‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 20 sur 30 · IG · texte numérisé non relu

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ministre attitré de l'Église, chargé de m'apporter tout ce qui me \ient par lui de notre mère, et par notre mère de Jésus-Christ Notre- Seigneur ! Non, nous ne la comprenons pas assez la dignité du prêtre, c'est-à-dire de l'homme investi du pouvoir de nous parler au nom de Dieu, du pouvoir de faire descendre sur l'autel ce Dieu même que nous y venons adorer, du pouvoir de remettre nos péchés, de nous ouvrir le ciel, de nous donner Dieu même.

Quel malheur que le sens catholique de cette dignité vous échappe si facilement, à vous fidèles, et quelquefois, hélas ! nous échappe à nous-mêmes, tout prêtres que nous sommes, investis de cette haute majesté î Aussi, quelle effroyable tentation vous donne le prêtre qui semble perdre lui-même le sens de sa dignité, la tentation du mépris! Si grande, en effet, est à vos yeux la dignité du prêtre, que l'indignité de sa' personne, alors qu'il prévarique, emporte vos mépris souverains; mépris grands comme cette dignité qu'il déshonore et humilie dans sa personne !

Au second degré, voici l'évêque ; l'évêque, c'est-à-dire le prêtre encore, mais le prêtre

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agrandi, le sacerdoce achevé. Ah ! respect à révêque, respect à celui (|ui donne au simple prêtre, par Tordination, tout ce que nous venons de reconnaître en lui ; respect à celui (|ui apparaît au milieu de nous, au centre de la famille diocésaine, comme la plus haute représentation de cette maternité qui a droit à tous nos respects ; respect à celui qui a la sollicitude de tant d'âmes appuyées sur son âme ; respect à celui (jui abrège pour nous ce vaste corps épiscopal, si auguste dans la catholicité, si grand dans toute notre histoire, et si grand encore sous nos yeux ! Respect â celui qui nous rend en quelque sorte le Christ visible au sein de son Église, et qui, recevant de cette divine représentation une majesté toute populaire, porte sur son front consacré une auréole de respect, devant laquelle on a vu s'incliner souvent les rois et les empereurs même les plus illustres. Ah î je comprends le sentimentqu'éprouvait. d evant le sacerdoce, cet empereur fameux, je comprends Constantin refusant de s'asseoir devant des évêques ; tant le sens profond de son christianisme encore jeune lui inspirait de vénération pour cette grande majesté de l'épiscopat catholique !

0 Dieu ! gardez-nous, comme un précieux héritage, le respect de nos évêques ; donnez à tous nos évêques eux-mêmes le sens de la grandeur qui les couvre à nos yeux ; et, que le sens profond de cette paternelle autorité et de cette royale grandeur les rende de plus en plus dignes de notre filiale vénération î

Est-ce tout, Messieurs ? vous ai-je dit tout ce que dans la sainte hiérarchie catholique nous avons à respecter? Oh ! non, pas encore. Oh! oui, respectons dans nos évêques les princes de l'Eglise, les pasteurs et les pères de nos âmes ; mais, surtout, respect pour Celui qui apparaît au plus haut sommet de ces grandeurs sacerdotales et hiérarchiques, comme la tête divine de l'Église notre Mère ; respect à Celui que le Christ a fait le fondement de ce grand et vivant édihce, et qui demeure, à jamais, le centre d'où l'universelle harmonie doit se répandre dans tout l'édifice ; respect à Celui que le concile de Florence lui-même a proclamé le Docteur et le Père de tous les chrétiens, le Pastetii' universel, le Vicaire de Jésus-Christ, et que, bientôt, le concile du Vatican va proclamer l'infaillible oracle de la vérité ; respect à Celui que le Christ a fait, dans

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l'humanité, la plus complète représentation de lui-même sur la terre ! Et aujourd'hui, respect à Pie IX, dont la grande et douce majesté apparaît au sommet de l'Église; à Pie IX, placé au plus haut lieu qu'un homme puisse occuper sur la terre ; à Pie IX, qui demeurera dans l'histoire comme la plus grande figure de ce siècle, et qui porte, sous nos yeux, la plus brillante couronne de respect qui se puisse poser sur le front d'un homme î

Ah ! respect enfin à TÉglise elle-même tout entière, représentée, sous nos yeux, dans le concile du Vatican : le concile du Vatican ! nous montrant, par ses faces les plus élevées, toute cette vaste et sublime hiérarchie qui couvre au loin toute la terre, et dont la grandeur, la beauté^ l'harmonie, nous apparaissent, à l'heure où je vous parle, si magnifiquement abrégées dans Rome !

0 Israël, que tes tentes sont belles, et que tes pavillons sont magnifiques ! Oh ! oui, qu'elle est belle et qu'elle est grande cette assemblée de nos princes accourus de toutes les extrémités du monde, et ayant à leur tête le Prince des princes, l'universel Roi des âmes, le véritable

Père du monde ! Qu'ils sont vénérables ces hommes qui ont traversé les déserts et les mers pour apporter à la catholicité entière le témoignage de leur foi ! Qu'elle est digne de nos respects, enfin, cette Éghse si grande dans son passé, si grande encore dans son présent ; cette Éghse, si vénérable par sa doctrine, par ses bienfaits, par ses dévouements, et par la plénitude et l'immortalité de toutes ses gloires !

0 Dieu ! donnez-nous, dans le respect de cette Église, quelque chose du respect que nous vous devons à vous-même ; et^ que ce respect de la Mère divine élève tous ses enfants à leur véritable hauteur, c'est-à-dire à la mesure même de la grandeur de Jésus-Christ !

Ah ! parlez sainte Éghse, parlez ; vous trouverez, en nous, tout à la fois, des intelhgences croyantes, des volontés obéissantes, des cœurs aimants, et par dessus tout, des âmes respectueuses, environnant toutes vos divines grandeurs et toutes vos divines touchons de leurs légitimes respects et de leur intarissable vénération. Amen.

CINQUIÈME CONFÉRENCE

CINQUIÈME CONFÉRENCE

SOUFFRIR AVFG L'ÉGLISE

Faciamus ei adjutorium simile sibi.

Faisons lui un aide semblable à luimême.

(Gen. II, 18.)

Lorsque Dieu, au jour de la première création, eût formé celui qui devait en être le roi, l'homme, le premier Adam; en regardant ce chef-d'œuvre d'où devait sortir toute la race humaine faite à son image, il s'écria : « il n'est pas bon que rhomme soit seul ; faisons lui un aide semblable à lui-même, faciamus ei adjutorium simile sibi, » Et la femme sortit de son côté ouvert ; et ces deux vies unies dans une même vie devinrent la source d'où a jailli et jaillit encore, de siècle en siècle, le flot perpétuel des générations humaines.

Ainsi, lorsque le nouvel Adam, Jésus-Christ réparateur, allait faire sortir de son cœur ouvert le flot permanent de la \ie nouvelle, Dieu dit encore une fois : il n'est pas bon que THomme- Dieu soit seul ; faisons lui une auxiliaire semblable à lui-même, c'est-à-dire, comme lui, couverte de toutes les souffrances, et consommant tous les sacrifices pour sauver avec lui l'humanité nouvelle, et à la lettre, créer un monde nouveau. Et le cœur du Christ s'est ouvert ; et de ce cœur ouvert la nouvelle Eve, c'est-à-dire l'Église, est sortie avec le flot du sang divin ; et elle naquit pour réparer le monde avec lui, c'est-à-dire pour sacrifier et souffrir avec lui.

De là, mes frères, la destinée de l'Église catholique appelée à marcher sur les traces du divin réparateur : et de là aussi, pour nous catholiques, le devoir de marcher sur les traces de l'Église. Il est pour tout chrétien un devoir suprême, le devoir de souffrir avec Jésus-Christ; et il est pour le catholique un devoir non moins souverain, le devoir de souffrir avec l'Église. Croire à l'Église, obéir à l'Église, aimer l'Église, respecter l'Église : tels sont les quatre grands devoirs qui s'imposent à tout catholique à l'égard

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de TÉglise; mais voici, pour nous, un devoir que nous rappelle surtout la solennité de ce jour, un devoir que nous ne comprenons pas assez : souffrir avec V Église, comme l'Église elle-même soulTre avec Jésus-Christ.

Telle apparaît en effet, sur cette terre, l'étonnante mais réelle destinée de la sainte Église catholique : être associée toute sa vie, et de toutes les manières, aux souffrances du divin réparateur. Cette assimilation de l'Église à son divin époux souffrant pour le salut du monde, c'est le plan divin du grand mystère de la réparation.

La réparation du monde, quelle qu'en soit la raison mystérieuse, a dû se faire et s'est faite par la souffrance. Et voilà pourquoi, dans l'harmonie du plan divin, tout ce qui doit réparer avec Jésus-Christ doit souffrir avec Jésus-Christ ; et, la mesure même de la réparation qu'il doit accomplir détermine la mesure des douleurs qu'il doit souffrir. Et, s'il se trouve quelque part une personne ou une institution appelée à une pleine association au mystère réparateur, il faudra que cette personne* ou cette institution soit associée à la plénitude de la souffrance réparatrice.

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Cette personne prédestinée à la plénitude des souflrances réparatrices et de l'association au mystère réparateur s'est rencontrée ; c'est Marie, si bien nommée la mère des douleurs, comme son fils a été nommé l'homme des douleurs. La voilà debout, au pied de la croix, stahat mater; la voilà, cette co-réparatrice du monde, plongée tout entière dans l'abîme des souffrances du divin réparateur ; mystère ineffable de la compassion, qu'explique seul Tineffable mystère de la co-rédemption... stabat mater do]orosa,juxta crucem lacrijmosa !... 0 douleurs î ô souffrances ! ô gémissements ! ô larmes î ô agonie î ô compassion d'une mère aux douleurs de son fils, qui pourra vous comprendre ?

Mais, mes frères, il est une autre mère de douleurs, non moins triste, non moins souffrante, non moins agonisante, en un mot, non moins compatissante^ que la Yierge-mère debout au pied de la croix, c'est notre mère, la sainte Église catholique ! Elle est, elle aussi, debout au pied de la croix du divin Crucifié ; et elle y est, de siècle en siècle, dans la perpétuelle réalité d'une immense compassion, c'est à-dire d'une immense association aux souffrances

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de Jésus-Christ : Calvaire de dix-neuf siècles, souiïranee de dix-neuf siècles, et, à la lettre, passion de dix-neuf siècles, reproduisant sous des formes toujours diverses, mais avec un fond toujours identique, la passion de Jésus-Christ Notre- Seigneur.

Ah ! pourquoi nous en étonner ? L'Église est avec Jésus-Christ l'ouvrière du salut du monde : avec lui et en lui, elle poursuit, de siècle en siècle, le grand œuvre de la réparation: et voilà pourquoi elle est associée à toutes les souffrances du divin réparateur. Et, parce que la réparation se fait encore tous les jours par l'application grandissante à Thumanité des souffrances et des mérites du Sauveur, la souffrance de l'Église ne finit pas ; et, si elle semble quelque fois finir, ce n'est jamais que pour recommencer toujours; oui, toujours, semblable a elle-même la vie de la mère réparatrice est toujours pareille à la passion de Jésus-Christ réparateur.

C'est, Messieurs, ce qui va faire l'objet propre de notre contemplation, dans ce grand jour anniversaire des souffrances de Jésus-Christ. Plus d'une fois nous vous avons parlé directement de ces souffrances considérées dans sa

personne même , dans son cœur , dans son âme , dans son corps naturel. Aujourd'liui , Jésus- Christ ne nous apparaîtra que pour nous montrer, dans sa personne, le type des souffrances de son corps mystique c'est-à-dire de TÉglise catholique sa divine épouse. En un mot, Messieurs, en face de la passion de Jésus- Christ, faire apparaître, dans la variété de ses souffrances, la passion de l'Église, voilà ce que je me propose dans ce discours. Et puisque nous aussi, nous sommes condamnés à la souffrance, comme à la loi de notre exil, nous-mêmes, en face de cette double passion de Jésus-Christ et de l'Église, apprenons à compatir à Tune et à Tautre, et à souffrir sans murmure, avec le Christ notre frère et avec l'Église notre mère. Demandons cette grâce en saluant la Croix :

ô Crux ave.

Ce que nous avons ici à considérer dans la passion de l'Église, comme dans la passion de Jésus- Christ, c'est l'agonie de ses perpétuelles et universelles souffrances. La passion de Jésus- Christ, ce fut la lutte suprême d'un Homme-Dieu avec toutes les souffrances humaines. La passion

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de l'Église, c'est la lutte persévérante d'une institution divine et humaine avec toutes les souiïrances que l'humanité peut infliger à une institution sur la terre. La vie de l'Église est une perpétuelle agonie, c'est-à-dire un perpétuel combat; combat contre toutes les erreurs, com-

bat contre toutes les passions, combat contre toutes les hérésies, tous les schismes, tous les rationalismes et toutes les révolutions : et cela, non pas en un lieu seulement, mais en tous les lieux ; et cela non en un siècle seulement, mais dans tous les siècles; combats partout, combats toujours^ combats à la plus haute puissance ; combats sans trêve ni repos ; combats à outrance ; combats à mort : si bien, que de ce christianisme (jui perpétue le Christ sur la terre, on peut dire à toute heure de sa vie : factusin agonia: comme dans la passion de Jésus-Christ, agonie de toutes les tristesses du cœur, de toutes les humiliations de l'âme, de toutes les soufi'rances du corps.

Et (l'abord, ce qui frappe ma pensée et ce qui rne saisit le cœur dans la longue agonie de cette vie de l'Église, c'est, comme dans mon Christ à Getiisemani, l'agonie de ses incomparables tristesses ; car, qu'est-ce qui a dans nos propres cœurs des échos plus profonds que la tristesse ? Aussi avec quelle émotion j'entends toujours, à travers dix-neuf siècles, le gémissement du Christ mon frère se préparant à sa lutte suprême, tristis est anima mea nsque ad mortem ; oui, je suis triste jusqu'à la mort; et, n'était ma divinité, et la volonté de mon Père qui m'empêche d'exhaler ma vie dans cet ineffable soupir; si large, si profonde, si accablante, si mortelle est cette tristesse, qu'elle suffirait à me faire mourir même un million de fois : tristis est anima mea usque ad mortem !

Et voici que j'entends l'Église catholique ma mère, à toutes les étapes de sa vie, pousser plus ou moins retentissant, plus ou moins en-

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tendu, et plus ou moins compris, un gémissement pareil : tristis est anima viea. Ah! oui, je suis triste, si triste, moi aussi^ que si je ne portais en moi la vie de mon Christ ressuscité, depuis longtemps cette tristesse m'aurait accablée sous son poids toujours grandissant, et m'aurait emportée dans son flot toujours grossissant, au grand abîme du découragement et môme du désespoir !

Telle est, en efl'et, la longue vie de l'Église ; c'est comme un long et perpétuel Gethsemani, d'où s'échappe du cœur de cette divine co rédemptrice le cri du divin Rédempteur: Tristis est ayiima meausque ad mortem /... 0 tristesses de l'Église notre mère, première association à la passion du Christ notre frère ! Quelles tristesses? Ah! comme au Gethsemani de la passion de Jésus-Christ, toutes les tristesses à la fois.

Tristesses des iniquités et des prévarications humaines : source, en effet, la plus profonde, la plus mystérieuse, mais la plus réelle des tristesses du cœur de l'Église, comme du cœur de Jésus-Christ. Pourquoi dans le Christ réparateur ce poids de toutes les tristesses venant peser sur son cœur ? Ah ! vous ne pouvez l'ignorer ;

parce que sur ce même cœur venait peser le poids de toute humaine iniquité. Dieu a posé sur lui l'iniquité de chacun de nous : posuit in eo iniquitatem omnium nostrum; et, selon le plan divin de la réparation, portant sur lui toute iniquité, il a fallu qu'en même temps il portât le poids de toutes les tristesses qu'enfantent nos iniquités, et dolores nostros ipse portavit. Le Christ a été fait péché; pro nobis factiis est peccatum : et voilà pourquoi il a été l'homme des douleurs : virum dolorum.

Ainsi en devait-il être de l'Église appelée à continuer sur la terre l'œuvre de la réparation accomphe par Jésus -Christ lui-même; elle porte, elle aussi, le poids des iniquités qu'elle a mission d'enlever ou d'effacer de la terre, ut deleatur iniquitas ; et voilà pourquoi les prévarications humaines deviennent ses tristesses. Comme son Christ, elle expie par les tristesses du cœur les folles joies de toutes les humaines prévarications. Comme le Christ à Gethsemani, elle pleure, elle gémit, elle agonise de tristesse ; tantôt dans le souvenir des prévarications passées, tantôt dans la vision des prévarications présentes, tantôt dans le pressenti-

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ment des prévarications futures : iniquités du passé, iniquités du présent, iniquités deTavenir, tout Taccable, tout l'afflige, tout suscite dans son cœur de mère réparatrice d'ineffables tristesses. Comme elle pleure sur ces chrétientés de TAfri([ue et de l'Asie, autrefois si florissantes, si belles, si riches de sa vie, et depuis, hélas ! si tristement dévastées et si affreusement stériles ! Comme elle pleure sur ces nations portant encore sous ses yeux le signe de son Christ, mais , un jour , si tristement arrachées par la révolte, par l'erreur et par les passions, à ses maternels embrassements ! Et comme elle est triste de la persévérance de leur égarement, et de l'opiniâtreté de leur séparation î Comme elle pleure aussi quelquefois, pareille à toutes les mères, dans le pressentiment des malheurs qui menacent toujours, plus ou moins, d'accabler ses enfants ! Que vont devenir mes enfants, en face des dangers qui les menacent et des malheurs du temps et du malheur de l'éternité? Que va devenir cette Pologne se débattant dans sa faiblesse désarmée contre le colosse grandissant de la force matérielle ? Que vont devenir, aux lointains rivages, ces jeunes Églises toujours

SOUS le coup de la persécution qui menace et de la tempête qui gronde? Que vais-je devenir moi-même tout entière, en face des dangers qui planent sur ma tête, et des orages qui semblent de tous côtés monter sur mes horizons ?

Et dans ses maternelles tristesses, oh ! comme elle pleure sur vous aussi, pécheurs obstinés ! Et, comme elle verse les plus grandes larmes de son cœur sur les ruines de votre vertu, de votre innocence, c'est-à-dire sur les ruines de la vie de Jésus-Christ en vous ; pareille à la fille de Sion pleurant sur les ruines de Jérusalem !

Aussi, chose remarquable, TÉglise, pour exprimer ses tristesses incomparables, a des accents de rame et des cris du cœur qu'on n'entend retentir nulle part ailleurs; et elle a, pour dire ses tristesses, une langue qui ne ressemble à aucune autre langue : éloquence des bulles pontificales, éloquence véritablement à part, où la tendresse d'une mère se mêle aux reproches d'une reine, et où la majesté de l'autorité qui condamne ou qui blâme n'est surpassée que par la suavité de l'amour qui gémit et qui pleure sur les prévarications du peuple choisi et sur les ruines de la Jérusalem nouvelle.

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Avec la tristesse des prévarications humaines, (jui viennent peser sur son cœur de mère, l'Église a, comme son divin époux, les tristesses qui lui viennent de ses propres craintes et de ses propres angoisses. Jésus au Jardin des olives, en face de sa passion se dressant devant lui, commença à craindre; et cœpit pavere esse. Ainsi TÉglise, elle aussi, a souvent devant son âme de mère des visions qui l'épouvantent ; et cœpit pavere. Comme son Christ, sans doute, elle se sent divine, et elle sait que imlle puissance de la terre ne la saurait anéantir ; elle sait, que si elle paraissait un moment succomber devant les hommes, ce ne serait que pour se relever plus triomphante devant Dieu : elle est divine, et comme telle, ce semble, elle ne peut avoir peur. Mais, elle est humaine aussi, et comme le cœur du Christ, en face de certaines perspectives, son cœur, peut connaître, et connaît, en eflet, la peur : et cœpit pavere. Pourquoi s'en étonner?

Regardez- la, à certaines étapes de cette vie jetée au miheu de tant d'orages, ayant sous ses pieds de si profonds abîmes, et sur sa tête de si terribles tempêtes. Lorsque cette barque flot-

tante, qui est l'Église elle-même, est ballottée par tous les vents des erreurs, des passions et des révolutions ; lorsque la mer où elle navigue est mugissante et furieuse ; lorsque les vagues succèdent aux vagues, et lessecousses aux secousses; lorsque la barque de Pierre, selon toutes les apparences des choses et toutes les prévisions des hommes, est sur le point de sombrer dans l'orage, et d'être engloutie par l'abîme hurlant comme un animal en furie et menaçant de la dévorer tout entière : Oh ! alors, vous le comprenez sans peine, que Pierre se nomme Grégoire VII, qu'il se nomme Vigile, qu'il se nomme Pie VII, ou qu'il se nomme Pie IX; quoi d'étonnant, qu'ayant dans sa poitrine un cœur d'homme, il ressente lui-même, et avec lui tous les chrétiens, les frayeurs de la mort, et, dans ces frayeurs, toutes les angoisses et toutes les tristesses qu'elles amènent? Quoi d'étonnant qu'une immense oppression saisisse alors toutes les âmes qui aiment l'Église comme une mère, et font de ses dangers leurs dangers, de ses tristesses leurs tristesses ? Alors que les luttes suprêmes éclatent partout au dehors, quoi d'étonnant que partout les frayeurs et les angoisses se fassent

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sentir au dedans, selon le mot énergique de Tapôtre associé, pour sa part, aux agonies et aux tristesses de TÉglise : forispngnœ, intus timorés? Quoi d'étonnant, enfin, que comme Jésus- Christ à Gethsemani, devant tous les horizons qui Tassombrissent, devant toutes les puissances qui conspirent, et devant cet enfer même qui semble frémir autour d'elle, l'Église, en face de cette passion qui approche, et déjà commence pour elle, soit envahie par les troubles de l'angoisse, et par ces indicibles tristesses que suscite dans les cœurs l'approche des périls suprêmes? Et cœpit pavere.

Tel est le mystère de la vie agonisante de TÉglise, comme de Jésus-Christ lui-même; elle est confiante , et elle a peur ; elle est résolue, et elle tremble ; elle est sereine, et elle est triste ; triste jusqu'à mourir de ces frayeurs non pas une fois mais cent fois capables de donner la mort : et cœpit pavere; et l'immortelle même peut dire : formido mortis cecldit super me, la terreur de la mort est tombée sur moi.

Et souvent à ces heures de grandes crises et d'angoisses profondes, une autre tristesse vient s'ajouter, comme pour le divin réparateur lui-

même, aux tristesses de l'angoisse, c'est la tristesse de la désertion et de Y abandon Ah! lorsque l'Église, humainement, paraît puissante et bien assise dans sa force ; lorsque, elle aussi, elle voit venir, selon le monde, ses heures de grande fortune et de prospérité brillante ; lorsque tout lui réussit, et que des vents heureux enflant toutes ses voiles semblent la porter d'euxmêmes aux plus riants rivages : oh ! alors, l'Église, comme tout ce qui est prospère, compte nombreux, autour d'elle, les amis de sa fortune et les flatteurs de sa prospérité. Lorsque l'hosannah du triomphe et de la gloire retentit autour d'elle, comme il retentit autour du Dieu de Bethléem faisant, dans Jérusalem émue au bruit de son nom, son entrée triomphante: alors, volontiers on se proclame ses disciples, ses confesseurs, ses apôtres et voire même ses martyrs. Alors, vous aussi, ô Église ma mère, heureuse et prospère^, vous compterez beaucoup d'amis : midtos numerahis amieos.

11 en est ainsi ; alors que l'Église n'a pas humainement besoin d'être sauvée, de tous côtés les sauveurs se pressent autour d'elle ; et comme Pierre devant la passion du Maître, on fait le

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serment de la suivre, de la suivre jusqu'à la mort, de la suivre quand même, oui quand même tous les autres l'abandonneraient : et si omneSy ego nunquam!,,.

Mais hélas ! quand le vent du malheur vient à passer sur TÉglise ; quand les orages viennent à planer sur ses plus hauts sommets, et menacent d'éclater sur sa tête ; surtout, lorsque le vent de l'impopularité souffle sur elle : alors l'approche de l'infortune disperse les amis, et désarme les défenseurs. Et pour le catholicisme, ainsi que pour tout ce qui subit l'épreuve du malheur, s'accomplit cette parole éternellement vraie : tempora si fuerint nubilciy solus eris.

Alors, en efiet, c'est la fuite ; alors, c'est la désertion; alors, c'est l'abandon; alors pour le catholicisme menacé par l'orage, comme pour le Christ déjà saisi par ses ennemis, se renouvelle ce phénomène toujours ancien et toujours nouveau : tous les disciples l'abandonnent et s'enfuient, discipuli omnes relicto eo fugerunt. Vous l'entendez? tous, omnes ; devant le danger qui envahit le maître, tous ont fui, omnes fugerunt. Je me trompe, un seul le suit, le plus fidèle de tous, Pierre ; il le suit , mais de loin ;

Petrus autem sequehatur eum a longe, * et encore, est-ce pour le renier bientôt. 0 Pierre, Pierre, vous le plus dévoué de tous, vous le privilégié de Jésus-Christ;, vous déjà choisi par son amour pour être le fondement de son Église, il est donc vrai, c'est vous, vous-même qui le renierez ! Aussi à cause de cet abandon et surtout de cette apostasie d'un moment, si grande sera la tristesse de son âme, que son regard seul, peignant à vos yeux cette ineffable tristesse de l'amour renié par un bien-aimé, tombera sur votre cœur, comme un glaive qui le transpercera d'outre en outre, et en fera jaillir des larmes intarissables !

Et vous aussi, ô Église ma mère, ah ! vous aussi, dans vos jours assombris par le malheur, vous voyez fuir vos enfants effrayés par l'orage. Et vous aussi, ô mère, combien vous abandonnent, à l'heure du danger ! Et combien sont-ils ceux qui, bravant tout pour vous rester fidèles, savent vous suivre jusqu'au sommet de votre Calvaire ?

Combien, même parmi ceux qui se procla-

l. Matth., XXVI.

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inaient vos fidèles et vos dévoués, combien à certaines iieures solennelles, non— seulement vous abandonnent, mais vous désavouent ; et, dans un sens vrai, comme PieiTC fit pour le Christ, eux aussi, vous renient ! « En vérité, en « vérité, je vous le dis, je ne connais pas cet " homme, je ne connais pas cet homme», disait le disciple infidèle. Et combien de catholiques de nos jours semblent, eux aussi, désavouer, et même renier leur mère ! En vérité, je vous le dis, je ne reconnais pas cette Église, qui n'est plus la chaste épouse de Jésus-Christ; je n'admets pas ce catholicisme qui humilie la nature, qui repousse le progrès, qui enchaîne les libres essors de l'âme ; ce catholicisme qui refuse de pactiser avec l'esprit moderne, de se réconcilier avec la civilisation moderne ; ce catholicisme despotique, retardataire et rétrograde ; le catholicisme du SyUahus et de l'infaillibilité, le catholicisme de Rome, le catholicisme de Pie IX ; non en vérité, je vous le dis, je ne le reconnais pas ; non novi.

Ainsi parlent, parfois, même les baptisés de l'Église , les enfants de l'Église, les prêtres même de l'Église, ceux qui s'estiment les plus

dévoués à la mère l'Église ! Et comme Pierre, peu s'en faut qu'ils ne se prennent, eux aussi, à lui jeter l'anathême : et cœpit anathematizare et jurarej trop heureux, si les malheurs de TÉgiise et ses maternelles tristesses ouvrent un jour au repentir ces cœurs qui causent à l'Église ses plus cruelles tristesses '

Une seule chose est plus douloureuse au cœur de la sainte Église catholique que ce que nous venons de dire, c'est la trahison proprement dite, la trahison sourde ou la trahison éclatante, surtout la trahison de ceux qu'elle a le plus libéralement comblés et le plus tendrement aimés.

Pourquoi s'en étonner ? Pour imiter et pour reproduire dans son histoire la passion de son divin agonisant, ne fallait-il pas qu'elle connût, elle aussi, cette chose infâme, cette chose qui met aux cœurs aimants de toutes les tristesses la plus a mère ? Etre trahi par des bien-aimés, et être trahi, comme le fut le Christ, par le signe même de l'amour.

Oh ! qui parmi vous peut entendre ou relire, sans un rehgieux attendrissement, ces paroles échappées du cœur même de l'amour, à la veille

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de son immolation? « En vérité, je vous le dis, (( l'un de vous doit me trahir, quia unus vestrum (( me traditurus est. » Et Tinfame était là : et cette tristesse d'un Dieu pleurant sur la trahison n'a pas ouvert ce cœur d'homme endurci par la passion î... Oh ! tout ce que le Christ a mis dans cette parole de tristesse profonde, c'est ce qu'une parole humaine ne pourrait jamais vous dire. Et, ce fut bien autre chose encore, lorsqu'après cet avertissement de son amour, du fond de ses agonies, il vit arriver le traître ; quand il vit sa lâche perfidie le livrer à ses ennemis, et pour le mieux trahir, et comme pour mieux enfoncer dans ce cœur le glaive de sa trahison, prendre pour le livrer à la haine le signe même du respect et de l'amour. Et s'étant approché, il dit : salut, ô Maître ; et il le baisa : accedens dixit : ave, Rabbi^ et osculatus est eum, 0 chef-d'œuvre de perfidie, de trahison, d'infamie! Et osculatus est eum! Et n'entendez-vous pas ce Christ si affreusement trahi, laisser sortir de son cœur transpercé de douleur, au lieu du cri de l'anathême, le gémissement de sa tristesse et le soupir de son amour : « Eh « quoi ! Judas, vous me trahissez ; et vous

« me trahissez par un baiser ! OscuJo filium «. hominis tradis! y) Oh! non jamais soupir comme ce soupir ne sortit et ne sortira d'un cœur humain.

Un seul gémissement est comparable à ce gémissement d'un Dieu trahi , c'est celui que l'Église pousse, de siècle en siècle, sur toutes les apostasies et sur toutes les trahisons qui \iennent la frapper au cœur. Ah î c'est que l'Église, depuis la trahison de Judas, a passé, à toutes les étapes de sa vie, par cette phase particulièrement douloureuse de son long Gethsemani. Lisez sa prodigieuse histoire: dans toutes les grandes phases de sa vie, à côté du perpétuel et universel miracle des fidélités poussées jusqu'à la mort et des dévoùments poussés jusqu'au martM^e, vous rencontrez de loin en loin ce spectacle navrant : des infidélités poussées jusqu'à la trahison et des trahisons poussées jusqu'à l'infamie.

Parcourez les annales du schisme et de l'hérésie ; au ca^ur de tous ses grands sectaires il y a la noirceur d'une trahison et le crime d'une apostasie ; et, au cœur de l'Église, il y a la tristesse d'un amour trahi ; il y a l'agonie d'une

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mère livrée à ses propres ennemis par les enfants réchauiïés dans son propre sein ; il y a les pleurs inénarrables versées par elle, sur les ravages de la religion et la ruine des âmes accomplis quelquefois par ceux-là mêmes qu'elle avait sacrés pour être les gardiens de la religion et les sauveurs des âmes ; il y a ces insondables blessures faites à ce cœur de mère par les privilégiés de son amour, devenus les traîtres parricides de son maternel amour ; il y a, enfin, ces gémissements qui n'ont de nom dans aucune langue humaine, poussés par ce cœur abreuvé de ses séculaires amertumes, sur ces scandales consommés dans le sanctuaire et hors du sanctuaire, par les envoyés de son amour, et pourquoi ne le dirais-je pas, par les élus et quelquefois même par les gloires de son sacerdoce, devenus à force de trahison et apostasie, son humiliation et sa tristesse.

Ainsi, après Judas et tant d'autres, qui ont montré, jusque dans la pure aurore de l'Église, ces spectacles de trahison et d'apostasie, les enfants de l'Église n'ont pas cessé de la trahir. Ainsi Arius l'a trahie ; ainsi Luther l'a trahie ; ainsi Photius l'a trahie ; ainsi CrammerTa trahie;

ainsi, naguère encore, Lamennais Ta trahie ; ainsj tous les Chaumette et tous les Grégoire, tous les Achilli et tous les Gavazzi de nos révolutions modernes l'ont trahie ; et demain, peut-être, aux heures les plus décisives, la trahiront encore ! Ils viennent, eux aussi, environnés de la tourbe, et même marchant à la tête des ennemis de l'Église, faisant écho à leurs insultes, recevant leurs applaudissements, et quelquefois leurs ovations ; ils viennent pour la livrer pieds et poings Hés au génie de la Révolution ; ils lui demandent hypocritement, avec la consécration de leurs erreurs, la consécration de leur apostasie ; ils viennent la sommer de se déjuger, et de se déshonorer elle-même aux veux des nations ; ils viennent lui demander de soumettre son infaillible autorité à l'infaillibilité de leur propre jugement. Non-seulement ils déshonorent leur mère, les malheureux; mais, à la lettre, ils la trahissent : et, comme pour approfondir au cœur de l'Église, l'abîme de la tristesse , ils prennent, eux aussi, pour la trahir, le signe de l'amour et le masque du dévoûment; ils disent qu'ils aiment l'Église et qu'ils vont la sauver.

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Eli lace de ces trahisons qui portent leur glaive au plus intime de son aine, j'entends l'Église qui dit à ces traîtres déguisés en disciples fidèles : ah! si un étranger, si un ennemi, me faisait cette injure, je le supporterais ; mais vous, mon commensal, vous mon confident, vous mon ami, vous mon ministre, mon apôtre, vous, me frapper au cœur du glaive de l;i trahison ! Ah ! c'est trop ; c'est la tristesse multi[)liée pnr la tristesse ; tristesse d'une mère trahie par le plus aimé des enfants, et dont rien sur la terre ne saurait la consoler.

Enfin , mes frères, il y a une chose, par où la tris tesse de la divine réparatrice ressemble, par dessus tout, à la tristesse du divin réparateur, et par laquelle le Gethsemani séculaire del'Ëglise est la fidèle représentation et la constante continuation du Gethsemani de notre Christ agonisant ; c'est la tristesse la plus rigoureusement et la plus vraiment désolée ; c'est, au sein de l'amertume la plus profonde, l'absence la plus absolue de toute humaine consolation. C'est toute cette tristesse de son Gethsemani, absolument inconsolée ; c'est la désolation à la plus haute puissance.

Ah ! Messieurs, elle est rude, elle estapre, elle

est terrible cette épreuve ; et il n'y a, pour la porter jusqu'au bout, qu'une personne qui se sent divine, et une institution qui sent Dieu dans son sein.

0 Maître, ô Sauveur, ô Réparateur, ô Dieu de l'agonie et de la désolation, ô divin idéal de la souffrance humaine, ahî vous l'avez connue, et vous l'avez connue dans toute sa plénitude, cette épreuve de la souffrance sans compassion et de la tristesse sans consolation.' Prosterné, accablé, désolé que vous étiez, suant l'eau et le sang sous l'ombre solitaire des oliviers de Gethsemani, qui vous a consolé, vous le consolateur de tous? qui? Personne î... Pas un ami, non pas un, pour répondre par un accent du cœur à la voix de vos tristesses !... Et à la lettre, vous le divin agonisnnt, vous avez pu vous écrier comme le prophète: « j'ai cherché (( un consolateur de mes tristesses ; hélas! et je « n'en ai pas trouvé: quœsivi consolant em me^ (( et non inveni ! » Qui le console, je vous prie, au sein de ces tristesses qui submergent son âme dans l'ombre de Gethsemani? Qui est là près de lui pour soulever avec lui le fardeau de ses tristesses? Marie ? Joseph? ses disciples?... Marie?

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elle est absente! Joseph ? il est mort ! Ses disciples ? à la vérité, quelques-uns sont là ; mais ils dorment ; et, ce grand cri de son cœur : tiHstis est anima mea. n'a pu même les tenir en éveil: oui, en face de cette veillée de Tagonie, ils dorment ! Où donc sera le consolateur de mon divin agonisant ? 0 Père céleste, regardez votre fils ! . . JÉcoutez, écoutez, comme il crie vers vous : Pater mi! Pater mi ! transeat à me calix iste * Et le Père se tait... Non, ô Maître, pas de con solation pour vous ; le divin consolateur de tous ne sera consolé par personne !

Ah! puisque l'Église devait, en tout, vous imiter, ô divin réparateur, il faudra bien qu'elle aussi connaisse la suprême tristesse de la désolation. Oui, ô ma mère, attristée de tant de manières, ô mère dont le cœur est percé de tant de glaives, vous aussi, à certaines heures de votre vie, vous serez sans consolateur sur la terre ; et pour vous des heures viendront où tout conspirant à vous attrister, rien ne se présentera pour vous consoler !

11 en est ainsi : l'Église a ses heures de désolation où tout l'attriste, et où rien ne la console; elle aussi, au sein de ses suprêmes agonies, elle

connaît ce phénomène deux fois douloureux : des soupirs inécoutés et des tristesses inconsolées.

Il est des heures dans l'histoire où TÉglise ne ressemble que trop à la fille de Sion pleurant sur ses ruines, seule, désolée, sans consolateur. Oh î c'est alors que l'Église crie vers le ciel comme Jésus à Gethsemani : Pater , si possibile est, transeat à me calix iste ! Ah ! ce calice de toutes mes agonies , transeat à me ! Ce calice de tant de scandales, transeat à me ! Ce calice de tant d'infidéhtés, transeat à me! Ce calice de tant de désertions, transeat!.,. Ce calice de mes désolations, transeat !...^hh surtout ce calice le plus amer, le calice de la trahison, tra7îseat!... Pater mi, Pater mi, transeat à me calix iste î

Et tandis que ses agonies se prolongent, l'Église prolonge sa prière et ses prostrations : factus in agonia, proJixiiis orabat. Et pour TÊglise agonisante comme pour le Christ à Gethsemani, il y a un ange qui lui dit : « courage ! » : c'est l'ange de Pie VI à Valence ; c'est l'ange de Pie VII à Fontainebleau ; c'est l'ange de Pie IX à Gaëte^ l'ange de l'Église planant sur le Vatican.

Et comme Jésus-Christ, confortée par l'ange de Dieu, elle se lève, et elle dit : allons ; allons,

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buvons avec lui notre calice jusqu'à la lie ; allons, souiïrons; allons, avec lui soyons humiliée, et s'il le faut, avec lui allons mourir, eamtis et moriamiir ciim illo.

Ainsi, mes frères, l'Église imite et reproduit dans toutes ses principales péripéties, l'agonie des tristesses du Christ à Gethsemani. Elle est triste, souvent, triste jusqu'à la mort, parce que son divin époux a été triste jusqu'à la mort : tristesses du péché et de la prévarication , tristesses de l'angoisse et de l'épouvante , tristesses de l'abandon et de la désertion, tristesses de l'apostasie et de la trahison , tristesses sans soulagement et sans consolation. L'Église, à toutes les étapes de son existence, a connu tous ces mystères de la vie agonisante, et, même de nos jours, sous nos propres regards, elle les connaît encore. Et, si notre cœur sait entendre dans le silence ce qui sort du cœur de notre mère souffrante, nous pouvons entendre aujourd'hui la voix secrète de ses ineffables soupirs.

Et, qui parmi nous n'a ses tristesses aussi? son calice aussi? Qui n'est triste aussi quelquefois jusqu'à la mort? Eh bien, mes frères, voilà notre modèle ? A nous enfants, de prendre notre part

dans ces tristesses de la mère de riiiimanité. Comme l'Église, à certaines heures, est triste avec le divin Réparateur; à nous aussi d'être tristes avec la mère réparatrice; à nous de verser avec elle, et comme elle, les larmes de nos cœurs associés aux agonies de notre mère catholique; à nous, enfin, de nous plonger avec elle dans le mystère de ses tristesses, pour être digne de nous baigner un jour avec elle aux sources de ses joies.

^lais l'Église n'est pas seulement associée A son divin époux dans ses tristesses de Gethsemani; elle l'est, et plus encore peut-être, dans ses humiliations de Jérusalem!... 0 Crux ave...

L'Église, dans la longue carrière de sa passion, parcourt de degré en degré toutes les humiliationS;, par où a passé dans Jérusalem le divin réparateur.

Le plan di\in de la réparation humaine impliquait, comme condi lion souveraine, dansle ré-

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parateur, cette souffrance ou celte agonie de l'ame qu'on appelle humiliation. Pourquoi s'en étonner ? Le point de départ de la prévarication, c'était Torgueil ; la cause eiïective de la chute humaine, c'était l'orgueil ; en un mot, la cause de tout désastre dans l'humanité, c'était l'orgueil, encore l'orgueil^ toujours l'orgueil, l'orgueil qui en jetant ce cri : non serviam, a bouleversé la eréation.

Voilà pourquoi le divin réparateur a dû passer par l'humiliation, non par une humiliation quelconque, mais par toutes les humiliations. L'orgueil avait tout perdu ; seule l'humiliation pouvait tout sauver, tout refaire, tout réparer.

Voilà pourquoi le Réparateur a été humilié, et humilié jusqu'au néant; ou plutôt, voilà pourquoi il s'est humilié et anéanti lui-même, exinanivit semetipsinn.

Et voilà pourquoi l'Église de Dieu, chargée de continuer avec le Christ le mystère réparateur, comme lui, devait passer par toutes les iiumiliations qu'il est possible de connaître sur la terre, et pourquoi, en réalité, l'Église, de siècle en siècle, parcourt la série de toutes les humilialions, et, elle aussi, est humiliée jusqu'au néant.

Suivons rapidement cette marche descendante de la grande humiliée.

La première humiliation de TÉglise devant le monde, comme de Jésus-Christ devant Jérusalem, c'est riiumihation du déshonneur. Et qui ignore la soulîrance et Tagonie morale que met dans le fond des âmes, qui subissent cette humiliation, le sentiment du déshonneur ? La seule attente du déshonneur tient Tâme dans je ne sais quelle épouvante ; et sa présence pèse sur elle comme un fardeau dontelle se sent accablée. Combien, plutôt que de subir le déshonneur, ont mieux aimé embrasser la mort même ! Combien ont dit en face de cette perspective : tout souffrir, oui tout, hormis le déshonneur !

Ah ! la perte de la gloire et de la renommée, le dépouillement de toute considération, et, à la place de tout cela, Tombre de Tinfàmie, venant tomber sur vous ; le déshonneur, enfin, quelle humiliation ; et dans cette humiliation quelle souffrance ! Et ce fut la première humiliation de Jésus-Christ venant réparer le désordre de l'orgueil.

Le voyez-vous d'ici captif et garrotté, dans l'attitude d'un malfaiteur, entraîné par une sol-

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datesque , dans cette Jérusalem encore émue de son triomphe? Le voilà entre les mains des représentants de la loi, de la justice et de la religion ; le voilà portant au front sous les regards de cette multitude, qui naguère l'acclamait comme l'envoyé de Dieu, la flétrissure de l'infamie : il n'est pas encore jugé, il est déjà déshonoré.

Et voilà, mes frères, en face du monde, et en particulier en face de notre monde moderne, la situation de l'Église. Oui, comme la sagesse, la sainteté et l'amour incarnés en Jésus-Christ ont porté le stigmate et la flétrissure de l'infamie, TÉglise perpétuant la sagesse, Tamom^ et la sainteté de son Christ humilié, souffre avec lui, ce mal humainement si accablant, la perte de l'honneur. Le soupçon d'infamie plane sans cesse sur sa tête, et obscurcit aux regards du monde, qui ne la voit que défigurée, l'éclat de sa beauté morale. Et la plus grande bienfaitrice de l'humanité, celle qui traverse ses longs siècles, en laissant partout derrière elle le sillon éclatant des œuvres, ou plutôt des chefs-d'œuvre en tout genre réalisés par elle, la voilà qui passe sous les regards du monde comme une reine

déshonorée ; et ses ennemis n'ont rien tant à cœur, que d'infliger ii la majesté de cette reine du monde et à la beauté de cette fille du ciel, l'humiliation du déshonneur.

Ne voyez-vous pas avec quelle opiniâtreté la presse contemporaine s'acharne à déconsidérer l'Église, à ameuter l'opinion contre l'Éghsc, à flétrir l'honneur même de l'Église ? Ne voyezvous pas comme elle reçoit et exécute partout contre l'Église du Christ le mot d'ordre de l'antichristianisme, pour jeter la boue sur sa robe divine, et imprimer à ce front éternellement virginal quelque signe d'opprobre ?

Déshonorer l'Église! mais est-ce que ce n'est pas le grand mot de la Révolution aux prises avec sa plus redoutable et, à le bien prendre, sa seule ennemie dans le monde moderne ? Est-ce que toutes les ambitions et toutes les habiletés du révolutionnarisme et de la franc maçonnerie ne se donnent pas la main, d'un bout du monde à l'autre, pour arriver à tuer en elle, par le déshonneur et par l'infamie, cette immense force morale qu'elles jalousent, qu'elles ne peuvent imiter, et qu'elles voudraient anéantir? Est-ce que la haine dans sa sincérité

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farouche n'a pas osé naguère en faire le brutal aveu, alors qu'elle s'écriait avec sa voix d'enfer: « Non, ce n'est pas assez de persécuter maté- « riellement l'Église ; ce n'est pas assez de la « frapper, il faut la déshonorer ; il faut la traîner « dans la boue. »

Eh bien ! mes frères, que vous en semble? La presse contemporaine a-t-elle oubhé ce mot d'ordre qu'on croirait donné à ses suppôts par Satan lui-même? A-t-elle néghgé et négliget-elle encore de répondre par ses clameurs à cet appel de Satan ? Que fait dans son ensemble la presse rationaliste, matérialiste, positiviste, israëlite, schismatique, hérétique? Elle déshonore; que fait -elle ensuite? elle déshonore; que fait-elle encore? elle déshonore. Du moins, elle travaille à déshonorer; déshonorer nos dogmes et nos croyances, déshonorer nos institutions et notre hiérarchie, déshonorer les hommes et déshonorer les choses : oui, voilà sa stratégie, son travail, son œuvre, son ambition, son triomphe, et, j'ose, à peine ajouter, son plaisir et sa joie ! Et pour y parvenir, quelles habiletés, quelles ruses, quelles perfidies quelquefois ! Et quelles manœuvres dignes des sol-

dats de Terreur et des ouvriers de tant de mensonges ! Taire tout ce qui élève et tout ce qui glorifie ; célébrer tout ce qui abaisse et tout ce qui humilie l'Église en face des nations : et, la gloire même qu'on ne peut anéantir, travailler à l'amoindrir, ou du moins à en diminuer l'éclat. Quel spectacle attristant nous donne, sous ce rapport, la presse contemporaine mise au service de l'anti' christianisme, la grande, la petite et la moyenne ! Et qu'il est triste, ô mon Dieu, d'avoir à constater publiquement ce spectacle honteux : spéculer sur l'humihation et le déshonneur delà plus grande religion, c'est-à-dire de la plus grande chose qu'on ait jamais vue sur la terre; et, pour assurer le succès de cette spéculation déjà deux fois méprisable et vile, exploiter le scandale et encore le scandale. Le scandale ! quelle bonne fortune, quelle joie, quel triomphe, quand il lui est donné de le rencontrer quelque part dans l'Église de Dieu : scandale de prêtre, de rehgieux, de couvent ; scandale réel, quelquefois hélas! mais alors même scandale exagéré, agrandi et multiplié par la mauvaise foi; mais, plus souvent, scandale imaginaire, supposé, inventé, créé pour le

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besoin de la passion ; et puis, annoncé et proclamé comme authentique, que dis-jc ? célébré, et en quelque sorte illustré par Tindustrie de la haine et par le génie de la calomnie !

La calomnie ! seconde humiliation que le monde inflige à TÉglise, comme Jérusalem Tinfligea à Jésus-Christ dans sa passion.

C'est tout ensemble et répreuve incomparable et l'incommunicable gloire de TÉglise. L'Église est la vérité ; elle est la sainteté ; pour la déshonorer, pour lui attacher au front un stigmate d'infamie, force est à la haine de la calomnier.

Eh î comment l'Église pourrait-elle échapper à la calomnie, alors que le Christ, son modèle et son idéal, en a subi l'injure en face de ses ennemis? Et comment, sans le secours de la calomnie, la synagogue eût-elle pu donner à son jugement une apparence même de légalité? Aussi, ce que demandaient, contre le Juste et le Saint, les princes du sacerdoce judaïque, c'était le faux témoignage. Alin de préparer sa condamnation à mort, voyez ce que font les princes des prêtres: ils cherchent de faux témoins; ils appellent le génie du mensonge pour calomnier le divin Im-

maculé; Principes sacerdotum et omne conci- Jîuin quœrebant falsum testimonium ni eum morti traderent * . Et coQime toujours, les témoins du faux, les calomniateurs de la sainteté et les dénonciateurs de l'innocence ne manquèrent pas à l'appel de la haine. « Nous l'avons surpris « excitant le peuple à la révolte, et l'empêchant (( de payer le tribut à César. » Ainsi criaient ces Juifs dégénérés, devenus les flatteurs de César. Celui qui a dit : «aimez -vous les uns les autres», ils l'accusent de soulever le peuple. Celui qui a dit : (( rendez à César ce qui appartient à César», ils l'accusent d'empêcher de payer le tribut à César; ils le dénoncent à la haine même de César.

Et voiicà votre destinée, ô sainte Église de Dieu, divine imitatrice du divin Réparateur! hupuissante à vous convaincre de crimes réels, la calomnie, cette fille de la haine et de la jalousie, vous environne de crimes imaginaires ; elle multiplie autour de votre sainteté des trames si habilement combinées, des mensonges si adroitement inventés, des accusations

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