IL Y A CENT ANS
Gomme ce temps nous paraît long, à nous autres enfants t Une seule semaine nous semble tout un mois; et, lorsque nous pensons à un siècle et à quelques-uns des événements remarquables qui ont eu lieu pendant cette période, nous croyons rêver.
Combien parmi ces vétérans, qui sont tombés dans la causa de leur pays, ont disparu. Songez à leur courage indomptable et à leur véritable intrépidité, aux périls qu'ils ont bravés sur terre et sur mer, à toutes les privations qu'ils ont . souffertes pour la glorieuse cause de la liberté. Comme nous devrions être reconnaissants des bienfaits dont nous jouissons! comme nous devrions remercier Dieu de nous avoir épargné les épreuves et les sacrifices qu'il a imposés à nos ancêtres !
A l'époque où les troupes anglaises s'emparèrent de New York, mes grands parents, qui habitaient dans la basse ville, furent obligés d'abandonner leur demeure et tout ce qu'elle contenait, et de fuir pour sauver leur vie.
Ils emportèrent avec eux leurs petits-enfants, dont l'un avait deux ans et dont l'autre, mon grand'papa, était tout petit. Ils traversèrent FHudson sur un petit bateau, et marchèrent pendant 30 milles sans s'arrêter. Il faisait très-chaud ce jour-là, et ma grand'mère fut sur le point de s'évanouir de fatigue et de besoin.
Son mari put se procurer un peu d'eau à une source sur le bord du chemin. 11 lui en fit boire et lui mouilla les tempes ; il parvint ainsi à la ranimer. Us se cachèrent derrière des buissons pour se reposer un peu, après ce long et pénible voyage. Us entendirent tout à coup remuer quelque chose dans le bois.
et au mémo {nsttint douze vestes rouges (1) passèrent à un pied d'eux et touchèrent presque les buissons derrière lesquels ils étaient cachés.
Ma grand'mère disait qu'il n'y avait pas de paroles pour exprimer l'angoisse qu'elle éprouva pendant ce terrible moment. Elle serra contre son sein son petit enfant, afin qu'aucun cri ne s'échappât de ses lèvres et ne trahît leur présence. Ils restèrent étendus en retenant leur haleine, jusqu'à ce que les soldats fassent passés ; puis ils tombèrent à genoux et remercièrent Dieu d'avoir bien voulu les délivrer à l'heure affreuse du danger. ,
Lorsqu'ils revinrent à New York', ils trouvèrent leur maison presque complètement brûlée. Ils vécurent plus de quatre* vingt-dix ans, et jamais ce jour affreux ne s'effaça de leur mémoire.
Ce n'est là qu'un des nombreux événements terribles qui eurent lieu pendant notre lutte pour l'Indépendance. Je me demande quelquefois ce que j'aurais fait au milieu des dangers d'il y a cent ans. Je crains bien que mon courage et mon pa-^triotisme ne fussent restés bien au-dessous de ceux de mes ancétreà. Mais je sais que Dieu a soutenu ces âmes braves, et il m'aurait peut-^tre soutenue aussi si j'avais mis toute ma confiance en lui.
C'étaient là des temps qui mettaient à l'épreuve les âmes des hommes. La mémoire de ceux qui ont versé leur sang pendant la Révolution ne devra jamais être oubliée. Songez à notre Paul Révère I Le sort de notre nation dépendit de sa volonté indomptable pour le bien. Quelle renomtnée immortelle il a gagnée par cette chevauchée, que son patriotisme lui fît entreprendre pendant cette nuit terrible ! On se souviendra éternellement de ia dernière recommandation qu'il fit à son ami Robert Newmann de suspendre une lanterne dans la tour de la vieille église du nord :
c Une si les Anglais quittent la ville par terre, et deux s'ils la quittent par mer (2) >.
Comme il sauta vile à cheval et comme il traversa leMiddle^ 86X ! C'était par une belle nuit d'avril ; la lune répandait sa
(1) Les soldats anglais portent une veste rouge et des pantalons bleus. (Note du Traducteur.)
(2) c One, if by land, and two, if by sea. »
Longfellow (Taies of a wayside tnn), The Lûndlord^s taie, Pau Revere's ride). (Note du Tradueteur»)
SIO HIGH SGHOOLS
lumière sur tout le paysage. L'hiver avait .été exeepUot* nellement doux, et le printemps avait commencé de bonne heure. On voyait onduler sur la plaine les premiers blés, et Tair était chargé de doux parfums, l^es rouges-gorges sifflaienty les merles chantaient et ]a paix, la douce paix, r^ait partout. Paul Révère chevauchait, rapide comme Téclair, dans les villages, il éveillait ceux qui dormaient et leur annonçait U danger. Il était une heure du matin lorsqu'il entra dans Lexing^ ton, évitant partout les patrouilles que les Anglais avaient en* voyées pour intercepter la nouvelle. Intercepter la nouvdle I n eût été aussi facile d'arrêter le soleil. Et, de même qu'il y a bien longtemps les eb^eurs des anges murmurèreiil : € Gleife à Dieu au plus haut des cieux, car le Christ est nél >, de même aussi dans cette nuit terrible les anges inspirèrent au boB peuple ce cri d'allégresse : f Paix aux hommes, l'Amérique est née I » Que de cœurs furent brisés pendant cette nuit-là ! Que de foyers virent répandre des larmes! Combien de nos fidèles an* cétres se dirent alors un dernier adieu et ne se revirent plus sur la terre ! Mais nous espérons que, sur ces rivages étemels où la douleur de la séparation est inconnue et où les batailles de la vie sont terminées, ils recevront de riches récompenses pour toutes leurs souffrances.
Dieu soit loué, nous sommes tous en paix, tous libres! Je crois que la bénédiction de Dieu était avec nous dans ces temps de troubles et de fatigues. Je crois vraiment que c'est lui qui a inspiré ces nobles cœurs, La Fayette et Kosciuszko et qui leur a fait quitter leurs demeures et leurs foyers, pour aller secourir leurs frères sur un sol étranger. Ils s'enrôlèrent sous notre bannière à l'heure la plus sombre de notre Révolution, et ils furent véritablement des anges d'espérance pour Washington, au moment où l'abattement se lisait sur le front de plus d'un soldat américain. Lorsque nos nobles guerriers étaient épuisés par les fatigues de toute espèce, ils vinrent leur inspirer de nouvelles espérances et les soulager. De tons les noms illustres qui sont inscrits sur le livre de gloire de notre pays, celui de La Fayette est le premier après celui de Washington.
Qui d'entre nous n'apprécie pas les progrès que nous avons faits pendant les cent ans qui viennent de s'écouler ? Les perfectioanements remarquables apportés dans les moyens de transport, les nombreuses et importante» inventions qui ont vu le Jour pendant cette période ?
BISTOIRB. 94!
On se rendait alors d'tm eDdroH à Tautre ûmiê ùeê dili^ geoces, et on passait des jours entiers m voyage, tandis qu'attjovrd'hui la locomotive nons fait parcOrurir des centaines de milles en quelques heures. On voyageait aussi beaucoup à dievai. On traversait les fleuves dans de petits bateaux, traînés par des chevaux. Maintenant nos beatix fleuves portent de^ palais flottants, qui glissent à leur surface comme des cygnes. On se servait autrefois de sloops (i), et lorsque le courant était contraire y on mettait toute tine semaine à remonter THudten jusqu'à Alhany.
Je pense que l'invention la plus importante a été celle du télégraphe âeetrique. Lorsque l'on plaça les poteaux et que nous vîmes la communication par terre si rapide et si complète, BOUS pevsiom que c'était la plus remarquable découverte qui eût jamais été faite. Mais, maintenant qu'il s'étend presque sur le monde entier, et qu'il porte des messages d'amour et d'amitié dans les pays éloignés, combien ne derons-nous pas louer Dieu d'avoir suggéré cette invention aux hommes de bien de cette terre bénie !
Que penseraient de nous nos bons vieux grands-pères et nos bonnes vieilles grand'mères s'ils nous voyaient maintenant t i'aime à entendre parler du bon vieux temps, où le rouet occupait le principal coin de la chambre et était la principale occupation de nos grand'mères. J'aime à entendre parfer de ces vieux costumes, simples mais élégants, et des petites tasses de porcelaine dans lesquelles nos grands-pères buvaient. J'aîme à entendre parler du véritable bonheur qui régnait à leur foyer c il y a cent ans ».
Marmie h.
Age : treize ans.
Orange, comté d'Essex (New Jeney).