LES ÉRABLES A LA FIN DE L'AUTOMNE
Une de mes amies intimes, par un de ces beaux jours qui ont signalé la fin de l'automne, est venue m'engager à faire une promenade avec elle, en me disant: « Hier la bise a été forte, et il a sans doute gelé ; donc, partout où se trouvent des érables, les feuilles ont du devenir rouges et présenter un aspect éclatant. Profitons de cetie journée pour jouir de ce spectacle. » J'acceptai avec empressement cette proposition attrayante, et, m'étant vêtue convenablement, je partis avec mon amie. Une voiture nous conduisit en une heure à un endroit rempli d'érables, nommé TaJci no gawa. Aucune feuille de nos charmants arbres n'avait conservé sa couleur. Le vert avait disparu. Une infinie variété de couleurs d'un ton rouge diaprait toutes les hauteurs boisées qui nous environnaient. Nous avons trouvé cette vue plus jolie que celle des fleurs au printemps. La nature avait paré avec profusion les bois et les collines des plus riches couleurs.
Au bas des hauteurs serpentait une eau limpide qui, reflé-
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tant les teintes rouges des arbres, nous sembla rouge aussi.
Nous ne pouvions nous lasser d'admirer ce spectacle enchanteur ; nos yeux rivés à ces beautés ne pouvaient s'en détacher ! Notre cœur ému se livrait mollement à une douce et pénétrante joie, et, assises, nous jouissions innocemment des beautés que la nature prodigue révélait à nos yeux enchantés. Nous prîmes encore quelque repos dans un pavillon rustique élevé non loin de là, et nous prolongeâmes ainsi le délicieux plaisir que nous éprouvions.
Quand on habite l'intérieur d'une ville, il est si rare d'avoir une occasion semblable !
Nous ne pouvions nous arracher de ce séjour charmant!
Bientôt le son des cloches lointaines nous annonce la fin du jour; le soleil semble nous dire adieu en disparaissant à l'horizon; tandis qu'à l'opposé la lune, mère de beauté, nous accueille d'un sourire et nous inonde de sa douce lumière par une percée du bois.
Ce changement de la nature nous surprit attristées; la journée avait été bien courte et notre joie bien vite ternie. Il fallut alors songer au retour.
Les souvenirs et les impressions de cette journée se gravèrent profondément en moi, et j'en conservai dans mon esprit comme la réalité ; et le soir même, à la lueur de ma lampe d'écolière, j'écrivis cette petite relation.
Hashégawa (Tétsou).
Quatorze ans. — Élève de la 7® classe du cpurs supérieur de récole normale des filles de Tokio.
Composition (en langue française).