‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 77 sur 249 · DES PEINES ET DES RECOMPENSES · texte numérisé non relu

DES PEINES ET DES RECOMPENSES

La douceur, les moyens de persuasion, sont insuffisants dans a plupart des cas pour maintenir dans une école le travail et la discipline. Le maître le plus dévoué, celui qui aime le plus tendrement ses élèves est encore obligé de recourir à un autre genre de mobiles : il doit employer des punitions et des récompenses.

C'est toujours avec peine que l'instituteur se voit forcé d'employer les moyens extrêmes pour contraindre tel ou tel de ses élèves; mais, dans l'intérêt même de l'école, il doit user des grands moyens envers certaines natures indisciplinées et mutines sur lesquelles la persuasion n'a aucune prise; il doit punir aussi les fautes dont ses élèves se rendent coupables ; il le doit, pour faire respecter l'autorité et la vertu.

Le maître, en infligeant une punition, devra bien prendre

gfarde de ne * jamais se mettre en colère, afin que les élèves ne découvrent sur sa figure que Tindignation que soulève le mal et non une irritation qui semblerait personnelle. Que le maître reste calme I qu'il montre à Fenfant que la punition est appelée par la faute elle-même et qu'il en est de même dans tous les domaines, que le but est de corriger les coupables, et il aura plus fait pour la discipline de l'école et le bien en général que si, se mettant en colère, il terrorise peut-être pour un instant ses élèves qui se relèveront ensuite plus mauvais qu'avant.

Il devra être d'une impartialité extrême; si par malheur des enfants s'apercevaient que l'un de leurs camarades commet impunément un acte qui leur attire, à eux, une punition, la discipline serait perdue, et l'effet moral, désastreux.

Le maître s'attachera à mesurer, avec autant de tact que possible, l'étendue de la punition à la gravité de la faute ; il est de petites peccadilles qu'il serait souverainement injuste de traiter à l'égal des manquements graves; il cherchera • aussi à discerner l'intention qui a présidé à la faute. Il y a des fautes commises sans réflexion; d'autres dont on ne mesurait pas la portée; d'autres qui viennent d'habitude, d'autres €[ui sont le résultat d'une volonté consciente et manifeste. Il sera nécessaire que la punition varie dans ces différents cas, et qu'une faute d'étourderie ne soit pas punie au même degré qu'un péché commis le sachant et le voulant, avec préméditation peut-être.

Enfin, le • maître devra tâcher d'appliquer avec discernement les punitions suivant le tempérament des élèves, afin que l'effet produit soit toujours celui-ci : faire rentrer les enfants en eux-mêmes et les amener à se repentir et à mieux faire*

Les punitions sont indispensables, mais le maître devra en faire usage le moins possible. Il faudrait qu'elles pussent devenir une menace suspendue sur les élèves, qui les empêchât de tomber dans le mal. On est souvent obligé de s'en servir d'une tout autre manière, mais, au moins avant de promettre une punition pour tel ou tel acte mauvais, que le maître pèse bien s'il pourra l'exécuter, et une fois la parole donnée, qu'il ne revienne pas en arrière ; cette fermeté salutaire donnera à réfléchir aux mutins, tandis que s'ils parvenaient à éluder la menace, ils n'en deviendraient que plus audacieux.

Du reste, pour les élèves studieux et appliqués, au moins.

la meilleure punition sera le mécontentement qui se lira sur la Ogure du maître et qui aidera encore à l'action de la conscience.

Un autre moyen qui peut être d'une grande utilité, s'il est bien employé, c'est les récompenses.

Si l'enfant était parfait, le sentiment du devoir accompli serait la seule récompense qui fût nécessaire ; mais les hommes ne s'en contentent pas ; comment les enfants pQurront-ils être satisfaits de cela seul ! Puis l'enfant, bien souvent, n'aperçoit pas le but qu'on se propose en lui faisant étudier toutes ces branches dont il ne comprend pas l'utilité ; travaillant sans but, il travaille sans goût et sans courage. Dans cet ordre d'idées, les récompenses sont une chose bonne en ellemême, car elles substituent à quelque chose d'éloigné et d'in« certain, un bien assez proche et palpable.

D'un autre côté, elles excitent entre les élèves une émulation qui , bien dirigée , peut donner d'excellents résultats. Seulement, pour qu'elles soient réellement utiles, il faut qu'elles répondent aux données suivantes :

Elles ne devront pas éveiller l'intérêt, car le but serait totalement manqué. On est déjà assez intéressé aujourd'hui pour que, dans l'école, on s'efforce de s'affranchir de ce défaut. L'intérêt dessèche le cœur et en éloigne tous les nobles sentiments ; rien n'est plus triste à voir qu'un enfant, à l'âge où le cœur doit être plus tendre, qui sacrifie tout à l'intérêt personnel. Aussi, les récompenses seront-elles de peu de valeur intrinsèque; il faut que leur valeur consiste aux yeux de l'enfant dans l'effort qui a été nécessaire pour les mériter.

L'émulation qu'elles produisent ne devra pas dégénérer en jalousie ni en haine. II vaudrait mieux suspendre sur-lechamp les récompenses, si on s'apercevait que l'envie se glisse parmi ceux que leur peu d'application ou de zèle tient éloignés de ces marques d'honneur. Pour éviter ce défaut, le maître s'attachera à montrer que c'est le travail et non la récompense qui est important ; il encouragera les plus faibles et excitera les paresseux, puis au premier mouvement en avant, il fera voir sa satisfaction.

Les récompenses ne devront pas non plus produire l'orgueil ; dans ce but, elles seront accordées sans apparat, sans cérémonies, afin que l'élève n'en puisse pas tirer vanité ; le maître prononcera en tous cas quelques paroles bien senties

dans lesquelles il aura- soin de ne pas exalter ce petit cœur qui est toi\jours disposé à se gonfler d'orgueil.

Les récompenses devront consister le plus souvent en quelque objet d'une utilité immédiate , tel que livres, atlas, etc.

En outre, elles ne seront acordées* que rarement, car leur fréquence même empêcherait d'en sentir le prix.

Si on parvient à réunir toutes ces conditions, certainement les récompenses auront un bon effet, mais toujours, dans une classe où le maître aime ses élèves et a su se faire aimer et respecter par eux, la meilleure des récompenses sera la satisfaction qu'il témoignera ou seulement qui éclatera dans ses yeux à la vue d'un travail bien fait, d'une bonne conduite, ou d'une action vertueuse.

Quand la classe aura été bonne, le maître pourra aussi récompenser les élèves par une bonne et intéressante leçon ou par un récit instructif.

Outre ces récompenses, le maître pourra encore accorder des bonnes notes qui pourront être inscrites sur un tableau placé quelque part dans la salle, et que les enfants pourront faire constater à leurs parents au moyen de petites cartes disposées à cet effet.

Quant aux punitions, le règlement pour les écoles primaires du canton de Vaud. prévoit les punitions suivantes, qui peuvent être appliquées par le régent:

1® La censure, en particulier ou en présence de l'école tout entière .

2<> Des mauvaises notes, inscrites dans un registre affecté à cet usage.

3®- Un avis aux parents.

4° Une pénitence dans un endroit écarté.

b'^ La retenue pour un temps qui ne peut excéder deux heures par jour.

6° L'expulsion d'une leçon.

7° L'expulsion pour une journée entière ou une demijournée.

1. La censure peut être adressée en particulier à l'élève qui a commis la faute, ou elle peut lui être faite en présence de toute la classe. Lorsque la faute est légère ou qu'elle n'est pas connue des autres élèves, la censure peut être adressée à l'élève seul, mais une faute commise en présence de

ibt DEVOIRS D'ÉCOLIERS.

toute la classe veut être punie aussi publiquement. Il faut aussi prendre garde que certains élèves éprouvent de la honte à être repris devant tous leurs camarades, tandis que d'autres s'endurcissent dans un faux amour-propre. Dans une réprimande en particulier on trouve aussi plus facilement le chemin du cœur de l'enfant, et on l'amène plus facilement à reconnaître sa faute et à s'en corriger.

2. Les mauvaises notes produisent un bon effet lorsqu'elles ne sont pas trop fréquentes ; elles font honte à celui qui en a un grand nombre, surtout si tous les élèves les considèrent comme une punition réelle, mais quand ils s'y habituent et s'en moquent, il faut ne pas s'en servir, autrement, on aurait bientôt perdu toute la force de la discipline.

3. Vavis aux parents. Cette mesure est une des plus délicates que l'instituteur soit appelé à prendre. Il ne devra y recourir que quand il connaîtra suffisamment tous les parents de la localité où il est placé, et qu'il sera au fait de leurs habitudes à l'égard de leurs enfants. S'il peut être presque sûr de trouver en eux des collaborateurs, des soutiens; s'ils ont un grand, empire sur des enfants qui les craignent, alors le maître peut aller les trouver, et leur expliquer tristement, mais franchement les faits tels qu'ils sont. Une pareille mesure, prise avec de tels auxiliaires, ne manquera pas de produire les meilleurs effets. Malheureusement on trouve encore un trop grand nombre de parents qui peu .soucieux de l'avenir de leurs enfants et de leur propre contentement, sont toujours disposés à dénigrer le régent, et qui profiteraient d'une plainte de ce dernier poar prendre le parti de leurs enfants et les encourager à la résistance. Si le maître peut compter sur l'appui des autorités, rien n'est perdu, mais cependant, dans son propre intérêt, il fera mieux, à l'égard de ces enfants-là, de revenir à d'autres punitions.

4. La pénitence. Cette punition est d'un usage fréquent ; elle consiste à placer l'élève fautif debout dans un endroit écarté de la salle pour un temps qui doit en général être très-court. Autant que possible, l'élève en pénitence sera placé près du maître, afm que celui-ci puisse surveiller. Il faut prendre garde que cette mesure ne devienne pas pour les

autres élèves un sujet d'amusement, et que le coupable se sente bien puni , et non qu'il se croie placé là pour son plaisir.

5. La retenue est une punition qui est sensible aux enfants, surtout par le beau temps ! mais si Ton veut qu'elle porte tous ses fruits, il faut que l'élève ou les élèves en retenue aient un travail à faire, et de plus, qu'ils soient laissés seuls le moins possible. Cette punition doit être ménagée aux élèves faibles, et n'être d'une longueur excessive pour aucun ; cela pourrait, à la longue, leur devenir nuisible.

6. Uexpulsion ou la privation d'une leçon, n'est pas à recommander. Pour le petit nombre d'élèves qui, dans une classe, seront réellement punis par cette mesure, il en existe une grande majorité qui trouvera charmant d'aller s'ébattre un instant pendant que les autres élèves doivent rester enfermés.

7. V expulsion pour une demi-journée ou une journée entière. Cette mesure extrême ne doit être appliquée que lorsque toutes les autres punitions sont restées sans effet et que le coupable continue malgré les efforts réitérés du maître à commettre des actes répréhensibles. Elle produit en général son effet et peut même être accompagnée à l'occasion de renvoi devant la Commission scolaire. Cette peine doit être aussi rare que possible.

H. BURDET.

Agé de dix-neuf ans, — 1* élève sur 20.

l'o classe (garçons), ou 4* année.

(Note : 10.)

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