‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 246 sur 355 · l'homme sans patrie · texte numérisé non relu

l'homme sans patrie

(9« année.)

U y a environ 60 ans, Aron Burr fît sa première excursion en descendant le Mississippi. Pendant ce voyage, il fit, en un certain lieu, la connaissance d'un jeune homme nommé Philip Nolan. C'était un jeune et brillant officier, et Burr avait tout ce qu'il fallait pour lui plaire. Après s'être promenés, avoir causé, et avoir fait ensemble une excursion sur le fleuve, il avait complètement captivé Nolan. Bientôt après, ce dernier fut jugé comme coupable de trahison envers sa pairie. Lorsque, à la fin de la séance, on lui demanda < s'il voulait dire quelque chose pour lui ou pour sa patrie >, il répondit : c Au diable les Ëtats*

Unis! Je demande à ne plus entendre prononcer le nom des États-Unis ! » Peut-être ignorait-il quels seuliments d'horreur ces paroles devaient soulever dans le cœur des juges.

Le plus profond silence régnait lorsqu'on apporta le verdict. La sentence était ainsi conçue : c Que le prisonnier n'entende plus prononcer le nom des États-Unis I > Le lendemain on le conduisit à la Nouvelle-Orléans et on Tembarqua sur un navire qui partait pour un long voyage.

Le mode de traitement adopté à l'égard de l'Homme sans Pa« trie fut mis à exécution aussitôt après son embarquement. On ne lui permettait de parler aux hommes de l'équipage qu'en présence d'un officier. Quelquefois il mangeait à la table commune, mais dans toutes les autres circonstances il mangeait tout seul dans sa chambre. Il portait volontairement l'uniforme de l'ftrmée, sans en porter les boutons, car sur ees boutons étaient les armes du pays qu'il avait désavoué. On ne te laissait jamais aller à terre, même lorsque le navire passait des mois entiers dans le port. 11 lisait beaucoup, mais quelqu'un pareou* rait toujours le journal ou le livre et avait soin d'enlever tout ce qui faisait allusion, même de la iuanière la plus éloignée, aux États-Unis. Un jour un homme de l'équipage emprunta des livres, parmi lesquels se trouvait le Lai du dernier Mé^ nestrel (1).. Personne à bord n'avait jamais vu cet ouvrage et personne ne songea à y chercher des allusions aux États-Unisr Nolan lut pendant quelque temps tout haut ; il pâlit, puis il continua et enfin il fut obligé de s'arrêter à demi suffoqué. H tressaillit en lisant ces mots : c Existe-t-il un homme assea dé* pourvu d'âme pour ne s'être jamais dit : Voilà ma patrie, ma terre natale? (2) > 11 jeta le livre dans la mer et ne sortit pas de chez lui pendant plusieurs mois.

Philip Nolan vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. U adâ parcourir toutes les mers, mais jamais il n'a mis le pied sur la terre. Le jour de sa mort, il fit venir près de lui le capitaine do navire et lui dit qu'il n'avait plus longtemps à vivre^ el

(i) Le premier et le plus célèbre ouvrage poétique de W. Scott; il parut en 1805. (Noté du Traducteur.)

(2) u fireathes there the man with soûl so dead, Wtio never to himself hath said, This is mj own, my native land I »

(Cotisa Sixthi i.) (Moi$du frêduciêitr.)

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qu'il le priait de lui raconter tout ce qu'il savait sur les États* Unis. Le capitaine satisfit son désir et ensuite il le quitta, ne roulant pas le fatiguer. Lorsqu'il revint, THomme sans Patrie était mort. Sur sa Bible il avait écrit : « Ensevelissez-moi dans la mer, elle a été ma patrie et je l'aime. »

Alice B.

Age : quinze ans

Sandusky (Ohio).

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