ces deux points fondamentaux, sur lesquels portaient les innovations religieuses. La considération de la tradition dans l’Église , et l’explication de la Bible suivant les décisions de ses Pères, de l’autorité

de l’Église et de son chef, du pape, furent établies comme règles de l’interprétation des livres sacrés ; et, en conséquence, la traduction latine de la Bible, nommée Vulgate, fut déclarée authentique, et équivalente au texte original. Alors, le catéchisme Romain ou de Trente, reçut une considération symboliqüe dans cette Église; et il fut suivi bientôt par la rédaction du bréviaire, du missel et du martyrologe, ainsi que delà Vulgate de Sixte V, et de celle de Clément VIII. Quant à l’autorité du chef de l’Église romaine, du Pape , les oppositions des évêques de France et d’Espagne au Concile de Trente, furent vaines; et l’autorité papale n’en fut que mieux établie contre les dangers futurs d’attaques quelconques. Toutefois, les conclusions de ce Concile apportèrent quelque réforme aux abus concernant les absolutions, les jeûnes et les couvents; en renchérissant d’ailleurs sur les défenses concernant le mariage des prêtres, et l’usage des langues vulgaires pour le service divin. Ces Canons du Concile de Trente, résultant évidemment de l’opposition de l’ancienne croyance religieuse contre la tendance nouvelle vers la certitude, furent adoptés généralement dans les pays catholiques, sauf quelques exceptions motivées par les intérêts politiques; ainsi, ils furent adoptés purement et simplement en Pologne et dans les Pays- Bas ; de même en Allemagne et en Hongrie, quoique sans déclaration expresse de Ferdinand ; en Espagne, ils furent reçus avec la réserve des droits roy aux (salvà

regum juribus)-, et en France, tout ce qui concerne le flojîme fut reconnu tacitement, mais ce qui concerne le pouvoir du Saint-Siège ne fut point admis. — Telle fut donc, par suite de la réformation, ou par la réaction de là tendance dominante vers la certitude, la fixation définitive de l’Église romaine.

L’opposition de la France à l’autorité du Pape, que nous venons de signaler, engendra l’insolite phénomène moral de VEglixe gallicane, qui, par une contradiction manifeste, prétend soumettre au Saint-Siège les attributions spirituelles, et se constituer indépendante en se réservant les attributions temporelles et locales de l’Église, qui ne sont cependant qu’une réalisation des premières sous les conditions du temps et de l’espace. Cette prétention a été tout simplement un résultat du caractère public de la France, tel que nous l’avons déjà reconnu plus haut ; et nommément, la renonciation originaire a\ix attributions spirituelles de l’Église, lesquelles étaient précisément l’objet principal de la réformation, ou de la tendance vers la certitude, a été une suite naturelle de l’indifférence pour la vérité ; et l’appropriation des attributions temporelles et locales a été une suite pareille de la tendance vers la domination, laquelle, comme nous l’avons fait observer, était le résultat politique de cette indifférence pour la vérité. Il est vrai que l’expression de libertés de l’église gallicane fut déjà employée par saint Louis (en 1 229) ; mais le caractère propre de cette église.

tel que nous venons de le fixer, ne commença à se développer qu’avec la réformation, du moins après les Conciles de Constance et de Bàle, qui, dérogeant à l’autorité absolue du Pape, préludèrent déjà à la réfoiv mation. On conçoit que la contradiction qui se trouve impliquée dans ce caractère fondamental de l’Église gallicane, dut donner lieu à de vives discussions, qui. ne pouvaient évidemment être terminées, ou du moins aplanies, qu’en écartant cette contradiction originaire, c’est-à-dire, en portant atteinte à la plénitude des attributions spirituelles dans leur soumission au Saint- Siège. Et effectivement, depuis que la doctrine sur la grâce divine s’était aussi introduite en France, pàr l’ouvrage du. fameux évêque d’Ypres, Jansénius, elle y prit tout à coup un caractère dangereux ; et elle aurait inévitablement amené une scission formelle avec l’Église de Rome, si l’indifférence dominante pour la vérité, comme le prouve manifestement la protection accordée alternativement aux Jansénites et aux Jésuites, n’avait préféré prendre une voie moyenne, en donnant une nouvelle constitution à l’Église gallicane moyennant les fameuses quatre propositions du clergé de Fiance, conlirmées par l’édit de Louis XIV, dont la dernière (la 4®), en abrogeant ouvertement l’infaillibilité du Pape, porte nécessairement une atteinte à la plénitudes des attributions spirituelles soumises au Saint-Siège.

Celte scission dont s’était vu menacée l’Église de

Rome par les discussions dont nous venons de parler, et qui ne fut évitée en France que par l’indifférence pour la vérité, fut consommée formellement en Hollande, par l’É^dise d’Utreclit, où la même indifférence n’était nullement le caractère dominant. — Bientôt après la réformation, il s’éleva des différends parmi les catholiques des Pays-Bas, entre les Jésuites et les Universités de Louvain et de Douai, sur 1a doctrine de la grâce divine de saint .\ugustin, développée par Bajus dont les écrits ou du moins leui's propositions fondamentales furent condamnées par le Pape. Le clergé de la Hollande, vivant au milieu des Protestants, et 'participant à l’esprit dominant de la certitude, inclina insensiblement vers cette doctrine, qui, depuis les écrits du Jésuite Molina (De concordiœ gratiœ et liberi arbitrii), et surtout de l’évêque Jansénius (Augustinus) , prit le caractère d’une véritable opposition à la cour de Rome. Enfin, la déposition de l’archevêque Codde, •accusé de Jansénisme, et son remplacement par Van Cock, protégé par les Jésuites, amena la scission formelle de l’Église d’Utrecht, soutenue par le gouvernement protestant de la Hollande ; scission qui, renforcée par les transfuges français (Arnaud, Nicole, Quesnel, etc.), fut consolidée à l’occasion de la fameuse bulle Unigenitus Dei filius, contre laquelle, parmi les partisans de la doctrine l’éprouvée, s’éleva le cri général d’appellation â un Concile.

Cette opposition au Saint-Siège, opérée par l’Église

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gallicane et l’Église d’Utrecht, fut le seul écart public dans l’ancienne Église romaine, produit par l’influence de la réforniation, ou de la tendance dominante vers la certitude, surtout dans l’Église d’Utrecht, comme nous venons de le voir. La doctrine de saint Augustin n’a été que l’occasion de cette scission; et, sans l’influence de l’esprit dominant, les disputes occasionnées par cette doctrine, n’auraient certainement pas eu d’autres suites que n’en ont eu, par exemple, les disputes concernant l’immacmlée Conception de Marie,

, soutenues en Espagne où le même esprit n’avait pas pénétré (1). — Mais, venons aux relations des différentes branches de la nouvelle religion.

Les Protestants, qui, suivant leur déduction donnée plus haut, forment la branche centrale de la nouvelle religion, en la considérant sous le point de vue subjectif de l’interprétation des livres sacrés, durent naturellement se borner à rejeter du christianisme tout ce qui était d’institution , humaine, et à ne conserver que ce qui est contenu dans le sens même de la Bible. Ainsi, pour ce qui regarde le dogme, dans leur relation avec les deux anciennes Églises, d’Occident et

(t) Ces dernières disputes n’ont amené que l’établissement (en 1714) de la fêle de l’immaculée Conception.

d’Orient, les Protestants diffèrent essentiellement en ce qu’ils rejettent la transsubstantiation, introduite par l’Église d’Occidenl, et qu’ils admettent la procession du Saint-Esprit du Fils, rejetée par l’Église d’Orient. Tout le Protestantisme, considéré dans ses innovations religieuses, se rattache à ces deux dogmes fondamentaux, surtout à celui de la transsubstantiation, sur lequel les deux anciennes Églises ont fini par se rapprocher. Et, c’est aussi sui' le sens absolu ou le sens relatif, attaché à la présence réelle dans la sainte Cène, dépendante du dogme de .la transsubstantiation, que ditlèrent principalement les deux Églises protestantes, les évangéliques et les réformés, qui, suivant leur déduction particulière, inclinent respectivement vers l’absolu et vers le relatif dans l’interprétation des livres sacrés. Depuis l’écrit de Zwiugle sur la sainte Cène, la dispute commenga entre ces deux Églises, surtout par l’âcreté et la rudesse de Luther; mais elle fut ranimée ensuite par l’introduction d’un élément tout à fait hétérogène, c’est-à-dire, par l’opinion excentrique de Calvin sur la prédestination, qui devint un nouvel et étrange dogme de l’Église réfonnée. Après les discussions crypto-calvinistiques, la scission formelle fut opérée entre les deux Églises protestantes par la Formule de Concorde qui condamne la doctrine des réformés sur la sainte Cène ; et cette scission fut encore consolidée par les conclusions du Synode de Dortreclit, qui consacra la doctrine sur la prédestina-

tion. Ainsi, considérée dans le fait même, la différence des deux Églises protestantes porte sur la distinction .propre du sens absolu et du sens relatif de la présence réelle dans le sacrement de l’Eucharistie, et sur l’élément hétérogène de la doctrine de la prédestination.

Les livres symboliques de l’Église évangélique ou luthérienne, soiitdonc généralement la Con fession d’Augsbourg et son Apologie, le Catéchisme de Luther, les Articles de Schmalkalden, et enfin la Formule de Concorde. Mais, le vague qui se trouve dans le sens purement relatif de la présence réelle dans la sainte Cène, et surtout l’hétérogénéité de la doctrine sur la prédestination, n’admettent pas la même uniformité d’opinion dans l’Église réformée ou calviniste : on y suit, comme livres symboliques, en Suisse la Confession helvétique, en Allemagne le Catéchisme d’Heidelberg, dans les Pays-Bas le même catéchisme et la Confession de Belgique, en Hollande les conclusions du Synode de Dortrecht, en France ces mêmes Conclusions et la Confession de Genève, enfin, en Prusse la Confession de Thorn. Ce manque fondamental d’uniformité dans les opinions religieuses des réformés, dut aussi donner naissance parmi eux à de nouvelles scissions : ainsi, en Hollande, s’établit, parmi ces religionnaires, la secte des Arminiens ou Remontrants, qui rejette la doctrine sur la prédestination, et qui fut condamnée au Synode de Dortrecht; et en Angleterre, suivant les errements politiques, ces mêmes religionnaires, qui, dans leur

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rigidité, formaient d’abord les Puritains opposés aux Épiscopaux, se sont partagés depuis en Presbytériens qui ont une hiérarchie aristocratique, et en CongrégaT tioualistes ou Indépendants qui ont la hiérarchie républicaine des vrais Calvinistes.

Deux aberrations nécessaires du protestantisme furent les Anabaptistes ou Mennonites et les Socinicns, comme cela résulte clairement de la déduction que nous avons donnée plus haut des trois branches nécessaires de lanouvelle religion, eu la considérant du côté subjectif de l’interprétation de l’Écriture-Sainte ; c’està-dire , du côté des facultés cognitives elles-mêmes requises ou employées pour cette interprétation.

Les Anabaptistes ou Baptistes ne s’élèvent pas audessus du simple Kntendenient dans l’explication de la Bible, qu’ils croient par là même pouvoir abandonner à l’intelligence de chacun individuellement; et, suivant ainsi le sens littéral des livres sacrés, ils ont dû originairement donner dans de grands travers reli- -gieux, comme l’a été effectivement, entre autres, leur prétention d’établir la nouvelle Sion. Depuis Menno- Simons, ces religionnaires, qui, tenant toujours au sens strict ou littéral de la Bible, rejettent le baptême des enfants, ont adopté un système plus conforme à l’esprit religieux dominant : plusieurs confessions modérées, à l’exemple de celle de Jak üutermann, de Harlem, les ont ensuite conciliés avec les gouvernements politiques. Mais, quant au fond, cette secte reli-

gieiise, malgré ses autres modifications, reste toujours au-dessous du protestantisme; parce qu’elle n’est pas dirigée par le jugement, cette faculté supérieure, qui est le partage des seuls Protestants.

Les Sociniens, au contraire, formant la seconde aberration nécessaire du protestantisme, s’élèvent audessus de lui par l’usage exclusif de la Raison ellemême (scrictement dite), dans l’interprétation des livres sacrés. Suivant cet essor supérieur, mais transcendant, ces autres religionnaires ne peuvent reconnaître la divinité de Jésus -Christ : ils doivent se borner à considérer ce Fils de Dieu comme la créature la plus éminente, produite miraculeusement par une force émanée de Dieu, formant le Saint-Esprit. Ainsi, à l’instar des anciens Ariens, les Sociniens devaient nécessairement devenir des Unitaires ou Anti-trinitaires; et c’est là effectivement le dogme fondamental de cette aberration supérieure du protestantisme, manifesté dans leur livre symbolique, le fameux catéchisme de Rakovie. Il faut observer que, par suite de cet élan trop hardi, les Sociniens durent, dans leur origine, être abhorrés également des Catholiques et des Protestants; aussi, chassés de l’Athènes sarraate, et de toute la Pologne , où ils s’étaient établis , ils ne purent trouver d’asile, et ils ne furent tolérés publiquement en Transylvanie (|u’en souscrivant formellement à l’adoration du Fils de Dieu. Mais il faut aussi observer que, vu la faculté supérieure, la raison stric-

tement dite, dont ses religionnaires se servent pour l’interprétation de la Bible, faculté qui est le dernier terme de toute notre cognition, les deux autres branches de la nouvelle religion , les Meimonites et les Protestants, doivent aboutir nécessairement à la considération religieuse des Sociniens; et effectivement, comme nous le verrons dans la suite, leurs opinions se sont développées insensiblement dans les deux autres branches que nous venons de nommer.

Passons au point de vue objectif de la nouvelle religion, et nommément à l'Église anglicane, et à la secte des Quakers, qui, selon leur déduction donnée plus haut, ne s’attachent qu’au but dans l’interprétation des livres sacrés, c’est-à-dire, à la fixation du sens de la Bible, sans distinguer les moyens ou les facultés cognitives qui sont reqnises pour cette interprétation. — D’abord, en général, ce manque de distinction dans les facultés interprétatives de la Bible, qui caractérise les deux branches objectives de la nouvelle religion desquelles il s’agit actuellement, a dû leur laisser le caractère de statuts de révélation, qui est le caractère propre de l’ancienne religion chrétienne, en y conciliant toutefois le Protestantisme, qui, par l’admission expresse de la distinction des facultés interprétatives, pouvait seul développer le vrai sens des livres sacrés suivant la nouvelle tendance dominante vers la certitude. Ensuite, en particulier, l’Église anglicane, qui inclinait vers la réalité absolue, supé-

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Heure à celle de notre existence actuelle, dut partir du catholicisme, considéré comme statut de cette réalité absolue, et se développer par une simple transformation du catholicisme en protestantisme ; et, au contraire, la secte des Quakers, qui inclinait vers la réalité relative, impliquée dans notre existence actuelle, dut partir de l’iiispiration même de la Bible, considérée comme statut supérieur de cette réalité relative, et se développer également par l’influence du protestantisme. Et, en effet, pour ce qui regarde l’Église anglicane, son institution n’est notoirement qu’une transformation du catholicisme en protestantisme. L’abrogation du Pape, à l’instigation de l’archevêque Cranmer, ami du protestantisme, et la scission avec l’Église romaine par la 1m pour les six articles, furent les premiers pas de cette transformation.

De nouveaux progrès très-rapides furent faits après la mort de Henri VIII, sous la minorité de son fils Édouard VI ; et le catéchisme deCranmei-, à l’exception du sacrement de confession, et de l’institution divine du clergé, qui s’y trouvaient encore, offrait déjà la presque totalité des principes des Protestants, et spécialement des évangéliques ou luthériens. La confession de foi en quarante-deux articles, rédigée en 1551, acheva cet ouvrage, et présenta une transformation complète du catholicisme en protestantisme. Mais, ces innovationstrop rapides devancèrent l’accroissement de l’intérêt ou de la nouvelle tendance du clergé ; de

sorte que, sans presque aucune résistance de sa part, la reine Marie, suivant ses inspirations personnelles, put rétablir le catholicisme et le faire sévir, par l’organe des évéques Gardiner et Bonner, contre le petit nombre des innovateurs trop zélés, comme Granmer et Ridley, qui avaient dépassé le terme ou le but des véritables opinions anglicanes, telles que nous les avons fixées plus haut. Enfin, la reine Élisabeth, prenant un juste milieu entre ces oscillations religieuses, suivit la vraie tendance anglicane, et établit en conséquence la Haute-Eglise, qui fut consolidé par le fameux Acte de Conformité, ou les trente-neuf Articles, constituant le livre symbolique de l’Église anglicane. Et, de cette manière, cette Haute-Église anglicane, ne fut, en résumé, que du protestantisme enté sur le catholicisme.

Quant à la secte des Quakers, il est notoire également ([ue, fondés sur la présence de la parole de Dieu en tout homme, ils ont profité des dogmes des puritains ou des réformés, qu’eux-mêmes n’auraient guère su découvrir, en les outrant pour les adapter H leur penchant plus prononcé vers la réalité relative. Ainsi, même les deux derniers sacrements, le baptême et la sainte Cène, furent dénaturés; et tout ce qui tient d’une manière quelconque à des considérations absolues ou supérieures à notre existence actuelle fut aboli. Cette secte, qui fut fondée par le cordonnier Fox, et qui ne reçut une constitution régulière

que sous le fameux Guillaume Penn, rédigée par Fisher et Barklai, n’est donc autre chose qu’une dégénération grossière du protestantisme.

Nous avons ainsi les vrais bases sur lesquelles reposent les diverses églises de la nouvelle religion, et, par contre-coup, celles de l’Église romaine ou d’Occident de l’ancienne religion, dans laquelle s’est opérée cette réformation. — Pour ce qui regarde l’Église grecque ou d’Orient, nous nous bornerons ù remarquer que, lidèle à son antique scission, fondée principalement sur les deux dogmes du Vicariat de Jésus-Christ et de la procession du Saint-Esprit, elle s’est rapprochée presqu’en tout des nouveaux dogmes de l’Église latine, et spécialement de celui sur la transsubstantiation, en fixant, dans l’assemblée de Constantinople en 1641, le mol (ilToy(rtw(Ttç à la place de (irrago^ii et de (xrrauTotxeieifTiç. En conséquence, le Catéchisme du métropolitain de Kiow, Mogilas, rédige déjà dans ce sens en 1630 (1), fut approuvé par tous les patriarches, et acquit la considération de livre symbolique de l’Église d’Orient.

Ayant ainsi reconnu et apprécié les principes des diverses Églises dans lesquelles se trouvait partagé le

(1) Pi^tri .Mogilas Confessiœ orthodoxa ecclesioe orientalis.

Christianisme dans cette quatrième période historique, nous allons suivre sa décadence avec le développement général de l’incrédulité religieuse, résultant de la certitude relative ou temporelle, qui forme le caractère de cette quatrième période.

D’abord, la séparation de ces diverses Églises, et surtout de l’ancienne religion d’avec la nouvelle, dérivait de principes tellement hétérogènes ((ue, par le secours des vérités purement relatives auquelles l’humanité se trouve réduite, il n’existait aucune possibilité de conciliation ; de sorte que, dans la question la plus importante, celle qui concerne de plus près le but de notre existence, l’humanité se trouvait condamnée à déclarer, par cette inconciliable séparation, l’impuissance de décider ou de statuer quelque chose de généralement réel sur nos plus hautes espérances, il est vrai que les branches respectives de l’ancienne et de la nouvelle religion, quoique très-hétérogènes d’après les principes que nous leur avons reconnus, duient, après de longues et vives oppositions, se rapprocher à la fin, ayant respectivement Iç même terme général, savoir, la réalité absolue, dans les branches de l’ancienne religion, et la réalité relative dans celles de la nouvelle. Mais, entre ces deux dernières, c’est-àdire, entre la croyance attachée aux vérités absolues et la certitude attachée aux vérités purement relatives, il existe évidemment un abîme qui ne devait admettre aucune conciliation pour l’ancienne et la nouvelle

religion. — Et effectivement, les diverses branches respectives de ces deux religions se sont dt^jcà plus ou moins rapprochées entre elles; mais, entre l’ancienne et la nouvelle religion elles-mêmes, toutes les tentatives de conciliation ou d’union ont échoué complètement.

Dans les deux branches de l’ancienne religion, nous avons déjà remarqué que l’on s’est rapproché dans presque tous les dogmes nouveaux, et que l’on n’est resté en différend que sur les points principaux de l’ancienne scission. Même à ce dernier égard, on serait parvenu à s’entendre, comme l’ont fait déjà les religionnaires nommés Grecs-Unis, qui, reconnaissant le Pape et la proce.ssion du Saint-Esprit du Fils, ont, pour ainsi dire, rétabli l’union entre les deux anciennès Églises chrétiennes. Dans les diverses branches de la nouvelle religion, celles qui étaient le moins opposées ont fini par se rapprocher, et celles qui l’étaient le plus, ont abouti au même-terme général de. la tendance dominante vers la réalité relative. Ainsi, les deux Églises protestantes, l’H^vangélique et la réformée, qui, après le Synode de Dortrecht s’étaient voué une haine mal fondée, ont fini, par suite de propositions réitérées de conciliation ou d’union (1), par s’entendre et par se rapprocher complètement, en renonçant respective-

(1) I.a proposition de Duraens (1632), le colloque de Cassel (1Ü60), rassemblée de Berlin (1703), la médiation de la diète (1719), les propositions de Hardweldt (1743), de Von Loen (17o0), etc., etc.

ment à leurs prétentions trop étrangères <à la tendance dominante, c’est-à-dire, l’Église évangélique au sens trop absolu de la présence réelle dans l’Eucharistie, et l’Église réformée au sens trop excentrique de la prédestination. Entre les deux branches extrêmes, les Mennonites ou Baptistes et les Sociniens, la conciliation n’était évidemment possible que par la soumission de l’Entendement, qui est l’organe de la première secte, aux loisde la Raison, quiest celui de la dernière; et, quoique cette soumission fût contraire à la forme de la première secte, elle ne pouvait répugner au fond de ses opinions religieuses; et ce fut ainsi que les Mennonites ont abouti à confondre leurs opinions avec celles des Sociniens. Ce fut précisément par la même voie, en soumettant le Jugement à une plus grande influence de la Raison, que les protestants, les évangéliques et les réformés ont aussi abouti à confondre leurs opinions religieuses avec celles des Sociniens. Quant aux branches objectives de la nouvelle religion, c’est-à-dire l’Église anglicane et la secte des Quakei-s, leur caractère distinctif de statuts de révélation, comme nous l’avons déduit plus haut, empêche nécessairement et essentiellement toute modification, et par conséquent une conciliation ou union entre ces deux branches ; il faudrait une révolution qui détruisît l’une ou l’autre, ou toutes les deux de ces branches religieuses pour opérer un rapprochement, mais cette destruction ne serait pas une conciliation.

Ce même caractère de statuts ou cette fixité des deux branches objectives dont il s’agit empêche une conciliation avec les branches subjectives, et spécialement avec le protestantisme, lesquelles, au contraire, ont pour caractère la susceptibilité d’un développement ou d’une modification conforme aux piogrès de la tendance dominante vers la certitude; et c’est pour cela que les négociations de Leibnitz pour runion de l’Église anglicane avec le protestantisme, (pii alors s’était déjà grandement développé , n’ont pu avoir aucun suc-cès. Toutefois, quant au fond des opinions religieuses, les deux branches objectives, .l’Église anglicane et la secte des Quakers, ont abouti à se confondre entre elles et avec les branches subjectives de la nouvelle religion, dans une espèce de naturalisme irréligieux ou de simple déisme, produits, l’un et l’autre, par l’esprit dominant de la certitude purement relative. Mais, entre l’ancienne religion, et spécialement entre l’Église romaine et la nouvelle religion en général, aucun rapprochement, ni par rapport à la forme, ni même par rapport au fond, n’a pu avoir lieu, malgré les efforts de Rojas, de Spinola, de Bossuet, de Leibnitz, etc., malgré la disposition favorable de la Cour romaine dans le dernier siècle, et malgré les persécutions continues des nouveaux religionuaires dans les pays catholiques (t). Nous disons spécialement entre

(t) Il faut ici rappeler entre autres, le Collegium de PTierfandis hferetici, établi à Turin, et désirant agir systématiquement.

l’Église romaine, parce que, comme nous l’avons déjà fait observer plus haut, l’Église grecque ou d'Orient, placée entre la nouvelle religion et l’Église romaine, qui constitue proprement la véritable ancienne religion chrétienne, peut s’allier avec la nouvelle religion par l’indépendance où elle se trouve de l’autorité absolue du Pape. Et effectivement, cette disposition, préparée par une espèce de finalité du monde, a été utilisée par Pierre le Grand, qui, penchant vers le protestantisme, abolit le patriarcat de Russie, établi vers la fin du XVI® siècle, et institua le Saint Synode, pour rapprocher l’Église grecque du protestantisme, et pour pouvoir ainsi réunir les avantages de la civilisation moderne à la force de l’antique religion ; réunion qui, suivant ce que nons avons vu plus haut, pourra devenir la sauvegarde de l’humanité.

Toutefois, quoique également propre à s’unir à l’Église romaine, en reconnaissant le vicariat de Jésus- Christ, et à la nouvelle religion, en persévérant à le méconnaître, et en adoptant la Raison pour autorité des livres sacrés, l’Église grecque ne saurait évidemment servir de chaînon pour unir entre elles l’Église romaine ou la véritable ancienne religion avec le protestantisme, ou généralement avec la nouvelle religion, parce qu’elle ne peut se rapprocher de ces extrêmes opposés qu’en prenant alternativement, et non à lafois, des directions tout à fait contraires. Pour réunir l’ancienne religion avec la nouvelle, il faudrait ou renon-

cer à la croyance des vi^'iâtés absolues servant de base à toute notre existence, ou bien renoncer <à la certitude des vérités relatives, impliquée dans noli-e existence actuelle; et c’est l’impossibilité de cette alternative qui forme la barrièie que l’on ne saurait francbir dans l’état présent de nos lumières.

Mais cette inconciliable séparation, introduite dans la cbrétienté, n’est pas encore le plus grand mal qui, dans cette dernière période histoiâque, ait été apporté à la religion et la moralité publique. Le coup le plus funeste fut l’extinction graduelle de la religion ellemême. Pour le reconnaître, rappelons ici les idées que les hommes ont pu avoir de Dieu, sans le secours de la religion, et qu’ils ont dû cbercber à lui substituer dans cette période de la domination de la réalité relative, contraire à la manifestation absolue de Dieu dans la religion.

Deux lois fondamentales de l’entendement humain, portant spécialement sur la spontanéité dans runivers, sont : la uelation pour l’être, et 1a modalité pour le savoir. Soumises aux condition du temps, pour être réalisées dans le monde dans lequel nous vivons, ct‘S deux lois reçoivent respectivement les déterminations ultérieures suivantes: la première devient loi de la

causalitt^, oii de la relation de l’elTef à la cause, c’est-àdirela ri^ali((''de la succession de deux temps différents ; et la seconde devient la loi de la possibilité, ou de la modalité de l’objet de la conception, c’est-à-dire la réalité de l’existence même du temps. Or, jolj^nant à ces deux lois du monde temporel, celle de la Raison, qui est la loi de l’absolu, l’iiomme se trouve conduit, dans la sphère de la réalité relative ou temporelle de son existence actuelle, à la considération de l’absolue causalité et de l’absolue possibilité ; et il se forme ainsi les idées d’une cause suprême et d’une possibilité suprême.

Ce sont ces idées qui, appliquées à l’actualité de l’univers et surtout de ses relations morales, constituent, l’une ou l’autre, ou toutes les deux réunies, l’idée sublime, mais purement mondaine de. Dieu. Nous disons purement mondaine, j)arce que, suivant leur déduction que nous venons de donner, ces idées n’ont évidemment aucune valeur ou sif,mitication au delà des conditions du temps, et par conséquent au delà du monde temporel dans lequel nous vivons, lit précisément à cause de cette influence des conditions du temps, ces idées de Dieu impliquent une espèce d’antinomie, provenant de ce que le temps, considéré en lui-même, n’est point absolu. — Or, l’admission de ces idées temporelles ou naturelles de Dieu, constitue ce que l’on nomme T/imme et Dh'sme ; et la nonadmission de ces idées, fondées sur l’antinomie que nous venons d’allé^ruer, consfitne VAt/iHmie. Et c’est

là évulomnient tout ce que, par la spcciilation inlellecluelle, les hommes ont pu concevoir sur Dieu, dans l’état borné de lumières([u’ils ont pu atteindre jusqu’à ce jour.

On peut même fixer à priori, vu l’orijiine de ces idées sur Dieu, leur développement successif dans les quatre périodes historiques : en elfet, dans la première période, où l’on ne connaissait encore que la spéculation in concreto, ces idées ne purent être éveillées; dans la seconde période, où l’on aborda déjà les abstractions, ces idées durent nécessairement s’établir; mais, comme le reste de la spéculation, elles ne furent encore (pi’un jeu intellectuel; dans la troisième période, elles durent faire place, du moins en général, aux idées religieuses de Dieu qui se développèrent alors, et qui, comme nous allons le voir, sont d’une tout autre nature; mais, dans la quatrième période entin, dans laquelle dominait la réalité relative, on la certitude attachée à notre existence actuelle, ces idées temporelles sur Dieu, le Déisme et le Théisme, durent recevoir leur entier développement, et remplacer les idées religieuses de Dieu et, avec elles, la religion ellemèrne.

Ces idées religieuses de Dieu, celles que nous donne la religion, sont, disons-nous, d’une tout autre nature; et cela parce qu’elles font abstraction de toutes conditions du temps : par une inspiration supérieure, par la révélation, ces idées sublimes nous font anti-

ciper la réalité absolue inênie de l’uriivcrs, et non simplement les derniers chaînons mécaniques de la réalité relative dans le monde présent, passager et périssable. C’est là l’éminente ou plutôt infinie supériorité du Dieu de la religion, et nommément du Dieu du christianisme où elle s’est développée dans toute sa perfection. Et précisé-ment à cause de cette supériorité infinie où se trouve placée la réalité absolue anticipée dans le christianisme, le Dieu de la religion ne saurait être réalisé dans la sphère purement relative de notre existence actuelle : toutes ses attributions absolues, qui lui donnent ce sublime caractère, doivent rester mystères dans cette sphère purement temporelle; et cette considération nécessaire, loin de répugner à la raison, est au contraire éminemment i-aisonnable.

Mais, encore étrangers à cette haute distinction de la réalité absolue de l’univers et de la réalité purement relative du monde présent ou temporel, les hommes, parvenus à reconnaître cette dernière réalité, et conséquemment à s’j attacher exclusivement, durent trouver absurdes ces anticipations religieuses d’une réalité absolue; et, suivant cette étrange mais nécessaire finalité du monde, ilsdiirent alors éteindre en eux toutes leurs inspirations supérieures. ,\insi, dans les trois premières périodes historiques, où l’on n’attachait encore aucune importance prépondérante à la réalité ellemême, l’anticipation de la réalité absolue par la religion, et par conséquent la religion, durent se développer

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jus(ju’à I«ur perfection, comme cela est arrivé effectivement : d’abord, durant la première période, dans l’ébauche grossière de l’idolâtrie; ensuite, durant la seconde période, dans le raffinement supérieur de l’allégorie; et enfin, durant la troisième période, dans la perfection du christianisme. Mais, dans la quatrième et dernière période, où l’on parvint à s’attacher à la certitude des vérités, et par conséquent à la réalité relative à notre existence actuelle, qui alors était encore la seule qui pût présenter quelque certitude, on dut méconnaître toute anticipation de la réalité absolue de l’univers par la religion, lorsque cette anticipation paraissait contrarier les vérités relatives à notre existence actuelle; et l’on dut, à cet égard, en méconnaissant de plus en plus la religion et ses dogmes, leur substituer les idées purement temporelles sur Dieu , c’est-à-dire, le déisme et le théisme, tels que nous les avons déduits plus haut. — Nous allons voir effectivement, dans les différentes branches du christianisme, cette malheureuse mais nécessaire décadence de la religion.

D’abord, dans le protestantisme, cette branche centrale et dominante du nouveau christianisme, qui a

amené cette dégénération graduelle de la religion, l’emploi libéral du jugement pour l’interprétation des livres sacrés, transforma bientôt le christianisme en un système scientifique, en lui faisant perdre son caractère précieux de popularité. Déjà, dans le premier quart du dix-septième siècle, le christianisme, parmi les protestants, cessa de plus en plus d’être populaire; et la dogmatique paraissait vouloir seule en conserver le dépôt. Bien plus, les disputes continues des théologiens protestants, en se fondant sur l’usage plus ou moins exact du jugement dans l'interprétation de la Bible , et par conséquent sur la certitude purement relative ou temporelle, commençaient même, vers le temps que nous venons de citer, à porter atteinte à la divinité de Jésus-Christ; comme l’ont fait, par exemple, les disputes sur la ou xévUTCÇ*

Cette dégénération manifeste du christianisme en déisme, fut continuée par le développement scientifique de la Dogmatique, lorsque, vers la fin du dixseptième siècle, cette dernière perdit son ancien caractère de statuts qu’elle avait reçu , durant la Béformation, par la Confession d’Augsbourg. Enfin, dans le dix-huitième siècle, l’application de la philosophie à la Dogmatique par les protestants, ou la transformation de cette branche théologique en une véritable dogmatique philosophique, acheva la dégénération du christianisme, qui n’est plus aujourd’hui, chez la plupart

des protestants, qu’un simple déisme épuré par la morale évangélique.

Ce fut surtout des États prussiens que, vers le milieu du dix-huitième siècle, sous Frédéric le Grand, sortirent ces idées temporelles ou naturelles sur Dieu, qui , dans la Dogmatique des protestants , vinrent remplacer les idées religieuses. Alors, ces religionnaires se partagèrent en orthodoxes et en hétérodoxes, dont les derniers, en bien plus grand nombre, attaquant le péché originel, l’inspiration des livres sacrés, et la divinité de Jésus-Christ, passèrent au socianisme , et enfin au simple déisme. On doit considérer comme terme et comme monument de cette dégénération du christianisme , le fameux prix public de Goettingue sur la divinité de Jésus-Christ, proposé, sans contredit, par les premiers savants de l’Europe.

Toutefois, au milieu de cette décadence de la religion , la force inhérente au christianisme cherchait à se ranimer, et ne put s’éteindre entièrement. Ainsi, les proscriptions contre les opinions des sociniens, les édits contre le grossier naturalisme, et mille autres mesures publiques luttaient contre la chute de la religion. Mais, ce qui parvint à en conserver le feu sacré parmi les protestants, ce fut , déjà vers la fin du dixseptième siècle, l’institution du piétisme du noble Spener,qui, frappé de cette dégénération scientifique du christianisme, chercha à rappeler ainsi la piété, et l’exercice pratique de cette .sainte religion. Malheureu-

sement, cette entreprise était évidemment contraire à l’esprit dominant; et, par cette raison , elle ne put être réalisée publiquement dans le protestantisme, autrement que par une véritable séparation, comme l’ont fait les séparatistes de Tubingue et de Bâle.

Il fallait, pour constituer publiquement le piétisme, ce précieux reste du christianisme parmi les protestants, l’enter sur une branche religieuse étrangère, mais analogue au protestantisme : heureusement, la secte des hussites qui était née avant la Réformation, en préludant déjà alors à cette dernière, s’était conservée dans plusieurs familles moraves, et présenta, vers le commencement du dix-huitième siècle, le moyen d’opérer cette constitution du piétisme dans le protestantisme. Le comte de Zinzendorf put donc réaliser cette entreprise dans la fameuse commune de Hernhuth ; et, quoique outrée par le mysticisme et les vues personnelles du fondateur, cette secte des frères moraves ou Hernhuthers devenant 1e dernier refuge du christianisme parmi les protestants , s’étendit bientôt sur toutes les parties du globe, et acquit une grande considération, principalement sous le successeur du fondateur, l’évêcjue Spannenberg, qui régularisa cette , institution {Idea fidei fratrum). Ainsi, tout ce qui reste encore du christianisme ou de véritable religion dans le protestantisme, se trouve aujourd’hui dans la piété et la pratique des Frères moraves; mais, leur mysticisme, et surtout l’esprit dominant commencent déjà

à les eutraîaer aussi vers la ruine générale de la religion.

Dans l’Église anglicane, formant la principale des deux branches objectives du nouveau christianisme, la même décadence de la religion eut lieu parmi les membres de cette Église, mais, par une voie différente, et analogue aux circonstances particulières à l’Église anglicane. Nous venons de voir que, dans le protestantisme, la dégénération du christianisme en simple déisme s’est opérée par le développement même du protestantisme, lequel, suivant sa déduction donnée plus haut, impliquait, dans son principe, la susceptibilité de ce développement , ou d’une modification conforme aux progrès de la tendance dominante vers la certitude. Mais, dans l’Église anglicane, qui n’est point susceptible d’un pareil développement, et dont le véritable caractère, suivant sa déduction, consiste dans une fi-xité de statuts, la décadence du christianisme n’a pu avoir lieu par cette Église elle-même, surtout à cause de sa liaison avec la constitution politique, qui ii’admettait aucune altération. Mais, précisément en raison de cette fixité , les idées religieuses contenues dans l’Église anglicane, déjà affaiblies par la réformation, ou par l’institution de cette nouvelle

religion, durent perdre, avant les idées du protestantisme, toute leur valeur ou toute leur signification originaire , par le développement des vérités relatives suivant la tendance dominante vers la certitude ; car, ces idées religieuses ne purent ici être modifiées d’après ce développement de la certitude relative, comme cela eut lieu dans le protestantisme. Ainsi, les idées religieuses de l’Église anglicane, destinées par la réformatiou à entrer dans l’empire de la Raison, produisirent déjà, vers le milieu du di.v-septième siècle, un indifférentisme religieux, lorsqu’on s.’ aperçut que, parla constitution môme de cette Église, ces idées se refusaient à toute application de la Raison, c’est-à-dire, lorsqu’on se trouva désappointé.

Néanmoins, cette haute-église continua à subsister, comme ingrédient, dans la composition de la constitution politique ; mais, dans ce défaut de tout secours efficace pour les dogmes chrétiens, l’indifférentisme religieux dont nous venons de parler, et qui commença ici la ruine de la religion, dégénéra bientôt, avec les progrès de la certitude relative et dominante, dans le grossier naturalisme répandu en Angleterre déjà avant la fin du dix-septième siècle. De cette manière, le christianisme se perdit parmi les membres de l’Église anglicane; et il fut remplacé parles idées naturelles, le déisme et surtout l’athéisme, qui se développèrent spontanément dans le naturalisme que nous venons de signaler. Cette ruine de la religion fut enfin consoni-

iiK^e publiquement par la tt^rnéraire institution de Joh. Slève, destinée à combattre le christianisme !

Toutefois, quelque nécessaire que fût cette malheureuse décadence du christianisme, les forces supérieures inhérentes à cette religion, ne pouvaient non plus, dans l’Église anglicane, comme dans le protestantisme, se perdre tout à coup et généralement. Ainsi, plusieurs membres de cette haute-église, inclinant vers le déisme, formèrent, sous le nom de mbordinatistes, une espèce de secte anti-trinitaires ; et ces opinions d’unitaires, à l’instar des sociniens, se multiplièrent eusuite (Lindsey et Jebb), et s’étendirent enfin en Écosse (Christie). Bien plus, on chercha même cà conserver le christianisme; et prenant le relâchement et l’indifférence extérieurs pour les causes de la décadence de cette religion, on porta l’attention sur les exercices pieux, et spécialement sur le zèle religieux. De cette manière naquit la fameuse secte des MÉTHODISTES, instituée par Wesley et Whitefield, et appropriée à l’esprit dominant par le mélange des principes des réformés (1) ; secte ({ui, dans l’Église anglicane, répond évidemment au piétisme introduit parmi

(!) Suivant ces principes des réformés, les méthodistes se partagent, sur la doctrine de la prédestination, en particularisles, d’après Whitefield et les calvinistes rigoureux, et en universalistes, d’après Wesley et les arminiens. Les derniers sont naturellement les plus nombreux, surtout dans l’Amérique septentrionale.

les protestants pour le même but de la conservation du christianisme.

Mais, l’excès du zèle religieux des méthodistes, opposé à l’indifférentisme qui s’était établi en Angleterre, porta une trop grande exaltation dans ce piétisme anglican. Néanmoins, cette secte des méthodistes, présentant ici le dernier refuge du christianisme, comme les Frères moraves dans le protestantisme, avec lesquels elle se lia un moment cà Londres, s’étendit bientôt considérablement, et elle se multiplie même de nos jours d’une manière prodigieuse (1). Malheureusement , forcée de plier sous l’influence de l’esprit dominant de la certitude, cette secte des méthodistes a déjà laissé pénétrer les principes des unitaires ou sociuiens ; et elle se trouve ainsi sur 1a voie générale de la décadence de la religion.

Telle est donc aujourd’hui, dans les branches principales de la nouvelle chrétienté, dans le protestantisme et dans l’Église anglicane, la décadence continue ou plutôt déjà la ruine de la religion, amenée par l’établissement même de ce nouveau christianisme. Nous ne parlons pas ici de ces branches accessoires , c’est-à-dire des mennonites ou baptistes, des sociniens et des quakers, parce que, comme nous l’avons vu plus

(1) On disait récemment dans les journaux que, seulement en Angleterre, le nombre des méthodistes, qui au commencement du xixo siècle était de 200,000, se trouvait inaiiitenant de 400,000 (11 ne faut pas oublier que ceci a été écrit en iStS).

haut, ces aberrations et cette dégénération du nouveau christianisme présentent déjà en elles-mêmes, une véritable décadence de la religion.

Quant à l’ancienne chrétienté, la religion y est tombée également partout, dans l’Église d’Occident (1), mais non par suite de la (ixation définitive de cette église dans le Concile de Trente, comme cela est arrivé dans la nouvelle chrétienté, on la religion est tombée par suite de l’établissement même des nouvelle églises, ainsi que nous venons de le voir. Dans l’ancienne chrétienté, la religion fut proprement effacée par le développement des vérités relatives dominantes, et avec elles de l’incrédulité religieuse. En effet, les vérités absolues composant l’ancien christianisme, n’étaient encore qu’un objet de la foi ou de la croyance; cependant, comme telles, elles pouvaient et devaient même nécessairement se soutenir avec vigueur, tant (|u’on n’attachait encore aucune importance prépondérante à la certitude, comme cela eut lieu durant la troisième

(1) La décadence générale de la croyance religieuse s’est même déjà fait sentir dans l’église d'Orient, comme le prouve la secle mystique de duchobortzy, établie en Russie, et professant les opinions des unitaires.

période de l’humanité, où nous avons vu elfeclivenieut dominer ces idées absolues du christianisme.

Mais lorsque, dans la quatrième période, la certitude de la vérité en général devint le but dominant, la croyance, comme plus faible, dut nécessairement céder à la certitude ; et alors, ne pouvant em;ore atteindre (jue la certitude relative, comme nous l’avons reconnu plus haut, les hommes dui’ent effacer en eux le sentiment des vérités absolues de l’ancien christianisme, d’autant plus qu’elles paraissaient contrarier les vérités relatives dont la certitude était donnée par la réabté de notre existence actuelle. Ainsi, la croyance religieuse, loin de se soutenir, dut nécessairement faire place à l’incrédulité religieuse; et, de cette manière, l’ancien christianisme succomba partout où s’était développée cette incrédulité ou son principe, la certitude relative dépendante de notre existence. Ce qui porta le coup le plus funeste à l’ancien ou véritable christianisme, ce fut le développement des idées naturelles sur Dieu, le déisme et l’athéisme, qui, suivant leur déduction que nous avons donnée plus haut, tiennent effectivement à la réalité de notre existence temporelle, et ont ainsi toute la certitude relative qu’on pouvait atteindre généralement. Avec ces idées naturelles ou temporelles sur Dieu, douées de toute la certitude que l’on pouvait concevoir, on s’imaginait pouvoir satisfaire à notre vocation vers l’absolu, et, par là même, on se croyait

en droit de rejeter les idées du christianisme données par la seule^ croyance, et fondées sur la révélation qui paraissait contraire à la réalité temporelle du monde.

Cet échange de la religion dans l’ancienne chrétienté contre les idées naturelle sur iJieu, fut provoqué surtout et en (pielque sorte légitimé par l’autorité et le nombre considérable des hommes supérieurs de tous les pays, (jui, faisant abstraction de leurs Eglises respectives, adoptaient tous ces idées temporelles. Nous nous bornerons, pour la propagation du déisme dans le di.\-buitième siècle, à citer iciCoward, Toland, Collins, Tindal, Tyssot, Schafftesbury , Woolston, Passerauv, Morgan, Chubb, Marie Huber, Edelmann, Delamettrie, de Prades, Voltaire, Helvétius, Hume, Lessing, l’auteur de Honis et celui de la Philosophie de la Nature. . 11 nous répugne de citer également les propagateur de l’athéisme, dont le noml)re est bien plus considérable. (Voyez le fameux dictionnaire de Lalande.) Aussi, par suite de cette autorité pour la certitude dominante, qui avait déjà éteint le zèle religieux, et effacé ses imposants exemples, tels (pie ceux des pieux solitaires du Port-Royal (Arnauld, Le Maître, Nicole, Pascal, etc.), l’incrédulité se répandit générament dans la catholicité; et l’ancienne religion n’existait plus que là où cette autorité n’était pas connue, c’est-à-dire, là où la certitude dominante ne s’était pas encore développée.

Le résultat le plus manifeste de eette décadence de l’ancien Christianisme fut l’abolition de l’ordre des Jésuites, de ces zélés défenseurs du siège apostolique, et avec lui de l’ancienne religion chrétienne. Ce triomphe de la philosophie moderne, luttant pour la certitude relative, fut suivi et même précédé bientôt, sous le nom de tolérance, d’une indifférence religieuse générale dans presque tous les pays catholi(|ues ; et alors ou vit, entre autre choses, les dangereuses réformes de Joseph II dans les États autrichiens. Mais l’événement le plus caractéristique de cette ruine de l’ancien christianisme et généralement de toute religion, fut la révolution française (pii, aprt's avoir amené l’abolition publique du catholicisme et de tout culte positif, présenta l’horrible spectacle d’un peuple sans religion. Nous devons rappeler ici la secte des déistes, établie sous le nom barbare de Théophilantropes (1); et surtout le fameu.v décret sur l’existence de Dieu et l’immortalité de l’ànie, qui, par un ridicule abus du déisme, est un monument incontestable de l’ignorance et de la stupidité de ceux qui présidaient alors à la révolution française. Apres cette révolution, croyant devoir attribuer à l’irréligion toutes les horreurs qu’elle avait engendrées, on s’est hâté, il est vrai, de rétablir, dans les pays catholiques, les insti-

(I) Nous ne savons pas pouniiioi ce nom a prévalu ,• puisqu’on en aconnu un meilleur, celui de Théanthropophiles, que nous avons vu employé dans les écrits de cette secte.

tutioiis religieuses; mais, cornine nous le verrous ciaprès, ce ne sont plus que des mesures politiques, qui d’ailleurs ne sauraient, dans l’état avancé des lumières modernes, avoir une efficacité suffisante.

.\iusi donc, la sainte religion chrétienne, cette arche sublime de l’alliance de la Terre avec les Cieu.x, s’affaissa de tous côtés, dans l’ancienne et dans la nouvelle chrétienté, sous le poids imposant de la raison temporelle, qui établit son empire dans la dernière période du développement de l’humanité. A la place de la religion, cette raison mondaine institua le déisme ; et, découvrant son impuissance, elle lui opposa l’horrible athéisme, impliqué dans son essence par une nécessaire antinomie, qui, donnant tour à tour la même valeur au déisme et à l’athéisme, prive proprement l’hunianité de l’un et de l’autre, et la place par ce jeu cruel de la raison dans une terrible et désespérante perplexité. — Cette transition des idées religieuses du christianisme aux idées naturelles ou temporelles sur Dieu, qui eut lieu dans la dernière période, s’est opérée non-seulement par le développement naturel de la raison mondaine ou temporelle, mais encore par le développement correspondant et scientifique de la théologie ; et, pour bien apprécier l’atlciiile irréparable portée au Christianisme, il ,nous reste à jeter un coup d’œil sur ces progrès modernes de la science théologique.

Nous avons déjà déduit, en parcourant plus liaut la troisième période historique, la nécessité de la théologie ; et nous avons même indiqué les diverses branches dans lesquelles elle se trouve partagée, par suite de son développement, ou de la perfection qu’elle reçut successivement, surtout dans les temps postérieui’s. Mais cette détermination de la théologie, qui n’est encore pour ainsi dire que nominale, ne suffirait pas pour reconnaître la vraie signification des progrès théologiques modernes, et, par là même, la vraie valeur de la perte du Christianisme. Nous allons donc, pour arriver à cette fin, et surtout pour lever le voile qui couvre encore l’infinie importance du christianisme, fixer le vrai sens de la théologie considérée comme science de la révélation, sur la(|uelle repose, aux yeux de la raison, le majestueux édifice de toute religion en général.

Jusqu’ici nous n’avons qualifié le christianisme et généralement la religion que comme étant une anticipation DE VÉRITÉS ABSOLUES ; mais, d’où vient cette anticipation ? Qu’est-ce qui la rend possible? Comment s’est-elle établie? et sur quoi .se fonde sa valeur, ou sa signification nécessaire ? — C’est ce que nous allons .savoir.

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