‹ Devoirs d'écoliers étrangers recueillis à l'Exposition universelle de ParisChapitre 82 sur 249 · UNE COURSE MILITAIRE · texte numérisé non relu

UNE COURSE MILITAIRE

Chaque année, il est d'usage que les jeunes recrues, après airoir été instruites dans l'art militaire, font une course. Ces courses ont un double but : premièrement d'habituer le soldat à la marche et à la fatigue ; secondement de Tinitier à la tactique militaire. En ayant fait une de ce genre, je vais essayer de la retracer.

La course devait durer deux jours, de sorte que chacun serait obligé de faire sa petite cuisine. Il était convenu que, dans un lieu déterminé, se livrerait un petit combat qui se terminerait par la prise d'un pont. Au jour fixé nous partîmes de Lucerne pour Horw. Rien ne devait être plus comique que de nous voir avec nos grandes capotes et notre marmite de campagne attachée au havresac. Aussi ceux qui nous rencontraient ne pouvaient-ils s'empêcher de rire aux éclats. A la sortie de la ville nous nous trouvâmes dans une plaine; devant nous s'élevait le massif du Pilate, couvert de forêts de sapin et de pâturages. Au bout d'une demi-heure nous arrivâmes à Horw. De ce village, la troupe devait longer le lac pour atteindre le bourg de Stanzstad. Malheureusement le temps n'était pas favorable, de gros nuages se traînaient sur les flancs noirâtres du Pilate. Les éclairs se succédaient sans interruption, le tonnerre roulait avec fracas : bientôt la pluie commence à tomber par torrents. Notre uniforme se remplit d'eau et nous fûmes bientôt aussi pesant* que du plomb. La route se détrempait de sorte que nous n'avancions que très-lentement.

Un quart d'heure après, le ciel était éclairci, et le soleil brillait dans tout son éclat. A onze heures nous étions à Stanzstad. De là, nous nous dirigeâmes du côté de Stanz. Dans cette ville nous fîmes une halte d'une heure.

Nous étant réconfortés, nous continuâmes notre route. Après une marche de deux lieues, nous atteignîmes le petit village d'Allenwyl. Depuis là, le combat allait s'engager. L'ennemi nous attendait à peu de distance. Notre troupe fut divisée en trois corps : l'avant-garde, le corps principal dont je faisais

(1) On sait qu'en Suisse les instituteurs et les élèves des écoles normales sont astreints à faire l'école de recrues comme les autres citoyens.

partie, et T arrière-garde. Des patrouilles de reconnaissance allèrent espionner la position de l'ennemi.

Nous nous avançâmes lentement à travers champs ; de temps en temps on entendait quelques coups de fusil, preuve que Tennemi n'était pas éloigné. Nous pressâmes le pas, et en peu de temps nous étions à sa poursuite ; nous commençâmes les feux, tout en avançant rapidement ; cette manœuvre dura pendant une demi-heure.

Mais tout à coup notre course fut interrompue; le pont sur lequel nous devions passer était barricadé ; il fallut tenter un assaut; après une forte décharge, nous restâmes maîtres de la place : le combat finissait. Nous nous ralliâmes pour gravir la montagne. 11 était trois heures de Taprès-midi, la pluie tombait avec une nouvelle force, la fatigue devenait de plus en plus grande et chacun se plaignait de la faim; enfin à cinq heures nous arrivâmes à Ober-Rickenbach, endroit où nous devions passer la nuit. Nous dûmes loger dans un chalet et coucher sur un tas de foin. De grands feux furent allumés pour sécher notre uniforme, et pour nous préparer quelque nourriture ; c'était un véritable bivac. A neuf heures nous allâmes nous livrer au repos. La soirée fut assez amusante ; chacun racontait son histoire; les bonnes plaisanteries, les quolibets, les calembours étaient sans nombre.

A Taube du jour tout le monde était sur pied ; chacun préparait sa soupe ; mais qu'arriva-t-il ? c'est que plusieurs n'eurent pas le temps de la manger ; le signal du départ était donné et il fallut obéir. Après une marche de six heures, nous arrivâmes à Isleten où un bateau nous att«^ndait pour nous conduire, à Lucerne.

C'est un plaisir de traverser le lac des Quatre-Cantons : à droite, nous voyons le beau village de Brunnen; plus loin la Chapelle de Tell ; ce ne sont que des lieux qui nous rappellent de grands souvenirs historiques. A gauche, ce ne sont que des pointes de rochers qui surplombent le lac. Tout offre un paysage admirable; l'œil ne se rassasie pas de contempler ce vaste panorama. Aussi tout le monde conserva-t-il un agréable souvenir de ce pays qu'il voyait pour la première fois.

. H. Pahud.

Agé de vingt ans, — 6' élève sur 20.

1™ classe (garçons), ou 4" année.

(Note : 9.)

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