‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 50 sur 249 · COLLÈGE ROYAL DES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

COLLÈGE ROYAL DES JEUNES FILLES

(Gollcgio Rcale delle FanciuUe.)

MILâN.

Nous avons extrait les deux morceaux suivants d'un portefeuille qui contient huit compositions choisies (et sans doute corrigées), quatre en italien et quatre en français, toutes! d'une écriture trèssoignée. Le^ noms des élèves ne sont pas indiqués, non plus que leur âge ni la classe à laquelle elles appartiennent»

UNE RUE DE MA VlLLE NATALE (EN ItAIiEN)*

Alexandrie d^Ëgypte était pour moi une ville presque nou* velle; je la revoyais après dix années d*absence, et en y re* tournant j'éprouvais unejoie presque enfantine ; c^était plutôt de la curiosité que le véritable amour de la patrie. Devenue en quelque sorte étrangère, je me trouvais comme perdue dans ce labyrinthe de rues, et pour pouvoir m*y diriger, j'invoquai r^ride d'une conductrice, avec laquelle je revis en touriste les principales beautés de ma cité natale. Après avoir accordé une médiocre admiration au canal dérivé du Nil, au phare et aux cent minarets, nous entrâmes dans une grande rue, la principale de la ville. Elle était longue et sinueuse, offrant de chaque côté une file de boutiques des plus variées pour la forme, la couleur et la nature des marchandises; on y voyait des palais de récente construction européenne, et de pauvres cabanes arabes, qui se distinguaient non-seulement par leur forme gothique (sic), mais encore par leur toit couvert de terre, parleurs murs peints en rouge et leurs fenélr» toujours fermées. Dans cette rue on voyait réunis les plus grands contrastes : l'élégance, le luxe moderne, avec la pau-

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vreté et la bizarrerie antique. Dans une boutique, derrière une ample vitrine, on voyait surgir le grand turban turc avec son croissant d'argent, s'étalant majestueusement à côté du simple mouchoir rouge de l'Arabe ; et le béret bleu du Grec semblait s'étonner de faire, lui aussi, gracieuse figure^ placé qu'il était entre deux babouches dorées ; çà et là des objets en marqueterie, ou en bois de sandal, des bracelets moresques, des fifres, des sonnettes ; et ce singulier assemblage produisait sur l'œil du voyageur une impression des plus agréables, non moins agréable que celle qu'on éprouve devant les plus riches magasins d'Europe.

En face de ce petit bazar se trouvait une boutique de tapis de Perse ; quelques-uns de ces tapis étaient étendus à terre, devant la maison, et là, sur de moelleux coussins, les jambes croisées, était mollement installé le propriétaire, qui fumait d'un air apathic[ue une longue pipe au tuyau contourné en spirale.

Dans la rue, c'était une confusion inexprimable, des cris et un tumulte perpétuels : on voyait l'élégante et rapide calèche se croiser avec le pesant chariot arabe. Le fougueux destrier du désert, monté par la blanche figure du Bédouin à l'œil intelligent, disputait le pas à l'âne paresseux de quelque petit marchand. Dans cette foule, on distinguait particulièrement le brillant et capricieux costume de l'Albanais, avec son justaucorps brodé et son sabre luisant et recourbé, et la robe brune de la femme arabe, qui marchait d'un pas pressé, portant adroitement sa cruche d'eau sur la tête, d'où lui retombait sur le cou une longue bande de toile, qui ne voilait pas néanmoins la flamme de deux yeux dont on n'aurait pu dire s'ils devaient inspirer la confiance ouïe soupçon. D'un côté de la rue, vous voyez cinq à six garnements arabes se colleter et se rouler dans la poussière en vociférant, et continuer ce tapage jusqu'à l'arrivée de quelques janissaires, qui, avec des paroles impérieuses et des arguments plus efficaces encore^ parviennent à rétablir, sinon le silence, au moins la paix.

A quelques pas de là, un pauvre voyageur, assailli par une douzaine de muletiers, se débat vainement, entouré de toutes parts de gens qui veulent absolument le hisser sur leur monture. Tout près, c'est une lutte d'un autre genre, mais non moins violente : une troupe d'oisifs rôdent autour d'une baraque ambulante pleine de comestibles de tout genre, bananes, pistaches, dattes et sirops, que l'on déguste dans de petits

verres ; et constamment, tantôt Fun, tantôt Tautre, s'élance pour dérober quelqu'une de ces friandises, qui auraient bientôt entièrement disparu, si une femme n'était pas constamment occtipée à chasser ces indiscrets avec une branche de palmier en guise de fouet, tout en invitant d'une voix criarde les passants à ne pas dédaignerson excellente marchandise. Quelques clients s'approchaient, en effet, tandis que d'autres s'arrêtaient pour contempler le spectacle d'un Turc agenouillé sur une natte, qui, sans s'inquiéter du tumulte, plein de recueillement et de dévotion, tantôt se frappait la poitrine à coups redou- Mes, tantôt se dressait brusquement sur ses pieds, puis s'étendait à plat ventre, frappant le sol de son front et faisant mille extravagances en l'honneur d'Allah et de son prophète.

Oh! combien Alexandrie était différente de ce qu'elle était quand je l'avais quittée ! Églises chrétiennes à façade grécoromaiiie, mosquées de style arabe, palais, maisons, places, rues, tout était changé î Pleine d'admiration pour le spectacle que m'avait offert cette courte visite dans ma ville natale, je me tournai vers ma conductrice, et je lui demandai si une certaine rue que je lui nommai existait encore : c'était celle où j'avais habité lorsque j'étais enfant. Mon cicérone sourit, et me montrant la longue rue que nous venions de traverser : c C'est précisément celle-là, > répondit-elle.

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