OBÉIR AUX. COMMANDEMENTS DE L'ÉGLISE
Messieurs,
Nous avons dit notre premier devoir fondamental envers TÉglise notre Mère, le devoir de croire à sa parole qui enseigne. Il y en a un second : obéir à sa volonté qui commande. Une mère n'a pas seulement à gouverner l'intelligence de ses enfants, elle a encore à gouverner leur volonté. Les hommes sont des volontés, dit St. Augustin ; donc, pour gouverner Thomme, il faut par-dessus tout gouverner son vouloir.
C'est par ce gouvernement des volontés, que l'Église entre dans l'intime de notre vie ; c'est
par là qu'elle en atteint toutes les réalités pratiques ; c'est par là qu'elle fait sentir , non plus seulement dans les régions abstraites du dogme et de la doctrine , mais dans la sphère très-concrète de nos actions de chaque jour, le joug de sa souveraine autorité. Aussi, est-ce par là surtout qu'elle suscite les répulsions de l'humanité vivante, et voit, jusque dans son propre sein, au milieu même de la race des croyants^ ce qu'on nomme bien aujourd'hui la génération très-inconséquente et très-contradictoire des CdLÛïoliques non-pratiquants . Donner son adhésion sincère, sa foi pleine et absolue à la parole de l'Église, on le peut encore assez facilement; et volontiers l'on y consent^ alors du moins qu'on n'est pas possédé par le génie de l'indépendance rationaliste;, autrement dit, par le démon de l'orgueil.
Mais se soumettre en actes à ce commandement qui restreint notre libre-faire ; embrasser cette pratique qui répugne à nos instincts et mortifie notre chair : Voilà ce que tous, parmi les croyants même les plus purs, n'ont pas la force d'accepter ; voilà ce qui les fait marcher, quelquefois durant de longues années , dans le
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cercle doublement vicieux de la foi niée par la pratique et de la conviction démentie par l'action : génération étrange, qui, grâces au ciel, tend à diminuer parmi nous ; mais génération trop nombreuse encore, donnant le spectacle, et — pourquoi ne le dirais-je pas — le scandale d'une prévarication qui insulte au Christ législateur nous commandant par son Église , et nous menace toujours de la foudre vengeresse que la Majesté insultée suspend sur cette apostasie pratique de son peuple choisi. Ah! cette apostasie de l'action, qu'il nous tarde de la voir cesser, diminuer du moins, ô mon Dieu, au milieu de nos croyants ; à cette heure surtout, où ceux même qui ne croient pas, font de la violation de vos lois une publique insulte à l'autorité de votre Église, et comme une protestation satanique contre ses commandements !
Messieurs,
Jamais, pour vous prêcher l'obéissance aux lois de TÉglise, le moment ne fut plus proprice^ et la nécessité plus urgente. Tout aujourd'hui vous le crie de partout : l'heure est venue, pour
tous les croyants, de faire de leur pratique une traduction visible et une publique manifestation de leur foi. A ce moment solennel, où TÉglise s'apprête à faire acte de souveraine autorité par la confirmation de ses lois anciennes ou par la publication de lois nouvelles, à nous, catholiques, de montrer, en face de l'impiété qui insulte, que nous sommes les enfants de l'Église, prêts à recevoir ses ordres et à exécuter ses commandements.
C'est pour vous aider à entrer dans ces dispositions de volontaire et respectueuse obéissance vis-à-vis de l'Église, que je vais essayer de vous montrer, dans ce discours, quelle est la nécessité générale pour le catholique d'observer les lois de l'Église, et quels sont, en particulier, les points sur lesquels porte cette obligation.
A la double lumière de notre raison et de notre foi, sous la double clarté de notre sens catholique et de notre sens commun, reconnaissons franchement que nous devons observer les lois de l'Église, sous peine de tomber, par nos prévarications, dans une scandaleuse contradiction. Venant ensuite au détail de la pratique, reconnaissons, avec une égale franchise, le néant des raisons par lesquelles notre humaine fai-
blesse essaie de légitimer et de maintenir le double scandale de cette prévarication et de cette contradiction.
Invoquons, avant de commencer, la Reine du» ciel, qui a du à sa parfaite obéissance aux ordres de Dieu transmis par le céleste messa ger, le privilège de s'élever jusqu'à la gloire de la divine maternité.
Ave M aria y etc.
Oui;, Messieurs, il y a aujourd'hui, devant la législation positive de l'Église, une publique prévarication, qui est tout à la fois une contradiction dans les chrétiens et un scandale dans le christianisme.
Et d'abord, pour mettre ici dans tout son jour la contradiction pratique dont ce siècle nous donne le spectacle désolant, il faut partir de certaines données incontestables et de certains principes évidents ; la contradiction pratique ne pou-
vant être que la négation par les actes de certains points reconnus par l'intelligence.
Pour quiconque a conservé intacts les premiers éléments de sa foi catholique, trois choses ici sont absolument hors de doute , au point de vue de la législation positive de l'Église ; c'est la possibilité d'abord, le droit ensuite, et eiiûn le fait de cette législation obligatoire de l'Église.
La possibilité dans l'Eglise d'une législation positive, capable d'enchaîner la conscience catholique, se montre d'elle-même, dans la lumière de l'évidence. L'ÉgUse étant admise comme une institution divine, créée pour la direction morale et religieuse de l'humanité , comment lui dénier la puissance de déterminer dans cette humanité, tels actes à poser et tels actes à omettre? Ce que Dieu pouvait se réserver de commander immédiatement lui-même, comme il a fait pour le peuple d'Israël, est-ce qu'il ne lui est pas libre de vous le prescrire par un intermédiaire autorisé par lui-même, c'est-à dire, par une autorité émanant, pour le représenter, de sa propre autorité?
Et, même en dehors de cette loi naturelle qui enchaîne toute conscience à l'empire de la justice, est-ce que , si Dieu le veut, une autre