‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 21 sur 30 · Matth. XXVI · texte numérisé non relu

Matth. XXVI

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si diaboliquement concertées, que votre innocence et votre sainteté elles-mêmes prennent, aux yeux des générations, trompées par ces chefsd'œuvre d'hypocrisie, toutes les apparences du crime, et (juelqucfois même de la scélératesse ! Calomnies générales et indistinctes, ou calomnies particulières et articulées; rien ne manque à ce système infernal organisé par le crime contre la sainteté.

Calomnies générales. Écoutez ce que disent et redisent, sous toutes les formules, tous les hiérophantes attitrés de la libre pensée : « L'É- « glise, c'est la confiscation de nos libertés; (( TÉglise, c'est l'antagonisme de la civilisation ; « l'Église, c'est le grand éteignoirde la lumière ; (( l'ÉgHsc, c'est l'abrutissementde l'intelligence ; c( l'Église, c'est l'ennemie de la science, des arts, (( de l'industrie, de toutes nos découvertes ; « l'Église, enfin, c'est la consécration de la « misère ; l'Église, c'est le fléau des peuples et « des sociétés ; l'Église, c'est le péril des gou- « vernements; c'est l'État dans l'État; c'est « l'ennemie de César, »

Ainsi par cet ensemble de calomnies vagues et d'accusations indistinctes, ce démon de la

calomnie fait de TÉglise, dans la pensée ou plutôt dans Tiinagination populaire, je ne sais quel épouvantail. Celle qui a tiré de son propre sein notre civilisation elle - même, apparaît comme la grande et l'unique ennemie de cette civilisation dont nous goûtons les fruits avec une superbe ingratitude ; et, cet égoïsme d'un mauvais cœur est entendu partout, accusant une mère dont il dévore, en les oubliant, les incomparables bienfaits!

Calomnies particulières aussi, et parfois audacieusement articulées. Le nombre en est si grand, que s'il fallait seulement en évoquer le souvenir dans le passé, ou en montrer la réalité dans le présent, ce jour ne verrait pas la fm de ce discours. Ah! quand je songe combien d'innocences elle a blessées de sa parole envenimée, cette haine calomniatrice; combien de saintetés elle a essayé de flétrir ; combien de vertus les plus pures et de dévouements les plus héroïques elle a trainés comme des coupables, et quelquefois comme des monstres de scélératesse, au tribunal de l'opinion populaire ; quand je songe à tout ce qu'elle a su et sait mettre encore de tristesse au fond de ces âmes si affreusement calomniées, et

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par suite, si injustement condamnées : ah ! je l'avoue, me mettant un instant moi-même à la place de ces victimes immolées par la haine avec le glaive de la calomnie victorieuse, je sens mon âme comme transpercée d'une indicible douleur, et navrée d'une inefTable amertume : et, à la tristesse qui m'envahit, je sens ce qui doit se passer dans le cœur de cette mère, la sainte Église, accusée par tout ce qui accuse, flétrie par tout ce qui flétrit, blessée par tout ce qui blesse ses propres enfants.

Et qu'il est triste, pour ne pas dire décourageant, de se dire, que cette action de la calomnie organisée contre l'Église , elle est systématique, elle est universelle, elle est perpétuelle, elle est implacable, comme la haine même qui l'inspire.

Systématique : oui, «mentez, mentez har- <( diment, il en reste toujours quelque chose » : mentez car l'important n'est pas de dire la vérité, c'est de nuire à l'ennemi ; mentez donc, et calculez à l'avance la portée du mensonge,, et le résultat de la calomnie : tel est le système.

Universelle : oui, car ce système^ qui se pratique à l'occident, se pratique aussi à l'orient ;

et cette calomnie qui blesse l'Église au midi s'en ira demain, si ce n'est aujourd'hui, la blesser au septentrion. Et j'entends d'ici tous les organes retentissants de la presse calomniatrice, se renvoyant, d'un bout du monde à l'autre, les échos répétés des mêmes voix ; et, la calomnie préparée dans une seule cité, étourdie par un seul homme, s'en va vous tuer moralement devant le monde entier.

Perpétuelle, oui; car le génie de Salan, dans ce travail d'enfer, ne se repose jamais ; surtout, depuis qu'au siècle dernier le grand ennemi de Jésus -Christ et de son Église en a lancé, dans le monde moderne, le mot d'ordre plus public et plus solennel; non, jamais la calomnie n'a suspendu tout à fait, ne fût-ce que pour un jour, son œuvre effroyablement opiniâtre. Rien ne lasse dans son travail persévérant ce génie du mal acharné à la poursuite du bien. Hier convaincu de mensonge, il recommence aujourd'hui ; convaincu aujourd'hui, il recommencera demain, après-demain, et toujours. Il a, sur la terre, dans cette lutte de Satan, comme le damné dans l'enfer, un toujours et un jamais : ne jamais s'ar—

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rêter, recommencer toujours, oui, toujours !...

Et, voilà bientôt deux mille ans que ce travail se poursuit contre vous, et contre les vôtres, ô ma mère : et vous n'en êtes pas accablée, et vous n'en êtes pas découragée encore ! Pourtant, la calomnie est si lourde à porter quelquefois! Ah! que d'hommes déjà, et, que d'institutions aussi, il lui a été donné de tuer sur la terre ! 0 mère, comment ne vous a-t-elle pas tuée, vous aussi ? Ah ! c'est que votre front porte une gloire que rien ne saurait obscurcir, et qu'au fond de votre ame une force divine se remue que rien ne saurait vaincre tout-à-fait.

Mais, mes frères, il y a pour l'Église de Jésus-Christ, comme il y eut pour Jésus-Christ lui-même, une humiliation plus poignante encore^ peut-être, que la calomnie; c'est la dérision ; la dérision s'ajouta nt à l'outrage, la dérision s'adressant à la majesté elle-même. A quoi tient-il, que tous, qui que nous soyions, nous avons une horreur si profonde de ce que l'on appelle la dérision? Et d'où vient que le glaive du ridicule est encore plus douloureux aux Ames et aux cœurs qu'il traverse.

que le glaive de la calomnie elle-même ? Sans doute, parce que le ridicule et la dérision, en tombant sur nous, nous humilient devant les autres et devant nous-mêmes, encore plus que la calomnie. Peut-être aussi, parce que quelque chose nous dit, que si Ton se relève d'une calomnie par le triomphe de Tinnocence et par la défaite du calomniateur, jamais^ presque jamais, du moins, on ne se relève du coup que le ridicule a porté, et de Thumilialion où il a précipité. Ah ! la haine le sait bien : et voilà pourquoi, quand la calomnie ne suffit pas pour tuer ses victimes, elle appelle au secours la dérision et se fait du ridicule son plus puissant auxiliaire. Ne vous en étonnez pas; c'est le plaisir, l'affreux plaisir de Satan et de tous ceux qu'il inspire, de ridiculiser Dieu, et tout ce qui touche et se rattache à Dieu.

Voilà pourquoi Jésus - Christ , pour nous guérir de l'orgueil, devant passer par toutes les humiliations, n'a pu échapper même à l'humiliation du ridicule et de la dérision. Outragé en face par la contumélie la plus grossière, voyez ce qu'il souffre : on le frappe et on lui crache au visage ; on lui arrache la barbe ;

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on le frappe de la main et du pied ; et une tourbe de valets semble épuiser sur lui toute sa puissance d'insulter et d'outrager. Mais, voici que cet ensemble d'outrages ignobles et de contumélies grossières, montant des êtres du plus bas étage jusqu'à cette divine majesté, se complique de quelque chose de bien autrement douloureux encore. La dérision vient; elle ricane devant lui; le ridicule vient, et il envahit l'homme- Dieu^ c'est-à-dire la sainteté, l'amour, la majesté, la divinité même. Et il s'essaie à faire sentir à un Dieu tout ce qu'il y a d'amer dans un rirede Satan.

Et pour mieux réussir à cette œuvre de souveraine humiliation, il prend dans cette grandeur tout ce qu'il y a de plus grand ; il s'attaque directement à toutes ses majestés à la fois : sa divinité^ il la nie et il lui inflige en la niant le ridicule qui s'attache à la folie; sa royauté, il l'attaque de toutes les manières ; il en prend, un à un, tous les insignes les plus respectés, et il les livre à la dérision populaire : « Prends ce (( roseau dans ta main, ô Roi, voilà ton sceptre; (( reçois cette pourpre sur tes épaules, ô Roi, « voilà ton manteau ; baisse ta tête sous ces

« épines, ô Roi, voilà ta couronne! Et mainte- « nant, ô Roi des Juifs, Roi de théâtre^, Roi « couvert et couronné de ridicule, nous te (( saluons : Ave, Rex Judœorum ! »

C'est assez vous montrer la dérision s'acharnant pour l'humilier, sur cette royale et divine majesté : n'imaginez-vous pas tout ce qu'il y a dans cette parole, ou plutôt dans ce qu'exprime cette parole : le Christ devenu ridicule ; la majesté humaine et divine personnifiées en lui, devenues la risée populaire, et accueillies par les éclats de rire d'une soldatesque et d'une valetaille salariée pour ridiculiser Dieu même?

Ah! si la haine de Satan armée du ridicule a pu de la sorte humilier le Roi, le Roi que les hommes vont bientôt acclamer et que les anges eux-mêmes ont reçu l'ordre d'adorer; que ne fe • ra-t-elle pas, aussi, pour humilier cette Reine de l'humanité régénérée, qui se nomme l'Église catholique? Non, cette humiliation qui doit la faire plus semblable au divin Roi, elle ne pouvait non plus lui manquer; et l'histoire atteste qu'elle ne lui a jamais manqué, en effet. En parcourant sa longue vie, même aux siècles oùl'Église était en possession de son empire sur le monde, j'aper-

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çois, de loin en loin, les ricaneurs de sa majesté: ils rient, en la regardant, au visage de la vérité, au visage de la sainteté, au visage de la majesté. Comme les Juifs ont fait pour le Christ en personne, ils rient de ses prétentions à la royauté; et ce qu'ils font avec un plaisir encore plus satanique, ils rient, devant les peuples, de sa prélention à la divinité.

Mais, encore bien que cette dérision de l'Église, ce ridicule jeté à sa majesté et à sa gloire, soit plus ou moins le fait de tous les siècles, on peut dire que jamais, comme dans nos temps modernes, Tenfer ne s'est servi de cette arme pour essayer de prévaloir contre l'Église. Il y a un siècle environ, un homme parut qui se révéla au monde entier^, non-seulement comme la personnification la plus satanique de l'anti-christianisme, mais encore comme la personnification la plus puissante de la dérision et du ridicule évoqués par lui de toutes parts pour humilier l'Église. Il avait reçu du ciel, au plus haut degré, la puissance du rire : et cette puissance transformée en lui par l'esprit de Satan était devenue la puissance du ricanement. La finesse de son esprit, la souplesse de son ta-

lent agrandissaient en lui cette royauté du ridicule ; et on dit qu'il n'était pas jusqu'à la conformation de sa physionomie, qui ne concourût à compléter dans le patriarche deFerney la puissance de ricaner. Le rire, en face de toutes les. saintes et vénérables choses, prit alors, grâce à lui, dans la génération vivante, des proportions, qu'on ne lui avait jamais connues : et le Christ, et le christianisme, et l'Église reçurent, en ce temps-là, du grand ricaneur et de ses plats imitateurs, des blessures bien autrement redoutables que celles qui lui avaient été faites, par la parole de tous les sophistes et par le glaive de tous les bourreaux.

Et après plus de cent ans, voici sous no& yeux les petits-fils héritiers du ricanement voltairien ; rieurs aussi, rieurs quand même, rieurs en dépit de la nature qui les avait fait naître graves ; Voltaires aux petits pieds et aux prétentions grandes, à l'esprit court mais à la haine profonde, qui s'en vont à droite et à gauche, dans les journaux^ dans les livres, dans les théâtres, dans les réunions privées et les réunions publiques, poursuivre l'Église de cette arme du ridicule illustrée par le patriarche..

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Essayant d'en imiter la grimace, n'en pouvant toujours imiter l'esprit, ils font au milieu de nous et en plein christianisme, l'alTreux métier de rire et de faire rire ; de faire rire tous les jours et à toutes les heures ; et de quel rire, grand Dieu! d'un rire qui donne le froid à l'ame au lieu de mettre la joie au cœur : rire de nos mystères, rire de nos dogmes, rire de nos prêtres, rire de nos évêques, rire de nos pontifes, rire de nos conciles, rire en un mot de toutes les grandeurs dont l'Église donne encore le spectacle à la terre; et, avec ce rire qui a je ne sais quoi de forcené, poursuivre de préférence tout ce qui au sein de l'Église, dans les institutions, dans les hommes et dans les choses, est fait pour recevoir le plus d'hommages et commander le plus de respect î . . . Et à travers cette armée de rieurs salariés, debout sur tous les tréteaux de la publicité, et de là, jetant à l'Église les traits du ridicule trempés dans la haine et dans l'impiété, l'Immortelle a passé, et passe encore, dans sa majesté insultée mais sereine, jetant elle-même aux ricanements de la haine le sourire de l'amour !...

Faut-il aller plus loin dans cette carrière où

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l'Église marche avec Jésus-Christ d'humiliation en humiliation? Quelques mots encore, et nous arrivons au fond de Tabîme, où l'humiHation fait descendre l'Église à la suite du Christ humilié. Il y a une humiliation qui pèse sur l'âme humaine plus peut-être encore que la dérision dont nous venons de parler, et qui se trouve déjà plus ou moins renfermée dans la dérision elle-même ; c'est le mépris : le mépris, la seule chose, qu'humainement, et sans une force surnaturelle , nous ne savons pas pardonner ; le mépris qui fait peser sur nous, comme des montagnes, la pensée et l'opinion des hommes ; le mépris qui nous enfonce au plus profond de l'humiliation, parce qu'il semble nous refouler aux extrêmes limites de la valeur humaine et blesse le plus directement et le plus profondément avec l'instinct de notre propre dignité , le besoin de notre propre estime. Le mépris ! ah ! mon divin réparateur l'a connu dans toute sa largeur et dans toute sa profondeur ; le mépris ! il en a senti tomber sur son âme l'immensité pour ne pas dire l'infinité. Grand Dieu ! ce mépris tombé sur votre fils, qui pourra jamais le comprendre

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dans son profond mystère et dans son effroyable réalité ? Mis dans la balance avec la scélératesse, devant le tribunal de Topinion^ la scélératesse Ta vaincu ; elle a vaincu sa dignité et même sa divinité : non hune, non hune, s'écrie le peuple, sed Barabbam ; donnez-nous Barabbas, nous aimons mieux Barabbas : dernier terme du mépris où pouvait arriver la majesté de notre Christ humilié.

Et vous aussi, sainte majesté de TÉglise catholique, vous serez méprisée : avec l'universelle dérision , vous verrez tomber sur vous l'universel mépris ! Vous qui professez la plus sublime doctrine que Ton ait jamais enseignée aux hommes; vous qui faites pratiquer la morale la plus salutaire et la plus saintement féconde que les hommes aient jamais pratiquée ; vous qui avez montré et qui montrez encore à la terre des miracles de charité que nulle autre institution n'a jamais réalisés sous le soleil ; vous enfin qui, de l'aveu de tous, et même de vos ennemis, apparaissez comme le plus haut sommet de la religion, c'est-à-dire au point le plus élevé de ce qu'il y a de plus haut : ô religion vraiment royale, ô majesté

vraiment divine, ainsi le veut votre destinée, ainsi l'exige votre coopération effective au grand œuvre du divin réparateur, vous aussi, vous serez méprisée ; vous aussi, vous serez mise au dernier degré de l'être, et vous serez plongée dans des abîmes d'abjection ! Plus grande que tout ce qui est autour de vous, vous serez mise au dessous de tout ; et tout ce qui n'est pas vous, sera trouvé plus grand que vous. Vous aussi, vous serez mise en balance avec tout ce qu'il y a de plus abaissé et de plus vil ; et tout ce qu'il y a de plus vil et de plus abaissé vous sera préféré !

Ah! mes frères, ai -je besoin d'insister, pour vous montrer combien, de la part d'un certain monde, ce mépris est, ou du moins affecte de se montrer profond ? Que dire du mépris que certains hommes professent publiquement pour l'Église? Pour eux, un mot résume tout ce qu'ils pensent ou s'efforcent de penser : tout plutôt que rÉcjUse, Oui, quoi que ce soit, pourvu que ce ne soit pas l'Église, a droit à leur préférence. Plutôt le protestantisme que l'Église ; plutôt l'israëlitisme que l'Église ; plutôt le mahométisme que l'Église ;

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plutôt le brahmanisme^ plutôt le boudliisme, plutôt tous les paganismeset tous les fétichismes eux-mêmes, que cette grande religion qui se nomme le catholicisme.

En doutez- vous? Écoutez la réalité qui frémit dans tous les bruits de votre temps. A certaines heures, sous vos propres regards, la Révolution fait son signe : de tous les bouts de l'Europe, et même de tous les bouts du monde, elle appelle tous les hommes sans foi et sans religion, je n'ose dire sans loi et sans mœurs; tous ceux qui ont senti passer au dedans d'euxmêmes le souffle anti-chrétien. Et tous viennent; et ils s'assemblent, hier à Liège ou a Bruxelles, demain à Genève ou à Baie, aujourd'hui à Naples ou à Florence. Que veulent-ils? Que demandent-ils? Hormis quelques forcenés qui demandent l'extermination de toute religion et la chute de Dieu même, toute religion leur sera bonne, fut-ce la plus déshonorée, pourvu que ce ne soit pas l'Église : « Non hunCy sedBcu'ahham! « Au catholicisme,- nous ne devons qu'une <( chose l'extermination et la mort, tolky toile <( eum, »

Ah ! voilà bien le dernier mot de l'humiliation

de l'Église, comme de Jésus-Christ, être méprisée, et humiliée jusqu'à l'extermination : l'humiliation de la condamnation à mort avec aggra vation d'opprobre et d'infamie.

Voyez ici encore, dans la passion du Sauveur, comment la haine judaïque procède contre lui. On lui prodigue le déshonneur^ la calomnie, la dérision, le mépris; pourquoi? pour arriver à le condamner à mort , nt eum morti traderent : voilà le dernier terme de ses humiliations progressives, la mort, et la mort dans une publique infamie, au mépris de toute justice, et dans l'absolue violation du droit. Entendez-vous le pharisaïsme et la populace ameutée par lui , s'écrier d'une même voix: Cm ci fige,... « Cruci- « fiez-le ; crucifiez- le : il est digne de mort : ce reus est mortis. — xMaisquel mal a-t-il fait ? Je « ne trouve pas de crime en lui : nullam invenio c( in eo causam. — Si ce n'était pas un mal- <( faiteur, est-ce que nous vous l'aurions livré? « Si non essetmaJefactory non tibi tradidissemus « eum.,.. Nous avons une loi, et selon cette loi « il doit mourir : nos habemus legem, et se- (( cundiim hanc legem débet mon. » Eh bien î s'écrie la lâcheté officielle, en le livrant à la

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lurcur populaire, puisque vous avez une loi prenez-le donc et jugez-le vous-mêmes: « pour « moi je suis innocent du sang de ce juste. » Et la haine répond : « ce sang, qu'il retombe sur « nos têtes et sur la tête de nos enfants !... » Et Pilate le livre pour être crucifié.

Et voilà aussi Thumiliation que font subir à l'Église catholique les faiblesses et les passions humaines, conspirant ensemble pour lui infliger, à elle comme à son Christ, des condamnations A mort, avec aggravation de publique infamie.

Voyez l'Église, de siècle en siècle, mais surtout en ce siècle, traînée par ses ennemis au tribunal de l'opinion, accusée par les passions qui s'acharnent à la condamner à la mort et à l'infamie; voyez-la, mal protégée par les puissances qui n'osent la défendre, et la protéger, et plus souvent encore la livrent, sans protection et sans défense, à la merci des ennemis qui demandent sa mort. (Combien de fois, grand Dieu, à travers dix -neuf siècles, devant le catholicisme dénoncé au tribunal des puissances humaines, et humainement humilié sous le poids d'une accusation qui lui vient de partout, nous avons entendu ce cri de la l)assion retentir autour de lui, du sein des popu-

lations frémissantes: toile, toile eurn : universel et perpétuel toile, des haines accusatrices et des opinions réprobatrices!... Crucifigatur !.. Qu'il soit crucifié ; qu'il meure ; et qu'il meure comme il l'a mérité ; car il est digne de mort, reus estmortis: qu'il meure lui aussi, de la mort des esclaves ; et que cette croix, dont il ose se glorifier, demeure sur sa tombe, pour déshonorer sa mort, comme un sceau d'immortelle

infamie.

Tel est le jugement qu aujourd'hui surtout prononce contre l'Église de Jésus-Christ l'anti- christianisme qui demande sa mort. Ah! Messieurs, est-ce que vous ne l'entendez pas retentir autour de vous ce cri forcené criant partout : « mort à l'ÉgUsel mort à l'ÉgUse ! » Cri de la multitude , non-seulement de la multitude ignorante et illettrée , mais de la multitude de nos scribes ; populace écrivassière, faisant le bruit de nos rues et de nos carrefours , et ameutant contre le grand condamné à mort toutes les passions qui frémissent au cœur des générations vivantes : reus est mortis ; il est digne de mort le catholicisme ; il est digne de mort ; et l'heure est

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venue enfin d'en finir avec ce despotisme et cet opprobre séculaires de notre humanité : reus est mortis, — Mais quel mal a-t-il fait, s'écrient timidement les puissants qui n'osent ni frapper l'iniquité, ni défendre la justice ; quid enim maJi fecit? Quel mal a fait l'Église? Et les haines de la multitude et les jalousies du pharisaïsme moderne, encouragées par ces molles résistances et par ces lâchetés officielles , de re[)rendre avec audace : « qu'avons-nous besoin d'autre preuve? habemus Jegem : Ah! nous avons une loi, nous aussi, la grande, la souveraine loi du progrès; et selon celte loi, le catholicisme doit mourir ; et secimdum legem nostram débet mori. Nous avons un esprit moderne ; et selon cet esprit le catholicisme doit mourir : car le catholicisme en veut à l'esprit moderne. Nous avons des principes nouveaux, et selon ces principes, le catholicisme doit mourir ; car le catholicisme est de nos immortels principes l'immortel ennemi, habemus Jegem, Nous avons nos institutions modernes et nos législations modernes ; et selon ces institutions et ces législations, le catholicisme doit mourir : car le catholicisme est l'an-

tagonisme absolu avec nos institutions modernes et nos législations modernes. Hahemus legem ; nous avons la loi de TÉgalité ; nous avons la loi de la Fraternité ; et selon cette loi, telle que nous la comprenons et la voulons pratiquer, le catholicisme doit mourir ; car le catholicisme est la négation de Tune et de l'autre : secundtim legem débet mori. Nous avons, surtout et par-dessus tout, la loi radicale de la liberté, hberté de la presse , liberté d'enseignement, liberté d'association, liberté des cultes, liberté de conscience: et selon la loi imprescriptible de toutes les libertés, le catholicisme doit mourir; etsecundum legem y débet mon,'y)

Enfin, continue la plèbe de la parole eî; de récriture anti-chrétienne, nous avons la loi souveraiae et dominatrice de la civilisation et du progrès moderne : et selon cette loi, le catholicisme doit mourir ; car il refuse de se réconcilier avec la civilisation, et d'entrer avec nous dans la voie du progrès : et secuiidum liane legem débet mori.,. Donc, ô puissants de la terre, vous qui tenez dans vos mains le glaive de la force matérielle, puisqu'il le faut, pour en finir, frappez-le; et ôtez-le pour toujours de la terre

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du progrès et de la civilisation : toile, toile eum. Ainsi, vous le voyez, comme l'Église avec son divin époux est triste jusqu'à la mort, avec lui aussi elle est humiliée jusqu'à la mort, ou du moins jusqu'à la réprobation qui la condamne à mort.

Donc à nous d'être avec elle, courageux et forts sous le poids de l'humiliation qui nous atteint, et, d'ordinaire, nous atteint dans la mesure où nous sommes unis au Christ et à* l'Église; à nous, de supporter avec elle, non-seulement sans colère et sans vengeance, mais encore sans plainte et sans murmure , le déshonneur, la calomnie, la dérision, le mépris, et avec tout cela , les condamnations dont les ennemis de notre mère prétendent accabler ses enfants ; à nous, enfin, de nous écrier, en nous inclinant humiliés devant ce signe des humiliations d'un Dieu devenu le plus glorieux de tous les signes : ô Crux ave !

Il y a un troisième point où la passion de l'Église imite la passion de Jésus-Christ ; c'est la souffrance du corps; c'est la reproduction, à travers sa longue vie, de tout ce que Jésus- Chrislra souffert depuis sa condamnation jusqu'à son dernier soupir ; et il n'est pas jusqu'à son ensevelissement que l'Église n'ait reproduit dans plusieurs phases de son histoire. Jésus- Christ, dans son corps naturel, a été flagellé ; il a été couronné d'épines ; il a traîné sa croix, sur la voie douloureuse ; il a été crucifié au sommet du Golgotha ; et il a été enseveli dans l'obscurité de sa tombe, en attendant l'heure radieuse de sa résurrection ; quelle flagellation ! quel couronnement d'épines ! quel chemin de croix ! quel crucifiement, quel ensevelissement ! Ah ! je le comprends ; le corps avait servi d'organe à la prévarication ; la souillure avait envahi partout cette chair humaine ; et le plaisir, le plaisir des sens, avait amassé

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dans notre humanité des trésors d'iniquités. Voilà pourquoi il a ûdlu que le corps du Christ, victime choisie pour la réparation, portât le poids de toutes les souffrances matérielles.

Et, voilà pourquoi aussi TÉglise associée à la réparation, l'Église corps mystique de Jésus- Christ, doit porter avec son divin réparateur le fardeau de ses douleurs réparatrices.

Et d'abord, il y a une flagellatioji de l'Église, comme il y eut une flagellation de Jésus-Christ.

Ce que fut cette flagellation de la chair sacrée de Jésus-Christ, je l'ai dit plus d'une fois, et ce n'est pas le moment de reproduire, dans toute son horreur, ce spectacle sanglant : flagellation effroyable, et parle nombre des coups, et par la profondeur des blessures, et par la cruauté des bourreaux ; flagellation dont l'Évangile ne nous a pas dit le douloureux mystère , mais dont des saints n'ont pu avoir la vision, même lointaine, sans en tressaillir d'horreur, et sans en frémir d'épouvante. Mais, ce que je veux mettre sous vos regards en quelques traits abrégés, c'est la flagellation de l'Église, de l'Église flagellée et encore flagellée, dans la chair de ses membres vivants.

Je pourrais vous parler de toutes les flagellations volontaires ou involontaires infligées aux membres de Jésus-Christ dans les chrétiens, et qui ont fait partout et toujours de ce grand corps flagellé une image expressive de la flagellation de Jésus-Christ. Je laisse tous les autres phénomènes, pour ne vous parler que d'un seul ; je veux dire, le martyre par le sang ; le martyre, qui est, à la leth^e, la flagellation des membres de Jésus-Christ dans la durée, dans Tespace, dans Thumanité entière.

Flagellation de tous les temps, flagellation ]}^?*jpétuelle et vraiment universelle par sa durée. Cette flagellation des chrétiens, en eifet, ce n'est pas seulement notre tragique histoire des trois siècles de persécution, connus sous ce nom fameux, Vère desmartyrs; c'est notre histoire tout entière. C'est affreux assurément de voir, trois siècles durant, la chair des chrétiens broyée de toutes les manières ; mais remarquez-le bien, cette histoire pour nous est une histoire qui compte dix-neuf siècles. Songez, Messieurs, songez à ceci : depuis que saint Etienne après notre Christ luimême, le premier de nos martyrs, a subi ce supplice où les pierres remplaçaient les fouets,

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l'horloge du temps n'a pas sonné une heure, peut-être, où la main des bourreaux n'ait frappé, en quelque lieu de la terre, la chair ensanglantée de quelqu'un de nos frères. Et, à l'heure même où je vous parle, je ne doute pas que la flagellation, et peut-être môme la flagellation jusqu'à la mort, ne soit, en quelque lieu du monde^, la réalité rigoureusement actuelle de ce que vous peint ce discours.

Flagellation perpétuelle dans la durée ; nous devons ajouter, flagellation tiniverselle dans l'espace. Ce corps mystique de Jésus-Christ, étendu par toute la terre, a partout rencontré des bourreaux, pour frapper sur ses membres. Sous ce rapport l'Orient répondait à l'Occident, et le Midi au Septentrion. Les bourreaux, sans s'être entendus, semblaient, dans le monde tout entier, avoir reçu de l'enfer le mot d'ordre du massacre. Et si, à certaines heures, le bruit qu'ils faisaient en frappant sur nos frères avait pu franchir ses limites naturelles, quel étrange concert on eût pu entendre retentir dans le monde entier ! Et, si les regards, eux aussi, avaient pu franchir leurs naturels horizons, quel spectacle eût oflert, en certaines heures

du temps, ce grand corps flagellé, en mênne temps, dans ses membres épars sous tous les cieux et sur tous les rivages de la terre !

Et chose remarquable, cette flagellation si universelle dans la durée, et si universelle dans l'espace, vous la voyez universelle aussi dans l'humanité ; vous voyez tous les âges, tous les sexes, toutes les conditions, tous les rangs de l'humanité chrétienne représentés dans cette universelle flagellation. Petits et grands, savants et ignorants, riches et pauvres, hommes et femmes, enfants et vieillards, rois et peuples^ ouvriers et princes, tous, sous les coupsqu'ils reçoivent, et sous les flots de sang qui les inondent, apparaissent couverts de la même pourpre. Toute chair humaine passe sous ces instruments de torture : sans doute, parce que la prévarication ayant souillé toute chair, il fallait que la flagellation frappât partout, et que depuis la plante de ses pieds jusqu'au sommet de sa tête l'humanité ne fut qu'une blessure !

Combien sont-ils, dans notre sanglante histoire, ces représentants, ou plutôt ces continuateurs de la flagellation de Jésus-Christ ? Quatorze milHons, disent les uns, douze mil^

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lions^ disent les autres : disons moins que tous ; disons dix millions seulement ! Ah ! si vous n'aviez jamais entendu parler de ce fait prodigieux ; que penseriez-vous, en entendant seulement articuler ce chiiïre qui porte, dans une éloquence inimitable, une invincible démonstration ? Et qu'éprouveriez-vous, surtout, s'il nous était possible, au lieu de l'imaginer seulement, de peindre, pour le montrer à vos yeux, ce spectacle à nul autre pareil : dix millions d'hommes soumis à l'épreuve de la même flagellation et du même supplice ?

Et, grand Dieu ! quel supplice î comment vous dire jusqu'où, sous le souffle de Satan qui l'inspirait, s'est élevée la rage et la férocité des bourreaux ? Comment peindre, sans vous faire frissonner, tant de chairs volant en lambeaux, tant de membres brûlés, tant d'os brisés, tant de corps, ici consumés par l'ardeur des bûchers, là broyés par la dent des bêtes, et ces membres si affreusement mutilés, et ces entrailles si cruellement arrachées ? Comment les peindre surtout ces frères tout vivants assis sur des chaises de fer rougies à la fournaise, ou couchés, pour y brûler comme une chair vile, sur des

brasiers ardents? Luxe de supplices, si effroyable dans ses industries, qu'il n'y avait pour les inventer que le génie de Satan inspirant les bourreaux, et pour les supporter, que l'amour de Jésus-ChrJst possédant les victimes ?

Et comme il y a une flagellation du corps mystique de Jésus-Christ, il y a un couronnement d'épines aussi ; couronnement sanglant quelquefois, couronnement d'opprobre souvent, couronnement de douleurs toujours.

Ce corps du Christ, qui n'est autre que notre humanité chrétienne, a une tête divine ; cette tête, c'est la papauté ; et cette tête, depuis saint Pierre jusqu'à nous, n'a pas cessé de porter l'une de ces couronnes de douleurs, et souvent toutes à la fois. Digne vicaire du divin Couronné, le successeur de Pierre porte, de siècle en siècle, la vraie couronne du Roi réparateur et Sauveur. Ah ! regardez-le bien, à travers les siècles , ce Salomon de la royauté spirituelle ; regardez -le ; orné de son vrai diadème, mieux que par la tiare signe auguste de sa dignité, il porte la couronne de ses douleurs, signe expressif de sa fonction de coréparateur et de co-rédempteur.

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Phénomène singulier de cette grande et douloureuse histoire de la royauté pontificale ! les trente premiers successeurs de saint Pierre, tous , sans exception , meurent couverts de la seule pourpre de leur sang ; et tous, dans l'histoire de cette dynastie de crucifiés, sont désignés par ce titre : Pape et ynartijr : si bien, que le Vatican et Saint- Pierre de Rome ont leurs fondements dans une terre imbibée du sang de cette race, au sens le plus vrai, royale et pontificale.

Voilà l'histoire primitive de la papauté. Et de loin en loin, à travers sa longue histoire, cette tête divine du Christianisme apparaît couronnée de douleurs, de tribulations, d'humiliations, et quelquefois encore d'un diadème de sang : comme si ces vicaires de Jésus-Christ devaient avoir toujours sur leur tête une couronne plus ou moins semblable à celle du divin Salomon couronné par sa mort de toutes les souffrances.

Et, remarquez-le bien; les épines qui font à cette royauté des pontifes-victimes la couronne la plus douloureuse, ce ne sont pas celles qui déchirent la chair, et font couler le sang ; ce

sont celles surtout qui enveloppent le cœur et transpercent l'àme de nos pontifes. Et quelles épines ! Et qui pourra dire les blessures qu'elles font à cette tête vivante de la catholicité ? Épines de toutes les grandes erreurs qui ne peuvent déchirer la robe de la divine épouse de Jésus- Christ, sans déchirer par d'inexprimables douleurs le cœur de nos pontifes, chargés de maintenir^, même au prix de leur sang, l'intégrité doctrinale dans l'Église de Dieu : épines des hérésies et des schismeSy qui ont arraché, de siècle en siècle, au cœur de nos pontifes, de ces gémissements tels qu'il n'en sort pas des cœurs humains, et à leurs veux, des larmes telles qu'on n'en répand nulle part ailleurs ; vraies larmes de sang, véritables cris de crucifiés, qu'on ne retrouve que dans les vicaires du Christ réparateur : épines des grandes prévarications et des grandes apostasies, dont chacune est comme un dard qui perce le chef auguste du corps vivant de l'Église, et lui inflige ces souffrances morales, dont nos pontifes seuls gardent le secret, et qui n'ont d'égale que la sollicitude qu'ils éprouvent pour tout ce qui touche à l'Église : épines des diplomaties, des politiques et des

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révolutions ; alors qu'on voit les princes, les consuls, les rois, les empereurs, les monarchies et les républiques, harceler, de jour en jour, cette royauté désarmée, et lui demander des sacrifices qu'elle ne peut faire, des transactions qu'elle ne peut accepter, des concessions qui l'humilieraient, et voire même des lâchetés qui ne pourraient que la déshonorer.

Ainsi, toutes ces épines enlacées les unes aux autres font à la papauté, reproduisant le couronnement de la passion, une couronne douloureuse, couronne d'inquiétudes, d'angoisses, de chagrins; en un mot, la couronne que met au front de nos pontifes la sollicitude de toutes les Églises.

Ah ! pour nous faire une idée de cette couronne que porte sur son front la papauté imitatrice de son Dieu couronné d'épines, nous n'avons pas besoin d'évoquer les lointains souvenirs de notre histoire ; il nous suffit de jeter un regard sur les grandes péripéties de notre histoire moderne, et surtout de regarder les grands spectacles de douleurs que nous offre notre temps.

Regardons seulement ces trois augustes figures, apparaissant dans notre histoire^ pareilles

à la figure de Jésus-Christ, à l'heure où une vile soldatesque enfonçait dans son chef divin cette affreuse couronne qui fit couler sur son visage plus de vingt ruisseaux de sang ; ces trois figures qui se nomment un jour Pie VI, un autre jour Pie YII, et aujourd'hui même Pie IX : Pie VI à Valence, Pie VU à Fontainebleau, Pie IX à Gaète. Oh! quelles tribulations! quelles angoisses! Quelles sollicitudes! Quelles alarmes ! Quelles frayeurs même î Quelles épines , en un mot, attachées à leur front, disons mieux , enfoncées dans leur cœur ! Pie IX surtout. Pie IX, dont le règne demeurera désormais comme l'un des plus agités, des plus tourmentés, mais aussi des plus féconds de la Papauté souffrante, ah ! quelle couronne^ depuis vingt -cinq ans,ilporte sous nos yeux !Que d'épines y ont enfoncées successivement et les attentats de la démagogie, et les violences de la révolution, et les ruses de la politique, et les mensonges de la diplomatie, et les brutalités du despotisme, et les audaces de la calomnie, et l'insolence des apostasies, et les assauts des ennemis, et les oppositions même des amis ! ... Ah ! regardez-le bien^, ce chef deux fois auguste de la

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catholicité ; le voilà le vrai couronné d'épines ; épines d'autant plus nombreuses et d'autant plus déchirantes, que son règne doit être plus fécond, et qu'il doit faire davantage, avec son Christ réparateur, la grande œuvre de la réparation par la douleur et par le sacrifice !

Et maintenant que nous avons vu l'Église 11agellée avec son divin époux, et comme lui couronnée d'épines dans son chef visible ; regardons-la prenant, elle aussi, la croix sur ses épaules ; regardons-la, comme le Christ encore, traversant sa longue voie douloureuse, et, de station en station, gravissant, au milieu de ce cortège de souffrances qui ne la quittent jamais, jusqu'au sommet de son Calvaire.

Mais que puis-je faire ici^ dans les courts moments qui me sont encore octroyés par votre bienveillance, si ce n'est de marquer par (juelques mots seulement, comme par des jalons plantés sur la route^ toutes ces stations de la douleur et toutes ces étapes de la tribulation ?

Regardez ; la voici qui marche, de siècle en siècle, à partir des persécutions delà synagogue et de la mort de saint Pierre son premier chef. Voici la première station historique de la divine

voyageuse ; c'est la station marquée à jamais dans rhistoire par le sang de nos millions de martyrs, îîlors que de toutes ses plaies ouvertes le sang jaillit et coule avec une telle abondance^, que la trace en demeure à jamais imprégnée sur la poussière de cette voie sanglante : vaste effusion de sang qui eût suffi à l'épuiser, si le germe de l'immortalité n'eût été dans son sein.

Et après l'ère des martyrs, après les luttes contre le glaive de la persécution, voici que s'ouvre devant elle une ère, moins sanglante, mais plus dangereuse peut-être ; c'est l'ère des combats de la parole ; ère des luttes sans cesse renouvelées contre les erreurs qui menacent d'envahir le royaume de la vérité : station, non une fois, mais trois fois douloureuse, où elle eût à supporter tout ensemble, et les blessures de l'hérésie, et les blessures du schisme, et les blessures de l'apostasie.

Et tandis qu'elle est, au dedans, aux prises avec toutes les ruses, tous les artifices, toutes les opiniâtretés, et toutes les persécutions de l'esprit hérétique soufflant de l'orient à l'occident; voici accourir, du dehors, la barbarie, féroce, échevelée, cruelle, avide de mort et de

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sang, comme un bourreau qui cherche sa victime ; flots dévastateurs qui entraînent d'autres flots toujours renaissants : et sous ces flots qui débordent partout^ et dont les noms seuls rempliraient mon discours, que de ruines et que de ravages au sein de cette Église jetée au milieu de ces affreux débordements ; et combien de fois a-telle pu redire, avec Grégoire le Grand, ces lamentables paroles : les villes sont détruites ; les campagnes sont dévastées; la terre est réduite en solitude ; Rome est vide ; et les restes misérables du genre humain sont perpétuellement battus par ces fléaux de Dieu.

A la station de la barbarie proprement dite succède la station non moins agitée et non moins douloureuse de la semi-barbarie. C'est Tépoque des Luitprand, des Astolphe, des Didier : alors encore TÉgiise est blessée, Rome ravagée, et le domaine temporel envahi par les cupidités de ce tempS;, comme nous Tavons vu naguère envahi par la convoitise des modernes Lombards.

Et, tandis que la barbarie et la semi-barbarie frappent a coups redoublés le corps et Tame de TÉglise ; ses défenseurs naturels, les empereurs chrétiens, lui portent des coups encore plus dou-

loureux : station prolongée, mêlée de tant d'épreuves diverses, où Ton voit le bas-empire s'abaisser de plus en plus par son acharnement à persécuter l'Église^ et à outrager ses pontifes; et où Ton retrouve cette mère désolée pleurant, à travers les ruines, sur tant de belles Églises de rOrient arrachées à son amour.

Avançons ; l'ombre s'épaissit sur la route de l'Église, et ses épreuves grandissent avec les ténèbres ; c'est l'heure des agitations et des attentats de la démagogie romaine de ce temps-là, conduite par les émeutiers de l'époque qui se nomment Crescentius, Rienzi ou Arnaud de Brescia ; Garibaldiens et Mazziniens de ce temps qui n'avaient qu'une ambition : abreuver d'amertume le cœur de l'ÉgHse et de ses pontifes.

L'épreuve démagogique, c'est-à-dire la tribulation venue d'en bas, durait encore, que la tribulation venue d'en haut commençait pour durer des siècles : ère tracassière de l'impérialisme germanique, où l'Éghse, pour maintenir ses droits les plus sacrés, est aux prises avec tous les despotes du temps, ambitieux de confisquer à leur profit la puissance spirituelle : persécuteurs raffinés et hypocrites qui se nommaient tantôt Frédéric I

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OU Frédéric II ; tantôt Henri IV, Henri V ou Henri VI. Douleurs et péripéties de l'Église, en ce temps-lù, si bien résumées et accentuées par ces paroles du grand Grégoire VII. « On m'a jeté « dans la haute mer, et la tempête m'a sub- « mergé. J'ai aimé la justice et haï l'iniquité ; « c'est pourquoi je meurs en exil. »

Mais les dynasties et les despotismes germaniques n'étaient pas seuls à blesser l'Église de Dieu par leur puissance humaine ; toutes les dynasties de l'Europe, plus ou moins, lui ont porté quelques coups ; et les rois très-chrétiens^ eux aussi, ont blessé plus d'une fois le cœur de la Mère divine. Et ici encore, la parole d'un pontife illustre formule admirablement cette nouvelle station des souffrances de l'Éghse : « Puisque je (( suis trahi comme Jéâus-Christ^ disait Boniface « VIÏI, je saurai mourir pour lui : voilà ma « tête ; heureux de verser mon sang pour le « Christ et son Église. »

Mais hâtons-nous : voici venir pour l'Église un nouveau genre de douleur, sortant de son propre sein ; c'est le grand schisme d'Occident : station deux fois douloureuse qui eût consommé la ruine de l'Éghse, si l'Église pouvait mourir, et

qui a fait sortir du cœur des saints et des pontifes les grandes larmes et les grands soupirs.

Et cette épreuve en préparait une autre, Tépreuve des vastes déchirements, des grandes séparations et des grandes apostasies; station pleine de tristesses, marquée par Tapparition du Protestantisme; station trop connue de tous pour qu'il soit besoin de vous la peindre.

Mais hélas! comme la station succède à la station, répreuve succède à Tépreuve. Le Jansénisme religieux et le Gallicanisme gouvernemental enfoncent alors dans le cœur de TÉgiise degix glaives à la fois: et ces deux affreuses puissances^ la servitude gallicane et la rouerie janséniste, font à cette mère désolée une guerre deux fois lamentable.

Ces deux oppositions à l'Église sèment dans les générations du xviii^ siècle les germes de l'antichristianisme ; et bientôt cet anti-christianisme éclate plus ou moins dans toute l'Europe, et se résume dans un homme qui se pose en ennemi personnel du Christ et de son Église. Un mot affreux court comme un mot d'ordre de Satan : (( écrasez l'infâme » et cela voulait dire : à bas

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le christianisme, et cela voulait dire : à bas VÈgîise !

L'anti-christianisme aboutit à l'efTroyable cataclysme qui éclata sur la fin du dernier siècle, et qui se nomma la Révolution. Jamais station plus pleine de douleur, de larmes et même de sang, n'avait marqué la route de l'Église ; alors, tout en elle est outragé, les dogmes, l'institution, les personnes ; et de nouveau le sang coule à flots du sein de l'épouse du divin Crucifié.

Et, après une résurrection miraculeuse, voici notre mère l'Église de nouveau poursuivie par la tourbe de ses ennemis ; comme le Christ, près d'arriver au sommet du Calvaire, elle marche ou plutôt elle se traîne à travers un cortège d'injures; et elle entend la foule des traîtres et des apostats qui ont juré sa mort, redire le cri fameux de la passion : « crucifigatur ; qu'il soit crucifié. »

Ainsi, à travers ces quatorze stations, comme le Christ montant au Golgotha, l'Église parcourt dans sa route séculaire son long chemin de croix. Elle a, elle aussi, des défaillances apparentes; parfois, on dirait qu'elle succombe ; mais elle se relève et monte, en se traînant, jusque vers le

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sommet de la souffrance et de l'immolation. Derrière elle et autour d'elle , son regard distingue la foule qui insulte et la foule qui pleure ; celle qui maudit et celle qui s'attendrit ; et à travers ces blasphèmes et ces pleurs, ces malédictions et ces bénédictions, elle marche toujours, entendant retentir à travers les rares hosanna qui acclament sa divinité, l'éternel crucifigatur qui demande sa mort. Des heures viennent en effet, dans cette longue histoire de souffrances et dans ce long pèlerinage de douleurs, où pour l'ÉgHse de Dieu ce n'est plus seulement la voie où Ton porte la croix et qui conduit au Calvaire ; mais c'est le Calvaire lui-même, où on l'a crucifiée.

Alors, vous savez ce qui arrive. Comme firent pour le Christ la soldatesque et la populace qui l'accompagnaient au Golgotha^ les suppôts de l'impiété, les sbires de l'irréligion et la soldatesque de la révolution commencent à la dépouiller; tantôt par la violence, et tantôt par la ruse; tantôt par la légalité, et tantôt par la persécution, ils travaillent à cette œuvre de dépouillement sacrilège. A elle aussi on arrache la robe et la tunique, l'une représentant l'éclat de sa

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dignité, Tautre le nécessaire de sa vie. Sous prétexte de lui rendre plus facile le ministère des choses du ciel, on lui enlève une à une, si ce n'est toutes à la fois, ses possessions de la terre. On lui arrache jusqu'aux dons de la charité et jusqu'à l'héritage des pauvres; sous prétexte d'enrichir la nation et de lui restituer son bien, on partage entre les plus viles cupidités les vêtements de la divine dépouillée ; on la fait pauvre, nue, mendiante, réduite à tendre la main même â ses ennemis.

Alors les enrichis de ses propres dépouilles viennent ; et au nom de la liberté, de l'égaHté et de la fraternité, ils s'essaient à l'attacher à la croix ; et autant qu'il dépend d'eux, ils la crucifient. Avec des décrets qui sont comme des clous, ils attachent ses pieds pour l'empêcher de marcher, ses mains pour l'empêcher d'agir; à la lettre, ils la clouent.

Et quand ils l'ont bien attachée là à son poteau d'infamie, et réduite à l'impuissance, ils font comme les Juifs ; ils se moquent ; et ils disent : vous voyez bien qu'elle ne peut rien ; si elle est divine, qu'elle le montre, qu'elle marche, qu'elle agisse ; et nous verrons ; mais non, la voilà qui

se meurt incapable de se défendre, et incapable même de vivre. Et un jour^ en effet, on eût dit qu'elle était tout à fait morte. Ses autels abattus, ses temples vides, elle absente de partout, on pouvait croire qu'elle avait expiré ; ses ennemis triomphants avaient creusé sa tombe ; et sur les ruines arrosées du sang de ses prêtres et de tous ses martyrs ils étaient prêts à crier : Elle est morte, elle est morte la vieille Église I...

Et pendant quelques années, il y eut, en réalité, comme un ensevelissement de l'Église, sous lesruines de ses monuments, de ses lois, de ses œuvres. Dans le silence de sa prière, de ses chants, de ses fêtes, l'âme de l'Église semblait, comme celle d'une morte, séparée de son corps. Mais la divinité était restée unie à l'une et à l'autre ; cet ensevelissement préparait sa gloire ; ces ruines arrosées de sang couvaient les germes de la résurrection ; et ce silence de sa vie ensevelie préparait l'alleluia de sa vie ressuscitée.

Tel est le dernier terme de cette vie douloureuse, le suprême dénoûment de ce drame séculaire^, si rempli de tristesses, d'humiliations et de souffrances de toutes sortes : tout, dans

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