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législation ne pourra pas vous atteindre ? Et pour vous la transmettre, c'est-à-dire, pour la l'orniuler, et pour la proclamer, «juidira que Dieu ne demeure pas libre dans le choix de ses moyens? Et, pour vous lier par cette législation extra ou siipra-iiaturellej s'il lui plaît de choisir, comme organe médiateur , une institution revêtue de son autorité, est-ce que vous .pouvez contester au Maître de la vie le droit d'exercer sur vous, de cette manière ou de cette autre, l'empire absolu, perpétuel et universel qu'il garde sur toute vie? Si l'argile pétrie sous lo main du potier, et prenant sous cette main qui la façonne telle forme ou telle autre, ne peut pas dire à l'ouvrier : Pourquoi me façonnezvous de cette manière et me faites-vous ainsi ? pourquoi me donnez-vous cette forme ou cette autre? Comment la créature dira-t-elle au créateur : Pourquoi nous donnez-vous cet ordre et nous intimez-vous cette défense? Et pourquoi, pour nous venir, cette défense et cet ordre passent-ils par cet organe et par cet intermédiaire dont je n'ai pas besoin?
Manifestement^ rien de plus radicalement absurde et de plus strictement opposé à la raison
iX DEUXIÈME DEVOIR DES CATHOLIQUES
elle-même que de contester dans TÉglise la possibilité d'une législation, destinée à restreindre l'empire de' notre liberté, même dans Tordre des choses légitimes ou indilîérentes de leur nature.
Mais il y a plus : non-seulement VÈgWse peuty mais, vu le but qu'elle poursuit et la fonction qu'ellQ remplit, elle doit avoir cette puissance.
Et ici, qu'il suffise de vous rappeler, sans développement aucun, quelques principes élémentaires qui ont pour toute âme catholique, nonseulement la certitude de l'incontestable, mais encore l'éclat de leur propre évidence.
Le christianisme a été constitué par son auteur, avec la forme sociale : il est la société surnaturelle constituée par acte divin ; or, dans cette société, l'Église est souveraine, et souveraine des âmes ; donc à l'Église il appartient de gouverner les volontés par sa puissance législative, comme les intelligences par sa puissance doctrinale. Il en résulte qu'à l'Église et à l'Église seule est réservé le droit absolu de commander et de prescrire ce qu'elle juge, dans l'ordre du bien, utile ou nécessaire pour conquérir la fin.
Il y a plus : l'Église a l'obligation et la
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fonction de conduire Thumanité non à une tin quelconque , mais à une Cm surnaturelle. Donc , il lui appartient de créer des devoirs adaptés et coordonnés par rapport à la conquête de cette fin surnaturelle.
L'Église existe sur la terre surtout pour appliquer à l'humanité les principes évangéliques ; donc, à l'Église appartient le droit de porter des préceptes et de formuler des lois, non pour ajouter à TÉvangile des principes nouveaux, mais pour déterminer et maintenir toujours effective la pratique des principes de l'Évangile.
L'Église enfin a pour mission de faire pratiquer la vie religieuse, et de mettre l'humanité avec Dieu en communion efficace ; donc, à l'Église de préciser la nature, la forme et le rite de nos actes religieux.
Pourquoi insister? Nous sommes ici en pleine lumière de l'évidence. Que la libre pensée supprimant d'un trait de plume tout ce qui prouve^ tout ce qui démontre, dans l'Église, la réalité de cette divine autorité, s'inscrive en faux contre ce droit et ce devoir de l'Église catholique ; je comprends : mais l'autorité étant admise avec son origine, son but, el sa fonction ; dès lors, le
pouvoir de porter des lois en dehors ou slu dessus de la loi naturelle, n'est plus seulement une possibilitéy c'est un droit; non-seulement cette législation est possible, mais elle est nécessaire; elle est exigée par la force même des choses. Et nous pouvons et devons ajouter : non-seulement cela peut être ; non-seulement cela doit être; en fait cela est; cela se démontre dans l'éclat de notre histoire.
En fait;, cette puissance a été donnée, au commencement, et est toujours donnée à l'Église à tous les instants de sa vie. Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. Voilà le pouvoir immanent en Jésus- Christ. Ite ergo, docete omnes gentes, etc.. docentes servare omnia quœeumque mandavi vobis; et voilà la puissance commxiniquéey et, par cette communication, immanente dans l'Église. Quelle puissance? Non pas seulement la puissance d'enseigner les intelligences, mais la puissance de gouverner les volontés : puissance de faire régner le vrai, et puissance de faire pratiquer le bien : omnia quœeumque mandavi vobis. Ces commandements que vous tenez de moi, à vous non-seulement de les
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transmettre, mais à vous aussi d'en montrer et d'en apprendre à tous la pratique obligatoire.
Eh bien, Mes Frères, quand l'Église, en réalité, a-t-elle négligé l'accomplissement de ce mandat divin auprès de l'humanité? Jamais. En fait, elle a reçu ce pouvoir ; en fait elle l'a pratiqué : et ce pouvoir toujours exercé, a été aussi toujours accepté. Pour nous, race de vrais croyants, cet argument suffit. L'Église exerce ce pouvoir ; l'Église porte des lois, et impose des préceptes, dans le sens où nous l'avons dit : donc elle en a le di'oity ou il faudrait reconnaître que la perpétuité de son action n'a été dans notre humanité que la perpétuité de l'usurpation. Mais, cette accusation quel catholique oserait devant nous l'élever contre sa mère ? L'Éghse commande, l'Église ordonne, l'Éghsc prohibe ; l'Église fait et maintient pour l'humanité chrétienne, en dehors de la loi naturelle, de la loi divine et de la loi civile, une législation qui est sa législation. Et cette action de l'Église, de l'ÉgHse souveraine, de l'Église infailHble est la proclamation de son droit.
Oui, Messieurs, la preuve que l'Église a reçu ce pouvoir de commander et de légiférer, c'est
({u'elle l'exerce ; c'est qu'une Église reconnue divine ne peut être convaincue de dépasser la limite de son droit, sans être convaincue par là même den'être plus divine ; c'est que d'ailleurs, usurper, contre le droit de Dieu et de l'humanité, une telle puissance^, c'eût été, non-seulement injuste, inacceptable, mais impossible. Oui, vous dis-je, impossible. Mais quoi ? S'attribuer devant les peuples une telle puissance, est-ce donc si facile ? Ah î que les philosophes et les politiques se donnent la main pour imposer à nos volontés un tel pouvoir de commander ; qu'ils s'entendent pour nous prescrire tels jeûnes ou telles abstinences ; s'ils n'ont la force pour contraindre, est-ce qu'ils sauront jamais se faire obéir ? estce qu'ils pourront même, pour leurs lois, compter sur autre chose que sur la conquête du ridicule et la conquête du mépris?
Vous qui criez ici à l'arbitraire et à l'usurpation ; vous qui croyez si facile de s'emparer, à ce point, des volontés humaines, Hbres-penseurs, si hardis à convier à vos splendides festins les^ mangeurs de chair complices de vos orgies sacrilèges ; essayez donc, une fois, de convier les multitudes, non plus A manger, mais à jeûner,.
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lion plus à se rassasier, mais à s'abstenir. Que dis-je ? convier, c'est trop peu; ordonnez, de par votre autorité, non plus le banquet ou le festival, mais le jeûne et Tabstinence. Allons, essayez : au nom du progrès humain et de l'esprit moderne, essayez d'imposer la mortification des sens et l'affliction du corps; à force de philosophie et de stoïcisme, faites croire à nos générations sensuelles que la vraie force de l'humanité dépend de l'humiliation et de l'humiliation de sa chair ; allez, prêchez partout (jue l'homme du progrès doit être un homme de discipline et de flagellation, marchant couvert de haires et de cilices, et portant sur son corps tous les stigmates de la souffrance. Sans soldats pour contraindre, sans glaive pour frapper, venez imposer à l'humanité qui vous écoute cette législation nouvelle ; venez dire que tous doivent s'y soumettre ; que la civilisation le veut, que le progrès l'exige, et que votre génie le commande : est-ce que vous parviendrez jamais à conquérir à cette législation incommode un seul disciple obéissant ? Et ce siècle qui a vu déjà tant de choses extravagantes, que pouria-t-il accorder à cette étrange tentative, «fu'une
publique ironie ou un immense éclat de rire ?
Quoi qu'il en soit de l'impossibilité morale^ d'usurper dans l'humanité une telle puissance de commander et de se faire obéir ; cette puissance existe, et elle est en exercice : la voilà devant vous, faisant encore aujourd'hui ce qu'elle fait depuis 1 9 siècles ; la voilà s'imposant à la conscience des croyants, bravant la négation des incroyants, parlant aux regards de tous ; la voilà commandant aux rois et aux peuples, aux savants et aux ignorants ; la voilà étendant sur toutes les nations qui portent le signe de son Christ sa législation incontestée ; la voilà adaptant ses lois aux temps et aux mœurs, avec une sagesse toute divine;, mais partout et toujours gardant le principe^ le droit et la réalité de sa législation ; la voilà, depuis bientôt deux mille ans, atteignant, d'un bout du monde à l'autre, les mêmes peuples, par une même législation; législation toujours diverse dans ses applications, mais toujours identique dans son fond : la voilà enfin, faisant éclater au soleil de la publicité, dans l'immensité de son fait, la splendeur de son droit.
Ainsi , Messieurs , trois choses nous sont
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acfjuises : à savoir, la possibilité, le droit et le tait de cette législation. La possibilité résulte de l'absolue souveraineté de Dieu, de sa pleine liberté de commander à sa créature par tel organe qu'il peut lui plaire de choisir, et de limiter, comme il le veut, Tusage de ses libres dons. Le droit résulte de la nature des choses, du but , de la fonction, de la souveraineté et de la raison d'être de TÉglise catholique. Le fait se démontre par Texercice historique de cette puissance , de peuple en peuple et de siècle en siècle : fait immense, fait éclatant, fait dominateur qui, déclarant sa possibilité métaphysique et son droit radical, se dresse devant toute conscience catholique comme un prolongement et une représentation de la souveraineté de Dieu.
Et voilà ce qui me montre, dans la violation des droits de l'Église une énorme contradiction pour tous, mais pour le cathohque en particulier.
Oui, pour tous, même pour les incroyants, dont la plupart, sans l'avoir jamais examiné, supposent le pouvoir législatif de l'Église un pouvoir usurpé, ou tout au moins un pouvoir fictif, inutile et sans aucune raison d'être. Qui
ignore, sur ce point , la tyrannie du préjugé, et rénormité du paralogisme? On dit : cette législation de TÉglise est absolument inacceptable^ et ne peut pas m'obliger ; je suis un honnête homme et j'observe les lois de la vie honnête ; je respecte, dans la réalité de mes actes, la souveraineté, et j'adore dans le sanctuaire de ma conscience, la divinité de la loi naturelle : Et cela suffit. — Cela suffît? oui, peut-être ; si le Souverain Législateur n'a pas voulu, par l'empire d'une autre législation , atteindre votre liberté : et devant nous, c'est-à-dire, devant des millions d'hommes qui affirment, force vous est d'en convenir ; c'est au moins la question. — C'est assez, dites- vous? Oui, pour le Chinois, le Japonais ou le Cochinchinois ; oui, pour le païen qui n'a pas encore reçu avec le baptême ses titres de noblesse chrétienne, et avec cette noblesse les obHgations qu'elle emporte avec elle ; mais pour vous, chrétien baptisé, marqué du signe de Jésus-Christ, et enfant de cette Église qui tient de Dieu le droit de vous donner des ordres et de se faire obéir, comment pouvez-vous et comment osez-vous dire : « Cela suffît? » Quoi ! dites-vous, obligation « sans raison d'être et
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rationnellement inexplicable. i> Certes, si vous êtes de ceux qui déploient sur leur tête le drapeau deux fois honteux du matérialisme, du panthéisme, et même de Tathéisme ; je vous comprends. Adorateur de la matière, comment vous demander , au nom de Tesprit que vous niez, le sacrifice de cette matière que vous adorez? ô matérialiste, adore , embrasse et mange ton dieu- matière ; qui pourrait t'en empêcher? tu ne l'adoreras, tu ne l'embrasseras , tu ne le mangeras jamais trop. Avec ton système grossier et la philosophie bestiale, je comprends pour toi la loi de la jouissance , la législation du festin, de l'ivresse et de l'orgie ; je ne comprends plus la loi du jeune, de l'abstinence, de la mortification. Disciple de la matière, maître de la boue que tu t'incorpores, maître de toi-même aussi, tu ne connais plus de législateur : comment reconnaîtrais-tu des lois, surtout des lois qui te disputent quelques parcelles de cette matière que tu veux, comme ton bonheur suprême, dévorer et t'incorporer tout entière ! Oui^ en face de la législation impérative ou prohibitive de l'Église, disant à son enfant : Abstiens-toi de ce repas, de cet aliment, de
cette jouissance ; je comprends contre la loi de TÉglise cette révolte du matérialiste, du panthéiste et surtout de l'athée.
Mais vous, disciple honnête et honoré de la philosophie spiritualiste ; vous, qui ne faites pas de la \ie humaine un produit fatal de la matière fatale, mais un produit libre d'un créateur infiniment libre; vous, qui faites de la souveraineté de Dieu le premier dogme de votre cr^c?o rationnel et philosophique; vous, qui reconnaissez en Dieu la puissance indéfinie de faire des lois pour ses créatures, et de restreindre, à son gré, le domaine qu'il fait à la liberté de l'homme sur les œuvres de ses propres mains ; comment, sans discussion, sans examen des fondements rationnels et historiques de la législation disciplinaire de l'Église, pouvez-vous décider que ces lois sont sans motifs et sans raison d'être ? Niezvous que Dieu, dans la plénitude de sa souveraineté, puisse se réserver, comme un hommage rendu à cette souveraineté, une part de toutes les jouissances dont il a semé, dans la création, le vaste champ de votre domaine communiqué ? Admettez-vous que voulant vous imposer ces restrictions, il peut choisir l'organe dont il