‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 48 sur 249 · AMOUR MATERNEL · texte numérisé non relu

AMOUR MATERNEL

J'avais dix ans, et j'étais la fillette la plus capricieuse du monde. Il «'y avait pas en moi de véritable méchanceté; mais quand j'étais de mauvaise humeur, pour un rien je faisais des scènes, je me mettais en fureur; en un mot, j'avais l'air d'une forcenée.

Mais pour moi aussi le tour vint de me corriger.

Un jour que j'étais particulièrement mal disposée, j'en avais fait de toutes les couleurs; la femme de service était presque désespérée, et maman était fâchée. Pleine de dépit, ne sachant plus que faire à la maison, j'allai au jardin.

C'était une belle matinée ; les fleurs, rafraîchies par la

rosée, remplissaient l'air de doux parfams et offraient au regard un spectacle agréable : mais pour moi il n'avait aucun charme ; les petits oiseaux gazouillaient harmonieusement : mais ce matin-là, leur chant m'était tout à fait indiffèrent. J'étais tout absorbée dans mes réflexions ; j'avais une tempête dans le cœur ; je me figurais que c'était moi qui avais raison en tout, et je cherchais des prétextes pour donner tort à marnant Gela vous paraît un peu fort, n'est-ce pas ? mais j*ai dit en commençant que ce jour-là j'étais mal tournée. J'entrai dans un berceau de verdure, où j'avais l'habitude de passer une grande partie de la journée ; je m'assis, et laissant machinalement tomber mes regards sur la table de pierre qui se trouvait devant moi, j'aperçus un petit livre ; je le pris, et je le reconnus : c'était le carnet de notes de ma mère. Poussée par la curiosité, je l'ouvris, et je lus ce qui suit :

« Le 27 avril 1864.

* Le Seigneur a voulu m'épçouver par une grande affliction. Hier, après beaucoup de souffrances, mon pauvre mari a cessé de vivre. Me voilà orpheline et veuve à l'âge de vingt-cinq ans! Que me reste-t-il donc à faire en ce monde?... Souffrir... Dure parole ! Je n'aurai donc plus personne qui me console dans les angoisses et me fasse aimer la vie?... Oh! oui, je puis me réjouir; si je suis orpheline, je suis encore mère ; si l'appui démon mari me fait défaut, j'ai sous ma protection une créature qui ne vit que par moi. Et moi aussi je vivrai uniquement pour elle. Je mettrai tout mon bonheur à m'occuper de son éducation, je chercherai à remplir de mon mieux ma sainte mission ; ma fille sera l'objet de mes espérances, elle sera ma gloire, l'ange de ma vie. »

Je me sentais déjà tout émue ; mais je continuai ma lecture. Sur une autre page je trouvai ces lignes :

« Le 4 août 1865.

» La nuit est avancée. Enfin ma Joséphine a pu s'endormir pour un moment, et je me mets à écrire près de son berceau. 11 y a trois nuits que je ne me suis couchée. J'ai passé des jours terribles, pleins d'angoisse et de craintes pour la santé de ma fille unique. Si je devais la perdre!... Mais non ! le Sei-

gneur aura pitié d'une pauvre mère, qui ne pourrait supporter une pareille douleur!... »

Je restais là tout attendrie, sans me décider à rien, lorsque, comme par enchantement, le son d'une musique mélancolique et majestueuse en même temps, vint frapper mes oreilles ; je compris qu'en ce moment les derniers devoirs étaient rendus à un mort. Qui pourrait exprimer Tefiet que produit la musique sur une âme déjà en proie à mille impressions douces et émouvantes? Je renonce à essayer de le décrire. Une pensée s'empara de moi : c Si maman allait mourir... »

Je n'achevai pas; je courus à la maison, je me jetai aux pieds de maman et lui demandai pardon; elle, surprise de voir ce changement, qui n'était pas trop naturel chez moi, me reçut à bras ouverts. Je lui promis de changer de caractère, et je tins ma promesse en effet. Sa tendresse pour moi avait obtenu ce que les châtiments n'avaient pu opérer.

Giulia Casto.

(!"■ cours.)

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