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Jusqu'à ce jour la théologie, cousidérée comme science, était restée un phénomène intellectuel inexplicable ; elle ne s’est soutenue et n’a reçu son développement que par l’action secrète de ses causes ou principes qui sont demeurés inconnus. On voit actuellement que ces causes ou principes de la théologie consistent dans les deux éléments hétérogènes que nous avons reconnus plus haut comme étant les parties constituantes de toute révélation proférée, c’est-à-dire les principes temporels du savoir humain, et les conditions supérieures de la révélation, lesquelles dernières forment, dans ce savoir, une réceptivité pour des vérités absolues. Et avec ces principes, nous pouvons maintenant expliquer la théologie, déduire ses différentes branches et apprécier ses prc^rès, surtout ceux dans la dernière période, qui ont sapé les bases du christianisme.
Toute considération scientifique d’un objet quelconque du savoir se réduit clairement à l’établissement de la possibilité, de 1 effectivité et de la nécessité de cet objet du savoir comme étant les seules parties constituantes de la modalité intellectuelle de cet objet. Or, les principes de la révélation chrétienne se trouvent occasionnellement dans les principes temporels de notre savoir et fondamentalement déms les condi-
lions supérieures de la révélation, parce que c’est dans ces conditions que se trouvent exclusivement les motifs de cette révélation divine, ainsi que nous l’avons reconnu plus haut, il est clair que l’établissement de la triple modalité intellectuelle de cette révélation chrétienne est possible à certains égards, c’est-à-dire que la théologie ou la science de cette révélation est possible à ces égards. Bien plus, l’établissement distinct de chacune des trois modalités intellectuelles dont nous venons de parler présente immédiatement la nécessité de trois branches fondamentales et distinctes dans la théologie. La déduction de la possibilité de la révélation chrétienne en la confrontant avec les conditions de la révélation universelle sera l’objet de la première branche, qui donnera ainsi l’explicatioïi des livres sacrés, et c’est là le véritable objet de la THÉOLOGIE ExÉGÉTiQüE. L’étabUssement de l’effectivité de la révélation chrétienne sera l’objet de la seconde branche qui est la théologie historique. Enfin la déduction de la nécessité de cette révélation proférée en la fondant sur les conditions de la révélation universelle sera l’objet de la troisième branche, qui statuera ainsi les règles du christianisme; et c’est là le véritable objet de la théologie systématique.
Mais, dans cette déduction de la théologie, nous venons de dire qu’elle n’est possible qu’à certains égards. La raison en est en ce que les conditions de la révélation universelle, qui constituent les principes
fondamentaux du christianisme et de la théologie, ne sont point manifestes à notre savoir comme le sont les propres principes de ce dernier : ces conditions de révélation étrangères à notre savoir, ne peuvent être que senties dans les idés absolues elles-mêmes ou dans notre réceptivité pour ces idées, qui est fondée sur ces conditions ; de sorte que la théologie, comme science, ne peut être déduite que de ce sentiment des conditions de révélation, et non, comme dans les autres sciences, de la conscience ou de la connaissance claire elle-même, de ces principes. Cette imperfection essentielle de la science théologique est ce qui en constitue la différence caractéristique d’avec toutes les autres sciences en général ; et, de plus, c’est sur cètte imperfection que porte proprement la différence des progrès de la théologie dans la troisième et dans la quatrième période historique, ou plutôt dans l’ancienne et dans la nouvelle religion. Le sentiment des conditions de révélation qui est impliqué dans notre réceptivité pour les idées absolues et duquel seul peut être déduite la vraie théologie, est le fondement du mode particulier de vérité, ou delà croyance qui, dans la troisième période et généralement dans l’ancien christianisme, se trouvait attachée à cette religion, et à ses principes scientifiques dans la théologie. Mais, dans la quatrième période ou dans le nouveau christianisme, ce sentiment des conditions de révélation et la croyance religieuse qui en résultait ne pouvait satisfaire la
tendance vers la certitude qui dominait dans cette dernière période, et, par suite, dans ce nouveau christianisme. On chercha alors, d’abord, à changer ce sentiment insuffisant en une véritable conscience ou connaissance claire des conditions de révélation ; et, ensuite, ne pouvant le faire autrement, on substitua insensiblement à ces conditions supérieures l’absolu temporel impliqué dans notre savoir, c’est-à-dire, les idées naturelles ou temporelles sur Dieu que nous avons déduites plus haut. Ce sont là, dans leurs principes, les véritables soi-disant progrès de la théologie moderne ; et, bien plus, c’est aussi là, dans son principe, la différence caractéi istique du nouveau christianisme.
Nous allons effectivement retrouver, dans les travaux scientifiques des théologiens modernes , cette transformation ou plutôt cette dégénération de la théologie, après avoir fixé, suivant nos principes, les subdivisions nécessaires des branches théologiques fondamentales que nous avons déduites plus haut.
La théologie exégétique, qui a pour objet de déduire la possibilité de la révélation chrétienne, en la confrontant avec les conditions de la révélation universelle, et qui donne ainsi la véritable explication de l’Écriture-Sainfe, doit se compôser naturellement de deux parties : l’une instrumentale, qui cherche à fixer le vrai sens des livres sacrés; l’autre finale, qui cherche à élablir l’identité de ce sens avec les conditions de la révélation universelle. Ce sont là effectivement les deux
parties de la thtologie exégétique, connues sous les noms d’ÉxÉGÈSE et d apologétique, dont la première se subdivise encore dans la critique biblique et dans l’nERMÉNEUTiQUE BIBLIQUE, c’est-à-dire dans la fixation de la lettre ou des conditions physiques, et de l’esprit ou des conditions intellectuelles dans le sens de l’Écriture-Sainte.
La théologie systématique, qui a pour objet de déduire ce qu’il y a de nécessaire dans la révélation chrétienne, en la fondant sur les conditions de la révélation universelle, et qui statue ainsi les vraies règles du christianisme, doit naturellement aussi -se composer de deux parties pareilles : l’une instrumentale, qui porte sur la déduction scientifique de ces règles; l’autre finale, qui porte sur l’acte même de statuer ces règles du christianisme. Ce sont encore là effectivement les deux parties générales de la théologie systématique, connues chacune dans leur subdivision extérieure, savoir-: la première dans ses deux parties subdivisées, nommées dogmatique et polémique, et la seconde également dans ses deux parties subdivisées^ nommées symbolique et morale chrétienne. La dogmatique donne la déduction des véritables articles de foi du christianisme ; et la polémique donne la déduction des articles de foi qui sont erronés. La symbolique statue les dogmes concernant l’adoration de Dieu ; et la morale chrétienne statue les préceptes qui concernent l’amour du prochain.
Quant à la théologie historique^ qui n’a pour objet que de constater l’effectivité delà révélation chrétienne, elle se compose naturellement d’autant de parties distinctes qu’il y en a dans le christianisme. Ainsi, ses parties principales sont : l’histoire de la religion chbétienne en général, et celle de son établissement en particulier, que l’on nomme patristique; l’iiistoirede l’Église chrétienne en général, et celle des scissions et des sectes en particulier; enfin, l’histoire de la théologie en général, et celle de la littérature chrétienne ^es écrits chrétiens) en particulier.
Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur les travaux des théologiens modernes durant la dernière période historique ; d’abord en. général, et ensuite dans chacune de ces différentes parties de la théologie.
Considérée en général, l’étude de la théologie prit dès la réformation, par l’esprit de vérité dominant qui précisément avait amené la réformation, une direction libérale, c'est-à-dire une direction vers la certitude, et par là même, vers l’indépendance de toute autorité fondée sur des considérations étrangères à la vérité elle-même. Ainsi s’établit immédiatement l’école HUM.VNISTIQUE de Méknchton, dont l’esprit se perdit cependant avec le même siècle de la réformation, t>ù cette école avait été instituée, et cela par le développement nécessaire de l’antinomie résultant de l’hétérogénéké (jifi, suivant ce que nous avons vu plus haut, se trouvait dans les principes mêmes de la théo-
logie. Alors, vers le commencement du dix-septième siècle, s’établit une nouvelle théologie scolastique, attachée exclusivement à tels ou tels autres principes, selon qu’on inclinait vers l’un ou vers l’autre des deux extrêmes opposés de l’antinomie que nous venons de signaler. Les deux écoles opposées furent celles de Wittemberg et de Ilelmstaedl : la première, inclinant encore vers les conditions supérieures de la révélation universelle, cherchait à soutenir la doctrine littérale de Luther; la seconde, inclinant déjà du côté de l’absolu temporel impliqué dans les principes mêmes de notre savoir, ouvrait la voie vers les idées naturelles ou temporelles sur Dieu. Celte nouvelle lutte scolastique, tout en entraînant la théologie à la perfection moderne de certitude, la fit manifestement dégénérer en une pure et stérile spéculation théorique; et aloi's, au commencement du dix-huitième siècle, s’établit l’école de Halle, qui clïercha à rappeler les considérations prati(jues dans la doctiine du christianisme. Et, dans cet équilibre des nouvelles opinions scolastiques, s’était préparé le champ pour les grands progrès que fit la théologie dans le dix-huitième siècle. D’abord, dans la première moitié de ce siècle, l’application des méthodes philosophiques, surtout de celle de Wolf, donna à la théologie le caractère étrange d’une déduction rationnelle rigom-euse, la(juelle exigeant la connaissance claire des principes, fit iusensiblemenCsubstitiier l’absolu temporel de notre savoir aux conditions
supérieure de la révélation ; et ensuite, dans la seconde moitié du XVI U® siècle, l’application des études philologiques, .surtout par l’exemple de J.-D. Michaélis, Semler et Ernesti, fit de la théologie une espèce de diplomatique, laquelle n’admettant que le sens temporel de?^ livres sacrés, laissa perdre de vue la considération de leur origine siqiérieure, et acheva ainsMa ruine scientifique du cliristianisme. — Telle fut donc, dans la dernière période, la transformation ou la dégénération générale de la théologie, du moins dans les branches subjectives de la nouvelle religion, et spécialement dans le protestantisme. Ouant aux branches objectives, le développement rapide du naturalisme dans l’Eglise anglicane, et l’institution de l’inspiration personnelle dans la ilecte des quakers, n’admirent presque aucune considération pour la science théologique : de sorte que les progrès modernes de cette science se réduisent effectivement à ceux que nous venons de signaler parmi les protestants, comme ayant amené la ruiire scientifique du christianisme. — Nous allons les retrouver en particulier dans chacune des différentes branches de la théo- •logie.
Dans la Uiéologie exégétiijue, doux causes opérèrent, dès la réformation, les nouveaux dévelopjîements : l’une accessoire, l’étude de la langue hébraïque, qui, vers le commencement du xvi® siècle, fut introduite parmi les chrétiens, en ^Uleiuague par Reuchlin, et eu
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Espagne même par Ant. ISébrissa ; l’autre principale, l’application de la raison à l’interprétation des livi-es sacrés, qiii fut la base de la nouvelle religion . Ainsi, dé^à dans le siècle de la réforraation, la première de ces causes amena les deux fameuses Polyglottes de Ximenez et de Plantin ; et la seconde opéra la réformation de l'exégèse par les travaux d’Erasme, Luther (1), MélandUoa, Zwingle, Oecolampade, L. Judae, Martyr, Calvin, ' Brentius, Placius, etc., et surtout de Béra, collègue de Calvin. Dans-le xvii® siècle, l’étude de l’exégèse ne lit pas des progrès proportionnés à l’intérêt croissant, à cause des systèmes scolastiques qui s’étaient alors introduits dans la théologie, et qui faisaient plier le sens de l’ Ecriture-Sainte suivant leurs principes particuliers. Toutefois, il faut remarquer les travaux de Grotius, dont l'esprit ne fut bien saisi que dans le siècle suivant ; l'école typique de Coccéius (vocabula valent quantum possunt) ; et les travaux de plusieurs Soeiniens, surtout de Lightfoot. Ce qui est ici également remarquable, ce, sont les travaux exégétiques des Français, chez lesquels, vers ce* temps, s’était introduite l’étude des langues orientales, tels que sont la réforme de Cappell, les doutes de Morin, l’interprétatiou de Bo-* chart, la magnifique Polyglotte de Le Jay, refaite en Angleterre par Walton, et la critique -de Simon;
(I) La traduction de la Bible par Luther fut d’un grand effet; et, suivant l’état de l’exégèse d’aloi's, elle èst d’iuie valeur supérieure.
Mais, ce ne fut que dans le xvin* siècle, et surtout dans sa seconde moitié, (|ue l’exégèse reçut sa perfection actuelle, par l’application spéciale non-seule^ ment des langues sémitiques, mais surtout des règles de la critique et de l’herméneutique purement philologiques, lesquelles règles ont transformé l’exégèse en une espèce de diplomatiquedhéologique, qui ne reconnaît plus, dans les livres sacrés, que leur sens temporel. Ce fut Schultens qui réunit l’étude des langues sémitiques, et qui affranchit particulièrement la langué hébraïque de l’ancienne observance grammaticale des Juifs, sous laqudle elle se trouvait encore resserrée ; et ce furent surtout J.-D. Michaélis, Semler et Ernesti, qui, par l’application des moyens linguistiques et philologiques, contribuèrent le plus à ce perfectionnement moderne de l’exégèse (1).
Quant à l'apologétique, formant la partie finale de la théologie exégétique, elle fut proportionnellement
(1) Dans la Critique biblique en particulier, il faut ici remarquer, pour l’Ancien-Testament, les travaux de Le Clerc, Calmet, Houbigant, Kennikott, Bruns, de Rossy, Michaélis, Bode, Herder, Heus- 1er, Werner, Ziegler, ilgen, Nachtigal, Dereser, Zirkel, etc. ; et pour le Nouveau-Testament , les travaux de Mill , Bejigel , Wetstein , Calmet, Ernesti, Semler, Koppe, Morus, Carpzov, Griesbach, Matthai, Storr, Noesselt, Khapp, Haenlein, Schleusner, Ziegler, Eicbhorn, Paulus, etc. Dans l’Herméneutique biblique en particulier, il faut remarquer les travaux de Rambach, Baunagarten, Zachariœ, Carpzov, etc. ; et spécialement, pourl’Ancien-Testament, l'essai de Meyer, et pour le Nouveau-Testament, les travaux d’Ernesti, Semler^ MÎorus, et Beck.
presque toiit à fait négligée; et cela parce que sou objet, l’identité de la révélation chrétienne avec les conditions de la révélation universelle, se perdit de plus en plus, à mesure que ces conditions supérieures furent remplacées par l’absolu purement temporel de notre savoir. Aussi, n’existe-t-il point, pour cette partie formant le véritable but de la théologie exégétique, de travaux suivis et systématiques, comme pour l’exégèse, qui cependant n’en est que l’instrument ; pas même parmi les catholiques, qui étaient uqturellemeirt appelés à cette défense du christianisme. Quelques travaux apologétiques qui ont été faits dans cette dernière période, ne sont que les produits ou des dispositions personnelles, ou des circonstances locales (1). Le célèbre Grotius fut le premier qui mérite d’être remarqué ici; mais ce furent surtout les illustres Pascal et Huet qui, en se fondant sur l’insuffisance de, la laison temporelle, touchèrent au vrai point de l’apologie du christianisme. — 11 faut cependant rappeler ici les deux sociétés hollandaises instituées (en 1790 et 1802) pour la défense du christianisme ; la société de Stockolm { illOYpro fide et chmtianismo ; et auti-es pareilles.
(1) Ces travaux apologétiques et purement occasionnels sont né-r cessairement ou rationnels, ou historiques, ou mixtes : parmi les premiers, il faut remarquer ceux de Hammond, Locke, Bonnet, Roëll, etc.; parmi les seconds, ceux de I.eland, Larduer, Houleville, etc.; et parmi les derniei’s, les travaux de Vernet, Sack, Lcss, Noesàelt, Jérusalem, Kleucker, etc. ,. ,■
Dans la théologie syst^atique, toutes les parties, la dogmatique, la polémique, la symbolique et la morale chrétienne, furent cultivées et développées durant cette dernière période , chacune suivant les modifications respectives de l’esprit dominant qui, dans, cette branche de la théologie, cherchait à ramener à des principes clairs la science Ihéologique, comme nous allons le voir.
Dans la dogmatique, les premières confessions de foi des protestants empêchèrent, durant les deux premiers siècles, le seizième et le dix-septième, le développement auquel était destinée, par la nouvelle religion, cette partie principale de la théologie. Mais, dans le dix-huitième siècle, la dogmatiqlie quitta ce caractère de statuts pour ainsi dire juridiques, qu’elle avait conservé, surtout par l’influence politique, pendant les deux siècles précédents ; et elle prit insensiblement la nouvelle direction dans laquelle, par un développement rapide, elle arriva à sa perfection actuelle, en se servant tour à tour des nouveaux procédés pliilosophiques et des nouveaux documente historiques, et en s’appropriant ainsi une forme scientifique rigoureuse, qui, par une dégénération nécessaire, l’écarta des conditions supérieures et secrètes de la révélation, et la conduisit aux principes purement temporels de notre savoir.
Parmi les évangéliques, Mélanchton ouvrit la carrière dogmatique dans ses Lois communes ; et il fut
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suivi, dans les deux premiers siècles, entre "autres par le savant Chemnitz, l’exact Hutter, l’érndit Gerhard, le spirituel Calixte, et le pieux Spéner. Vers le commencement du dix-huitième siècle, après les discussions qu'avait suggérées l’esprit scolastique qui s’était introduit dans la théologie, comme nous l’avons vu plus haut, la dogmatique commença à se réformer dans les travaux de Buddeus, de Pfaffet autres, jusqu’à l’application de la méthode philosophique de Wolf faite principalement par Canz, Carpov et Reusch, qui donna à la dogmatique sa nouvelle forme rationnelle. Enfin, la réunion des procédés philosophiques et des documents historiques, dans leur application à la dogmatique, apporta à cette partie de la théologie la dernière perfection moderne qu’elle reçut par les travaux de Heilmann, Toellner, J. D. Midiaélis, Teller , Semler , Steinhart et de leurs successeurs Eckermann, Henke, Ammon et autres. — Parmi les réformés, Chauvin ouvrit la carrière dogmatique dans ses Instit. rel. Christ. ; et il fut suivi, dans les deux premiers siècles, entre autres, par le cartésien Coccéius, et les orthodoxes Heidegger et Witsius. Ici encore, le nouvel esprit scolastique du dix-septième aiècle s’était introduit dans la dogmatique ; et ce fut seulement vers le commencement du dix-huitième siècle qu’avec les progrès des lumières modernes, cette partie de la théologie commença à se réformer par les travaux surtout de l’arminien Eimborch, du ratio-
naliste Roëll , fies anglais Biirnet , Clarke, Stackliouse , etc.; et des Siiisses Turretin, Werenfels, Vernet et autres. Enfin, Wyttenbach lui appliqua aussi ' la méthode philosophique ; et ainsi la dogmatique des réformés arriva rapidement à une perfection analogue ' à celle de la dogmatique des évangéliques, qui, par sa forme scientifique rigoureuse, la rattache entièrement aux principes temporels de notre savoir. Même parmi les catholiques, dont les nouveaux canons défendaient indirectement le développement de la dogmatifiue, cette partie de la théologie systématique fut d’abord modifiée par Cauus, Duhamel, Berti et quelques autres, et fut enfin modelée sur celle des protestants par Schwartz , Schwartzhueber , Wiest , Oberthuer , Zinmier et autres.
Dans la polémique, les deux premiers siècles après la réformation, le seizième et le dix-septième, où s’était développée la dogmatique scolastique, comme BOUS venons de le voir, furent occupés exclusivement par des discussions théologiques, dont l’objet n’était pas autant la déduction des dogmes réellement erronés, que la défense respeciive de ceux des diverses écoles ou -des différentes corporations religieuses. Ce ne fut que dans le dix-huitième siècle que la polémique, qui avait dominé jusqu’alors, a fait place à la dogmatique; et, vers la fin de ce siècle, si l'on excepte quelques défenses des anciens systèmes, cette partie de la théologie systématique se perdit presqu’entière-
ment, ou se confondit avec l’apôlogélique, en s’adonnant à la réfutation du déisme. — Il serait superflu de signaler ici toutes ces discussions, qui souvent n’étaient motivées que par des vues personnelles: nous nous bornerons à rappeler les principales.
Parmi les évangéliques, immédiatement après la • réformation, l’autorité humaine fut rejetée dans les thèses ; et l’on vit se développer l’Ossiandrisme, le Synergisme et le Flacianisme, dinsi que les Ubiquitaires. Elans le xvai® siècle, deux discussions principales occupèrent les évangéliques : le syncrétisme, à la tête duquel se trouvait le grand Calixte, et ses antagonistes Calov, Quenstaedl, Busher, Hollatz, etc. ; et surtout le piétisme, qui avait à sa tête le modeste Spéner, et son trop amer antagoniste Carpzovv. Dans la première moitié du xviii® siècle, la polémique des évangéliques portait sur l’application de la philosophie Wolfienne ; et, dans la seconde moitié, elle se réduisit, chez Storr, Seiler et quelques autres, à la défense des anciens systèmes, et elle expira, pour.aiusi dire, chez Deoderlein et Morus. — Parmi les réformés, les disputes sur la prédestination, sous les auspices de Calvin, Béra, Charnier, etc., s’établirent dès la réformation; et elles furent suivies, dans le xvii* siècle, de celles sur le coccéianisme et le rationalisme de Duckers et de Roëll, de la lutte de Becker contre la superstition, et d’autres pareilles. — Parmi les catholiques même, l’esprit dominant du rationalisme a transpiré dans les
faraeuses discuasions des molinistes, dans celles sur rimfuaculée Conception, niée par le jésuite Maldonat ; , , dans les discussions prolongées sur la diminution des fêtes 5 et dans mille autres concernant-la hiérarchie et les intérêts temporels.
Dans la symbolique, ^qui a pour objet l’acte même de statuer les dogmes coneernaut l’adoration de Dieu, il est clair qu’on a dû suivre tout simplement, d’une pai’l, rétablissement successif des nouvelles Eglises, et de l’autre, ■ le développement respectif de leur dog-rmati<|ue. A l’égard de. l’établissement des nouvelles églises, l’autorité symbolique de leurs diverses confessions, s’établit déjà durant la réformation. Et, à l’égard du développement de la dogmatique, les progrès correspondants dans la symbolique sont dus aux travaux de Toellner, Feuerlin, Walch, Semler, Busching, Schultze, Bratsberger, etc.
Enfin, dans la morale chrétienne, formant la dernière partie de la tliéologie systématique, et ayant pour objet de statuer les prt'‘ceptes qui concernent l’amour du prochain, il est clair également qu’on aurait dû suivre les progrès déjà dogmatique, qui doit êU*e chargée généralement de la déduction des articles de foi, tant théoriques (dogmes) que pratiques (précepte.s). Mais, comme Ja morale en général a des principes clairs dans l’essence même de notre savoir temporel, la morale chrétienne, qui doit se fonder exclusivement sur les conditions. supérieures de la ré-
véiation universelle, et dont les préceptes, précisément par cette raison, sont considérés à 1 ’ instar de commandements lœ dieu, cette morale relifîieuse, disons-nous, fut confondue avec la morale temporelle, qui est fondée sur le principe clair de la légalité de nos actions, c’est-à-dire de leur susceptibilité de devenir des lois, comme nous le verrons dans la 'suite de cet ouvrage.
Cette d^énératioH de la morale chrétienne en morale scientifique fut opérée d’abord et naturellement parmi les réformés, et nommément dans les systèmes de üaneau et d’Amyrant. Chez les évangéliques, la morale chrétienne resta attachée à la dogmatique, jusqu’à Calixte, qui en forma un système séparé, en la rattachant déjà secrètement au principe de la légalité des actions. Ensuite, avec les progrès modernes de la philosophie pratique, la soi-disant morale chrétienne reçut de nouveaux dévelo^qieraents, et fut ainsi transformée en une véritable morale philosophique;, savoir, chez les réformés, par les travaux de Pictet, La Plafcette, Stapfer, etc.; et chez les évangéliques, par ceux de Buddeus, Baumgarten, Mosheim, Crasius, Less, Tittmann, Doederlein, etc., et surtout par Reinhard dans son Système de Morale chrétienne.
Une particularité très-remar^able que présente la différence qui se trouve entro la morale universelle, fondée sur le principe de la légalité des actions, et la morale religieuse, fondée sur les conditions secrètes
de la révélation, c’est qu’en vertu de la dernière, il existe des exceptions aux règles ou lois morales établies en vertu de la légalité des actions servant de base à la première. Ces exceptions sont ce qu’on a nommé cas de conscience ; et la science particulière de ces cas consciencieux, appelée casuistique, a dû se former dans la dernière période, où, par la tendance vers le rationalisme, on a cherché à confondre la morale chrétienne ou religieuse avec la morale universelle. Aussi, la casuistique fut-elle établie effectivement chez les catholiques, comme une partie de la science théologique, et même elle aurait pu former ' une véritable défense de la morale chrétienne, si l’on eût su apprécier ou reconnaître la vraie signification de cette nouvelle doctrine théologique. Sa culture ultérieure est due aux travaux de Spéner, Baumgarten, Loy, Rotundi, etc. Mais, par son principe même, la casuistique est susceptible d’une d^énération par la multiplication arbitraire des exceptions morales qui en sont l’objet ; et cette d^énération eut lieu effectivement dans la morale des jésuites (le probabilisme, la restriction intérieure, et le péché philosophique), à laquelle fut opposé le rigorisme mystique des jansénistes. Enfin, avec Textension générale des lumières modernes, les catholiques ont aussi fini par donner à la morale chrétienne une forme purement rafionnelle, comme on le voit dans les productions de Schwau’tzhueber, Lauber, Danzer, Falnani, Muts-
clielle, Wankcr/ Zimmcr, Sclienkol, fieishuttner, et d’autres.
Quant H la tlu'oiogie historique, formant la troisième et dernière brandie fondamentale de la science thèologique, elle appartient plutôt au développement des sciences historwjues, où nous en avons effectivement indiqué les propres, qu’à la transformation moderne de la théolopie en rationalisme, dont il s’apit actuellement, comme ayant amené la ruine scientifique de la relipion chrétienne. En effet, la théolopie historique, n’ayant pour objet que de constater l’effectivité du christianisme, ne peut, par elle-même, influer sur sa modification ou sa décadence, laquelle ne devient ‘ un objet de cette branche historique de la tliéolopie que lorsqu’elle a déjà lieu. — Toutefois, nous remarquons ici, d’une part, la préférence donnée à la culture de cette branche théolopique parmi les catholiques, et nommément par les jésuites, les bénédictins et les pères de l’Oratoire, pour consolider par là les documents du christianisme; et, de l’autre part, la partialité avec laquelle elle fut traitée dans les diverses éplises, comme l’attestent, entre autres, les Centiirià Magdeburgemos , et les annales du cardinal Baroni, qui leur furent opposées.
Ainsi, dans toutes les parties doctrinales de la théolopie, dont'dépendait la perfection on la décadence du christianisme, la ruine de cette sainte religion fut opérée scientifiquement, en écartant le- sentiment des
conditions supérieures de la révélation universelle, et en lui substituant un pur rationalisme, ou la connais- 'sance claire des principes temporels de notre savoir. — Un .phénomène- scientilique extraordinaire , survenu de nos jours, eirt cependant lieu dans la^tliéologie, et paraît lui rendre sa primitive, ou plutôt sa véritable perfecliou. Nous voulons parler de l’apjvlieation de la philosophie critique, que nous allons apprécier. — Kant, auteur de cette philosophie, ayant découvert le principe abstrait de la légalité des actions pour la morale, et ayant reconnu la nécessité de ses préceptes impératifs, crut que cette nécessité iriéfragable postulait l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Nous verrous, dans la suite de cet ouvrage, que celte liécessité impérative de la morale n’est nullement liée avec le pc»tulatum de Kant. Ainsi, ce fameux postuktum, considéré rationnellement, est tout à fait gratuit; et, en radmettaul comme un fait, on ne saurait le fonder que précistunent sur les conditions supérieures de la révélation universelle. Aussi, résidte-t-il de son admission dans la philosophie critique, (pieles pjéceptes de la morale doivent être considérés à l’instar de commandements de Dien , et non dans leur propre vérité. — On voit par là que ces nouvelles idées sur Dieu, présentées dans la philosophie critique, sont tout à fait analogues à celles du. christianisme ; et qu’elles n’en diirèreiit que par leur prétendue déduction rationnelle ou temporelle, qui» suivant ce que
nous avons avancé, est fausse, ou du moins erronée.
On en conclura donc que l'application de la philosophie critique à la théologie, comme l’ont fak, pour' la dogmatique, Tieftrunk (essai imparfait), et surtout Staeudlin , et pour la morale chrétienne , Schmid , Ammon, le même Staeudlin, et autres, que cette application, disons-nous,, a dû, à certmns égards, ramener la tliéologie chrétienne à sa pureté primitive, ou plutôt à sa véritable perfection ; mais on concluera, en même temps, que ce retour, qui n’est point fondé rationnellement, parce que la déduction fondamentale est erronée, ne peut avoir aucune vedeur aux yeux de la raison moderne, qui demande la certitude, et non la simple croyance.
Cette décadence générale du christianisme n’a pu, ni être arrêtée par les moyens qu-’on lui avait opposés, ni balsmcée par la nouvelle extension qu’on a donnée à cette religion. — Parmi les moyens destinés à lapra tique supérieure et à la conservation du christianisme, spécialement dans son ancien état, nous nous bornerons à rappeler ici les nouveaux ordres ecclésiastiques des Capucins (Fratres odserva?ittæ) , des Théâtins, des Pères de l’Oratoire, des religieuses et des solitaires de Port-Royal, des Bénédictins de la Congr^ation de Saint-Maur, des Bernardins de la Trajq)e, des Piaristes ; les Sacerdotes missionum , les Fratres et Sorores christ, scholarum, etc., et surtout l’illustre compagnie des Jésuites ; et« pour la nouvelle exten-
sion du 'christianisme, elle est due notoirement au système de missions introduit généralement dans toute la chrétienté. -
L’ordre des Jésuites acquit bientôt une considération supérieure à celle des anciens ordres des Franciscains et des Dominicains, qui venaient de la perdre: instituée ostensiblement par Inigo ou Ignace de Loyola (1), la société de Jésus parait avoir eu des fondateurs invisibles (2), qui lui donnèrent la direction propre par laquelle elle acquit cette - haute influence qu’elle a exercée durant la plus grande partie de .cette dernière période. A la mort de Loyola, quinze ans api'ès l’institution, l’ordre des Jé.suites comptait déjà plus de mille, individus, et s’étendait dans presque toute l’Europe, où il formait déjà publiquement neuf provinces, dans le Pmlugal, l’Espagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, et l’Italie ; sans parler de la fondation immédiate par saint Xavier et autres, de la gi-ande mission étrangère, embrassant déjà alors les trois pjrovinces des Indes, de l’Éthiopie et du Brésil. A proprement parler, les
(1) Eli )o3l, sociiité privée qui fut confirnit-e par le Pape eu lü40.
(2) II ert posia'blc que des restes secf^ts des Templici's aient concouru A cette. mstilutiun, en se reproduisant aiosi sous le nom de Jésuites, et que les uns etjes autres se soient aftUié la Franc-Maçonnerie, du moins dans quelques-unes de ses loges, que nous pourrions nommer. — Mais, ces conjectures ne sont d’aucune importance pour l'objet de cet ouvrage.
Jésuites ‘ pour mieux atteindre leur but, ne formaient ])oint un véritable ordre, détaché du monde ; mais seulement une société tout à la fois distincte, et confondue avec la société p:éBérale ; aussi, n’avaient-ils ni couvents, ni habits tranchants, mais dès collèges, des séminaires, et des vêtements ordinaires, quoique distincts. Une gradation politique était mtroduite parmi les membres de celte société, formant les classes de novices, de scolastiques, de coadjuteurs et de profès ou véritables jésuites, sans compter la classe nombreuse d’affiliés secrets ; toutes régies d’une manière despotique par un chef absolu (pneposiim gmcralis), dont la dépendance du Pape, d’ailleurs stins collision dans le but, n’était peut-être que simulée’. Le but de cette grande société était manifestement la conservation de la religion, et par conséquent des principes politiques qui ^n dépendaient, mais spécialement la conservation de l’ancien ebristianisme, et par conséquent l’appui du siège ai>ostoli(jue ; aussi, dès leur fondation, les Jésuites furent-ils, au concile de Trente, de ^‘^‘8 défenseurs du pouvoir du Pape, dont ïls devinrent ensuite, par une nécessaire collision dans les moyens, les ennemis les plus dangereux. Le moyen principal de cette société était la domination de l’opinion publique, dont les influences les plus convenables étaient évidemment la considération attachée au savoir, la direction de riustruction publique, la connaissance exclusive des hautes confessions , et Tinttueuce coi-
respondante dans les affaires temporelles de l’Europe. Un moyen accessoire était les missions, pour étendre l’action et la réaction de cette puissante société.
On conçoit qu’un système d’opérations si vaste et si bien combiné, dut avoir une grande efficacité, et amener des résultats nombreux et importants ; aussi, estil incontestable que c’est à l’action de cette société qu’on doit, non-seulement le retard sensible du développement du protestantisme, ou généralement de la nouvelle religion, mais surtout l’extinction (1) de tous les germes de cette nouvelle religion, répandus parmi les religionnaires de l’ancien christianisme, et par conséquent la conservation telle qu’elle a lieu encore, de cette ancienne religion chrétienne. Mais, quelque étendues et bien combinées que fussent ces opérations de la société de Jésus, leur but étant évidemment contraire à la tendance nécessaii’e vers la vérité et la certitude, par laquelle l’humanité se trouvait entraînée durant celte dernière période de son développement, l’opinion publique, cette arme principale des Jésuites, dut, malgré leurs puissants etforts, se tourner contre eux-mêmes, et porter un coup funeste à leur existence.
Déjà vers la fin du seizième siècle, cinquante ans après l’institution des Jésuites, le Parlement de Paris chercha, quoiqu’eu vain, à motiver et à produire leur
(1) Nous ne citerons ici qu’un exemple, la persiîcution de Palafox*, t'vùque de Puehia de los Aiujelos, défenseur des droits des évéquer.
2t WnONSKI
expulsion de la France ; sans parler ici de mille autres discussions et plaintes ienou\el«5es continuellement. Dans le dix-septième siècle, les Pères de l’Oratoire, les Jansénistes (1), les Dominicains, etc., et déjà le Pape lui-même, luttaient contre les principes ou contre rintluence de cette puissante société. Enfin, dans le di.x-huitièine siècle, le changement général et bien prononcé de l’opinion publique, parallèlement au développement complet de l’incrédulité universelle, qui avait entraîné la ruine de la religion elle-même, porta le dernier coup à l’existence publique des Jésuites ; et cette atteinte mortelle fut facilitée, d’une part, par l’incapacité scientifique dans laquelle tomba cette compagnie, précisément au moment où l’ascendant du savoir lui aurait été le plus nécessaire, et de l’autre, par la perversion ou dégénération casuistique des principes de la morale, et notamment par la doctrine du régicide ; l’iinc et l’autre bien au delà de ce qu’exigeait la nature même de cette institution. Aussi, des circonstances presque insignifiantes, telles que le procès avec Lioncy, devinrent des prétextes pour son abolitio^i partielle et successive, en Portugal par Pombal, en France par Choiseul, et en Espagne par Aranda ; malgré l’imprudente opposition de Clément XIll, qui ne fit que provoquer davantage
(1) Les lettres provinciales de Pascal commencèrent à tourner l’o- "pinion publique contre les Jésuites.
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la r(^solution g('*nt‘rale de la destruction de cette compagnie.
Le sage Clément XIV dut donc céder à cette disposition doniinaute, et la bulle Dominus et redemptor noftter annonça le terme de l’existence des Jésuites. La Ru.ssie seule, peut-être par un vague pressentiment, plutôt que par une puissante iniluence secrète, protégea les restes de cet ordre anéanti, et prépara ainsi son importante renaissance actuelle, dont nous parlerons dans la suite. — Quant au système de Missions (pii s’établit généralement durant cette dernière période, pour étendre le cbristianisme, et pour en n;pandre les bienfaits sur tout le globe terrestre, on conçoit facilement que, d’après l’esprit dominant de cette période , le vrai motif de ce système était de porter la civilisation moderne parmi les peuples barbares, pour pouvoir mieux utiliser leur activité ; sans parler de la jalousie des différentes branches du christianisme, qui, par une plus grande extension, cherchaient ainsi respectivement à consolider leur supériorité, ou du moins leur existence. Nous nous bornerons ici à rappeler les institutions et tes mesures principales , telles que la direction des provinces étrangères des Jésuites, la propagande (1622) et son séminaire (1627), la congrégation du Saint-Sacrement et le séminaire de Paris, l’institut de Naples pour l’instruction de douze chinois, le séminaire de Linz, celui de Corsini pour les Grecs , la résolution du
Pai'lpinpnf d’AngleteiTC en 1G47, la socnHi' anglaise pour l’exlension dn christianisme, celle de Boston pour la conversion des sauvages, la société écossaise pour les Hébrides; le collège de Norvvège pour la propagation de l’évangile, la direction des missions danoises à Trancpiebar et dans le Groenland, le collège de Suède pour la Laponie; le système des missions des Frères Moraves , et la société des missions des Méthodistes ; enfin plusieurs sociétés récentes établies en Hollande, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse, auxquelles on peut joindre l’institut plus ancien de Calenberg pour la conversion des Juifs et des Musulmans.
Mais , tous ces efforts , sans pouvoir contribuer beaucoup soutenir la considération du christianisme parmi les chrétiens, à cause de leur motif principal, étranger à la religion, n’ont même pas dû produire les effets qu’on en avait attendus, parce que, suivant l’esprit de cette sainte religion, tel que nous l’avons reconnu plus haut, le christianisme ne peut s’établir avec efficacité que lorsque, comme cela est arrivé au commencement de la troisième période,, il devient chez les hommes l’objet d’nn besoin auguste, provoqué par leur développement complet dans les deux périodes précédentes. Aussi, comme on l’a reconnu, le grand système des missions, pratiqué avec zèle par l’ancienne et par la nôuvelle religion, n’a obtenu que de faibles résultats pour la culture morale des sau-
vages, et niènie de que^jues païens plus civilisés ; et ce qui vient à l’appui de cette assertion, s’il en était besoin, c’est que les missions des Frères Moraves ont obtenu proportionnellement des succès supérieurs à cause de leur mysticisme , qui s’alliait mieux avec l’idolâtrie et l’allégorie des peuples barbares. — Ainsi, en résumé, ni les moyens qu’on avait employés pour la prati(|ue et la conservation du christianisme, ni les efforts faits pour sou extension, n’ont pu arrêter la décadence de la religion.
Jusqu’ici nous avons suivi, dans sa généralité, celle décadence du christianisme durant la dernière période du développement de l’humanité. On conçoit qu’elle a dû avoir lieu parallèlement dans les deux réalisations particulières de cette sainte religion , c’est-à-dire , dans le culte, destiné à l’adoration de Dieu, et dans l’institution des églises ou des sociétés morales, destinées à l’exercice de l’amour du prochain.
Dans le culte divin, la sanctilication de nos sentiments, qui est le véritable objet de ce culte, a lieu, d’abord , imparfaitement , par la signation (acte tle représenter par des signes) de nos sentiments divins, et ensuite par une véritable exhiuition poétique (acte de représenter dans le beau et le sublime) de ces sentiments : la première constitue les sacrements ; et la seconde, le culte divin strictement dit. — Or, la ruine générale du christianisme a dû entraîner parallèlement celle de ses deux parties cuuslituunles du
culte chrétien. Et effectivement, les anciens sept sacrements de l’Église latine, considérés tous comme étant d’institution divine, furent réduits, dans la nouvelle religion, aux deux sacrements du baptême et de l’eucharistie, les mômes qui, parmi les sept sacrements ou mystères de l’église giecque , étaient déjà considérés comme étant seuls d’institution divine. Pour ce qui concerne le culte strictement dit , la nouvelle religion le rejeta presqu’entièrement : les évangéliques ont au moins toléré les images, en commémoration des événements ; mais les réformés les ont entièrement rejetées, ainsi que le crucifix et l’usage des cierges. — Quant à la lithurgie, (jui est la forme physique du culte, elle suivit nécessairement sa décadence : chez les évangéliques, on conserva encore quelques cérémonies religieuses ; mais chez’les réformés, elles . furent toutes abolies ; même chez les catholiques de l’Allemagne, la lithurgie fut prétenduement simplifiée, vers la fin du dix-huitième siècle, lorsque l’empire des idées libérales s’était établi généralement.
Dans l’institution des églises ou des sociétés morales, dont le véritable objet est l’affranchissement de l’humanité des entraves physiques et, par conséquent, les secours réciproques par l’exercice de l’amoùr du prochain, nous avons déjà distingué plus haut, dans la troisième période, ce principe général, c’est-à-dire, la CHARITÉ considérée comme amour du prochain en
\'ue de Dieu, et le iiSoyeu <,"éuéral, consistant dans l’iNSTRUCTioN de la morale et de la religion. — Or, par la natnre même de la décadence du christianisme, on conçoit que ce principe des sociétés morales,, la charité, a dû perdre son précieux motif d’être exercée en vue de Dieu ; mais qu’en revanche, l’instruction chrétienne, leur moyen général, a dû se développer, et arriver à une grande perfection. Et effectivement, les nombreuses in.stitutions modernes, qui paraissent avoir pour objet la charité, ont presque toutes des motifs politiques, fondés sur l’amour du prochain en vue de îious-tnêmes, c’est à dire, en vue de nos fins physiques ou terrestres.
Pour ce qui concerne l’instruction chiétieune, par un mécanisme nécessaire de l’esprit dominant, elle eût son triomphe dans cette dernière période, surtout parmi les religionnaires du nouveau christianisme, et précisément au moment de la ruine de la religion, vers la fin du dix-huitième siècle, où l’on répandit une immense quantité de livres, pour cette instruction, et où l’on institua même des sociétés pour cebut, telles que la société fondée par Velsparger, la société de Londres, etc. Aussi, l’instruction chrétienne se perfectionna-t-elle dans toutes ses branches, l’homilétique, la catécliétique, et la théologie pastorale. Dans l’homilétiqiie, les progrès sont dus aux travaux d’un grand nombre de protestants, dont nous nous bornerons ici à reraar(iuer, pai*mi les plus anciens.
Hypt^rius, et parmi les modernes, Mosheim, Heilman, Steinhart, Schmid, Ammon et Heydenreich; et c’est H ces progrès qu’il faut attribuer la supériorité des prédicateurs allemands, dont il suffira ici de rappeler, parmi les modernes, Zollikofer, Teller, Lofler, Reinhard et Niemeyer. Après les prédicateurs allemands, . vinrent les prédicateurs anglais, et ensuite seulement les prédicateurs catholiques, qui n’out pas avancé proportionnellemeut dans cette dernière période; toutefois, quelques hommes éminents se sont fort distingués parmi ces derniers, tels (pie Bourdaloue, Massillon, Bossuet, etc., chez les Français. Dans la catéchétique, les progrès ont été faits, d’abord, par Spéner et Seidel; ensuite, par Pauli, Miller, Rosenmuller, Seiler, Schmid, etc., et enfin, par Graffe, et autres plus récents, dont le premièr y appliqua les principes de la philosophie critique. Plusieurs catholiques, tels que Felbiger, Schmidt, Jos. Miller, ZolTol, Vierthaler, etc. ont aussi concouru à ces progrès de la catéchétique. Enfin, dans la théologie pastorale, nous remarquerons, parmi les protestants, les travau.v anciens d’Eberlein, Sarcérius, Hartmann, Mieg, et les travaux plus récents de Deyling, Roquet, Miller, Jacobi, et surtout de Niemeyer, Quelques catholiques tels que Gistshutz, Sailer, Zimmer, Schenkl, etc., se sont aussi distingués dans cette dernière branche de l’instruction chrétienne. Eu résumé, cette instruction religieuse fut ainsi portée à la plus haute perfection
qu’il fût possible (l’aüeindre au milieu de l’afiaiblissemcnt général de l’esprit du christianisme.
Quant à la liiérarcliie, (jui est la forme physique des sociétés morales constituant les églises, nous nous bornerons. à remarquer le Droit ecclésiasti(jue moderne, et le point de discipline concernant le mariage des prêtres, les([uels suffisent pour caractériser ici l’esprit temporel, qui s’était introduit généralement 'dans toutes les rainilications du christianisme, et qui en a amené la décadence. Suivant ce nioderne Droit ecclésiastique, tel qu’il s’est développé chez les évangéliques, la suprématie .spirituelle appartient exclusivement au gouvernement politique; et, de cette manière, par une étrange contradiction, le but de l’église ou de la société morale, qui est l’affranchissement de l’humanité de toutes fins physiques ou terrestres, se trouve confondu avec le but teirestre de la sûreté puldique dans la société physique. Cette suprématie spiiituelle, e.vercée par l’organe de ccj.nsistoiiœs, et formant ce qu’on nomme jus .s.vcuonuM, contient jus- (ju’au droit d’examiner les doctrines religieuses, nommées particulièrement jus circa saura. BienpUis, les réformés, qui, suivant ce que nous avons vu plus haut, sont enclins aux formes démocratiques par leur distinction mieux prononcée des deux régions, sensible et intellectuelle, n’admettent pas cette mèinc suprématie politiipie et, accordant ces droits indistinctement à tous les membres de l’église, ils ont
aussi introduit un régime ecclésiastique républicain. Quant à l'église anglicane, par le principe de sa formation, que nous avons déduit plus haut, elle a conservé du rit romain le gouvernement des évêques, dont elle fonde l’institution, considérée commer divine, sur la succession des apôtres. Et chez les catholiques, le pouvoÿ' monarchique du Pape fut tempéré par les concordats, espèce d'accommodements entre le ciel et la terre, auquel ce chef de l’ancien christianisme fut forcé de recourir par suite de la non-admission pleinière des canons du concile de Trente ; non-ad^nission ({ui, à son tour, avait déjà été une suite de l’atfaihlissement général de l’autorité de la croyance.
Pour ce qui concerne les vœux du célibat des prêtres, dont la nécessité avait déjà été soutenue dans le premier concile de Nicée et dans la première Décrétale, ils perdirent toute leur sainteté dans cette dernière période du développement de l’humanité. Trouvant raisonnable de vivre suivant l’instinct du sexe, qui nous reste comme don de la nature, ou introduisit généralement, dans la nouvelle religion, le mariage des prêtres, de ces ministres de Dieu, destinés précisément à détacher les hommes de leurs inclinations physiques ou terrestres.
Nous venons de dire (jue l’autorité de la croyance était déjà affaiblie ostensiblement du temps du concile de Trente, même parmi les religionnaires de l’ancien christianisme. Cette autorité, (jui est évidemment la
hase de l’aulorité ecclesiastique et de sou pouvoir temporel, le fut bien plus, jusqu’à son extinction totale, par suite du développement général de l’incrédulité religieuse, (|ui, fondée sur les vérités modernes, comme nous le savons déjà, remplaça insensiblement cette ancienne croyance religieuse. Aussi, durant cette dernière période, l’influence temporelle du gouvernement ecclésiastique diminua-t-elle effectivement de plus en plus, jusqu’à son entière extinction. Dans la nouvelle religion, l’influence mondaine des ecclésiastiques cessa à mesure que les gouvernements politiques cessèrent de se mêler de la théologie. L’espèce d’exception que présentent à cet égard la Suède et l’Angleterre, où le clergé participe au pouvoir législatif, vient de rétablissement des constitutions politiques de ces pays, lesquelles, n’admettant aucune altération, font tolérer, comme un mécanisme nécessaire, cette anomalie de l’opinion publicpie. Dans l’ancienne religion, l’influence mondaine des ecclésiastiques se soutint naturellement plus longtemps, surtout par le système des Jésuites, qui, pour ce but, s’étaient emparés de tous les priucipaux sièges de confession. Toutefois, cette puissance temporelle du clergé catholique et de sou chef se perdit de plus eu plus, malgré les efforts réitérés que fit la cour de Rome pour la conserver. Le courounemeut de l’Empereur par le Pape cessa immédiatement après la réformatiüu; et, avec cette cessation, se dissipa l’an-
fieu prestige de l’origine 'divine du pouvoir temporel. Aussi, Maximilien II, refuse-t-il dt\jà envers le Pape tout serment iHranger à la simple protection de l’Église; la fameuse huile in cwnu doniini maiiifestet-elle dt'ij.à les inquiétudes de la cour de Rom^; et, vers la tin du siècle de la réformation, les divers droits du Pape, tels que réserves, éxemptions, expectatives, provisions, etc., se trouvent-ils déjà considérablement limités, malgré rinfluence supérieure exercée par Sixt« V.
Dans le di.x-septième siècle, les nombreuses sécularisations, en vertu de la paix de Westphalie, portèrent à la puissance du clergé une atteinte majeure, et surtout devinrent un exemple dangereux pour l’avenir. A la vérité , Innocent XI résista à Louis XIV ; mais ses successenrs , .\loxandre VIII et Innocent XII, sentirent déjà le besoin d’une modération politique, confoime au développement de l’esprit de cette période. Aussi, dans le dix-buitième siècle, de faux conseils égarèrent-ils Benoît XIII et Clément XII et les lirent-ils succomber dans leurs discussions avec Charles VI , le Portugal et l’Espagne. Vers ce temps, des écrits publics, dictés par les nouveaux principes pbilosopbicjues , vinrent se joindre aux mesures politiques pour réprimer ou même anéantir l’autorité ecclésiastique , et portèrent effectivement un coup funeste à cette autorité ; tels que fut surtout, vers la lin, le fameux écrit pseudonyme de Febroui,
traduit dans presque toutes les langues de l’Europe, et lY'pandu avec profusion dans toute la clmHienté (1). Alors, Benoît XIV sentit la nécessité d’une grande prudence, pour éviter de grands sacrifices; et sou successeur , Clément XllI , pour avoir négligé de suivre cette nouvelle conduite, jeta effectivement la cour de Rome dans un grand embarras, dont elle ne put se tirer que par la modération du sage Clément XIV.
Enfin, les innovations de Joseph II, par lesquelles on détacha les ordres ecclésiastiques de leurs chefs, et surtout la révolution française, où tous les ordres et vœux religieux furent abolis , portèrent le deinier coup à l’autorité de l’Église Romaine, dont le chef finit par perdre ses États, et même sa liberté (2).
Depuis cette catastrophe, et même immédiatement après la révolution française, attribuant <i cette révolution elle-même les borreui-s qu’elle avait amenées, comme nous l’avons déjà dit plus haut, on s’est hâté de rétablir, dans les pavs catholiques, et même dans toute la chrétienté, les anciennes inslitutionss religieuses ; croyant remédier par là au débordement
(I) I.’auteur (Hontheim, suffragant de Trêves), roiubaltu d’abord parSappel, P. Dallerini, Zaoebaria, Mamaebi et autres, ayant i5td reconnu, se rétracta sur l'instance réitérée de la cour de Rome; mais ensuite cette rétractation fut commentée.
(•.J) L’arebevéque de Ratisbonne -(Primat de la Confédération du Rhin) fut le seul ecclésiastique qui conserva la dignité souveraine.
scandaleux de celle nécessaire dépravation morale. Ainsi, dans les Étals Autrichiens, on revint aux institutions que l’on y avait abolies, et l’on renchérit même sur leur ancienne observance ; dans les autres États catholiques,^ et même en France, on ressentit la perte de la reli<^ion, et, poi-té par divers motifs, on chercha à la restituer; en Russie, de iioinelles organisations ecclésiastif[ues (et scolaires) furent introduites; en .\ngleterre, l’observance des fêtes, cette dernière manifestation des sentiments religieux, fut de nouveau recommandée ; enfin, dans les pays protestants, les exercices, pieux reprirent une nou.velle vigueur. Quant au souverain pontife, restitué dans ses États et dans ses fonctions spirituelles, ce zélé prélat crut devoir rétablir toutes les institutions, destinées <\ la conservation et h la propagation de l’ancien christianisme ; institutions parmi lesquelles nous nous bornerons ici à signaler l’illustre corporation des Jésuites.
Mais, îiprès ce que nous venons de reconnaître sur l’essence du christianisme et sur le nouveau développement de l’humanité, auquel cette sainte religion a servi de guide, on comprendra facilement que tous ces efforts, pour remettre en vigueur la foi de la religion chrétienne, sont vains, et ne sauraient plus 'avoir aucune efficacité.
Lorsque l’homme, dirigé par la finalité du monde, ne se trouvait encore que sur les premiers échelons de
son dj^eloppement, lorsqu’il ne connaissait que les charmes de son existence physique, et les sentiments plus élevés qui sont attachés à la connaissance de la justice, la croyance sur laquelle se trouve fondé le christianisme, pouvait avoir pour lui une réalité assez grande pour lui faire sacrifier à cette religion toutes ses affections terrestres, et subordonner ti elle les sentiments supérieurs de ses droits. Mais aujourd’hui que l’homme est parvenu, précisément par le secours de cette divine religion, à la conscience claire de la suprématie de la Raison, mdle autre réalité, quelque sublime qu’en fût l’objet, ne saurait plus balancer chez lui la réalité infinie et incomparable de la vérité et de la certitude. C’est donc en vain que l’on chercherait à le détacher de cette haute tendance, qui désormais est l’unique véhicule, ou plutôt le nouveau principe de son existence, pour le ramener à la simple croyance, qui ne saurait plus le satisfaire. Tous les efforts pour ce but impossible, quelque puissants qu’ils fussent d’ailleurs, seraient donc inutiles ; et bien plus, ils ne feraient qu’entraver la marche ultérieure de l’humanité.
Ainsi, en résumant ici les résultats de cette (juatrième période du développement de l’humanité, (jue'nous venons de parcourir, nous aurons, pour le but dominant, pour la culture du savoir, une masse inerte de connaissances des faits, sans liaison propre et sans certitude absolue, et formant un étal précaire
et dt^fectueux, qui, comme nous le verrons bientôt, doit nous jeter dans une incertitude absolue, en nous privant de l’existence de la vérité elle-même; et, quant aux buts subordonnés, nous aurons, pour le bien-être physique ou corporel, le développement complet de l’utilité économique ou des moyens relatifs à ce bienêtre corporel; pour la sûreté publique, la dissolution des États et de la société humaine en général ; et, avec cette dissolution, la perte nécessaire de l’utilité physique supérieure, ac(piise pour le bien-être corporel ; eniin, pour la moralité ou la l’eligion, nous aurons l’incrédulité générale, et, avec elle, le retour à l’abrutissement primitif de l’espèce humaine. Toutefois, au milieu de ces pertes funestes, qui résultent des efforts faits dans cette dernière période, et qui ramènent riumuinité en quebpie sorte à son état primitif de délaissement, un' avantage supérieur et bien propre à t'ompenser ces pertes, c’est-à-dire, la considération infinie de la suprématie de la vérité, s’est développée complètement dans l’Iiumaiiité, et lui donne actuellement sa toute-puissance, avec laquelle elle peut renoncer aux secours ultérieurs de la finalité du monde, et se livrer <à ses propres forces.