‹ Devoirs d'ecoliers americainsChapitre 297 sur 330 · HISTOIRE DE L EnUCATION · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L EnUCATION

1. Quelle importance y a-t-il à connaître l'histoire d'un art ou d'une science pour ceux qui veulent devenir habiles dans cel art ou dans cette science ?

Rép. — La connaissance de cette histoire est très-importante parce qu'elle sert de base à tout ce que nous apprendrons dans cet art ou dans cette science. Si une personne ignore qu'un certain perfectionnement a été apporté à une machine, et qu'à la suite de longues recherches elle invente le même perfectionnement, elle prouvera qu'elle a autant de génie que le premier inventeur, mais son invention ne sera d'aucune utilité pratique parce qu'elle était déjà connue. Si cette même personne avait employé son travail et ses soins à inventer quelque chose de nouveau, son génie lui aurait permis de rendre de grands services à l'humanité. Ainsi elle n'aurait perdu ni son temps ni son énergie intellectuelle.

L'histoire d'un art ou d'une science est encore trés-im})ortante, parce qu'elle nous montre comment les grands hommes de cette épo((ue travaillaient et qu'elle nous donne ainsi un bon exemple à imiter. Lorsqu'on découvre de nouveaux principes, on a souvent beaucoup de peine à les faire admettre par tout le monde. Autn.'fois on persécutait, et l'on condamnait

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même à mort les inventeurs de nouvelles doctrines. Bien qu'aujourd'hui on n'ait plus recours à ces procédés indignes, les auteurs des théories modernes ont cependant hien souvent à lutter contre une violente opposition. 11 est donc important pour eux de savoir comment les penseurs d'autrefois résistaient à l'opinion puhlique et souvent en triomphaient. Les exemples illustres de ces hommes de génie les encourageront dans leurs premiers essais, et les porteront à faire de nouveaux efforts. Or ces exemples, nous les trouvons dans l'histoire des arts et des sciences.

"2. Quel était l'idéal de l'éducation chez les Grecs ? Principaux pédagogues grecs.

Rép. — L'idéal des Grecs dans l'éducation était le beau et le bon. Ils se proposaient pour but la vigueur et la force physiques et intellectuelles, le développement de l'àme et du corps. C'était le résultat qu'ils s'elTorçaient d'obtenir par la gymnastique et par tout le cours de leur éducation. D'un autre côté, les Grecs attachaient une grande importance à l'autorité de l'État qu'ils faisaient passer avant toutes les relations de famille. Pendant rà,:?e héroïque de la Grèce, l'éducation était patriarcale : le père instruisait le fils ; la fille était instruite par la mère. Les liens de la piété filiale attachaient les enfants à leurs parents. Le père était le chef de la famille, il avait droit de vie et de mort sur ses entants. Pendant l'âge historique, l'éducation par l'État fut substituée à l'éducation par la famille. Dès leur tendre enfance, les garçons étaient confiés à l'État qui les élevait jusqu'à l'âge de dix-huit ans, époque à laquelle ils entraient dans l'armée. Les filles restaient chez elles, et elles étaient élevées par leurs mères. Pendant l'âge héroïque, l'éducation avait surtout pour but la culture physique et morale ; plus tard on s'attacha davantage à développer les facultés intellectuelles.

Les deux principaux États de la Grèce, au point de vue de l'éducation, étaient la Doride et l'Ionie (1). Sparte et Athènes en étaient les villes principales. Elles n'avaient pas les mêmes opinions sur la manière d'élever la jeunesse. Le Spartiate exigeait la force physique, l'obéissance passive, enfin la précision militaire et toutes les qualités qui sont nécessaires à un bon guerrier. L'Athénien, au contraire, recherchait la beauté plastique; il préférait l'agilité et la grâce à la force ; il avait aussi

fl; Confusion entre les races et les États.

du g'oùt pour la pliilosophie et pour les sciences. La fennne tenait un rang plus élevé (mi Doride qu'en lonie, ce qui est démontré par ce fait qu'il y avait beaucoup de fennues poêles en Doride, tandis qu'il n'y en avait pas à Athènes.

Les pédagogues grecs les plus éminents furent Socrate, Aristote et Platon, à Athènes ; Pylhagore, à Sparte. Les lois de Lycurgue eurent beaucoup d'inlluence sur l'éducation à Sparte. Athènes subit également l'influence des lois de Selon. Mais nous ne pouvons pas mettre ces deux législateurs au nombre des instituteurs proprement dits.

8. En quoi l'idéal de l'éducation chez les Romains différaitil de celui des Grecs? Principaux pédagogues romains.

Rép. — Le système d'éducation chez les Romains était surtout utilitaire et pratique ; il s'éloignait beaucoup plus de l'idéal que celui des (irecs. Toutes leurs pensées et toutes leurs actions avaient un but pratique. Ils donnaient de l'éducation à leurs enfants, non pas parce que l'éducation est en elle-même une chose bonne et désirable, non pas parce qu'elle tend à ennoblir l'homme, à cultiver son esprit et son cœur, mais simplement parce qu'elle devait les aider à gagner leur vie. Ils n'estimaient l'art (jue pour sa beauté, et ils mettaient moins de soin que les Grecs à le cultiver. Leurs maisons étaient d'une construction commune et grossière, mais les temples qu'ils élevaient aux dieux étaient magnifiques, et tous les bâtiments de l'État étaient des modèles d'architecture. Il est vrai que c'était aux Grecs qu'ils avaient emprunté cette architecture.

Au point de vue moral aussi, surtout dans les derniers temps, les Romains étaient bien inférieurs aux Grecs. C'est ce que nous voyons parjeurs fêtes, qui étaient une imitation de celles des Grecs, mais où régnaient la licence, l'intempérance et le vice. \ Rome, la mère occupait dans la famille une place plus élevée qu'en Grèce. C'était elle qui, jusqu'à un certain point, était chargée de l'éducation des enfants. Les Romains avaient en général plus d'estime pour la femme que les Grecs. Ils encourageaient son émancipation, loin d'y mettre obstacle ; et ils jetaient ainsi les fondements de l'œuvre (|ue les nations modernes ont mission de compléter.

Les principaux pédagogues romains furent : Numa Pompilius, Varron, Cicéron, Sénèque et Ouinlilien.

i. État de l'éducation au Moyen Age.

Rép. — On peut diviser le moyen âge en trois périodes. La première s'étend de 1 à 500 après J.-C. et comprend la chute de

Rome. La seconde va de 500 au xiii^ siècle, c'est ce qu'on appelle les siècles de barbarie. La troisième va du xiii*' au xvi* siècle, c'est l'épofiue de la Renaissance. Pendant la première de ces trois périodes, l'éducation fut presque entièrement accaparée par Rome, qui la mit entre les mains de l'Église. L'éducation se donnait alors dans les monastères par les soins des moines : elle avait un caractère exclusivement religieux. Il n'y avait pas alors d'établissements d'enseignement particuliers.

La scolastique et le monachisme régnaient alors partout. L'enseignement du christianisme était perverti. Les écoles étaient des écoles païennes. C'est pour cette raison que les docteurs et les ministres chrétiens voyageaient de tous côtés pour rassembler des étudiants qu'ils instruisaient.

Le cours d'instruction suivi dans les monastères comprenait le trivium, c'est-à-dire la grammaire, la rhétorique et la logique, et le quadrivium, c'est-à-dire l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. On regardait presque comme un prodige de science celui qui avait achevé ce double cours d'études .

La période qui s'écoula du v° au xiii^ siècle reçut le nom de siècles de barbarie, parce qu'aucun progrès ne fut fait dans les différentes branches de connaissances. Les n-ations orientales firent seules exception. Elles firent de rapides progrès à cette époque. Les arts et les sciences fleurirent chez elles et parvinrent presque à leur apogée. En Europe, le pape et l 'empereur se disputèrent la suprématie, et cette querelle eut aussi une mauvaise influence sur l'éducation. Le clergé était corrompu et son enseignement était pernicieux; bref, la confusion régnait partout, et dans la politique et dans la religion.

Ce fut du v^ au commencement du xvi^ siècle que s'élevèrent la plupart des universités de l'Europe. En 1500, il y en avait environ 64 dont la plus grande partie était en Italie. C'était la scolastique qui régnait dans toutes ces universités.

Deux grands événements politiques eurent beaucoup d'influence sur l'éducation pendant le moyen âge : les Croisades, qui durèrent du xi^ au xiii'' siècle, et le système féodal, qui exista du ix"^ au xiii« siècle. Cette influence fut assez bonne.

Les Croisades eurent pour eflet d'éclairer le peuple en mettant en contact des nations qui, pour la plupart, étaient complètement étrangères les unes aux autres. Le commerce fut aussi pratiqué sur une plus grande échelle. La Féodalité vit naître la chevalerie et le respect de la femme.

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La péiiodo qui s'rloiid du \iii- nu \\V siècle est appelée la Ucnaissnnce de la liltéralure classique. Le monachisme et la scolastique furent abolis, et, depuis cette époque, l'éducation n'a pas cessé de faire des progrès.

5. Quelles furent les causes tle la Renaissance de la Littérature classique, (|uels en furent les résultats?

Rép. — Les principales causes de la flenaissance de la Littérature classique furent :

La corruption du clergé : on s'aperçut que les pensées pures devaient être exprimées dans un langage pur (1). Le développement et la force de l'esprit humain. Les excès de la scolastique : on se fatigua de cette philosophie qui coupait un cheveu en deux (2), et on n'y prit plus' aucun intérêt.

La chute de Constantinople : cette ville avait été le centre de la science en Orient. Lorsqu'elle fut détruite, tous les savants se répandirent dans les dillérentes parties de l'Europe, et ainsi leur science et leur sagesse furent à la portée d'un plus grand nombre de personnes. Le résultat de cette diffusion des connaissances fut naturellement bon, puisque en Orient il n'y avait pas eu de siècles de barbarie, et que les progrès des sciences n'y avaient pas été interrompus.

Les Croisades, qui eurent un effet civilisateur. L'abolition de la Féodalité, qui eut pour résultat de répandre l'instruction d'une manière plus générale.

La Renaissance de la Littérature classique eut pour résultat de faire disparaître complètement la scolastique et de donner une nouvelle impulsion à l'éducation. Le Monachisme fut aussi banni des établissements d'instruction, où l'on enseigna dès lors le véritable Christianisme.

Plusieurs traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament avaient été faites en langue vulgaire, de sorte que le bas peuple pouvait lire et comprendre ces livres.

La Renaissance opéra une révolution et une réforme complètes dans les Écoles.

(^. Quelle modification apporta-t-on à l'éducation auxvi* siècle? Quels sont les pa\squi furent à la tète de ce mouvement?

(1) Toxtc inintelligible.

{'2} If hjs wit bc not apt to dislinguish or find différence, let Jiim stiuly Ihe Scboohiien, for thcy are « Cymini sectores ». Bacon's Eiisnijs (of Studies). (Notes du Traducteur.)

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Oiiols furent, los principaux pé(lagogues dans chacun de ces ]»ays?

Rép. — On reprit l'étude du latin et du grec anciens, et on bannit la scolastique. L'enseignement des Universités fut fondé sur la fîible et non plus, comme autrefois, sur les ouvrages mal interprétés d'Aristote. Au xvr siècle, on remplaça le verbalisme par le réalisme, c'est-à-dire qu'on attacha plus d'importance aux pensées qu'aux mots.

Le xvi" siècle vit se fonder l'ordre des Jésuites. Leurs écoles eurent une grande influence sur l'éducation, car elles se répandirent dans tous les pays, et elles furent fréquentées par des élèves appartenant à toutes les nationalités.

A la tète du mouvement qui s'opéra ainsi dans l'enseignement, se placèrent l'Allemagne et l'Angleterre. L'Italie fut aussi une des premières nations qui marchèrent dans la nouvelle voie; mais c'est au xiV et au xv* siècle qu'elle fut dans toute l'apogée de sa gloire. Alors florissaient Dante, Pétrarque, Boccace et ces maitres dont l'iniluence fut universelle : Guarino el Vilterino di Falto. Cependant l'influence de l'Italie se fit sentir après cette époque en Allemagne et en Angleterre. Les savants de ces pays allaient étudier à Florence, et à leur retour dans leur patrie ils enseignaient ce qu'ils avaient appris, et propageaient ainsi, au moyen de leurs élèves, l'influence italienne.

Les pédagogues lespbjs célèbres du xvi* siècle furent, en Allemagne : Luther, Luizeudorf, Sturm, Wolfgang , Ratich; en Angleterre : sir Francis Bacon, Linacre, Robert Greene , William Lilly, John Colet et Thomas Morus.

7. Nommez les principaux « Progressistes », et discutez les principes qu'ils professaient en commun sur l'éducation.

Rép. — Les plus éminents Progressistes furent Basedow, Kant, Fichte, Richter, Hegel, Schopenhauer , Rosenkranz, Beneke, Herbart, Pestalozzi, Frœbel.

lis voulurent, non pas perfectionner, mais changer complètement la méthode d'enseignement. Us composèrent des manuels d'après leurs principes, et ils disaient que toute personne, intelligente ou non, pouvait apprendre quelque chose en suivant exactement leurs livres. Ils se demandèrent même si un professeur médiocre qui se conformerait à la méthode d'enseignement contenue dans leurs livres ne serait pas préférable à un professeur dont l'enseignement serait plus indépendant. Us disaient que l'enseignement des règles de grammaire était

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enliùi'Cluent niélliodiquc, qu'on no luisait que marcher à tâtons, sans se proposer ni but ni lin. Ils voulaient animer l'instruction en mettant en mouvement l'intellig-ence et l'activité de l'enfant.

Ils n'avaient aucune confiance dans la science acquise dans les livres, et ils n'attachaient pas d'importance au développement de la mémoire. Beaucoup d'entre eux ignoraient même complètement l'existence de cette faculté. Ils voulaient qu'on n'étudiât que les sciences réelles.

De même qu'ils négligeaient la mémoire, ils ne faisaient aucune attention à l'imagination, plus encore dans la théorie que dans la pratique.

Ils s'opposaient à l'étude de l'histoire, et donnaient les plus grands éloges au temps dans lequel ils vivaient. Ils demandaient des salles d'écoles bien aérées, et ils favorisaient les exercices gymnastiques. Ils voulaient que l'élève eût bien conscience de tout ce qu'il faisait et de tout ce qu'il disait. Ils ne permettaient pas à un enfant de parler d'une chose qu'il ne comprenait pas. Ils voulaient (jue toutes ses pensées fussent claires et clairement exprimées.

Ils s'intéressaient à l'étude des langues modernes, et combattaient la prééminence du latin. Us enseignaient les langues par la méthode de la conversation.

Une secte des Progressistes voulait qu'on instruisît les enfants d'après une méthode uniforme, sans avoir égard au caractère particulier de chacun d'eux : c'était la secte démocratique. La secte aristocratique des Progressistes voulait que, dans l'enseignement, on prît en considération le caractère particulier de chaque enfant.

Ils voulaient qu'on enseignât la musique et la poésie au point de vue rationnel. Us n'appréciaient pas la beauté de ces deux arts, et ils se donnaient fort peu de peine pour les cultiver. Us analysaient les poèmes au point de ne plus y laisser de poésie. Ils enseignaient la musique froidement, et ils la présentaient comme un art qui se rattache plus à la raison qu'à la sensibilité.

Les Progressistes se rattachaient par certains côtés aux Pélagiens. Us avaient pour devise : « Sequi naturam. »

8. Quelle différence y a-t-il entre les principes de Bacon'et ceux de Piousseau sur l'éducation?

Rép. ■ — Bacon accomplit une révolution dans l'enseignement de son temps : il vivait au xvi« siècle. Il voulait qu'on étudiât les choses réelles telles qu'elles existent dans la nature, sans

se contenter d'en apprendre ce qu'en disent les livres. Il fut ainsi le véritable créateur du réalisme. Si l'on ne pouvait pas se procurer les objets réels, il fallait, disait-il, se servir de tableaux représentant ces objets. Par ce moyen, on développerait à la fois et l'intelligence et la perception extérieure de l'élève, au lieu d'exercer simplement sa mémoire.

Quoique le caractère personnel de Bacon ne soit pas trèsrecommandable, il faut avouer cependant que sa philosophie mérite d'être louée à plusieurs points de vue, et qu'elle produisit en général de bons résultats.

Rousseau voulait qu'on s'attachât fortement à suivre la nature. La civilisation de son temps le dégoûtait, et il l'a combattue dans tous ses ouvrages. Il produisit sur l'éducation une influence indirecte, mais très-grande, surtout par son « Emile >. Dans cet ouvrage, il développe ses idées sur une éducation idéale. Il veut que l'enfant soit élevé et instruit tout seul jusqu'à l'âge de quinze ans. Alors il pourra entrer dans la société, voir le monde et fréquenter ses semblables sans avoir à craindre aucune influence pernicieuse, car son cœur ne connaîtra ni l'envie, ni la jalousie, ni la malice, ni tous les autres vices. Ce livre eut beaucoup de succès, il fut lu par la plupart des grands penseurs de son temps. Quoique Rousseau pousse ses principes jusqu'à l'extrême, beaucoup de philosophes modernes les ont cependant pris pour base de leur philosophie, et ils ont mis en pratique ses plans et ses pensées.

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