‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 9 sur 30 · Saint Paul, Hebr. II · texte numérisé non relu

Saint Paul, Hebr. II

Comment faut- il croire ? Quelles conditions doit avoir notre foi, pour sauver nos âmes, glorifier Dieu et réjouir^ à l'heure qu'il est surtout, la sainte Église notre mère ? Aujourd'hui, dans l'ombre, le demi-jour et l'obscurité que font autour de nous les agitations de la lutte, plus que jamais, il importe de dégager des simulacres de la foi la véritable foi, telle que nous la devons tous, à l'infaillible parole de l'Église.

Vous me permettrez de vous montrer dans la pleine liberté de mon apostolat et aussi avec la plénitude de ma confiance en vous, ces signes authentiques de l'esprit catholique ; esprit sincèrç qui distingue la vraie race des croyants de la race des infidèles, des incrédules et des demicroyants. Je le ferais j'ai hâte de le dire, sans songer a blesser personne, et sans même avoir l'arrière pensée d'une simple allusion. Dans ces temps de préoccupation et de controverse religieuse^ le simple exposé du vrai trop facilement

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peut être pris pour une allusion, si ce n'est même pour une attaque. Je veux montrer simplement à tous ceux qui veulent voir^ la vraie physionomie de Tesprit catholique, c'est-à-dire du véritable esprit de foi, invitant en toute charité, ceux qui ne pourraient s'y reconnaître, à se refaire à cette image.

Le programme des vrais croyants peut se résumer en ces quelques mots qui renferment implicitement tout ce qu'ils ne disent pas formellement : Il faut croire à la parole infaillible de l'Église, organe vivant de la parole du Christ.

Mais, comment faut il croire ?

Et d'abord, voici un caractère authentique et absolument irrécusable de la véritable foi catholique : croire avec certitude et avec plénitude ; ce qui revient à dire : tout croire, et croire sans hésiter.

Oui tout croire d'abord ; j'entends, tout ee que Jésus-Christ a enseigné à son Église et tout ce que l'Église enseigne au monde. Ainsi fait la vraie foi inspirée par la charité : omnia crédit ; elle croit tout ; elle croit tout ce qui est du dogme déjà défini, et elle incline par ses préférences mêmes vers ce qui sans être défini, est le

plus conlbriTic à la |)cnsée de l'Église. Il faut tout croire ; oui, parce que la même raison de croire tombe sur tous les dogmes et atteint tous les dogmes, à savoir, la souveraine et infaillible autorité de l'Église. A ce point de vue, qui est le vrai, l'unifjue vrai, un dogme a la même certitude qu'un autre dogme, et un article du symbole n'est pas plus vrai qu'un autre article du symbole : leur vérité et leur certitude ayant la même base fondamentale et la même raison formelle d'être admises et acceptées de tous les croyants. Ainsi, pour ne citer que ces quelques exemples, l'Incarnation n'est pas plus vraie que l'Eucliaristie ; le Paradis n'est pas plus certain que l'enfer ; et l'éternité des récompenses n'est pas plus assurée que l'éternité des peines : la raison de croire l'un est identique ù la raison de croire l'autre.

Il faut tout croire ; oui, parce que l'édifice du dogme catholique est tout d'une pièce, et qu'ébranler ou renverser un seul dogme, c'est les ébranler ou les renverser tous. Donc arrière, l'éclectisme dogmatique ; éclectisme illogique, inconséquent, contradictoire, qui veut bien de ce dogme et qui ne veut pas de cet autre ; qui fait à

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l'autorité divine sa part, à la raison humaine la sienne ; et qui semble toujours dire avec une infirme raison à Tinfaillible parole : « Vous n'irez pas plus loin » ; vous ne définirez pas cette croyance ou cette autre ; vous ne m'imposerez pas ce précepte ou cet autre ; au nom de ma raison je vous le défends, et je proteste. Véritable protestantisme, en elTet; ou du moins, tendance à la révolte protestante et à l'indépendance hérétique et schismaiique.

Catholiques et croyants, on voudrait des croyances de son choix, des dogmes aux convenances de sa raison et aux goûts de son siècle. Catholicisme dépravé, semi-catholicisme, pseudocatholicisme qui conduit par une pente irrésistible à l'anti-catholicisme, tiu grand abîme de la révolte contre l'Eglise, ou à cet illuminisme insensé qui reçoit de Jésus-Christ des ordres impératifs pour contrister l'Église, scandaliser les chrétiens, et sortir soi-même du vrai christia-*nisme.

Tout croire et croire avec une certitude égale à la plénitude de sa foi. Croire sans hésiter, nihil hœsitans, c'est l'essence même de la véritable foi. La philosophie qui cherche\e vrai, admet

et consacre le doute ; la foi qui est une possession du vrai sous une sauvegarde infaillible, le repousse nécessairement.

La foi, sans doute, n'exclut pas l'examen de ses propres motifs, ni l'exploration rationnelle de ses propres fondements. Mais alors même que le catholique raisonne sa foi, il ne peut ni ne doit commencer par douter du fondement de sa foi. Pour s'assurer qu'un édifice se soutient, est-ce qu'il est besoin de commencer par en ébranler les bases? L'enfant de l'Église est comme l'enfant bien élevé ; il ne doute jamais de la parole de sa mère ! Ah ! cette éducation vraiment catholique, cette éducation sous l'inlluence de laquelle la race des vrais croyants s'affermit dans la foi, à mesure qu'elle grandit dans la raison ; où les affirmations de la foi toujours debout et toujours inébranlée, se justifient de plus en plus, à mesure que resplendissent autour d'elles les clartés de la pensée, et les illuminations de l'intelligence ; ah ! cette éducation de la lumière ô Dieu ! vous me l'avez donnée, et je vous en remercie. A Taurore de ma raison naissante, j'ai cru à la {)arole de ma mère, de ma nière selon le sang,

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instruite elle même par ma mère selon l'esprit. Enfant naïf, j'ai cru à sa parole simple , oui, j'ai cru ; et dans la lumière croissante de ce soleil de la vérité montant au ciel de mes jours, j'ai vu, avec Augustin, combien j'avais raison de croire. Ma foi s'est fortifiée, de jour en jour, d'heure en heure, des visions de mon intelligence grandissante ; et un jour, jeté avec tant d'autres, dans cette dévorante atmosphère où s'étalent toutes les orgies du scepticisme, grâce à ce rayonnement de votre Verbe sur mon âme sincère, j'ai cru toujours, je n'ai jamais douté ; et arrivé à ce point de la vie et à cette saison de l'homme, où le penseur le plus sûr de lui-même souvent sent chanceler dans son âme les doctrines qui ont passionné son ardente jeunesse, je me retrouve croyant, croyant tout avec une conviction pleine; et je sens que je serais prêt à donner à chaque vérité de mon symbole la signature de mon sang et le sceau de mon martyre. Mais hélas, force nous est d'en convenir, aujourd'hui pour beaucoup de croyants l'éducation est bien différente ; aujourd'hui pour les intelligences grandissantes les jours sont mauvais, l'atmosphère est malsaine.

Aussi, sont-ils nombreux, à l'heure (ju'il est, ceux qui croient tout et qui croient sans hésiter? Que penser de tant de croyants du dix-neuvième siècle, jetés dans la mêlée confuse de tant de négations et tant de scepticismes? Combien qui, en traversant cet air tout imprégné du poison de la libre pensée, en ont plus ou moins aspiré les éléments destructeurs : éléments presque imperceptibles, pareils à ces insectes qui rongent le ciment des édifices même les plus solides et les mieux affermis ! Combien qui sont atteints de ce mal chronique des générations vivantes, qu'on appelle la curiosité y et qui, à force de vouloir éclairer la lumière même, à force de chercher au dessous des dogmes, au dessous même des principes , s'éblouissent de leurs propres visions, se donnent le vertige, et subissent, à la fin, la fascination de cet abîme des intelligences qui se nomme le scepticisme.

Croire tout, et croire sans hésiter, c'est beaucoup ; mais ce n'est pas assez ; il faut croire avec soumission et avec docilité; il faut croire non comme celui qui commande, mais comme celui qui obéit; non comme celui qui enseigne, mais comme celui qui est enseigné.

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Voyez-vous d'ici l'enfant encore penché sur le sein de sa mère? comme il ouvre son intelligence aux premières clartés qui brillent au fond de son âme dans les premières paroles qui retentissent à son oreille ! Comme il écoute souriant et beau cette parole de l'amour murmurant la vérité par les lèvres d'une mère ! Et cette parole une fois entendue, comme il l'accepte, comme ill'approuve, commeil y adhère ! Gomme sa jeune âme aspire et boit la vérité qui lui vient dans cette parole, pareille au calice d'une fleur aspirant et buvant la lumière avec la chaleur dans un rayon de soleil ! C'est l'image ingénue de notre situation devant l'Église notre mère. Nous sommes des enfants, des enfants qui viennent de naître : quasiinodo cjenïti infantes. A nous de puiser de son sein maternel le lait substantiel de la vérité,, c'est-à-dire la substance même de cette foi, qui doit alimenter, fortifier et faire grandir notre raison. Oui, désirez et cherchez ce lait qui nourrit votre raison, rationabile lac concupiscite; afin que vous arriviez, en vous l'assimilant, à la plénitude de la vie et de la santé, ut in eo C7'escatis in salutem.

Soumission pleine et humble à la parole de

CROIRE A SA PAROLE 4t

l'Église LHie fois reconnue divine; c'est la grande simplification de l'esprit catholique ; c'est la voie abrégée qui mène à la solution, pour nous la seule logique^ de tous les grands problêmes qui tourmentent notre raison. Et que peut -il, après tout, nous tant coûter de nous soumettre, sans murmure, sans réserve et sans arrière pensée, à une autorité par nous-même reconnue infail-* liblu ? Douter de l'autorité même, et par suite la contester, la discuter, essayer même de la nier; ah î dans le sceptique, dans l'incroyant, dans le rationaliste de toute nuance, je le comprends : mais croire à l'autorité, à l'autorité par soimême proclamée infaillible ; et devant cette autorité qui parle, ou qui s'apprête à parler, hésiter, même une minute, et mettre en délibération la plénitude de son obéissance et l'absolu de sa soumission ; qu'est-ce, si ce n'est ici encore un catholicisme contradictoire, la contradiction elle-même ? Ah ! Messieurs^, obéir, et obéir sans contestation, sans réserve et sans hésitation, à la vraie mère du genre humain, portant au front le signe reconnu de son droit divin; voilà l'harmonie, la véritable harmonie de la raison et de la foi. Et puis se laisser enseigner par cette autorité

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divinement enseignante ; vouloir être en tout et toujours éclairé par elle ; et non pas prétendre, avec notre petite science et notre petite raison, l'éclairer elle-même.

Ah ! ne l'oublions jamais^ l'Église, dans Tordre moral et religieux surtout, l'Église seule est notre lumière ; elle est notre soleil visible réfléchissant sur nous les ravons de notre soleil invisible. Et le bon^ens demande ici : est-ce à notre œil qu'il appartient d'éclairer la lumière? ou bien est-ce à la lumière qu'il appartient d'éclairer notre œil ? quoi ! avec les pâles flambeaux que nous portons dans ces basses régions, où notre pensée si souvent s'obscurcit et s'égare^ nous aurions la prétention d'éclairer notre soleil? La lumière c'est moi ; le soleil c'est moi, dit Jésus-Christ dans son Évangile: ego suni lux viundi. Et moi, ditrÉghse,je suisleChrist dans l'humanité ; je suis le réflecteur humain de sa lumière divine ; éclairée par lui pour éclairer moi-même de sa propre lumière toute intelligence qui vient en ce monde.

Et dès lors, que signifient ces efforts de science, de raisonnements, d'éloquence, de prétendue sagesse et de prudence humaine.

pour envoyer à l'Église la lumière de nos propres idées? Est-ce que vraiment nous aurions la prétention d'éclairer la lumière même ? la lumière divine qui luit tout exprès pour nous éclairer au chemin? Est-ce à Tautorité de TÉgiise d'accepter nos idées? ou bien est-ce à nos idées de se rendre conformes à la parole de l'Église? En deux mots, est-ce à l'autorité qu'il sied de nous enseigner? ou bien est-ce à nous qu'il convient d'enseigner l'autorité? Devant la conscience catholique, poser une telle question, n'est-ce pas assez la résoudre ? Et que peut ici l'esprit de parti et de contestation contre cet oracle du bon sens?

Croire avec plénitude et certitude, croire avec soumission et avec docilité : tels sont les deux premiers caractères de l'esprit catholique ou des vrais croyants. En voici un troisième : croire aiwec prudence et avec dhcernemeni : avec prudence, pour préserver notre foi de toute influence malsaine et l'environner d'une vigilante circonspection ; avec discernement, pour séparer notre foi de tout mélange impur et de tout élément incompatible avec elle.

Oui, Messieurs, croire avec prudence et circonspection. A nous la simplicité de la colombe ;

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mais, à nous aussi la prudence du serpent, alors qu'il s'agit de défendre notre propre foi contre les traits de Tennemi ; à nous de ne pas la compromettre, sans une armure à toute épreuve, sur les grands chemins du siècle où soufflent toutes les erreurs, et dans ces mêlées obscures où se heurtent au hasard, tous les scepticismes. Oh! laissez-moi vous le dire : vous n'estimez pas assez votre propre trésor. Vous ne l'environnez ni des précautions ni des sollicitudes qu'il exige. Vous ne vous défendez pas assez contre ces voleurs publics qui viennent de tous côtés pour vous assaillir en plein soleil, et vous enlever la suprême richesse de votre vie, votre foi : mauvais livres, mauvaises brochures, mauvais jour— naux, mauvaises revues, dont le moindre mal est la négation implicite^, si ce n'est la négation formelle de tout ce que vous croyez. Chose étrange et pourtant trop réelle, contre toutes ces batteries et toute cette artillerie de la libre pensée, jour par jour et heure par heure, lançant tous ses feux contre la foi (Catholique, vous ne paraissez pas même songer à vous défendre; et vous tournez imprudemment vos poitrines sans cuirasse aux traits que l'ennemi.

de toutes parts, s'acharne n lancer contre vous.

Sous ce rapport, Messieurs, combien qui parmi vous, jouent avec le feu, et souvent, même sans le savoir, pactisent avec l'ennemi ! Combien qui, sous prétexte qu'il faut être de son siècle, veulent tout lire, tout voir, tout entendre : catholiques sincères, ils dévorent tout ce que le génie de Terreur et du mal jette à la curiosité toujours avide de nos générations nouvelles ; et ils portent à l'intégrité de leur foi des atteintes d'autant plus dangereuses, qu'elles sont moins remarquées et moins aperçues d'eux-mêmes.

Quoi ! chaque jour, vous mettez votre âme en contact immédiat et en commerce intime avec tout ce qui conteste, tout ce qui nie, tout ce qui outrage votre foi : et vous croyez n'en recevoir aucune blessure, et n'en garder aucune trace? Quoi ! nous laisserons toutes les souillures de la pensée, toutes les impuretés de rintelligence,.toutes les flétrissures de la revue et du journal, toutes les hontes de la littérature contemporaine, passer et repasser sur nos âmes : et nous prétendrons garder notre pensée intègre et notre foi immaculée, comme une vierge sans

tache ? ah ! ne l'oublions jamais : il y a une virginité delà pensée, comme il y a une virginité du cœur ; il y a une pureté de la foi, comme il y a une pureté de l'ame. L'une et l'autre se perdent au contact familier de ce qui n'est pas pur ; et ces deux virginités ne se défendent que par le bouclier d'une invincible prudence, et par le regard toujours ouvert d'une perpétuelle vigilance.

Mais, abriter sa foi sous le bouclier de la circonspection^ ce n'est pas assez ; à la prudence qui couvre d'un regard \igilant le trésor de la foi, il faut joindre ce tact délicat, ce sens profondément catholique, qui nous fait distinguer par une sorte de discernement instinctif, ce qui est favorable à l'Église de ce qui est nuisible à l'Église, ce qui la sert de ce qui la trahit, ce qui la défend de ce qui la blesse^ ce qui la glorifie de ce qui l'humilie, ce qui est de l'Église de ce qui est du siècle, en un mot ce qui est du Christ de ce qui est de Satan.

Ah ! je le sais, il vient dans la \ie de l'Église de ces heures troublées, où ceux-là même qui veulent garder l'honneur de la fidélité et la gloire du drapeau, se demandent où est l'erreur, où est

la vérité ; où sont les courants qu'il faut suivre et les courants qu'il faut remonter? où sont les idées qu'il faut applaudir et les idées qu'il faut flétrir? de quel coté, enfin, est le danger, et de quel côté se trouve le salut de l'Église? Heures périlleuses, où l'on dirait que la physionomie delà vérité ressemble à la physionomie de l'erreur; où Satan, ce vieux roi des ténèbres, se transfigure en ange de lumière ; où l'on entend les voix, même les plus accoutumées à proclamer la vérité, rendre des oracles menteurs, et où les conducteurs naturels des peuples semblent laisser au souffle du siècle vaciller la lumière qu'ils portent dans leurs mains : heures des alliances funestes et des pactes désastreux, où l'on dirait que l'erreur et la vérité vont se donner la main, et s'embrasser comme des sœurs ; heures des défaillances et des compromis, des séductions et des scandales, des affaiblissements de la foi et des amoindrissements de la vérité ; lieures crépusculaires, où les convictions flottent entre la lumière et l'ombre, où des hommes pusillanimes, craignant la foi pleine et la vérité totale, semblent demander au jour de faire alliance avec la nuit, et où l'on vient, avec une say-esse tout

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humaine et une prudence malavisée, demander il l'Église de suivre la marche de son siècle, alors que c'est au siècle à suivre dans sa marche les vestiges de l'Église : heures critiques, où l'on voit les amis même les plus sincères de la vérité, et les enfants même les plus dévoués de l'Église, pris de je ne sais quelle vague inquiétude, ne sachant plus de quel côté il faut attendre la lumière ; pareils aux voyageurs égarés dans l'ombre, cherchant, et cherchant encore par où il faut passer pour retrouver leur chemin ; heures, enfin, pour les intelligences les mieux faites, pour les âmes les plus sincères^ et pour les cœurs les plus droits, pleines de troubles, d'angoisses, et quelquefois de secrètes frayeurs ! Eh bien. Messieurs, laissez-moi vous le dire, même dans ces heures obscures, même dans la mêlée des discours et des livres qui se croisent, se heurtent et s'entrechoquent avec les idées qu'ils attaquent ou qu'ils défendent^ les vrais crovants, les fidèles au cœur droit et à l'œil simple, ont un signe infaillible pour se reconnaître et s'orienter dans le vaste champ des contestations religieuses : voir de quel côté penche le siècle, et de quel côté penche l'Église ; cher-

cher, avant tout, sur les hauteurs du monde rehgieux, et à son sommet le plus sublime, le signe que fait de loin à tous les enfants de la terre cette tête divine de l'Église qui se nomme la papauté; car là où est Pierre^là est la Vérité. Oui, Messieurs à travers les conflits qui partagent le monde et divisent les intelligences, chercher de quel côté penche le siècle dans son ensemble, et de quel côté penche dans son ensemble aussi, et surtout dans son chef, la sainte et divine directrice de nos pensées, TÉglise catholique; voilà, vous dis-je, pour le véritable esprit de foi, la règle du vrai discernement; voilà pour le peuple et pour tous, le vrai critérium catholique. Non estis de mundo. Qui penche vers le siècle, tombera, comme l'arbre, du côté où il penche ; il . ira au siècle, trop heureux si le courant du siècle ne l'emporte aux abîmes. Lorsqu'aux approches de la nuit, voyageurs un moment égarés, vous voulez vous reconnaître, et retrouver votre chemin, que faites-vous? vous regardez le soleil et vous regardez Tombre : eh bien, pour vous l'ombre c'est le siècle, et le soleil c'est l'Église !

Ah! si ce signe tout éclatant qu'il est, dans la

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mêlée des doctrines et le conflit des opinions, ne peut suffire à fixer vos idées ; en voici un autre qui ressemble au premier, mais plus saisissable, plus populaire et plus à la portée de tous. Lorsqu'un discours, une brochure, un livre, un écrit, tombe dans le bruit de la publicité et y fait, selon le mot consacré par le journalisme moderne, un grand retentissement et une sensation profonde ; de quelque côté que vienne cette parole, d'un ennemi ou d'un frère, d'un laïque ou d'un prêtre, fût-ce même d'un évêque : Si vous voulez savoir tout de suite, et sans autre examen, ce qu'il en faut penser, au point de vue de votre foi, c'est-à-dire au point de vue de la vérité, de l'Église et de Dieu, vous n'avez qu'une chose à faire : cherchez qui approuve et qui désapprouve, qui applaudit et qui blâme, qui se réjouit et qui se plaint, qui fait entendre les cris de triomphe et, qui les soupirs de la tristesse : à ce signe vous ne vous tromperez jamais, et hoc vohis signum. Cherchez ce signe, non dans un homme seulement, mais dans les hommes ; non dans une pensée particulière et individuelle, mais dans l'opinion publique et universelle : ce signe est pour tous le critérium infaillible.

L'erreur triomphe : donc c'est la vérité qui est frappée. Le mal triomphe : donc c'est le bien (jui est frappé. Satan triomphe : donc la cause de Dieu est blessée ; et c'est le cas de s'écrier avec un illustre martyr : eorum miqiiitas mea doctrina est; je m'instruis au spectacle de leur iniquité : leur joie m'éclaire ; leur triomphe proclame notre défaite ; et leur joie me dit quelle doit être ma tristesse.

Avons-nous montré tous les caractères que doit, aujourd'hui surtout, revêtir notre foi? Non; encore quelques mots ; il ne s'en peut vous dire de plus pratiques et de plus décisifs : Croire avec cahne et avec confiance; avec un calme inaltérable et une confiance à toute épreuve.

Et pourquoi notre foi ne serait-elle pas calme même au milieu de la tempête ? Que font les flots écumants aux vieux rochers qu'ils rencontrent dans le sein ou aux rivages de la mer en furie ? Rien que de s'y briser eux-mêmes avec fracas, et de reculer, en jetant au vent leur écume avec leurs frémissements. Ainsi font les agitations et les secousses, le flux et le reflux des erreurs vivantes, autour des véritables croyants. En vain, on leur fait peur d'un souffle

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qui passe, d'un flot qui monte, d'une tempête qui gronde : devant les fluctuations de cette mer du temps, ils ont, non pas la plénitude encore, mais quelque chose du calme de l'éternité. En vain on leur crie que tout va périr au souffle des idées nouvelles et des passions ennemies : dans la crise de Theure présente, si terrible soit-elle, ils portent, avec un front serein et dans une âme tranquille, Tindéfectibilité de la promesse, l'immobilité de leur foi, et l'immortalité de leur espérance.

L'orage gronde, dites-vous, les flots hurlent, et battent de leur fureur la barque qui porte l'avenir du monde : hommes de peu de foi, pourquoi avez- vous peur : quid timidi estis modicœ fidei ? Avez-vous oublié la divine parole : ce Et voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles » ; et cette autre plus solennelle et plus décisive encore : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, Etportœ inferi non frœvalehunl adversus eam?y) Des tempêtes ! ah ! l'Église ma mère en a connu bien d'autres î Je la vois d'ici jetée sur l'océan des âges. Depuis bientôt deux mille ans, les

flots passent et repassent, heurtant sa barque que rien ne peut entamer : l'orage qui gronde aujourd'hui n'est que le prélude de l'orage qui grondera demain. Et, jusque dans la nuit (jui joint, dans une même obscurité et une même agitation, ces deux jours orageux, pareille à l'invincible navire qui fait le tour du monde, elle passe triomphante entre ces deux tempêtes, et elle s'élance sûre de la route et du rivage, de la route qu'elle doit suivre, et du rivage qu'elle doit atteindre : si bien que, quand même vous n'auriez pas, pour légitimer votre calme, l'immortalité de la promesse, vous auriez encore, pour vous rassurer, la perpétuité de son passage ou plutôt de son triomphe à travers la tempête. Donc hommes de foi soyez calmes dans le présent, et sovez aussi, devant notre avenir d'une confiance à toute épreuve. Gardez ce qu'un auteur nommait si bien naguères la sérénité de la grande espérance. Reposez-vous sur le sein de l'Église, comme l'enfant qui dort, même en un jour d'orage, sur le sein de sa mère. Au milieu des ^opinions qui se heurtent et se renversent, se divisent et se subdivisent, même dans l'Église de Dieu, confiez -vous à la parole de la mère, et

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attendez tout de sa sagesse. Est-ce que l'enfant doit craindre qu'une mère ne le trompe^ que sa parole ne l'égaré, et que son amour ne le perde? Et nous, M. F., en face d'une mère divine, divinement infaillible^ que pouvons- nous et que devons-nous donc craindre? Que signifient, de la part des croyants, ces craintes et ces alarmes ? Pourquoi ces inquiétudes humaines criant, dans le vent du siècle, à la mère divine : prenez garde, prenez garde ; divine mère que vous êtes, écoutez les enfants qui vous avertissent et vous montrent le danger : prenez garde ; vous allez faire fausse route ; vous allez froisser nos idées modernes, nos institutions modernes, nos sociétés modernes. Prenez garde ; ne définissez pas €e dogme ou cet autre ; n'imposez pas ce précepte ou cet autre : suspendez cette loi qui ne sera pas obéie ; ajournez cette définition qui ne sera pas acceptée. Entre l'erreur et vous, ô mère, il y a déjà des fosses profondes ; n'ouvrez pas des abîmes ; n'agrandissez pas les séparations; et ne rendez pas impossible l'œuvre qui doit être votre œuvre, le grand œuvre de l'unité et de la pacification.

Certes, M. F., à ceux qui donnent à la mère

divine ces avertissements d'une sagesse plus humaine que de raison, ni les intentions pures, ni les dévouements sincères ne font défaut. Mais, je me demande, sans pouvoir me répondre à moi-même : au point de vue de la foi, comment justifier ces alarmes, et expliquer ces inquiétudes? Croyez-vous à la divinité, à la souveraineté, à Tinfaillibilité de TÉglise ? — Oui, certes nous y croyons, et nous nous sentons tous prêts à lui donner, s'il le faut, la signature de notre sang. — A la bonne heure ; mais alors que craignez vous? De quoi s'agit-il donc? Le point qui vous préoccupe, vous agite, vous tourmente, est-ce une erreur, ou bien, est-ce une vérité ? Répondez. Si c'est une erreur; ô disciple de l'infaillibilité , alors , comment pouvez-vous craindre que la mère infaillible définisse comme la vérité ce qui n'est que l'erreur, et fasse d'un mensonge qu'il faut repousser un dogme qu'il faudrait croire ? Si , au contraire , le point dont il s'agit est la vérité, la vérité révélée ; alors, je demande où serait le malheur, pour l'Église et pour l'humanité, de donner à une vérité certaine, par une définition dogmatique, le sceau authentique d'une divine volonté ?

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Qu'est-ce pour une immortelle que le bruit d'un jour ? Qu'importe même le bruit d'un siècle autour d'une parole qui décrète et définit pour l'éternité ? Et, quand d'ailleurs, l'Église a-t-elle défini une vérité qui, pour ceux qui l'attaquaient, n'était pas inopportune? Est-ce que pour les Ariens et les semi-Ariens, dans le concile de Nicée, définir la consuhstantialité du Verbe paraissait opportun? Est-ce que pour les protestants et les semi-protestants, au concile de Trente, définir la transuhstantiation paraissait opportun? Ah ! si l'Église voulait toujours assurer à sa parole la faveur et l'assentiment de tous les hommes, que ferait-elle autre chose que de manquer toujours aux signes et aux appels de Dieu? Et, si, pour proclamer dans le monde les vérités qu'elle a mission d'enseigner, l'Éghse voulait toujours attendre l'opportunité du temps, que lui resterait-il à faire, si ce n'est de se taire en tous les temps, et d'attendre, pour parler jusqu'à l'éternité ? Et même à supposer qu'il faille absolument à la définition d'une vérité et à la proclamation d'un dogme ce que l'on appelle une opportunité; comment comprendre que. Celui qui assiste son Église pour lui faire connaître'

infailliblement la vérité, ne lui assure pas en même temps la sagesse de choisir, pour la proclamer, le moment opportun ?

Arrière donc nos défiances devant Tavenir et nos agitations dans le présent : Jésus-Christ est avec l'Église jusqu'à la consomnation des siècles ; il est avec elle pour lui enseigner et lui suggérer, non-seulement ce qu'elle doit croire, mais encore ce qu'elle doit dire, comment elle doit le dire, et quand elle le doit dire.

Devant ces grandes questions qui se posent en face de l'Église, et devant l'Eglise elle-même qui se pose pour les résoudre, je l'avoue hautement, et le déclare sans détour : il n'y a qu'une chose qui me paraît inopportune, c'est de se poser soi-même, non plus seulement comme simple témoin de la vérité, mais comme conseiller humain d'une infaillibilité divine , c'est d'affecter publiquement la défiance de ses jugements, la crainte de ses imprudences, pour ne pas dire de ses erreurs ; oui, voilà ce qui est inopportun; et cette inopportunité là, elle durera comme l'infaillibilité elle-même, jusqu'à la consommation des siècles.

Encore un mot, Messieurs, avant de finir cet

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important sujet. La véritable foi catholique a un caractère éminent auquel on la reconnaît dans tous les temps, et auquel surtout on doit la reconnaître dans notre temps ; je veux dire la liberté y la vraie liberté des enfants de Dieu; j'entends par là Tindépendance absolue devant les hommes. Autant notre foi catholique doit se signaler par une soumission complète devant l'autorité de l'Église et de Dieu ; autant elle doit revendiquer la plénitude de son indépendance, devant les despotismes plus ou moins avoués du siècle et des hommes.

Il y a une chose qui amoindrit, même dans les meilleurs, le véritable esprit de notre foi ; cette chose, elle se nomme la considération humaine, l'influence humaine, la dépendance humaine ; dépendance qui devient, trop souvent, jusque dans les plus fiers, sans même qu'ils s'en aperçoivent, la servitude humaine : Influence des politiques et des diplomaties humaines ; influence des sympathies et des amitiés humaines ; influence des personnes et des opinions humaines ; influence des renommées et des gloires humaines; influence désastreuse, entre toutes, des alliances, des pactisations , et quelquefois

même, des intrigues et des cotteries humaines.

Ah! loin de nous, vraie race des croyants, ces influences malsaines, où Tesprit de notre foi se dénature et s'altère^ s'il ne se corrompt tout à fait. Arrière ces tyrannies plus ou moins déguisées des respects humains, venant sous un voile de religion et de piété, s'imposer aux enfants de i'Église. Arrière même, s'il le faut, ces liaisons et ces condescendances, qui nous font peut-être, à notre insu, sacrifier sur Tautel de Tamitié humaine, quelques parcelles, si petites soient-elleS;, de la vérité divine. 0 vérité, ô vérité que je dois aimer plus que moi-même^ plus que tout, ah ! c'est vous^ vous seule que nous voulons chercher : et pour cela^ nous voulons regarder par de là ce monde inférieur, où s'agitent, autour de nous, les amitiés et les haines, les alliances et les dissentions, les factions et les intrigues humaines. Affranchis de toute dépendance inférieure et de toute basse servitude, nous nous élèverons jusqu'à ces régions libres et pures, où vous rendez vos oracles, avec un calme céleste et une divine sérénité.

Ah ! que les hommes se taisent autour de nous ; parlez-nous vous-même, ô éternelle vérité ! Si

60 NOTRE PREMIER DEVOIR ENVERS l'ÉGLISE

mon ami se trompe, et surtout, s'il a le malheur encore plus grand de s'obstiner dans son erreur; oui volontiers je plaindrai mon ami, et ne cesserai pas même de l'aimer ; mais, je le jure, je vous aimerai plus encore vous-même, ô vérité ; et moi aussi, moi surtout, disciple de la vérité divine, je dirai en face de tous les hommes : AmicusPJatOy magis arnica Veritas,

Ah ! si nos amis se trompent, nous, hommes de charité et de foi, plaignons-les, oui, mais ne les suivons pas ; avertissons-les, mais ne les flattons pas. Que notre foi, notre amour et notre dévoûment soient, avant tout, à la divine vérité, et à la divine mère chargée de nous l'enseigner. Que nulle considération humaine, que nulle amitié humaine, si légitime et si honorable soitelle^ n'ait jamais la puissance de nous enchaîner à un parti, à une ligue, à une coalition quelconque contre l'Église, contre son chef et leurs di\ines prérogatives. Nous, les vrais fidèles, donnons^, envers et contre tous, l'exemple de la grande et courageuse fidélité. Libre de toute dépendance et de toute servitude humaine, sachons nous affranchir de tout ce qui n'est pas Jésus-Christ, l'Église et la Vérité. En face de

tous les faux libéralisines qui prennent le masque de toutes les libertés^ et ne nous promettent que toutes les servitudes, ah ! soyons véritablement libres ; vrais enfants de l'Église , cherchons sur le sein de notre divine mère, avec le calme dans la confiance, la paix dans la soumission, le repos dans la vérité ; et portons partout dans une foi qui ne se dément pas, dans une foi qui croit tout et qui croit sans hésiter, le grand souffle, la règle souveraine et l'invincible force de notre vie catholique.

Ainsi soit-il.

DEUXIÈME CONFÉRENCE

DEUXIÈME CONFÉRENCE

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