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Messieurs,
Vous avez va dans notre réunion précédente le troisième devoir que nous avons à remplir envers TÉglise notre mère, le devoir de Tamour.
Les raisons de cet amour vous les avez facilement comprises ; il suffisait de les signaler à votre cœur filial déjà naturellement possédé du besoin d'aimer cette mère divine. Il faut l'aimer parce que la divine bonté a créé tout exprès pour nous cette maternité de l'ordre surnaturel, et qu'elle ne pourrait, sans cet amour,
remplir sur nous sa fonction maternelle, c'està-dire nous élever surnaturellement. Il faut l'aimer, parce que Jésus-Christ Taime, etTaimer de ce suprême amour que nous devons avoir pour Jésus-Christ lui-même. Il faut Taimer, parce que cette mère remplit elle-même à notre égard tous les ministères d'amour. Il faut l'aimer, parce que cet amour est tout à la fois glorieux pour la mère et doux pour les enfants. 11 faut l'aimer, parce qu'il y en a qui la haïssent, et que nos cœurs doivent à son cœur la compensation de l'amour, et les réparations de la haine. Il faut l'aimer enfin, parce que tout ce qu'il y a de mauvais en nous tend à nous éloigner de cet amour ; tandis que cet amour est tout à la fois le témoignage et le ressort de tout ce qu'il y a de meilleur en nous, et qu'il fleurit dans nos cœurs au soleil de nos jours les plus purs et les plus radieux.
Comment faut-il attester cet amour ? c'est-àdire comment faut-il aimer l'Église ? Vous l'avez entendu aussi. Pour nous, enfants de l'Église, mis en face de notre mère, nous ne pouvons imaginer que trois situations possibles : l'attaque, la défense, la neutralité. L'attaque, l'attaque
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directe, ah! elle nous fait horreur; et, nous Tavons dit, il est une attaque indirecte qui doit nous faire horreur aussi : rougir de notre mère ; contrister notre mère, même en paraissant vouloir la défendre. La neutralité, lorsque Tattaqiie est flagrante, est une impossibilité, et toujours, plus ou moins, si elle n'arrive à Thostilité, elle tourne à la complicité. Reste donc, la défense, la défense généreuse, la défense dévouée ; au lieu de combattre contre elle, la couvrir de nos dévouements ; au lieu de rougir d'elle, nous glorifier d'elle ; et au lieu de la contrister, la réjouir, la réjouir par nos vertus, par nos œuvres, par nos sacrifices. A cette condition seulement, nous remplirons envers TÉglise le vrai devoir de l'amour filial.
Ainsi, jusqu'ici, nous avons compris les trois devoirs fondamentaux qui nous obligent envers l'Église ; obligation de croire, obligation d'obéir, obligation d'aimer : soumettre nos intelligences à sa parole, nos volontés à son commandement, nos cœurs à son amour : tels sont les devoirs qu'exige toute maternité des enfants qu'elle a mission d'élever, et que nous devons, comme enfants de l'Église, à cette mère divine qui nous incorpore à Jésus-Christ, et dont la fonction est
de nous élever jusqu'à la grandeur de Jésus- Christ.
Avec ces trois devoirs, il en est un quatrième, qui va faire Tobjet propre de ce discours ; c'est le devoir de respecter notre mère rÉglise. Le respect, qui suppose et renferme plus ou moins les trois choses dont nous avons parlé, le respect, en toute éducation, n'est pas moins nécessaire que la foi, Tobéissance et l'amour. Et pour que rÉglise complète en nous sa maternelle fonction, c'est-à-dire pour qu'elle nous élève, il faut que nous gardions dans nos âmes fidèles à sa parole, obéissantes à son commandement, et vouées à son amour, l'inviolable respect de sa divine maternité et de toutes les grandeurs qu'elle renferme.
Avant de commencer, demandons à la Vierge immaculée de nous inspirer pour l'Église quelque chose du respect tout céleste que lui témoigna l'ange Gabriel, cet ambassadeur du Ciel, en lui disant : Ave, Maria, gratiâ plena.
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Avant de vous dire directement sur quoi doit reposer notre respect pour TÉglise, il faut bien entendre, d'abord, ce que c'est que le respect, et ce que le respect produit dans les hommes, les familles et les sociétés. Je ne puis ici qu'indiquer et rappeler comme préliminaire indispensable, des considérations qui demanderaient un vaste développement, et déjà, du reste, développées ailleurs.
• Il est plus facile d'éprouver en soi l'impression profonde du respect que d'en donner la définition exacte.
Essayons cependant de nous rendre compte de cette chose si complexe, si grande et si délicate, où se mêlent les plus nobles sentiments et les plus intimes instincts de l'âme humaine.
Qu'est-ce que le respect? Le respect, c'est comme un regard jeté sur la grandeur dont l'intluence se fait sentir à nous ; c'est une reconnaissance spontanée et comme un sens de la supériorité présente.
Le respect suppose donc qu'on voit, ou qu'ont croit voir une grandeur qui apparaît. Il y a plus, le respect suppose qu'on a le sens intime de la grandeur que Ton voit.
Le respect, ainsi compris, se traduit par des formes et des démonstrations diverses ; mais toujours par le volontaire aveu de cette grandeur qui se fait connaître à nous, et à laquelle nous apportons un hommage d'autant plus honorable pour celui qui le rend et pour la majesté qui le reçoit, qu'elle n'a pas même besoin, pour l'obtenir, de le lui commander.
Le respect ainsi conçu, d'où vient-il par dessus tout? Quelle en est en nous l'origine profonde et la raison secrète? Ici, interrogez-vcfus vous-mêmes : il y a une voix intime qui vous dit plus ou moins distinctement à tous : le respect vient de ce besoin sublime de reconnaître et d'honorer quelque chose qui soit plus haut que nous; et, radicalement, il vient du mystérieux instinct qui nous prosterne devant la majesté, et, par dessus tout devant l'Infini, dont notre âme porte l'empreinte et le reflet au plus profond d'elle-même : car le respect est une nuance de notre besoin d'adorer; c'est comme une
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adoration qui commence; de même que Tadoration est un respect qui se consomme, ou le respect à la plus haute puissance. Le respect, en effet, descend de Dieu en nous. Quand Tame n'est pas corrompue, elle a le naturel respect de Dieu. Et, il est à remarquer que, le respect s'élève d'autant plus que la grandeur qu'il reconnaît semble se rapprocher davantage de la grandeur même de Dieu. Et voilà pourquoi tout ce qui dans la création porte pour nous plus visible un plus beau reflet de l'infini, et une plus grande image de Dieu, provoque davantage nos respects et sollicite notre adoration. Et c'est ainsi que, même la grandeur matérielle, la nature, la mer, la voûte descieux, par la majesté des spectacles qu'elles nous découvrent, et par la profondeur des impressions qu'elles nous laissent, ont quelque chose qui semble nous donner, devant elles, comme une impression de respect ; respect indistinct où se mêle comme une vague frayeur; mais respect, c'est-à-dire l'aveu et le sens d'une grandeur qui nous domine.
Mais c'est bien autre chose, et combien cette impression de respect se dégage, se précise et en même temps s'élève, lorsque ces reflets et
ces images de Dieu nous apparaissent dans Tordre intellectuel, moral, social et surtout religieux. Ainsi, une grande intelligence et un vaste génie ; une grande vertu et une haute sainteté; une grande fonction et une haute magistrature dans Tordre social ; un grand ministère ou une auguste dignité dans Tordre religieux; ainsi encore, les grands sacrifices, les grands dévouements, les grands héroïsmes; toutes les représentations de la grandeur nationale, religieuse et morale; tout cela nous inspire le respect, parce qu'au fond de tout cela nous découvrons, plus ou moins sensible, une transparence de Dieu.
Nous pourrions ici énumérer indéfiniment toutes les grandeurs qui nous commandent le respect ; et finalement, nous en arriverions toujours à ce dernier mot : à savoir, que ce qui produit en nous le plus grand respect, c'est une apparition plus visible pour nous de la grandeur même de Dieu.
J'ai dit, un jour, en parlant de l'autorité : ce qui nous donne l'impression de l'autorité, c'est l'apparition du divin. Ainsi en est-il du respect ; ce qui le produit en nous, c'est l'apparition plus
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OU moins distincte du divin ; et c'est sans doute ce qui nous explique pourquoi l'objet principal du respect, c'est l'autorité elle-même.
Cette notion du respect une fois bien comprise, il nous est facile d'entendre pourquoi le respect est le plus grand principe d'élévation dans l'homme, dans la famille, dans la société. L'homme qui respecte s'élève par son respect lui-même. La grandeur qu'il reconnaît et vénère l'attire et le fait monter vers elle. Au contraire l'homme du mépris descend par son mépris luimême, et plus il méprise, plus il s'abaisse. Voilà pourquoi dans la famille, véritable école du respect, la vénération est la plus grande puissance de l'éducation. L'enfant qui ne respecte plus ne s'élève plus; parce que, ne reconnaissant plus la grandeur, il cesse de monter vers elle et de s'élever sous cette noble attraction à sa véritable hauteur. Le mépris est la destruction même de l'éducation. Au contraire, comme le respect élève ! Voyez l'enfant qui respecte, l'enfant qui regarde et reconnaît au dessus de lui la grandeur qui le domine en l'attirant : vous diriez la fleur qui s'ouvre, et monte en s'épanouissant vers le soleil qui l'attire.
Et voilà pourquoi aussi, dans la société, le respect donne le niveau de l'élévation , et le mépris marque le degré de l'abaissement social. Un peuple, comme un homme, s'abaisse de tout le mépris qu'il jette aux vraies grandeurs; et volontiers je dirai avec un grand orateur : deux choses sont fatales aux sociétés : jouir et mépriser. Et, sous ce rapport, si nous avions besoin d'être instruits, il suffirait de vous dire : regardez sous vos yeux, non dans l'ordre matériel, mais dans l'ordre moral, les peuples qui montent et les peuples qui descendent. Rien n'est plus évident ; les peuples qui montent sont les peuples qui respectent; les peuples qui descendent sont les peuples qui méprisent.
Mais, Messieurs, c'est assez vous dire ce que le respect en général est en lui-même, et ce qu'il produit dans les hommes, dans les familles» et dans les sociétés. Il est temps de vous dire ce que doit être notre respect en face de l'Église ; et quelle vénération, à nulle autre pareille, nous devons à cette auguste maternité, pour monter par elle, à notre vraie mesure et à notre légitime grandeur.
D'après ce que nous venons de dire, ce qui
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commande le plus le respect, c'est ce qui nous semble le plus rapproché de Dieu, source de toute supériorité et de toute autorité objet de nos respects. Or, il y a une chose qui, même dans l'ordre purement humain, nous paraît la plus complète, la plus auguste et en même temps la plus douce représentation de la dignité et de l'autorité même de Dieu : c'est la maternité. Et ce qui est vrai ici de la maternité proprement dite peut et doit être appliqué également à la paternité.
La maternité, c'est l'autorité la plus naturelle, la plus incontestée et la plus rigoureusement incontestable. La mère, à la le.tre, crée avec Dieu ce que de Maistre nommait bien le plus grand chef-d'œuvre de Dieu : à savoir, un honnête homme ou une honnête femme. Elle est coopératrice de Dieu dans la création et la formation de l'homme même.
De là, dans la maternité les titres les plus élevés qui consacrent ses droits imprescriptibles à la plus grande vénération de tout homme cacapable de la comprendre.
La maternité, c'est la plus haute dignité dans l'ordre de la vie humaine. La couronne de la
dignité est sur son front, plus vénérable que sur tout autre ; car elle est l'association la plus grande à la dignité de Dieu auteur et créateur. La maternité, c'est la plus haute fonction dans rhumanité ; car c'est la fonction de conserver, de développer, de foruier, d'achever Thomnie. Aucune fonction ne la dépasse ; nulle fonction dans la création ne pouvant être supérieur à la fonction de former le roi de la création. La maternité, dans Tordre humain, c'est la plus grande puissance ; c'est la force éminemment efficace dans notre humanité. Pour accomplir sa fonction, elle a reçu, en effet, une incomparable puissance, la puissance de son amour, la puissance de son cœur ; et qui peut ignorer que, dans l'ordre humain, il n'y a rien de plus fort que le cœur d'une mère?
Et comme ressort capable de mettre en jeu cette grande force, la mère a une passion, qui ajoute encore la grandeur morale qui s'attache à son nom, la sainte passion de se dévouer, de se sacrifier, de souffrir : si bien que, quand tous ses autres titres, par impossible, viendraient à lui manquer pour recevoir les respects de l'huma— jiité ; il y a une vénération qui ne pourrait lui man-
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quer, et qui ne lui a jamais fait défaut, dans les siècles; c'est la vénération qui s'attache invinciblement à ce prestige du dévouement, et à cette auréole du sacrifice que la maternité porte comme son impérissable gloire, au milieu des nations.
De là, les intarissables respects que l'humanité bien élevée garde pour la maternité. De là» cette couronne de vénération qu'elle a portée partout et toujours dans les peuples non absolument dégradés, mais en particulier dans les peuples chrétiens.
Aussi, voyez lamère, la vraie mèredans la famille ; quelle royauté respectée î quel sacerdoce vénéré ! La mère, aux yeux de l'enfant bien élevé, a quelque chose du Roi et du prêtre tout ensemble ; double majesté tempérée et adoucie par son amour.
Ah î quiconque a eu une mère, selon le cœur du Christ, une mère faite à l'image de la divine mère, comprend ce que je dis, et n'a pas besoin qu'on lui apprenne tout ce que demande de vénération cette douce majesté du foyer domestique. Aussi, ce respect de la mère semble survivre à tout. Et, dans le fond le plus reculé de
nos âmes, il y a un sanctuaire religieux, où l'image de la maternité obtient toujours nos respects. Ce culte, aussi doux que sacre', survit dans le cœur des enfants, à tous les autres cultes. Il y a des exceptions, peut-être; oui, comme il y a des monstres dans la nature. Et pour moi je l'avoue, je ne connais rien de plus vraiment monstrueux que Tenfant qui en arrive un jour à cet excès de dégradation : ne plus respecter une mère î
Or, si tel doit être, et si tel est en effet, dans l'humanité qui a gardé le respect d'elle-même, le culte de toute maternité ; vous pouvez bien concevoir quel respect doit produire, dans la grande famille catholique, cette maternité à nulle autre pareille qui se nomme l'Église. Quelle maternité comparable à cette maternité ? Et si toute maternité humaine commande nos respects pour le divin qui transparait en elle, que dire de la grandeur de cette maternité essentiellement divine, et des intarissables respects qui doivent s'attacher à elle? Ah ! cette maternité de choix, non-seulement elle est grande, mais elle est la plus grande, et elle est la plus grande à tous les titres et sous tous ses aspects.
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Cette maternité catholique, elle est la plus grande par son origine. Les autres ne viennent pas immédiatement de Dieu ; celle-ci sort directement de Taction divine qui la crée tout exprès pour son but sublime. Et la voici telle qu'elle sortit du cœur ouvert du divin Crucifié, comme la première Eve sortit toute vivante du cœur du premier Adam.
Cette maternité, elle est la plus grande par son objet. De quoi s'agit-il? Est-ce de nous donner une vie naturelle seulement ? Non , il s'agit de nous donner la vie surnaturelle, c'est-à-dire de créer avec Dieu, la vie de Dieu dans l'humanité. Ce qu'elle produit avec Dieu ce n'est pas seulement ce qu'il y a de plus sublime dans l'humanité; ce qu'elle produit, c'est le divin lui-même.
Cette maternité, elle est la plus grande par la sphère où elle se déploie. La maternité du sang s'arrête au seuil du royaume domestique. Où s'arrête la maternité de mon Église ? D'où viennent tous ces enfants ? De partout. Orient, Occident, Midi, Nord ; le monde, lemonde entier, c'est la maison de ma mère.
Cette maternité^ elle est la plus grande par sa durée, car elle est immortelle. Toute maternité
passe vite ; sa fécondité s'arrête là ; et c'est fini ; elle n'ira pas plus loin. Voici une maternité qui ne finit pas ; voici l'indéfectibilité dans la fécondité.
Cette maternité, est-il besoin de vous le rappeler, elle est la plus grande par toutes ses influences, influences doctrinales, morales, religieuses, sociales; la plus grande par ses dévouements, par ses sacrifices, par ses bienfaits ; la plus grande par le chef-d'œuvre de son incomparable action dans l'humanité.
Achevons; cette maternité, elle est la plus grande par son but final et par sa destinée suprême. Son ambition, sa légitime et nécessaire ambition, ni le temps ni la terre ne la limitent. Ce qu'elle doit vouloir et ce qu'elle veut en effet, ah! c'est de nous élever sur la terre, c'est de nous former dans le temps, c'est de nous mettre à la tête de l'humanité, mais pour nous emporter tous, avec elle-même, dans la possession de Dieu, du ciel et de l'éternité !
Voilà la maternité de l'Église ; la voilà non pas peinte, non pas ornée et embellie, comme elle le mériterait, mais esquissée seulement par quelques traits rapides.
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Ah ! Messieurs, quelle majesté ! quelle vénérabilité ! Et comment s'étonner que l'apparition d'une telle majesté ait développé dans les générations chrétiennes, à un si haut degré, le culte du respect pour elle-même, et pour tout ce qui la touche? Ne comprenez-vous pas, maintenant, pourquoi on a si justement nommé l'Église la pJm grande École de respect qu'il y ait jamais eu sur la terre ? Ah ! c'est que nulle part ailleurs, en effet, n'a été montrée sous une telle physionomie l'autorité sur la terre. C'est que, jamais, une institution n'apparut dans les siècles, si capable d'emporter avec l'aveu volontaire ou involontaire de sa supériorité, l'universelle vénération de l'humanité.
Ah! sans doute, l'Église n'est pas la seule autorité que nous ayons à vénérer sur la terre • et en me demandant le respect pour elle-même! elle me le demande aussi pour toute autorité vraunent légitime. Avec elle, je vénère l'homme auteur, qui reçoit les hommages rendus à sa puissance de créer; je vénère le capitaine illustre qu. monte, après avoir sauvé la patrie, aucapitole de la gloire; je vénère le souverain, recevant l'ovation au sein de la nation soumise et recon-
naissante ; je vénère toutes les légitimes représentations de la grandeur nationale, magistrats, députés, sénateurs, hommes d'État, tout ce qui pprte une part de la majesté de la patrie ; oui, j'environne tout cela de ma vénération sincère et de mes respects profonds ; et TÉglise la première m'invite et m'encourage à ce culte respectueux des vraies grandeurs de la terre.
Mais rien ne peut empêcher l'Église de nous pénétrer pour elle-même d'un respect plus profond, que toute autre chose sur la terre; rien ne peut empêcher l'immense et universelle famille d'élever aussi haut que possible, et plus haut que tout le reste, dans leurs respects, la grande image de cette autorité ; et, surtout, rien ne peut empêcher ce respect de l'Église d'élever les générations chrétiennes dans la proportion même où elle développe ce respect dans les âmes.
Sans contredit, ce qui a élevé si haut dans l'histoire la vraie race des chrétiens, c'est ce respect créé pour elle-même par l'Eglise au cœur de ses enfants. L'Église , cette divine institutrice de l'humanité, l'Église, pour nous élever, a fait comme doit faire toute maternité, elle s'est fait respecter. Par l'influence propre de
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sa grandeur sur les âmes, elle a fait germer, croître et fleurir spontanément dans les âmes le respect de sa propre maternité.
Je disais hier^ que jamais une institution n'avait été aimée comme l'Église est aimée. Nous pouvons bien ajouter : jamais institution n'a été respectée, comme l'Église a été respectée, et l'est encore par ses vrais enfants.
11 faudrait plus qu'un discours pour vous montrer les manifestations multiples de ce respect toujours le même.
Quel respect ! et quel magnifique tableau j'aurais ici à vous en faire, si je voulais vous en représenter les principaux caractères, et vous en montrer, dans notre histoire, les principales manifestations ! Respect le plus profond, qui sort du plus intime sanctuaire de l'ame émue par le sens de cette incomparable autorité; respect le plus universel, qui courbe devant cette majesté toutes les classes, toutes les races, tous les âges et toutes les conditions de l'humanité ; respect le plus perpétuel et le plus permanent, jaillissant d'une source qui ne tarit jamais, renaissant et se reproduisant sans cesse lui-même, sous le regard de cette majesté qui plane sur le
monde et les siècles, toujours aussi respectée aujourd'hui qu'elle l'était hier, et, qui le sera demain, comme elle l'est aujourd'hui ; respect vraiment filial, où le sens de la tendresse se mêle au sentiment de la dignité maternelle ; respect spontané et libre, s'il en fut jamais, sortant de l'amour comme de son lieu natale et ne connaissant d'autre crainte que celle de manquer d'égard envers cette majesté qu'il vénère ; respect vraiment religieux, où se mêle le respect de Dieu, et qui ressemble, en effet, le plus possible, à la vénération, ou plutôt à l'adoration que nous apportons aux pieds de Dieu lui-même.
Et ce respect de la plus douce et de la plus auguste maternité qui ait jamais touché l'âme et le cœur des hommes, c'est celui qui nous élève depuis bientôt vingt siècles, et qui continuera d'élever, jusqu'à la fin des siècles, la véritable race des chrétiens ; race choisie et vraiment royale, que Dieu a prédestinée à donner, dans sa marche, ie pas à notre humanité voyageuse. Et, c'est €e respect qui est non-seulement le signe authentique, mais le ressort le plus efficace de notre grande civilisation. Car, remarquons-le bien, si les peuples vraiment catholiques ont porté et
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portent encore plus haut le nive«nu de leur civilisation, c'est qu'ils lèvent vers une maternité plus haute leur amour et leur respect, et qu'en regardant l'Église, comme des enfants une mère, ils montent, eux aussi, peu à peu, vers cette grandeur qui les attire à elle en les faisant à son auguste image. Sans doute, il est à la civilisation catholique et à l'élévation des peuples formés par l'Église, d'autres causes que cette cause ; mais^je n'hésite pas à dire que là est la plus grande cause ; cause latente il est vrai, mais cause la plus profonde et la plus efficace.
Le respect, sous ce rapport, est comme l'amour ; il est à la maternité de l'Église le nécessaire élément de l'éducation, c'est-à-dire de l'élévation qu'elle donne aux- nations sorties de son sein ; en sorte que, comme nous devons aimer l'Église, afin que sa maternité puisse donner à nos cœurs leur nécessaire épanouissement, ainsi nous devons respecter et vénérer l'Église, afin que sa maternité, par la puissance même de ce respect et de cette vénération, puisse donner à nos âmes leur nécessaire élévation.
Aussi, qu'arriverait-il, pensez-vous, si le respect de l'Église venait à mourir au sein des gé-
aérations catholiques ? Ah ! ce qui arriverait, il est bien facile de le prévoir : la grandeur qui nous vient de ce respect lui-même peu à peu s'enfuirait de nous. Déshabitués du respect, et surtout ne sachant plus respecter ce qu'il y a sous le ciel, après Dieu, de plus vraiment vénérable et de plus sincèrement vénéré, nous retournerions à la décadence, emportés que nous serions de haut en bas, par le poids de nos mépris; et nous perdrions, avec le signe qui distingue notre race, l'élévation, la noblesse, la dignité, la civilisation, enfin; civilisation incomparable, que nous tenions de notre habitude séculaire de vénérer dans l'Église la plus haute, la plus sainte, la plus auguste maternité.
Et, ce que je vous montre ici, comme une hypothèse et comme une simple éventualité de l'avenir, est-ce que vous ne pouvez pas le constater, autour de vous, au moins dans une fraction (le Ihumanité, comme une réalité du présent? Que dis-je? est-ce que deux générations en face l'une de l'autre ne montrent pas aux regards même les moins attentifs, ce contraste frappant, au point de vue de la grandeur morale, entre l'humanité qui méprise et l'humanité qui respecte
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TÉglise ? Et même au milieu (le VOUS, pouvcz-vous ne pas faire ce rapprochement si étrangement significatif que nous faisions hier par rapport à l'amour de TÉglise ? Certes, je le veux bien admettre, ceux qui par ignorance, par erreur, par préjugé de secte ou d'éducation, font profession de mépriser l'Église catholique, peuvent garder une certaine grandeur morale qui tient à d'autres causes. Mais dans les deux générations qui, en face de l'Église, savent ce qu'elles font, pouvezvous ne pas voir;, avec la dernière évidence, que tout ce qui méprise réellement l'Église s'abaisse moralement de toute l'étendue de ses mépris, et que tout ce qui vénère et respecte profondément rÉgiise s'élève de la grandeur même de son respect et de sa vénération?
Eh ! Messieurs, est-ce qu'ici encore je ne pourrais pas, comme hier à propos de l'amour de l'Église, en appeler à vous-mêmes? Est-ce que dans le domaine intérieur de votre propre vie, vous ne pouvez pas remarquer les mêmes tendances au respect ou au mépris, et avec elles, constater moralement au dedans de vous-mêmes,. les mêmes progrès ou les mêmes décadences, les mêmes déchéances ou les mêmes élévations?
Pouvez -VOUS ne pas voir, ne pas sentir même, que tout ce qu'il y a de mauvais en vous-mêmes vous pousse comme par une pente irrésistible au mépris de l'Église ; et, que tout ce qu'il y a en vous-mêmes de bon, de grand et de saint, vous pousse par une puissance mystérieuse au respect et à la vénération de l'Église ? Et réciproquement, comment pourrait-il vous échapper que le mépris de l'Église, réagissant sur votre vie d'une manière désastreuse, surrexcite en vous les instincts mauvais et vous pousse vers tout ce qui est en bas ; et n'êtes- vous pas, tous plus ou moins, assez heureux, pour avoir senti, aux heures radieuses de votre vie, que le respect, ainsi que l'amour de l'Église, éveille en vous tous les instincts généreux, et vous élève, comme par un essor spontané, vers ce qu'il y a de plus haut?
Donc, Messieurs^ respectons et vénérons du plus profond de nos âmes cette divine maternité de la sainte Église cathohque. Avec le devoir de la croire, de lui obéir et de l'aimer, sachons reconnaître, et surtout sachons pratiquer le devoir de la respecter; gardons dans nos âmes croyantes, obéissantes et aimantes, cette sainte et noble
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chose, qui est le signe de notre grandeur acquise, et la garantie de notre grandeur future, le respect ; que notre ame, comme un vase sacré, garde comme le meilleur condiment de notre vie tout entière, cette vénération qui renferme les trois choses dont nous avons déjà parlé, la foi, robéissance,ramour, et qui leur donne avec tout leur parfum, le signe d'une incomparable grandeur.
Ah ! cette vénération de la divine épouse de Jésus-Christ, cette vénération de notre mère immaculée, qui ressemble le plus sur la terre à la vertu des anges dans le ciel, gardons-la bien; gardons-la surtout, dans toute sa plénitude, en face des contempteurs de notre auguste mère ; gardons-la d'autant plus grande, que plus grands apparaîtront autour de cette majesté sereine les mépris de l'humanité qui l'insulte, et qui, en voulant l'humilier à force de la mépriser, n'aboutit en réalité qu'à s'abaisser par ses propres mépris, et à se rendre elle-même, devant toute humanité qui a le sens de la grandeur, profondément méprisable.
Gardons-la cette vénération de notre divine mère, non-seulement comme un devoir fonda-
mental de notre conscience catholique, gardonsla comme le plus noble et le plus doux besoin de nos âmes filiales. Gardons-la comme un culte, et si je rose dire, comme une religion; et que lemépris de l'Église soit pour nous plus qu'un crime, qu'il soit un sacrilège. Ah î Messieurs, cette filiale vénération, pour la grandeur d'une mère, gardonsla aussi, comme un bonheur pour nous-mêmes; car s'il est doux de raimer,iln'est pas moins doux de la respecter; et, la vénération ajoute à la douceur de l'amour et au bonheur d'aimer je ne sais quoi de sublime et de transfiguré. Gardons-la, enfin, cette vénération de notre mère, comme le signe éclatant qui doit distinguer ses véritables enfants, comme la garantie certaine de tous nos vrais agrandissements, et comme le ressort caché, mais prodigieusement efficace de tous nos progrès en Jésus-Christ Notre- Seigneur.
Mais, j'entends vos âmes filiales. m'arrêter ici et me dire : mon père, c'estassez nous montrer devant une mère, le devoir de respecter. Montreznous maintenant le moyen de l'accomplir ; montrez-nous en quoi nous devons respecter l'Église, c'est-â-dire quels doivent être, dans l'Église, les principaux objets de notre vénération.
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Notre respect envers TÉglise ne doit pas demeurer àTétat dépure abstraction. Il doit porter sur quelque chose de déterminé, et comme on se plaît à dire aujourd'hui, il doit avoir son objectif. Or TÉglise, dans son ensemble, étant, d'une manière générale, Tobjet du respect catholique, ce respect doit s'attacher à tout ce qui est de l'Église ; il doit se produire sous des nuances diverses, mais avec le même sentiment du cœur et les mêmes prosternements de Tame, devant toutes les grandes faces de cette auguste institution, disons mieux, de cette incomparable majesté que nous nommions l'Église catholique.
Je me contente de signaler dans cette divine institution, entre beaucoup d'autres, cinq choses qui appellent nos respects et notre vénération, et sur lesquelles nous ne pourrions laisser tomber l'ombre même d'un mépris^ sans faillir à notre devoir de catholiques, et sans abdiquer par ce mépris lui— même le vrai sens de la catholicité.
Et d'abord, Messieurs, il est dans TÉglise de Jésus- Christ une chose qui avant toute autre nous demande le respect ; respect fondamental qui est la raison première de tous les autres ; c'est le respect dont nous devons environner la parole de rÉglise ; la parole de l'Église se révélant à nous dans la lumière de notre foi, comme l'expression de la pensée de Dieu, comme la formule humaine de l'idée divine. C'est là, en effet, la raison souveraine de la vénération que nous demande la parole de l'Église ; c'est que là, sous la formule sensible de ce Verbe catholique, il y a la doctrine, la pensée, l'idée, l'intelligence même du Verbe qui nous parle et nous illumine, par cette parole même, de ses éternelles clartés.
Rien, parmi les choses humaines que nous pouvons respecter, ne nous apparaît plus vénérable que la parole, parce que la parole est le témoignage de l'âme. Tout homme a une parole qui a droit au respect ; respect égal à celui que nous demande la dignité de la personne qui nous parle. Ainsi, toute institution a une parole aussi, une parole qui l'exprime, une parole qui la révèle, une parole qui est son image, et où sa
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grandeur, sa force, sa dignité se peignent tout entières. Eh bien, Messieurs, TÉglise, elle aussi, a sa parole^, une parole dans lacjuelle nous devons respecter ce qu'elle représente, c'est-àdire le Divin qui est en elle.
Et c'est ici, qu'au point de vue où nous sommes, se révèle la diiïérence profonde et radicale qui sépare la parole de l'Église de toute autre parole. Entre la parole de l'Église, en effets et la parole d'un homme ou d'une institution quelconque, il y a un abîme, l'abîme même de l'infini. Une personne ou une institution humaine laisse voir dans sa parole ce qu'elle renferme, à savoir l'homme ou ce qui est de l'homme. L'Église, elle, interprête de Dieu, laisse voir dans sa parole quelque chose de Dieu . A travers l'ombre de notre foi elle nous laisse entrevoir au fond de son Verbe le fond même de Dieu. Elle en ouvre devant nous l'inaccessible sanctuaire; et, dans ce sanctuaire où notre pensée pénètre introduite par cette parole, elle nous laisse entrevoir dans Dieu, ce qu'il y a, môme dans l'homme, de plus profondément vénérable, la pensée intime, le mystère delà vie intérieure. Ah! Messieurs, la pensée intime, qui ne sent
combien, même dans l'homme, elle a droit au respect? Aussi, avec quels prosternements d'intelligence, de volonté et de cœur, ne dois-je pas accueillir cette parole infaillible et vraiment divine qui m'apporte sous sa formule sacrée, avec une vérité certaine, un secret de Dieu. Ahî si c'est avec raison que les disciples vénèrent la parole d'un Maître, les enfants la parole d'une mère, les sujets la parole d'un roi ; comment cette parole de la mère divine, du Maître divin, du Roi divin, pourrait-elle ne pas susciter dans mon âme les respects les plus profonds ? Et comment n'éprouverais-je pas le besoin généreux de faire éclater même par le dehors le respect qui me saisit et me pénètre au dedans ?
Et, en effet, si vous me demandez comment doit se produire notre respect envers cette grande chose divine que l'on appelle la parole catholique, je réponds par ces deux mots : le respect extérieur et le respect intérieur ; la prostration de l'àme dans tout ce qui l'a produit au dehors, et, par-dessus tout, la prostration invisible, dont le respect extérieur n'est que la traduction visible.
Et d'abord, remarquez-le bien, vous devez à
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la parole de l'Église vous parlant au nom de Dieu, le respect même extérieur, par l'attitude, parla parole, et même par le silence.
Devant la mère, devant le Maître, devant le Roi qui parle, il est une attitude que la majesté impose^ et que prend d'instinct toute âme vraiment capable de sentir la grandeur et de la respecter ; c'estce je ne sais quoi qui incline, comme de lui-même, le corps traduisant spontanément lesrespecls de l'ame. Oui respect par l'attitude .
J'ajoute respect par la parole, par la parole de la docilité et de l'obéissance; par la parole filiale, heureuse et saintement fière de se faire un écho de la parole de la mère divine, affirmant, même sans comprendre, ce que l'Église affirme, et disant à ses décrets et à ses définitions Vajnen public de la vraie soumission.
Respect de la parole ; et quelquefois aussi le respect du silence. Comme les petits enfants en Israël devaient mettre le doigt sur la bouche devant le père ou le patriarche qui parlait ; ainsi, devant une parole qui nous étonne et une décision qui nous déconcerte, a nous de retenir toute parole qui voudrait protester ; à nous de donner au moins à l'Église le respect de notre
silence, et à défaut de toute autre manifestation, à nous de rendre avec nos puissances qui se taisent hommage à l'infaillibilité qui parle.
Toutefois, sur ce respect du silence devant la parole et la définition deTÉglise, ne nous faisons pas une trop fticile illusion. Il est un silence qui ne respecte pas assez la parole de TÉglise; c'est celui qui n'implique pas une soumission intérieure, une soumission complète à la parole de l'Église. En effet, nous devons à l'Église, comme condition de tout autre respect, le respect intérieur par l'adhésion vraie, sincère et pleine à l'affirmation cathofique. Quand l'Église a parlé, croire sans hésiter que l'Église a dit vrai, et que l'opposé ou la négation de ce qu'elle a dit est l'erreur, et rien que l'erreur : à cette condition seulement votre adhésion est vraiment respectueuse ; et c'est par là, c'est par ce respect du dedans, que commence dans l'ÉgHse la grande école du respect.
Une hérésie tristement célèbre avait imaginé, pour échapper à l'anathème, ce stratagème ingénieux : environner les décisions pontificales de ses respects les plus profonds, tout en gardant à la parole du pontife l'opposi-
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tion intérieure la plus opiniâtre. Certes, rien ne ressemblait moins au respect, que ce silence soi-disant respectueux. Le premier témoignage de respect qu'appelle toute parole qui affirme, c'est l'assentiment sincère a son affirmation : c'est cet élan généreux de l'âme disant à l'autorité qui affirme : ô divine, ô infaillible autorité, vous avez parlé ; votre parole est un oracle ; vous avez dit la vérité : il ne me reste qu'à m'incliner, et qu'à prosterner devant la parole (jui ne se trompe pas mon intelligence soumise et ma pensée respectueuse.
Devant cette divine autorité qui vous parle, et vous apporte dans sa formule dogmatique la pensée divine, est-ce ainsi que vous en agissez d'ordinaire? La parole de l'Infaillible, quand elle vient à vous, vous trouve-t-elle assez inclinés, non de la tête seulement , non par la parole seulement, non par l'attitude extérieure seulement ; mais par la pensée, par l'intelligence, par l'adhésion intime aussi complète que possible ? Combien qui, dansleur attitude et dans leur parole, n'observent pas même les conditions rigoureuses du respect extérieur ? Combien, qui ne savent pas môme garder un silence vraiment respec-
tueux? Et combien qui, même en se taisant et en observant les conditions matérielles du respect, se permettent de parler intérieurement contre la doctrine ou le précepte proclamé par l'Église ? Combien qui croient pouvoir opposer au Verbe extérieur de TÉglise qui enseigne la pensée de Dieu, la parole intérieure de leur propre pensée ? Arrière ces réserves et ces réticences, qui manquent *au respect le plus élémentaire dû à la parole de TÉglise ; et gardons tous envers la mère divine le respect de sa parole, point de départ nécessaire de tous les respects qu'elle a droit d'exiger de ses enfants.
Il y a dans l'Église une seconde chose quia droit à nos respects, c'est sa législation. Si la parole de l'Église est vénérable, parce que sa parole est l'expression d'une pensée divine ; la loi de l'Église a droit à une vénération pareille, parce que cette loi commandant au nom de Dieu est l'expression d'un ordre divin. La loi est la forme que prend la volonté qui ordonne pour se produire et s'attester elle-même ; et la volonté qui commande, dans un homme comme dans un peuple, dans un individu comme dans une institution, c'est la souveraineté elle-même ; c'est l'autorité dans son
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expression la plus formelle et la plus royale. Si Tautorité a droit au respect alors qu'elle parle ; que dis-je ? si elle l'emporte après elle par cela seul qu'elle se montre; beaucoup plus l'autorité veut et doit-elle être respectée, alors qu'elle commande ; et la première forme du mépris de l'autorité c'est sans contredit le dédaiji et le mépris de son commandement.
Et voilà pourquoi aussi la première forme de notre respect devant l'autorité qui ordonne, c'est l'observation libre de ses commandements. Là gît, en eiïet, la substance^ et si je l'ose dire, l'essence môme de notre respect devant l'Église qui commande : l'obéissance pratique, l'observation spontanée et réfléchie de ses commandements. Qui ne comprend, en effet, que la violation volontaire des ordres de la maternité, c'est dans les enfants, non plus le respect, mais le mépris d'une mère ? Et qui pourrait entendre ce que c'est qu'un respect filial se traduisant sous cette formule en face de la maternité : a 0 mère, vous pouvez commander, je vénère votre commandement ; mais je ne l'accomplirai pas. Je puis vous respecter, oui ; vous obéir, non. d Estce qu'un tel respect vous paraît être autre
chose que la négation même du respect?
Toutefois, même en dehors de l'observance matérielle de la loi de TÉglise, il est encore une forme du respect qu'on peut et qu'on doit toujours lui garder : comment ? par un volontaire hommage rendu à cette autorité dont on ne peut observer les prescriptions législatives. La loi de l'Église dans ce qu'elle contient de purement positif, c'est-à-dire dans ce qui ne touche ni au droit naturel, ni au droit divin, accorde à l'infirmité humaine de nombreuses et souvent de faciles dispenses. Mais, alors même , il est une chose dont l'Église ne vous dispense pas; c'est la libre reconnaissance de son autorité législative, attestée par la soumission sollicitant de l'autorité elle-même la dispense de la loi. Cette attitude de l'obéissance filiale , demandant à la mère divine, pour tels cas déterminés, l'aiïranchissement de sa loi maternelle , témoigne d'un respect aussi grand et quelquefois même plus grand que l'observation elle-même.
Combien sur ce point capital manquent à la loi élémentaire du respect que tout catholique doit à l'Église sa mère ! combien qui affectent ici envers l'Église une sorte de mépris pratique.
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mettant je ne sais quelle fierté banale à s'affranchir eux-mêmes de la loi de Tobéissanee , et qui ne consentent pas môme à faire la moindre démarche, ni à s'infliger la moindre peine, pour solliciter de TÉglise une dispense, et par là refusent à son autorité, avec leur volontaire hommage, la forme la plus délicate du respect qui est dû à sa divine législation.
Mais il y a quelque chose de plus irrespectueux encore que cette négligence, cette insouciance, ce lî^isser-aller, ce sans-gêne devant la dispense de la loi de l'Église ; c'est de mettre dans sa violation je ne sais quelle fanfaronnade plus ou moins insolente, et quelle forfanterie plus ou moins grossière. Non content de violer la loi de l'Église, non content de s'affranchir de l'obli gation même de la dispense, on se fait de l'une et de l'autre une sorte de gloire, et comme une parade d'indépendance devant l'autorité : on viole la loi, et on en est fier; on néglige la dispense , et l'on s'en vante ; et cette violation vaniteuse et fanfaronne serait, devant l'autorité législative de l'Église, la suprême abdication du respect et la dernière forme du mépris, si l'on ne concevait dans la violation irrespectueuse et méprisante ,
quelque chose de plus irrespectueux et de plus méprisant encore ; je veux dire la dérision de la loi, et la moquerie de ses observateurs. L'abdication du respect ne peut être plus complète^ et le mépris ne peut aller plus loin ; au crime de sa propre violation joindre la raillerie devant la loi qui commande, et la dérision devant ceux qui Tobservent, essayant de couvrir du même ridicule et des mêmes éclats de rire, et la divine autorité qui fait la loi, et l'humaine liberté qui obéit à la loi. C'est cette extrémité du mépris, montant jusqu'au sacrilège, qui faisait gémir le prophète^, alors qu'en face des publiques violations des lois de Dieu, et en particulier de la loi du repos proclamée sur le Sinaï, il s'écriait : Seigneur, ils se sont moqué de vos jours de sabbat : deriserunt sabhata.
Tel est le dernier terme où peut s'élever la violation du respect devant la loi del'Église: l'insulte, la moquerie, la dérision atteignant directement cette législation subhme, et par elle remontant jusqu'à la majesté qui commande, et, portant jusqu'à cette majesté, au lieu des respects qu'elle réclame, les mépris qui l'outragent. Ah ! loin de nous, enfants de l'Église, cet outrage fait à une mère. Nou&
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serons soumis à ses lois, et cette filiale soumission sera devant sa majesté la première forme de notre respect ; et, alors même que nous aurions le malheur de prevariquer à sa loi, nous puiserions encore et dans le sens de sa grarideur maternelle et dans le sens de notre propre dignité, le besoin de respecter une législation que nous n'aurions plus le courage d'observer.
Il y a, dans les grandeurs diverses qui composent pour nous la vénérabilité de l'Église, un troisième objet de nos respects, c'est son culte public et tout ce qui s'y rattache ; ce sont ses cérémonies, ses temples, sa prédication, ses sacrements. Ah ! c'est ici, surtout, qu'apparaît dans l'Église la grande école du respect, dans le temple catholique. Oui, c'est ici, surtout, dans nos temples, que nous devons apporter aux pieds de notre divine mère, le plus public et le plus solennel hommage de notre vénération.
Le temple, c'est la maison de notre mère. C'est ici que vous la visitez ; c'est ici que vous venez pour l'entendre chanter, et chanter vousmêmes avec elle les hymnes par lesquelles elle glorifie Dieu et se glorifie elle-même, dans sa divine grandeur et sa divine beauté. C'est ici que
VOUS venez pour la voir, dans sa plus brillante parure, ornée comme une épouse, magnifique comme une reine. C'est ici que vous venez pour recevoir le pardon de son cœur, en vous agenouillant sous la bénédiction de sa main, et que vous puisez, dans cette prostration même, une indicible impression de respect. C'est ici que vous venez recevoir d'elle le pain du ciel, vous asseoir, sous ses regards et ses bénédictions, à la table des anges, et, comme les anges et avec les anges, vous prosterner devant l'invisible majesté cachée sous le voile eucharistique. C'est ici que vous venez adorer le grand mystère réparateur, le sacrifice de l'autel, source intarissable et toujours jaillissante de respect et d'amour. C'est ici que vous venez pour prier, avec elle, comme un enfant avec sa mère, sous la formule qu'elle-même vous a apprise, et pour vous accoutumer à unir le respect de la mère qui est sur la terre au respect du Père qui est au ciel.
C'est ici, enfin, que vous venez pour adorer, c'est-à-dire pour faire l'acte suprême du respect, en face de la majesté qui remplit ce temple de son invisible présence ; ici par conséquent, que vous apportez tous les prosternements de
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riiomme devant la majesté de Dieu, prosteriiements de Tàme, prosterncments du cœur, prosternements du corps lui-même agenouillé sur le parvis sacré. Et, ce qui nous prosterne ici de tant de manières, ce qui commande tous nos respects, par le chant, par la prière, par le sacrifice, par la communion, par la confession, c'est l'Église, l'Église encore, l'Église toujours : et, en face de tant de publics hommages et de publiques prostrations , ah ! je me demande comment un catholique qui entre ici, tenant à la main le flambeau de sa foi, pourrait en sortir, en emportant dans son âme filiale autre chose que la vénération de sa mère? Je me demande comment un peuple, qui vit et respire dans cette atmosphère de vénération et de respect, pourrait, dans cette divine école, apprendre autre chose qu'à respecter de plus en plus la divine mère qui fait de sa maison l'école même du respect ?
Mais, Messieurs, au milieu de tous les spectacles qui apprennent ici à toute la famille catholique le respect d'une mère, puis-je oublier celui que vous nous donnez ici, et que vous êtes, si je le puis dire, vous-mêmes devant vous-mêmes ;
je veux dire le grand spectacle de la parole catholique recueillant ici, dans la religion de votre attitude et dans la majesté de votre silence, Thommage d'un incomparable respect? Vous voici, Messieurs , quatre ou cinq mille âmes rangées autour de cette chaire, écoutant cette parole avec un respect dont je ressens le contre-coup au plus intime de moi-même. Et qui vous parle cependant? un homme infirme, un homme bien indigne, s'il vous pariait partout ailleurs, de commander et d'obtenir, pour sa parole, l'hommage d'un tel respect; un homme qui, pour conquérir ce pubhc respect, n'a pas même besoin de vous apporter cette chose rare que vous admirez comme ce qu'il y a de plus grand dans l'humanité, la majesté du génie ; un homme qui peut, sans perdre ce droit à vos publics respects, dépouiller devant vous tout prestige humain, prestige de la naissance, de la sainteté , de la science, voire même le prestige de l'éloquence. Je le demande, est-ce ainsi que vous respectez ailleurs la parole qui vient à vous, même avec la gloire, même avec le génie, même avec l'éloquence, avec tous les prestiges enfin que l'homme peut porter dans sa personne, pour
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conquérir le respect à sa parole ? Pourquoi donc, je vous prie, le recueillement de cet immense auditoire environne-t-il cette chaire d'une vénération grande comme lui-même? Ah î c'est que celui qui vous parle du haut de cette tribune, si faible et si indigne puisse-t-il être, porte, devant vous, quelque chose de la majesté qui le couvre a vos yeux ; il porte devant vos âmes de fils la majesté de votre mère.
0 divine mère, dans Tincomparable grandeur de ce spectacle que vous donnez en ce moment à mes yeux et beaucoup plus encore à mon ame, et avec toutes les manifestations de publique vénération dont le temple est pour vous le théâtre et le lieu réservé, ah ! je comprends, mieux encore que tout à l'heure , comment le catholique qui ne vous respecte pas est indigne de sa famille et de vous, et a perdu le sens même de la catholicité.
Est-ce tout. Messieurs? Avons-nous dit toutes les sources de respect et de vénération que l'Église catholique offre à notre besoin de respecter et de vénérer? Non, pas encore. Il y a dans l'Église catholique un quatrième objet de nos respects, c'est la grandeur de son histoire ;
c'est Tillustration de son passé se réfléchissant, sous nos propres regards, dans la splendeur de son présent.
Il y a quelque chose, dont nous ne sommes pas assez saintement fiers, et que nous n'environnons pas toujours assez de la plénitude et de la profondeur de nos respects, c'est noire histoire elle-même; c'est la gloire de notre mère écrite à travers les siècles qu'elle a traversés, et qui resplendissent, au loin, de la splendeur de ses bienfaits, comme d'immenses horizons baignés des plus douces et des plus magnifiques clartés. Le respect des ancêtres, le culte des souvenirs, font partie intégrante de l'éducation des grandes races ; et ce respect des nobles et saintes choses de leur passé n'est pas le moindre secret de leur élévation. Les rares institutions qui ont vécu font des grandeurs de leur passé un piédestal à leur présent. Plus elles se respectent dans ce qu'elles furent, plus elles s'honorent dans ce qu'elles sont, et plus ce respect toujours persistant de leurs grandeurs déjà éteintes jette de purs reflets sur leurs grandeurs encore vivantes.
Eh bien, nous aussi, fils de grande et noble
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race, et dans un sens vrai, race divine dans riiumanité, nous avons des souvenirs, des ancêtres, une histoire, un passé, un passé illustre, dont notre grandeur présente n'est que l'héritage ; glorieux héritage où brille la splendeur de nos pères; véritable patrimoine d'honneur, de bienfaits, d'illustration de toute sorte, digne, en tout point, de recueillir les bénédictions et les respects des enfants.
Sous ce rapport, combien parmi nous aujourd'hui, parmi nous catholiques, j'entends, man- (juent ici à la loi du respect filial ! Combien, qui par esprit de parti, par ardeur de préjugés, par fanatisme d'opinion, et quelquefois même par ostentation de véracité, et par exagération d'impartialité, semblent se complaire à obscurcir les gloires et à diminuer les grandeurs historiques de notre divine mère! Combien, qui sous ce rapport font à l'incrédulité, à la libre pensée, et plus souvent encore à la popidarité, des sacrifices d'honneur maternel que le devoir ne commande pas, que la vérité n'exige pas, et dont le résultat le plus sûr et le plus manifeste est de faire gémir la mère et rougir les enfants, en face de ceux qui font profession quotidienne
d'humilier et de contrister ensemble et les enfants et la mère !
Ah î sans doute, le regard de l'impartiale histoire, dans les côtés humains de l'Église, peut découvrir des défaillances, et, de loin en loin, voir passer même sur nos plus grands siècles, des ombres et encore des ombres. Mais, en face de ces quelques ombres, que d'horizons radieux! Que de vastes champs inondés de la plus pure lumière ! Et, devant ces infirmités et ces défaillances humaines, que de choses puissantes et saintes qui ont à nos respects des droits immortels ! Ah ! respect à l'héroïque histoire de nos saints, longue galerie des plus grandes figures de l'humanité resplendissant à travers nos longs siècles ! Respect à la gigantesque histoire de nos apostolats, qui ont porté sur tous les rivages, au prix de tous les sacrifices, le nom et la doctrine de Jésus-Christ î Respect à la sanglante histoire de nos martyrs, dont la trace est visible encore dans tout le monde catholique !
Respect à nos grandes institutions monastiques qui ont fait dans l'obscurité les choses les plus illustres! A vous, moines d'Orient; à vous surtout, moines d'Occident, dont un grand
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chrétien nous a résumé la prodigieuse histoire, gloire, honneur, respect et vénération, dans toute ame catholique î
En un mot. Messieurs, respect à la grande histoire de l'Église catholique; et honte à quiconque, par la satanique passion de Thumilier, ou même sous le prétexte illusoire de la défendre, ose ohscurcir cette gloire dix-neuf fois séculaire et , quelquefois même sans le vouloir , travaille à faire tomber le mépris sur les grandeurs d'une histoire qui a droit à tant de respect!
Ce que je dois respecter enfin dans l'Église ma mère, c'est sa hiérarchie, et avec elle son sacerdoce, depuis le premier degré jusqu'à son plus haut sommet : la hiérarchie catholique, la plus magnifique institution, la plus harmonieuse et la plus puissante organisation que l'on ait jamais contemplée sous le ciel!
Regardez à tous les degrés de cette pyramide de fonctions hiérarchiques dont la base s'appuie sur toute l'humanité et dont la cime touche au ciel : que voyez-vous là, qui ne commande vos plus légitimes respects?
Et d'abord, voici le prêtre ; voici le plus humble des pasteurs. Ah ! respect au prêtre,