ÉLOGE DE LA BELGIQUE
(Examen de sortie.)
Vous avez, sans nul doute, entendu parler de ce petit coin de terre^ perdu sur les cartes, mais non ignoré de tous les peuples
industrieux, de tous ceux qui demandent à la navigation et aux richesses du sol les éléments de leur existence. Vous l'avez deviné : ce coin de terre, c'est la Belgique, mon pays natal, dont le climat est si agréable , dont l'industrie est si florissante, dont le sol, maintenant si productif, a bu pendant si longtemps le sang généreux de ses glorieux ancêtres.
Belgique ! ma noble, mon immortelle patrie ! La nature, prodigue envers toi, t'a douée de toutes les beautés et de toutes les richesses dont elle ne confère qu'une partie aux autres pays. Terre natale ! berceau de mon enfance I tu renfermes dans ton sein les matières premières qui assurent à tes enfants la prospérité et l'opulence. Ici, tu nous présentes les Flandres, avec leurs plaines immenses, leurs prairies verdoyantes , où paissent de nombreux troupeaux, leurs vastes champs de blé, dont les grains jaunis vont réjouir le cœur des pacifiques habitants.
L'air et le soleil, donnés à flots à cette heureuse contrée, y font produire tous les végétaux comme par enchantement. C'est là que se trouve le riche pays de Waes, où le parfum des fleurs se trouve mêlé aux senteurs enivrantes des campagnes. Au sud-est de ce véritable jardin, tu renfermes un pays d'aspect tout différent : ce sont de hautes montagnes, de sombres forêts, les Ardennes, en un mot ; ce sont aussi des centres industrieux , des houillères , des hauts-fournaux, un fleuve large et majestueux, le pays de Liège, enfin, qui arrache au sein de la terre ses richesses minérales les plus précieuses.
Quel beau spectacle cfue celui de ces noirs rochers qui paraissent vouloir s'écrouler sur leurs téméraires admirateurs, et dont la tête altière semble menacer les cieux ! Quels horizons variés I Quelles admirables perspectives!...
Mais, ô bien-aimée patrie , ce n'est pas seulement sous le rapport des productions que tu es si remarquable. Ton climat, qui est sujet à de promptes variations, est tempéré et agréable. Tu n'as pas une chaleur torride comme la riante Italie, berceau des arts et des sciences. Tu n'as pas non plus un froid rigoureux comme cette pâle Sibérie, dont le sol a bu les larmes répandues par tant de malheureux exilés. Non, tu n'offres pas ces températures extrêmes : sous ce rapport, comme sous tant d'autres, tu es richement douée. Quand le climat un peu froid des parties montagneuses nuit à tes habitants, n'ont-ils pas la ressource, sans recourir à une contrée étrangère, n'ont-ils pas la ressource, dis-je, de se réfugier dans les Flandres, dont lo
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alimat doux et régulier est si propre à ramener la ^auté q\\&^ UD malade? N'as-tu pas, ô mon pays, la cité des bains de mer, Ostende, dont le port est si animé ? N'as-tu pas aussi Gbaud<fontaine, avec ses eaux thermales ? N'as-tu pas encore Spa, la jolie, dont les sources minérales attirent tant d'étrangers? Qu'on ne me dise donc pas que tu es insignifiante, par ta petitesse même ! Il te reste mille recoins ignorés dont les richeisses sont inconnues, mille endroits charmants où l'œil découvre toujours des beautés nouvelles !
Les productions si variées de ton sol font naître ches tes courageux enfants une industrie qui t'a placée au second rang des nations européennes* La population active qui habite tes fertiles campagnes arrose la terre de ses sueurs et met à profit les dons qu'elle a reçus en partage. Les champs, les prairies de la Flandre fournissent aux habitants les sources de l'indus*^ trie linière, tandis que les mines, les houillères, donnent an Hainaut, au pays de Liège, les matières premières de l'industrie métallurgique. Ce dernier surtout, sillonné par un fleuve d'argent qui rampe entre deux montagnes boisées comme un serpent au milieu des forêts vierges de l'Amérique, le pays de Liège, je te le répète, patrie chérie, est l'un de tes plus grands foyers de prospérité. nation belge ! combien tu dois être fière de toi-même! Que de .villes remarquables ^'as*tu pas vues s'élever ! Anvers, la grande métropole commerciale I Bruges, la silencieuse, le berceau des Van Eyck, qui a oublié ses an* ciens exploits et qui est retombée dsuis le calme et la paix ! Gand, la turbulente patrie des Artevelde , assise au milieu de ses canaux comme Venise au milieu de ses lagunes 1 Liège, enfin, l'industrieuse Liège, qui a donné le jour aux Beckmmm, aux Lamelle, et dont les hs^itants ont conservé la m41e éner* gie de leurs ancêtres.
ma patrie bien-aimée I maintenant si calme et si heureuse \ Que de sang n'as-tu pas versé pour conqi^érir cette indépendance qui fait ta gloire et ta puissani^e | Que de larmes te$ nobles enfanta n'ont^ils pas répandues quand ils se troii^ vaient sous le joug étranger! Combien il leur paraissait amer, ce pain mille fois maudit, composé d'un grain qui avait mûri y non pas sous l'influence bienfaisante du soleil de la liberté, mais pendant les jours sombres de l'esclavage ! Oui, tu peux le redire avec gloire, depuis l'instant où tu fus asservie à de barbares envahisseurs, jusqu'à celui où tu conquis ta liberté , ton courage a toujours fait l'admiration 4^$ peuplei
voisins, plus craintifs ou plutôt moins courageux que toi !
J'ai tenu à te rendre hommage , Belgique immortelle, non parce que tu es le berceau de mon enfance, mais parce que rhéroïsme, la plus belle gloire que tu puisses ambitionner, a toujours été ton partage. Combien de preuves n'en as- tu pas données , pendant ta glorieuse résistance aux Romains, sous la domination des Francs, pendant les croisades où plusieurs de tes fils montèrent sur le trône musulman , conquis après tant d'efforts I N'est-ce pas encore pour ta liberté que tu répandais ton sang à flots quand tu te trouvais sous le joug tyrannique de la féodalité ? N'est-ce pas encore ce noble sang quî^ pareil à une rosée fécondante, engendra des milliers de défenseurs de la patrie opprimée, et parvint à obtenir ces chartes communales qui ont fait de toi, contrée pauvre et inconnue, l'un des pays les plus florissants de l'Europe ? N'est-Ce pas encore ce sang, ô Belgique glorieuse, qui, sous les mon{»*ques étrangers , a été répandu tant de fois comme protestation de la violence faite àla liberté ? Tu as vu tes efforts couronnés d'un plein succès : tu jouis maintenant de privilèges ignorés partout ailleurs. Honneur à toi, Belgique si noble et si vaillante! Honneur à teS; nobles enfants dont le sang généreux a, je le répète, tant de fois coulé pour toi i Hommage te soit surtout rendu, à toi, liberté bénie, fille du ciel, envoyée sur la terre pour le bonheur des peuples courageux ! Liberté ! Liberté I tel doit être désormais le cri de guerre des Belges ! Ce nom doit être gravé sur la bannière patriotique et montrer aux générations futures ce que peuvent l'héroïsme et la persévérance I
Liberté si chère, puisses-tu, comme un ange conducteur,
montrer à notre patrie bien-aimée, la route de la gloire, la
route de l'immortalité!
Élisa Reul.
(Note : Trè9-Uen.) Cours supérieur.
Histoire de Belgique.