‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 51 sur 249 · DE LA FENÊTRE D'UN WAGON (EN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DE LA FENÊTRE D'UN WAGON (EN FRANÇAIS

11 était cinq heures du matin; mes compagnons de voyage venaient de descendre du wagon où je me trouvais depuis quelque temps ; bien que leur société m'eût été très-agréable, c'était avec un véritable plaisir que je me disais : c Je vais rester seule ! > Après avoir tant entendu parler de l'Italie, et tant désiré de la voir, j'en avais déjà traversé une partie sans en remarquer les beautés; une conversation, aussi joyeuse qu'animée, avec mes voisins, m'avait empêchée de les contempler, comme je l'aurais désiré. Enfin je pouvais me dédommager, grâce à la solitude où j'étais vraiment heureuse de me trouver.

Dès que le train fut en mouvement, je me mis à [la fenêtre

et d'un seul regard j'embrassais * une immense étendue de paysage.

Nous parcourions la ligne de Desenzano à Peschiera; à peu de distance, on voyait le lac de Garde, dont les eaux limpides n'étaient troublées que par une brise légère, et au delà, les montagnes dont les sommets irréguliers traçaient les lignes de l'horizon. Au-dessus de ces monts, le bleu pâle du ciel prenait une teinte rosée, et l'on apercevait, enti*e les cimes les plus élevées, une couleur rougeâtre toujours plus accentuée. Quel spectacle ravissant m'offrait alors cette aurore si calme et si imposante !

Mille pensées diverses surgirent soudain dans mon esprit, et, après avoir savoure avec délice le sentiment d admiration dont j'étais remplie, je compris mieux que jamais mon intinîe petitesse en comparaison de la majestueuse grandeur de la nature.

Pourquoi l'homme n'a-t-il pas un langage capable d'exprimer tout ce qu'il éprouve dans de pareilles circonstances? me demandais-je à moi-même ; alors une voix intérieure sembla me répondre : c N'a-t-il pas la poésie? >

.... Oh ! si j'étais poète !

J'exalterais dans mes vers toutes ces beautés dont mon âme est remplie. . . . mais .... — non, je sens que je ne pourrais pas rendre ce que j'éprouve en moi : ce serait toujours froid I

Si au moins mes pinceaux étaient capables de reproduire un semblable spectacle ^ur une toile ! Oh ! alors, quoique éloignée de ce lieu enchanteur, et d'ici à bien des années, je pourrais le revoir toujours, et qui sait si je n'éprouverais pas encore toutes les ineffables impressions qui m'agitent en ce moment!. . . Mais non, mon tableau serait impuissant à rappeler à mon esprit toutes les choses à la fois.... il ne pourrait véritablement être que bien pâle en comparaison de cette splendide réalité.

Comment rendre, en effet, ce premier rayon de soleil qui, après avoir dominé les sommets de cette haute montagne, est descendu illuminer les richesses de cette 'luxuriante nature?

J'en étais là avec mes pensées, lorsque le lac disparut tout à coup à mes regards ; le paysage avait complètement changé. Hélas! me disais-je avec amertume, c'est ainsi que tout passe ici-bas ! C'est avec cette rapidité que le bonheur, souvent à peine entrevu, disparaît à nos yeux. . . . Dieu ! que ce train va vite!

Il vient de laisser derrière lui une aurore calme et brillante, et continue sa course avec tant de rapidité que bientôt il arrivera à son but. Ne dirait-on pas qu*il nous offre Tira âge de la vie ? L'homme aussi traverse avec vitesse la tranquille et riante aurore de sa vie; lui aussi il s'avance rapidement dans les années ; et, de même que le rayon de soleil est venu enabellir la course de ce train, de même les charmes de Taffection réjouissent le voyage de l'homme ici-bas. Il a, de même que ce train, un but|fixé, un but noble et sacré, vers lequel il doit tendre ; la seule différence est que le train arrive toujours au sien, tandis que l'homme, cet être si éminemment intelligent, dévie souvent, par sa faute, du droit sentier, et court aveuglément à sa perdition.

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