I.a cognition de l’homme se compose de certaines
lois intellectuelles dont l’exercice, sous les conditions indispensables du temps, constitue notre savoir temporel ; celui précisi^ment qui constitue l’essence de notre existence dans le monde dans lequel nous vivons. Ainsi, tous les actes de ce savoir temporel, c’est-à-dire toutes les vérités relatives auxquelles nous arrivons par l’exercice de nos lois întellectuelles, sont notre propre ouvrage. Mais dans ce savoir temporel de l’homme, se trouve contenu, comme le prouve la seule idée de la religion, la susceptibilité de vérités ABSOLUES, lesquelles sont indépendantes de toute influence du temps. De plus, les conditions de cette réceptivité de notre savoir temporel pour de telles vérités absolues, ne pouvant faire partie de l’essence même de ce savoir, c’est-à-dire, ne pouvant être des lois du savoir temporel de l’homme, parce qu’elles sont essentiellement indépendantes du temps, ces conditions, disons-nous, sont étrangères au savoir de l’homme, vivant dans le monde présent. Ainsi, l’acquisition de ces vérités absolues, eu vertu de cette susceptibilité de notre savoir, dépendante de conditions étrangères et supérieures à notre existence temporelle, ne saurait être considérée comme l’ouvrage de l’homme; et, ne pouvant d’ailleurs être considérée comme une modiiicatiou quelconque du monde actuel, parce qu’elle sort des conditions du temps auxijuelles ce monde se trouve soumis, cette acquisition de vérités absolues doit être une révélation supérieure.
Telle est l’origine et le sens n('*cessaire de ce qu’on nomme ukvéiation divine ; et, avec cette déduction, la révélation devient un objet de la raison, doué d’une réalité égale à celle de notre savoir ou de notre existence, dans laquelle elle se trouve impliquée. Mais, avant que l’on découvre les conditions supérieures de la révélation, si cela est possible, on ne pourra, précisément parce que ces conditions sont étrangères à notre savoir, concevoir l’essence intime de la révélation, quoique l’on soit forcé, par la raison, de l’admettre infailliblement, comme notre propre existence.
Cette réceptivité ou cette susceptibilité de vérités absolues dans le savoir de l’homme, n’est cependant encore qu’un état passif de ce savoir, qui le rend propre à la réception de la révélation. Et, l’on conçoit que, pour consommer cette réception, il faut y joindre un ACTE propre du savoir, fondé sur les conditions supérieures et inconnues de la révélation ; acte qui sera une détermination plus ou moins précise des vérités absolues formant un système de révélation. — De là résulte qu’il faut distinguer, dans la révélation considérée en général, d’abord, la susceptibilité du savoir de l’homme pour des vérités absolues, qui est infaillible, parce qu’elle est indépendante de tout acte propre du savoir, et ensuite, la détermination d’un système de vérités absolues, qui est en partie le résultat d’un pareil acte propre du savoir humain. Nous nommerons la première révélation universelle ou
tacite ; et la seconde, révélation individuelle ou pro- ' férée.
Or, c’est manifestement la révélation universelle ou tacite qui est la base de la religiosité générale de l’espèce humaine ; et ce sont les diverses révélations individuelles ou proférées qui sont les bases des différentes religions positives. — Il suffit donc de reconnaître l’origine des révélations proférées, pour pouvoir apprécier l’importance des religions positives fondées sur ces révélations individuelles; et c’est ce que nous allons faire surtout pour le christianisme, fondé sur la révélation proférée de l’Ancien et du Nouveau-Testament.
Nous venons de reconnaître que, dans l’existence de la révélation, il entre deux éléments essentiellement hétérogènes, c’est-à-dire, les principes propres du savoir temporel de l’homme, et les conditions de la réceptivité de ce savoir pour des vérités absolues, conditions qui sont supérieures et étrangères aux principes du savoir temporel de l’homme. Or, dans la relation de ces deux éléments hétérogènes de la révélation, on peut concevoir, du moins problématiquement, leur double détermination réciproque, c’est-à-dire, la détermination def conditions de la révélation par les principes du savoir temporel de l’homme, et réciproquement la détermination de ces principes du savoir humain par les conditions supérieures de la révélation. La première de ces déterminations, qui se ferait manifestement par un-acte de notre savoir temporel, peut
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être réalisée; et elle constitue manifestement ce que nous avons nommé révélation individuelle ou proférée. Mais la seconde détermination, celle des principes du savoir temporel par les conditions mêmes de la révélation, qui ne pourrait se faire que par un acte d’une spontanéité absolue, et qui produirait manifestement ce que nous avons nommé révélation universelle ou tacite, cette seconde détermination, disonsnous, ne saurait être réalisée que lorsque les conditions supérieures de la révélation seraient connues. Quoi qu’il en soit de la possibilité de cette production extérieure de la révélation universelle ou tacite, par les hommes eux-mêmes, cette révélation n’en existe pas moins intérieurement en toute réalité ; et elle sert ainsi de prototype secret pour toute révélation individuelle ou proférée, dont nous pouvons, par là même, apprécier la valeur ou l’importance, en reconnaissant son origine plus ou moins élevée.
• Cette origine, quelle qu’elle soit, de toute révélation proférée, consiste évidemment, d’après ce que nous venons de voir, dans l’acte individuel du savoir humain, par lequel ce dernier détermine les conditions de la révélation moyennant ses propres principes, et produit ainsi le système de vérités absolues formant cette révélation individuelle ou proférée. Mais, les motifs de cette détermination individuelle, laquelle sert ici à réunir deux éléments hétérogènes, les principes du savoir et les conditions de la l•évélation, en fixant leurs rela-
lions réciproques, ces motifs, disons-nous, peuvent être alternativement dans l’un ou dans l’autre de ces deux éléments. Lorsque ces motifs se trouvent dans les principes mêmes du savoir, la détermination qui produit une révélation individuelle ou proférée est un ouvrage humain, parce que l’acte et les motifs de cette détermination appartiennent entièrement au savoir de l’homme; et alors, il n’y a de supérieur à l’homme dans cette révélation, que les conditions de la réceptivité de son savoir pour de telles vérités absolues, Lorsqu’au contraire les motifs de la détermination des conditions de la révélation par les principes du savoir, se trouvent dans ces conditions elles-mêmes, la révélation individuelle qui en résulte, ne saurait être considérée comme un ouvrage de l’homme, parce qu’il n’y entre d’humain que l’acte du savoir, lequel n’est alors évidemment qu’un instrument d’un pouvoir supérieur qui le fait agir. Ainsi, suivant que les motifs de la détermination réciproque des conditions de la révélation par les principes du savoir, se trouvent dans ces principes ou dans ces conditions elles-mêmes, la révélation individuelle ou proférée qui résulte de cette détermination ou de cet actedu savoir humain, a évidemment une origine moins ou plus élevée: dans le premier cas, elle est un ouvrage de l’homme; dans le second, elle ne peut être considérée comme un ouvrage humain, et elle est alors une véritable révélation divine.
D’après ces principes, il nous sera facile de recon-
naître l’origine de la révélation de l’Ancien et du Nouveau-Testament, et d’apprécier par là la valeur du Christianisme, que nous venons de voir s’affaiblir dans la dernière période du développement de l’humanité.
Nous avons vu plus haut que la religiosité générale de l’espèce humaine, s’est manifestée successivement, dans les trois premières périodes de son développement, sous les formes de plus en plus parfaites d’idolâtrie, d’allégorie et de christianisme. Dans la première période, dans laquelle le but dominant était le bienêtre physique, l’adoration des objets de ce bien-être, c’est-dire, l’idolâtrie, était clairement une détermination des conditions de la révélation par les principes du savoir, dont les motifs se trouvaient entièrement dans ces principes eux-mêmes, c’est-à-dire, dans les objets temporels du savoir. De même, dans la seconde période, où le but dominant était la sûreté publique, et où, par là même, s’était développée complètement l’idée de la justice, et avec elle les idées abstraites en général, l’exhibition des attributions divines abstraites sous des formes physiques, c’est-à-dire, l’allégorie, était clairement aussi une détermination des conditions de la révélation par les principes du savoir, dont les motifs se trouvaient encore entièrement dans ces principes eux-mêmes, c’est-à-dire, dans les objets présents du savoir. Mais, dans la troisième période, dans laquelle la religion devint elle-même le but dominant, le christianisme, qui était cette religion dominante.
ne pouvait avoir, dans les principes mêmes du savoir, ou dans les objets temporels de ce dernier, les motifs de la détermination des conditions de la révélation, constituant ici la révélation individuelle ou proférée du Nouveau-Testament (1), sur laquelle se fonde le christianisme.
Il est vrai que la perte totale de la justice sur la terre, qui eut lieu vers la fin de la seconde période par l’établissement de la domination universelle, ou par le développement complet du but dominant de cette seconde période, dut, pour la conservation et le développement ultérieur de l’humanité, être remplacée par la religion elle-même; mais, ce manque de Injustice, comme état purement négatif, ne présentait aucun objet du savoir, et ne pouvait conséquemment fournir, dans les principes mêmes de ce savoir, aucun motif pour la détermination actuelle des conditions de la révélation, c’est-à-dire, pour l’établissement de la
(1) Le Nouveau-Testament se compose, comme l’on sait, d’une histoire divine, d’une didactique morale, et d’une révélation prophétique. La première consiste dans les quatre Évangiles, de saint Mathieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean (puisés probahlement dans une même source, ouverte par Jésus-Christ, qui n’a pas laissé d’écrits) et dans les Actes des Apôtres de saint Luc. La seconde consiste dans quatorze Épitres de saint Paul, deux de saint Pierre, trois de saint Jean, une de saint Jude et une de saint Jacques. La troisième, enfin, consiste dans l’Apocalypse, attribuée à saint Jean. — Le tout, suivant le concile de Trente, doit former vingt-sept livres.
domination de la religion : les motifs de cette détermination, par laquelle la religion devait devenir l’objet suprême du savoir, ne pouvait évidemment se trouver ailleurs (pie dans les conditions elles-mêmes de la révélation universelle. Ainsi, l’exposition successive de cette révélation universelle dans l’idolâtrie et dans l’al- - légorie, durant la première et la seconde période du développement de l’humanité, n’était clairement que l’ouvrage des hommes, où il ne se trouvait de supérieure que la révélation tacite servant de hase à cette exposition ; mais la révélation individuelle ou proférée sur laquelle fut fondée le christianisme au commencement de la troisième période, ne saurait être considérée comme un ouvrage humain, et constitue conséquemment une véritable révélation divine. Telle fut aussi la révélation proférée de l’Ancien-Testament, qui forme les premiers fondements de la religion chrétienne, et l’unique code dujudaïsmes.
En effet, comme nous l’avons plus haut, dans la première et surtout dans la seconde période, les Israélistes, par l’assistance de Moïse, fondateur de l’Aneien-Testament dans le Pentateuque, portèrent déjà alors, en vertu de cette révélation, la religion à la dignité du but dominant; ce qui, par les raisons que nous venons d’alléguer en faveur du Nouveau-Testament, n’est possible que par les motifs supérieurs donnés dans les conditions mêmes de la révélation universelle. L’une et l’autre de ces révélations divines, prouvent
d’ailleurs, par les résultats temporels, leur origine supérieure : r Ancien-Testament, par sa stabilité au milieu des vicissitudes des objets temporels du savoir, chez le peuple judaïque dont il est le code ; et le Nouveau-Testament, par le développement définitif de l’humanité dans les deux dernières périodes où il a exercé son influence.
Toutefois, le système de révélation formant l’Ancien- Testament, implique le gouvernement politique, la théocratie, c’est-à-dire, le but temporel de la sûreté publique, et il prouve par là que, dans les motifs de sa détermination, il était entré aussi des objets de notre savoir temporel, ou les principes de ce savoir; ce qui, qùant à la pureté de l’origine divine, place le Judaïsme au-dessous du Christidnisme, dont le dernier, dans son nouveau système de révélation, formant le Nouveau- Testament, n’implique point des buts terrestres, et présente, dans toute leur pureté, les idées sur Dieu et la morale. C’est cette pureté du Christianisme, qui fait considérer son nouveau système de révélation comme étant l’exposition la plus parfaite, ou sans aucune erreur, de la révélation universelle, et qui, par conséquent, fait considérer le fondateur infaillible du Christianisme, comme étant le fils de dieu. Car, de cette manière, tous les motifs du Christianisme se trouveraient exclusivement dans les conditions supérieures de la révélation universelle; et Jésüs, fondateur du christianisme, considéré comme homme, n’aurait été
qu’un instrument de Dieu, par lequel il nous aurait transmis sa volonté pure et entière.
Mais, comment prouver positivement cette absolue perfection de la révélation proférée du christianisme, sur laquelle seule, aux yeux de la raison, se fonde incontestablement la divinité de Jésus ? 11 faudrait produire extérieurement la révélation universelle, en déterminant les principes du savoir par les conditions mêmes de cette révélation ; ce qui , comme nous l’avons vu plus haut, ne serait possible que lorsque ces conditions de révélation seraient connues, et lorsque, par conséquent, la révélation cesserait d’être révélation et deviendrait un objet de . la raison. Car, alors, on pourrait confronter la révélation individuelle du christianisme avec la révélation universelle pour reconnaître l’infaillibilité où la perfection absolue du christianisme, dont il est question. Ainsi, la preuve positive de la divinité de Jésus ne saurait encore être donnée, et, c’est sur cette seule impossibilité présente que peut se fonder raisonnablement l’attente des Juifs de la venue d'un Messie, laquelle attente manifeste d’ailleurs l’imperfection du judaïsme, partHî que, suivant cette attente, ce n’est qu’avec la venue du Messie que l’œuvre de cette religion serait consommée. Mais, quoique cette preuve positive manque encore, la preuve négative, consistant en ce que la révélation proférée du christianisme n’implique aucun objét temporel, et par conséquent aucun motif dét^minant
pris dans les principes mêmes du savoir humain, cette preuve négative, disons-nous, existe pleinement, et la divinité de Jésus, c’est-à-dire, l’action entièrement supérieure de son savoir temporel, ou entièrement indépendante de ses propres principes qui découvre dans Jésus une origine tout à fait supérieure ou tout à fait indépendante de son existence humaine et qui le constitue ainsi fils de Dieu, ne saurait plus être mise en doute après la déduction irréfragable (jue nous venons d’en donner.
Telle est donc la grande valeur du christianisme, de cette religion divine dont nous avons vu s’effacer la croyance dans la dernière période par le développement général et naturel de la certitude sous laquelle effectivement a dû fléchir la croyance, laquelle, précisément à cause de l'origine, étrangère à notre savoir, qui est dans le christianisme, était le seul mode de vérité qu’on pouvait alors attacher à cette divine religion .Cette extinction de la foi au christianisme deviendra encore plus sensible lorscjue nous en connaîtrons le,8 causes scientifiques dans les soi-disant progrès modernes de la théologie, pour l’exposition desquelles précisément nous venons de remonter jusqu’à cette origine supérieure de la révélation proférée constituant le christianisme.
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