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LES VIEILLES CHOSES ONT PASSÉ

Tout ce qui existe a éprouvé quelque changement. Au point de vue physique, aucun ohjet n'est exactement aujourd'hui ce qu'il était hier. La terre immense sur sa hase adamantine éprouve transformation sur transformation. Ni mon esprit, ni le vôtre, mes chers auditeurs, ne peuvent comprendre ces transformations, mais nous ne pouvons douter qu'elles ne s'opèrent d'une manière constante.

Les forces puissantes de la nature ne cessent jamais d'agir, elles sont toujours en travail ; quelquefois leurs efforts sont convulsifs et instantanés, le plus souvent ils sont silencieux et invisibles. Le volcan et le tremblement de terre élèvent ou submergent un continent en un instant, l'insecte qui forme le corail et l'Océan produisent le même elTet dans l'espace d'une période géologique. Cette terre que nous foulons sous nos pieds était jadis une masse en fusion : aujourd'hui elle est propre à servir d'habitation à l'homme. Pendant la période de transition, des oiseaux immenses trempaient leurs ailes dans sa fange et de monstrueux serpents se cachaient dans l'ombre de ses forêts préadamites. Les restes fossiles qui subsistent encore prouvent cette vérité et nous montrent que la transformation perpétuelle est la loi de la nature. Qui osera parler des transitions qui s'opèrent dans les myriades de mondes qui nous entourent? Sous entendons souvent parler de météores ayant l'apparence de pierres qui descendent sur notre terre, et nous voyons de temps en temps des étoiles filantes traverser les régions sans bornes de l'espace. D'où viennent-elles? ^se prouvent-elles pas qu'il s'opère des transformations ailleurs que sur la terre? En un mot tout ce à quoi nous [louvons penser ne prouve-t-il pas le plus clairement possible que « les vieilles choses ont passé », nou-seulement sur la terre, mais dans tout l'espace. Supposer le contraire serait vraiment aller contre la nature des choses, cartons ces corps sont l'œuvre du même Être Suprême, ils

sont donc indubitablement soumis aux mêmes lois et par conséquent aux mêmes transformations.

Mais revenons à notre planète. A ne considérer la terre que pendant sa période historique, que de transformations n'a-t-elle pas éprouvées? Ne sont-elles pas bien marquées et bien signilicatives? Où est le fier Égyptien ({ui se vantait d'être le père de la science et des arts? Où sont ces Mèdes et ces Perses arrogants dont les décrets n'étaient jamais modifiés? Disparus, avec tout leur orgueil et toute leur folie! Disparus, avec tout leur mérite et toute leur faiblesse! Elles endroits qui les ont connus jadis ne les connaîtront plus jamais. Le Grec versatile et le Romain superbe eux-mêmes, dont les actes et les paroles semblent si bien être d'hier, ne vivent plus que dans les écrits de leurs hommes de génie.

Et même sans sortir de notre pays, où est le chasseur rouge que nos pères ont vu parcourir fièrement les champs où s'élèvent aujourd'hui de nobles cités, et qui, le soir, dans son sauvage wigwam (1), au milieu de sa famille, écoutait ou faisait des récits farouches de guerre et de sang? Disparu. Tout cela a disparu : les puissants échos de la forêt ne retentissent plus du cri de guerre des Indiens; on ne voit plus maintenant circuler le calumet (2) annonçant que la guerre est finie et que la paix triomphe.

Hélas non! on n'entend }dus retentir les pas de l'Honnne Rouge; il a disparu, et une autre race cultive aujourd'hui les champs paisibles ou i-emplit les villes connnerçantes où l'on entend le bruit confus de mille industries. 11 est bien vrai que (( les vieilles choses ont passé ».

Etle changement n'est-il pas une condition de notre boidieur? Assurément. Ne modifions-nous pas, presque journellement, notre genre de vie, la forme de nos vêtements et même nos plaisirs? Ne marchons-nous pas à grands pas vers les changements mêmes dont nous avons une crainte vague, mais certaine? On dit que notre race dégénère à vue d'œil ; que nos mœurs, nos coutumes n'ont aucune stal)ilité, et qu'en tout, même en intelligence, nous sommes inférieurs à nos ancêtres. Assurément nos bons vieux ancêtres seraient révoltés, s'ils pouvaient nous voir aujoiu-d'hui accablés sous le poids de tous ces vains

(1) La huile ou la cabane d'un Imlieii d Amérique.

(2) Mot qui a probablemeul une origine indienne, et qui désigi une grande pipe pour fumer du tabac. ( Notes du Traducteur.)

ornements de toilette qui nous forcent à marcher avec affectation pour ne pas salir nos vêtements. Nous pouvons nous figurer leurs regards de dédain et leurs exclamations d'ëtonnement : il n'est pas difficile de deviner les comparaisons fort peu à notre avantage qu'ils feraient, et nous pouvons nous les représenter nous accusant de décadence; en se moquant des fils dégénérés d'une noble race. Ce n'est pas notre faute s'il en est ainsi ; nous ne sommes pas dégénérés, nous ne sommes pas inféi'ieurs; « les vieilles choses ont passé, î et ceux qui ont passé avec elles ne peuvent pas se faire une idée du changement : voilà tout. Nos ancêtres avaient leurs modes et leurs faiblesses, qui étaient aussi amusantes et plus absurdes que les nôtres; ils étaient, comme nous, les esclaves de l'opinion et de l'apparence, et ils étaient loin d'avoir notre énergie et notre esprit d'invention.

((. Les vieilles choses ont passé : » c'est ce que montrent bien la commodité avec laquelle nous voyageons et toutes les autres inventions de la science. Nous avons réduit les éléments à être nos serviteurs, et ce n'est pour nous qu'un jeu de rendre docile à notre volonté le nuage qui porte la foudre. Nous pouvons traverser le globe en dix fois moins de temps que nos ancêtres ; et il ne nous faut qu'un instant pour communiquer en esprit avec nos antipodes. On peut donc réellement dire que pour nous « les vieilles choses ont changé »,

Les triomphes éclatants des arts et des sciences prouvent que noffs ne sommes pas dégénérés, mais que nous sommes réellement plus avancés que nos ancêtres, au point de vue physique, au point de vue social, au point de vue intellectuel. Néanmoins nous changeons ; et, d'après la loi commune, il viendra un moment où, nous aussi, nous serons oubliés et mis au rang des «: vieilles choses qui ont passé ». Hier encore, nous étions élèves de la Reading H'ujh School; ce soir nous éprouvons un changement, et nous ne sommes plus enrôlées parmi les soldats de cette armée scientifique. Nous allons voguer sur un nouveau fleuve de la vie, et pendant que nous descendrons le courant, nous subirons inévitablement beaucoup de modifications. Mais c'est le cœur plein d'espérance et de courage que nous nous embarquons et, en regardant derrière nous, nous pensons que nous pourrons nous écrier joyeusement : « Oui, les vieilles choses ont heureusement passé! ))

Clara M.

Reading ("Pennsylvanie).

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