CHAPITRE PREMIER
RELATION DES- QUATRE' BUTS .RBLATIFS-0O INSTRUMENTAUX AVEC LA RÉALITÉ UNIVERSELLE. — PROGRES DES MANIFESTATIONS ABSOLUES PENDANT LES.QUATHE PRE.MIKRES PÉRIODES DU DÉVELOPPEMENT DK
l’iiumanetë.
Nous voilà arrivés, à l’aide de la finalité du monde, au terme du développement complet de rhiunanilé, opéré par rétablissement et la domination successive de ses quatre grands buts instrumentanx , savoir : dans la première période, par la domination du bienêtre pliysique ou corporel; dans la seconde, par la domination de la sûreté piildiqiie; dans la troisième, par la domination de la moralité ou de la religion; et enfin, dans la quatrième, par la domination du bienêtre hyperphysique, ou de la culture du savoir.
.Nous connaisisons, ainsi», dans la détermination successive de ces progrès de Plnimanité, sa véiâlable
nature, et jusqu’à ses principes et à son essence la plus intime. Nous savons quelles sont les forces que c^s divers buts ont développées successivement dans l’humanité, pour la conduire à l’établissement définitif de la SUPRÉMATIE DE LA VÉRITÉ, auqucl elle a abouti effectivement par les efforts qu’elle a faits dans la quatrième période de son développement, Nous avons vu comment parvenue à ce terme où, par la faculté infinie de la raison, elle acquiert la conscience de sa toute-puissance, l’humanité,' tombée dans un affreux désordre politique et religieux, sans parler de l’état précaire et défectueux de ses connaissances, a été abandonnée par la finalité du monde qui l’avait conduite jusqu’à ce terme sublime; et cela,, en quelque sorte, pour la rendre à ses propres forces, qui actuellement lui suffisent pour se fixer elle-même sa direction.. Enfin, nous avons reconnu que ce grand développement de l’humanité s’est trouvé en tout conforme (t) aux principes et aux lois de^l’établissemant des buts delà volonté, que nous avqns déduits, pour le
(1) Cette conformité du développement de l’humanité avec Içs principes et les lois du développement universel des êtres raisonnables, sans déroger en rien à la dignité de la terre, la fait ren-trer dans la masse des corps célestes qui, par un établissement universel pareil du but absolu, auront bien mérité de la création. On conçoit cependant ici la possibilité de qaelque anomalie ou de quoique exception ; car, par un usage supérieur de la spontanéité, on pourrait franchir une ou plusieurs périodes du déveioppement universel, pour aborder immédiatement l’établissement du bnt
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développement univeriiel des êtres raisomiahles, partout où il peut en exister dans l’immensité de
1 univers.
Il ne nous reste donc pour répondre complètement à la grande question présentée au début de cet ouvrage, qu’à suivre le développement ultérieur de l’état précaire ou plutôt défectueux de nos connaissances actuelles, dans lequel, d’après les principes et les lois universels que nous venons de rappeler, la finalité du monde doit encore nous présenter au moins une condition négative pour rétablissement de notre but absolu, que nous devons aborder aujourd’hui. Mais,, avant de procéder à ce dernier développement nous allons encore jeter un coup d’œil sur les divers buts relatifs que l’humanité a déjà atteints, en nous plaçant ici dans un nouveau point de vue, propre à nous faire découvrir leur relation avec la réalité universelle, et par conséquent la direction de ces buts instrumentaux pour nous condtiire à notre but final et absolu, c’est-à-dire, à la découverte de la vérité.
absolu. Une telle cxccplioii serait une gloire supeuieurc pour ceux des corps cdlcstes où clic aurait lieu, sans pour cela, nous le répétons, faire déroger en rien la gloire de la tcrt-c.
En donnàut au cominenceinent de cet ouvrage la déduction des divers buts de l’humanité, et d’aiwrd des buts intellectuels en général, nous avons remarqué la causalité du savoir qui le rend actif; et -nous avons ainsi reconnu, dans le savoir en général, les deux facultés distinctes, l’une purement contemplative, qui est la cognition, et l’autre active, qui est la voLiTioN. Nous avons vu ensuite que, poyr l’établissement des objets de la volition (instincts ou buts), c’est-à-dire pour l’exercice même de la volition, il faut des motifs ou des faisons déterminantes, qui, d’après ce que nous avons reconnu également, se trouvent dans les conditions mêmes de la réalité des êtres doués de ces facultés du savoir. Or, ces motifs ou raisons déterminantes de l’exercice de la volition, ou ces conditions de noti’c réalité, doivent précisément, pour devenii- motifs ou raisons déterminantes, nous être donnés ou se manifester à notre savoir. Mais, cette manifestation ne saurait, être une fonction purement contemplative de la cognition, parce que, comme telle, elle ne pourrait être une condition de la causalité du savoir; elle ne saurait non plus être déjà une fonction active de la volition, parce que, comme telle, elle se prive-
'l'ail elle-rnêine de sés motifs ou raisons délemiina»te8> et la volitioii cesserait d’être une causalité du savoir (qui a besoin de raisons déterminantes). Cette ma^ nifestation des- conditions de notre réalité, qui forment les motifs de la volition, doit donc participer à l’une et à l’autre des deux fonctions distinctes, couitemplative et active, que nous venons d’examiner; et, c’est effectivement dans la neutralisation de oes deux fonctions opposées qu’a lieu cette manifestation des eonditions de notre réalité, et qu’elle constitue ce qu’on nomme sentiment. Ainsi, entre les deux facultés opposées du savoir, la cognition et la velition^^ U existe une faculté intermédiaire, le sentiment, qui sert à les lier ensemble, en nous rendant conscients des conditions de notre réalité, lesquelles, par l’organe de la cognition, deviennent motifs ou raisons, déterminantes de l’exercice de la volition.
Or, ces conditions de notre réalité, manifestées par le sentiment, sont précisément les conditions mêmes de notre bien-être physique ou temporel-, parce que celte réalité a lieu sous les conditions de la, nature ou du temps. Il s’ensuit immédiatement que; sous le point de vue des facultés mêmes du savoir, le but du bien-être physique ou corporel, qui a dominé dans la première période du développement de l’iiumanité, n’est rien autre qu’une conséquence néces-, saire.de notre faculté du sentiment; tout comme- lu but. du bieu-jêtre byperpljysique ou de la cultuve di*
savoir, qui a dominé dans la quatrième période, est une conséquence pareille de notre faculté de la cognitioii; et le but de la sûreté publique ou de la légalité de nos actions, qui a dominé dans la seconde période, est une conséquence nécessaire de notre faculté de la vôlition ou spécialement de la volonté. Ainsi, ces trois buts relatifs, le bien-être physique, le bienêtre hypérphysique et la sûreté publique, ne sont proprement que des résultats des parties constituantes elles-mêmes du savoir général de l’homme; et comme ce savoir, d’après ce que nous avons déjà reconnu plus haut, ne peut avoir lieu que sous les conditions du temps, ces trois grands buts relatifs de l’humanité sont purement temporels ou terrestres.
Il- n’en est pas de même du quatrième grand but de l’humanité, de celui de la moralité ou de la religion, qui a dominé dans la troisième période de son développement. Ce quatrième but, en le considérant également sous le point de vue des facultés de notre savoir, ne dérive point, comme les trois autres, des facultés actives et propres de ce savoir, c’est-à-dire, de la cognition, du sentiment, ou de la volition, qui constituent l’essence temporelle ou terrestre du savoir humain : ce quatrième but dérive d’une faculté purenaent passive dé notre savoir, et qui est étrangère à son essence, c’est-à-dire, de sa réceptivité pour des vérités absolues ; ainsi que cela résulte clairement de ce quenous avons recoimu plus haut, concernant la
révélation, sur la<jiielle se fonde ePFectivement la religion et la moralité absolues. Comme tel, c’est-à-dire, comme dérivant de la faculté passive, ou de la réceptivité supérieure de notre savoir essentiellement temporel, ce quatrième grand but de l’hunianité se rattache aux conditions temporelles et terrestres de notre existence ; mais, comme provenant des conditions supérieures de la révélation, ce grand but se rattache surtout aux conditions absolues de la réalité universelle. Et, dans cette double dépendance, c^e but sublime de la moralité et de la religion constitue une anticipation temporelle ou terrestre de la réalité absolue et universelle.
11 faut ieinar(|uer ici que cette faculté passive du savoir humain qui constitue sa réceptivité pour la réalité absolue, et qui effectivement nous fait anticiper celte réalité elle-même dans la moralité et la religion, doit se manifester même dans les trois facultés actives et propres de notre savoir, c’est-à-dire, deuis la cognition, dans le sentiment et dans la volition ; parce fpje cette réceptivité supérieure du savoir humain, en l’ennoblissant en quelque sorte, constitue une espèce de forme générale de ce savoir. Et en effet, dans la faculté de la cognition, nous avons une manifestation de la réalité absolue par la ceiiilude géométrique et par la certitude algoritlnnique ; dans la faculté du sentiment, nous avons une manifestation pareille par les sentiments du beau et du sublime ; et enliu, dans
la faculté de la volitioa, nous avons une œanifeMation (le la réalité absolue par l’exercice du devoir et celui de l’honneur. Mais, par leur déduction même, ces diverses manifestations de la réalité absolue ne sont et ne peuvent être (ju’une espèce de forme des objets respectifs de nos facultés intellectuelles. Aussi, les connaissances géométrkiues ne portent-elles que sur la forme de l’étre, et les connaissances algorithmiques que sur la forme du savoir, considérée dans, son action fondamentale ou cognitive ; de même, le sentiment du beau ne porte-t-il que sur la forme de notre réalité d^endante de l’être, .et le sentiment du sublime que sur la forme de la même réalité dépendante du savoir ; de môme encore, l’exercice du devoir ne porte-t-il que sur la forme de nos actions extérieures (dépendantes de l’être), et l’exercice de l’honneiir que sur la forme de nos maximes intérieures (dépendantes du savoir). De là vient que ces divei-ses formes des objets respectifs des facultés propres de notre, savoir, qui, sans être encore une véritable anticipation de la réalité absolue elle-même, comme dans l’objet de la religion, sont déjà des manifestations de cette réalité moyennant les objets temporels de notre savoir, de lii vient, disons-nous, que ces diverses formes intellectuelles, portent avec -elles la haute > importance qui, de tout temps, les a fait placer immédiatement après la religion, avec la(juelle, vu leur origine commune, elles ont efiéctivenmnt une gi'ande afûnité^ Cependant,
malgré cette aflinité, elles appartieuneul yropreinent et respectivement ii chacun des trois grands buts qui dépendent des trois facidtés propres de notre savoir, par lesquelles ont lieu ce^ maniiestalions de la réalité absolue. Ainsi, la certitude supérieure des vérités géométriques et des vérités algoritbnvque^ appartient au but du bien-être hyperphy^iqiie ou de la culture du savoir; les sentiments supérieurs du beau et du sublioie appartiennent au but du lneu;-êti’e physique ou tepiporel; et l’exercice supérieur du aévôir et celui de l’honneur appartiennent au but de la sûreté publique, ou de la légalité des actions. Toutefois, vu l’importance supérieure de ces manifestations de la réalité absolue, elles se détachent en (piéhiue sorte des buts respectifs auquelles elles appartiennent, pour former, dans la tendance générale de l’humanité vei’s la réalité absolue, une affaire à part, et en quelque sorte un but distinct et particulier. Aussi, ont elles effectivement été poursuivies, avec un intérêt égal, dans toutes les périodes du développement de riiuiuanité, surtout dans les deux moyennes, pendant ' lesquelles la tendance vers l’absolu était le mieux prononcée.
C’est à cause de cet intérêt commun allacbô.coiïstaïuiueut au;( manifestations absolues qui vieunent
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d\Mi‘e ({(''(fuites, ({ue nous n’avons pas suivi leurs progrès dans les (piatre périodes du développement de l’humclnité où ont dominé successivement des intérêts distincts, dépendants des (piatre buts (pii ont donné lieu à ces périodes du développement. Néanmoins, et cela est naturel, les progrès des manîFestal ions absolues dont il s’agit, ont été iufluenctis par les intérêts distincts «|ui ont présidé aux (juatre périodes de notre développement. Mais, pour bien appréèier ces progrt's, pour reconnaître la vraie signification de ces manrfeslations absolues, et pour distinguer même rinflucnce des intérêts périodiepies sur les progrès de ces manifestations de la léalité absolue, il fallait remonter jusiju'à leur source supérieure, consistant dans l’espèce de forme générale que ri^oivent ^les facultés de notre savoir de sa r('‘ceptivité pour la réalité absolue; et nous ne pouvions le faire qirapri's avoir e.xaminé les ipiatre périodes de notre développement sous le point de vue de la réalisation extérieure des. quatre buts (jui y ont dominé, comme nous les avons examinées effectivement en parcourant ces périodes, avant de nous placer dans le point de vue pirsent, sous lequel nous découvrons leur dépendance intérieure et respective des faculté's mômes de notre savoir. Ce serait donc ici le lieu d’examiner, sous ce point de vue supérieur, les progiès de ces manifestations de la réalité absolue, durant les quatre périodes du développement de l’iuimauité, en ayant égard à
l’inSuence de ees progrès, dépendante des intérêts respectifs de ces <piati-e j)ériodes ; et nous complé- - terions ainsi rigoureusement: tout ce qui constitue le développemeut parfait de l’humanité, opéré durant les quatre gi-andes périodes qu’etle’a parcourues jusqu’à ce jour.
Nous allons le faire effectivement; mais, pressés par notre objet principal, par l’établissement du but ab.solu de l’humanité, dont nous nous' sommes déjà tout à fait rapprochés, nous nous bornerons ici à jeter un coup d’œil très-rapide sur ces progrès des manifestations temporelles de la réalité absolue, tel cependant qu’il nous suffira pour en reconnaître la vraie signification, et pour apercevoir leur influence réactive sur la direction du développement de l’humanité vers son but final et absolu. En conséquence, observant que l’exercice du devoir et de l’honneur est l’attribution spéciale de XéUit militaire, dont le vœu est de leur sacrifier la vie, tout comme les sentiments du beau et du sublime sont les attributions spéciales de ce qu’on appelle beaur-arts, et les certitikles géométrique et algorithmique les attrll:«tions spéciales des mathémntigues (pures), nous allons, pour remplir l’objet que nous venons de nous proposer, présenter d’abord et tout d’un coup, dans des tableaux architectoniques, les développements complets suivants : i ° pour le J)ut du bien-être physique,, le développement des beauxarts; 2" pour le but de la sûreté publique ou de la
légalité des actions, le développement de l’état militaire; et 3* pour le but du bien-être hyperphysique du de la culture du savoir le développement des mathématiques. Ensuite, ‘ dirigés par 'cés développements respectifs, nous reinarqueions* les circonstances principales qui y ont concouru dans les quatre périodes de la culture 'géhérale<de l’humanité (1).
(1) Ge& tableau* et les (léveloppements qui devaient les suivre, n’étaieut pas joinls^au manuscrit. Ceux qui concernent les sciences mathématiques se trouvent dans huit ou neuf volumes in-4“,- publies ülterieureùient par Wronski, sur la reforme el l’accomplissement final de ces seietices ; quant aux autrës ils font partie de VApodictiqu^., , - •
Nous pouvons cependant donner ici un court aperçu, tel que l’auteur nous l’a laisse, de la fixation du Beau;- non-seulement dans les quatre périodes déjà parcourties,” mais aussi dans les trois dernières penodesque doit enoore parcourir Ttiumanité pour arriver à son but'final. — (Note de mitfdame Wronski J