‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 81 sur 249 · LA PATRIE · texte numérisé non relu

LA PATRIE

Plan (1). >— 1" En quoi elle consiste. — 2° Ce qu'elle rappelle. — 3** Exil. — 4° Prix de la Patrie. — 5« Amour de la Patrie. — G° Conclusion.

La Patrie, c'est le pays qui nous a vus naître, c'est notre village, ce sont ces ruisseaux, ces collines, ces arbres qui ont embelli notre enfance, ces oiseaux qui charmaient notre oreille par leurs doux concerts ; c'est celte brise que nous aimions à entendre le soir agiter le feuillage. Que de souvenirs ce seul mot nous rappelle! que de pensées il réveille. dans notre âme! Lorsque, pendant une belle nuit d'été, nous nous promenons dans la campagne, lorsque, au clair de la lune, nous contemplons les beautés de la nature, notre âme s'élève involontairement, tout ce qui nous entoure nous touche et nous subjugue, depuis le grillon qui fait entendre son chant monotone, de sa retraite souterraine, jusqu'au ciel étoile qui s'étend magnifique et immense sur nos tètes. Si, alors, nous rentrons en nous-mêmes, si nous nous demandons ce qui produit sur notre être intellectuel cette métamorphose, pas de réponse, nous

(1) Ce plan est l'œuvre de l'élève.

sentons Teffet produit, mais nous ignorons quelle en est la cause ; ce que nous savons, c'est que le premier sentiment qui naît en nous, c'est la reconnaissance, et que le premier besoin de notre âme, c'est de remercier Dieu de nous avoir fait naître au milieu de tant de magnificence et de grandeur.

La Patrie a une grande valeur, mais pour s'en apercevoir, il faut en être éloigné. Ecoutons cet exilé, entendons cet homme que la sévérité des lois a arraché du milieu des siens; il tourne ses regards vers sa patrie et soupire : c Où êtes-vous être* chéris, vous que j'aime et dont le malheur m'a séparé? où es-tu, riant clocher de mon village? n'entendrai-je plus tinter cette cloche sonore qui nous réunissait, le dimanche, pour prier et pour nous recueillir ? Ne reverrai-Je plus ce lac aux eaux limpides, sillonné de légères et gracieuses embarcations? Suis-je condamné à mourir sur cette terre d'exil sans revoir ces plus vifs sujets démon afi'ection?... » voilà sa plainte, voilà sa plaie. Ce qui souffre en lui, c'est son cœur, ce qui lui manque, c*est sa patrie. Dès lors, nous voyons quel est Je prix de la Patrie, nous reconnaissons la bonté de Dieu dans ce doa inestimable ; il est impossible dès lors à tout homme qui a du cœur et de la sensibilité de le méconnaître. Celui qui est indiffèrent au mot Patrie est un être sans sentiment et dont les plaisirs sont dans les sens ; celui qui a pour maxime :

Ubi bene, ibi Patria,

celui-là est un homme dont la vie est sans but et l'âme sans noblesse. Celui qui, au contraire, aime sa Patrie, est dévoué pour elle ; à son appel, il accourt, rempli d'enthousiasme et d'ardeur ; les plus grands sacrifices ne lui sont rien. Si un nuage noir paraît à l'horizon et menace sa patrie, il est là, prêt à mourir pour elle, ne songeant qu'à son salut et à ^a prospérité.

Ulysse Desponds.

Agé de dix-huit ans, — 2* élève sur 22.

2' classe (garçons), ou 3*^ année.

(Note : 10.)

Page 1