‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 6 sur 30 · J. FÉLIX, S. J · texte numérisé non relu

J. FÉLIX, S. J

PREMIÈRE CONFÉRENCE

PREMIÈRE CONFÉRENCE

NOTRE PREiMIER DEVOIR ENVERS L'ÉGLISE

Justus autem ex fide vivit. (Rom, i, 17.)

Messieurs,

Dans les conférences de cette année, nous avons essayé de vous montrer, sous son vrai jour et dans toute sa vraie grandeur, Tincomparable phénomène de l'autorité de TÉglise, couronné par la divine prérogative de Tintaillibilité catholique en général et de l'infaillibilité pontificale en particulier, comme un édifice est couronné par son dôme sublime. C'était déjà vous dire, implicitement, les droits qu'a sur nous tous

cette autorité de TÉglise démontrée souveraine.

Cette prédication, toutefois, appelle comme son complément nécessaire.l'exposition de nos devoirs de catholiques envers cette divine et maternelle autorité : et c'est ce qui va faire l'objet principal de cette retraite préparatoire à la communion paschale. Ainsi à la proclamation des droits de l'Église sur nous, répondra la proclamation de nos devoirs envers l'Église ; ainsi l'exposé de ce qu'il faut faire complétera l'exposé de ce qu'il faut croire^ et à l'enseignement directement doctrinal succédera l'enseignement directement pratique.

Les circonstances très-exceptionnelles où nous sommes légitimeront assez, devant vous, le choix de ce sujet peu usité dans le cours ordinaire de nos retraites; et les simples causeries dont nous faisons précéder nos discours toucheront les divers points qui ne pourront trouver place dans le cadre du sujet principal, à savoir nos devoirs de catholiques envers la divine autorité de l'Église.

Quel est notre premier devoir comme chrétiens catholiques envers l'Église notre mère? Je réponds ; le devoir de croire à sa parole^ écho

humain de la divine parole de Jésus-Christ.

L'Église, pour nous catholiques, est une mère, et le premier droit de toute maternité, c'est de demander la foi de l'enfant à la parole de la mère. Que deviendrait l'éducation, si l'enfant, devant l'enseignement d'une mère, posait des points d'interrogation, et discutait sa parole? Or l'humanité est comme un enfant que l'Église élève, et l'Église, elle aussi, prend pour base de l'éducation qu'elle nous donne, la foi à sa propre parole. Aussi TÉglise assemblée en concile, c'est la mère de l'humanité fidèle, se levant dans toute sa majesté, et disant en regardant de loin ou de près tous ses enfants épars dans l'univers: Mes enfants, écoutez et prêtez l'oreille; je vais parler: organe visible du Verbe invisible je vais faire entendre l'écho de son infaillible voix. A moi de vous parler et de vous dire la vérité ; à vous de m'écouter et de croire à la vérité qui vous vient par ma voix : heureux enfants de pouvoir appuyer votre chancelante pensée sur la parole de votre infaillible mère.

A nous enfants de l'Église, race des vrais croyants, à nous de remplir ce devoir filial: croire à la parole de notre divine mère; à nous déporter

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dans raccomplissement de ce devoir la véritable intelligence de notre foi catholique.

Ah! Messieurs, les véritables croyants^ les hommes de foi, dans le grand sens de ce mot, sont aujourd'hui bien plus rares qu'on ne pense. On ne comprend pas assez que la foi, la foi absolue à la parole de l'Église nous révélant la pensée et nous transmettant la parole même de Jésus-Christ, est Y esprit natif, la loi souveraine, et la force suprême de notre vie catholique ; on ne comprend pas assez que ce mot : je crois à VÉglise catholique^ exprime, tout à la fois, le iwincipe vital qui constitue notre vie, la loi fondamentale qui la gouverne, Vinvincihle force qui la fait agir. Et alors même que nous faisons profession ouverte d'admettre théoriquement cette fonction éminente de la foi dans notre vie chrétienne, souvent nous y dérogeons, dans la pratique ^ par une manière de croire qui ment et à ce principe et à cette loi et à cette force intime de notre vie catholique.

On admet spéculativement qu'il faut croire ; on ne comprend pas pratiquement comment il faut croire.

Voilà pourquoi je veux montrer dans ce dis-

CROIRE A SA PARULE

cours, comme base fondamentale de tout mon iiujet, les deux points suivants :

1° Ce que la foi catholique est pour nous, c*est-à-dire ce que pour nous renferme ce mot : croire à lÊylise.

2° Ce que nous devons être pour notre foi catholique, c'est-à-dire comment nous devons croire à l'Eglise, pour garder le signe et le caractère des véritables croyants.

Et d'abord, Messieurs, essayons de bien entendre ce que signifie pour nous cette parole :je crois à rÉglisCy et tâchons de nous faire de la foi catholique une idée et une notion exactes. La vraie pratique de notre foi ne peut sortir que de la véritable intelligence de notre foi. Comme toute chose créée pour vivre et agir, l'Église a un principe qui la meut, un souffle qui l'inspire ; elle a une loi qui la gouverne et la fait marcher dans sa voie; et, c'est en animant tous les

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membres de cet esprit vital et c'est en les soumettant à cette loi souveraine, qu'elle donne à notre vie une force invincible et une incomparable puissance : si bien que la foi est tout ensemble pour nous, et le ]}ràcij)^ constituant, et la loi dirigeante, et la force agissante de notre vie catholique. Ce que j'affirme par ce simple énoncé va s'éclaircir par le développement.

Oui, Mes Frères, il y a tout d'abord un grand souffle qui traverse l'immense corps de la catholicité, un principe vital qui l'anime et en explique tous les mouvements. Ce souffle vivifiant, ce premier principe constituant de la vie catholique, c'est l'esprit de foi, c'est-à-dire de la libre et ferme adhésion à la doctrine de Jésus-Christ enseignée par la parole de l'Église ; et ce qui est vrai de tout le corps de l'Église doit être vrai de chaque membre pénétré par la vie de tout le €orps.

Il y a au fond de tous les êtres qui vivent, quelque chose que les savants cherchent toujours sans arriver à le saisir et à le bien définir jamais : c'est ce qu'ils nomment, ta défaut d'autre formule plus précise, le principe vital, c'est-à-dire ce je ne sais quoi d'intime^ de primitif et de mys •

(érieux, qui habite aux plus lointaines profondeurs (le Tctre. La vie humaine a son principe vital ; la vie animale a son principe vital ; la vie végétale, elle aussi, a son principe vital; et jusque dans les êtres inorganiques, et qu'on appelle d'ordinaire êtres inanimés ou sans vie, encore v a-t-il la force latente, qui donne à toutes les parties constituantes, leur cohésion, leur agrégation^ leur forme, leur harmonie. C'est ce que les payens eux-mêmes avaient deviné, ce qu'ils nommaient le mens agitât moleiiiy le spiritus intiis (dit ; quelque chose comme l'âme qui meut la masse, comme l'esprit qui la nourrit par le dedans, pour lui donner au dehors son développement et son expansion.

Ici, Messieurs, la nature entière nous ouvre dans son vaste sein des horizons immenses. Mais, pour ces discours bien plus destinés à édifier vos âmes qu'à exciter votre curiosité, c'est assez d'avoir entr'ouvert ces profondeurs de la création, pour vous y montrer de loin , et en passant, l'esprit mystérieux qui la traverse en tout sens. Je me hâte donc, au plus vite, devons faire remarquer que ce qui est vrai ici dans l'ordre de la vie physique et dans le domaine de la nature matérielle,.

ne Test pas moins dans Tordi^e de la vie morale et de la vie humaine proprement dite.

Dans toute agrégation humaine, dans toute association où des hommes s'unissent comme en un corps pour un but quelconque, il doit y avoir, et il va, en réalité, un esprit qui anime tous les membres, maintient leur cohésion, et fait, au sens le plus \Tai, la réalité de leur communion. Il n'y a pas de corps moral, d'agrégation sociale quelconque, sans un esprit intime et commun, qui attire les membres vers les membres, pour les rattacher à un même centre, et pousser au même but le corps tout entier. Si le corps dans son ensemble est coordonné par rapport à une fin légitime, s'il marche à la conquête du bien ; alors c'est l'esprit du bien qui en est l'âme et le principe vital ; s'il est organisé pour un but illégitime et pour le triomphe du mal ; alors c'est l'esprit du mal qui en est l'esprit vital et le moteur efficace.

Cet esprit intime animant tous les membres pom^ les pousser à une même et commune action est ce que l'on peut nommer Vesprit de corps : l'esprit de corps, qui fait peur à tant d'homuies de ce temps, et qui n'est au fond,

CROIRE A SA PAROLK 1 1

que la plus simple nécessité des choses. On a reproché à certaines institutions fonctionnant dans TÉglise et consacrées par TÉglise, d'avoir ce que Ton nomme, avec une frayeur calculée, Vesprit de corps. C'était reprocher à un corps d'avoir une ame, et aune institution de subir la nécessité de toute institution. Et pourquoi, et comment, je vous prie, trois hommes seulement pourraient-ils s'unir pour un but commun et une action collective, sans avoir un esprit de corps ? Est-ce que pour marcher au but proposé, il ne faut pas que tous les membres jcoopérateurs d une même œuvre reçoivent la direction d'une même idée et l'inspiration d'un même souffle ? Et cette idée qui éclaire, et ce but qui attire, et ce souffle qui pousse, est-ce qu'en se combinant ensemble, ils ne constituent pas nécessairement ce que nous appelons Vesprit de corps y c'est-à-dire l'âme qui anime, le principe qui meut l'ensemble à la conquête d'une même destinée ? Quand cinq ou six hommes, chrétiens ou non, s'unissent, rien que pour créer un simple organe de publicité, philosophique, littéraire ou politique, une revue, un journal ; est-ce qu'ils peuvent échapper à la nécessité

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de s'animer d'un même souffle, d'agir sous la même inspiration, de s'éclairer à la lumière d'une même idée ? Et sous ce rapport, même ce que vous nommez le petit journal, le plus petit des journaux, est-ce qu'il «ne porte pas sur chacune de ses feuilles légères le témoignage authentique de son esprit de corps?

Eh bien, Messieurs, l'Église catholique;, elle aussi , doit avoir son esprit de corps. Elle le doit d'autant plus, qu'étendant ses membres jusqu'aux extrémités du monde, plus que toute autre association elle a besoin de cet esprit intime et fort, qui, des rivages même les plus lointains, puisse les retenir tous dans une invincible unité et dans une inviolable vitalité. ïl faut que du couchant à l'aurore, et du midi au septentrion, il y ait comme une mystérieuse électricité qui circule en tous les membres ; électricité latente et silencieuse, qui, comme dans la nature universelle, est le principe de la force, du mouvement, de la beauté et de la fécondité.

Or, ne l'oublions jamais, cet esprit qui anime tout le corps de l'Église^, cet esprit qui est la première raison de la cohésion de tous ses membres, cet esprit qui est tout ensemble sa

lumière, son souffle, son ressort, son impulsion, son mouvement, sa vie enfin, sa vie intime, son principe vital ; c'est Yesprit de foi. Oui, l'esprit de la foi, j'entends de la foi à la parole de son Christ, de la foi au surnaturel, au céleste, à l'immortel, au divin; voilà pour elle le mens agitât inolem; voilà le spiritus inttis aJit, de la catholicité tout entière.

Eh bien. Messieurs, cet esprit qui anime et meut^ dans son action, toute la catholicité ; cet esprit qui est le principe vital de chacun de ses membres^ c'est l'esprit catholique par excellence. Pour chacun et pour tous le premier germe de notre vitalité chrétienne est dans ce mot : « je crois à la parole du Verbe incarné parlant à son Église; je crois à la parole de l'Église me révélant la pensée du Verbe incarné. » A cet esprit de foi, qui est comme la respiration du divin en nous, vous reconnaîtrez les véritables catholiques^, la vraie race du Christ , la vraie famille des croyants, la société des fidèles.

Je dis les vrais catholiques ; car sous ce rapport, qu'il en est, hélas ! parmi nous, qui n'en ont plus guère que le nom ! Jetés dans une atmosphère saturée de rationalisme, plus ou moins

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atteints, sans le savoir, parles souffles d'un siècle sceptique, et emportés, sans le vouloir, par les courants de la libre pensée, ils vivent de leur foi aussi peu que possible. Mélange singulier de foi à l'Église et à soi-même, de croyance catholique et d'indépendance individuelle, d'amour de l'autorité et d'amour de leur liberté, ils acceptent la parole de leur siècle encore plus que la parole de leur Christ, les maximes du monde encore plus que les maximes de l'Évangile; plus jaloux, quelquefois, de ne pas heurter les arrogantes prétentions de la libre pensée, que de ne pas blesser les divines susceptibilités de l'Église catholique ; vivants, peut-être, dans ce demi-jour et ce clairobscur, de la pensée où l'âme flotte comme indécise entre la foi et le doute, entre l'affirmation catholique et la négation rationaliste.

Arrière ce catholicisme dégénéré, aspirant le vent du rationalisme, parce qu'il ne respire pas assez le grand souffle de la foi! Ah ! mon chrétien à moi, mon catholique à moi, et selon le mot de saint Paul, mon juste à moi, il vit de la foi, justiis autem meus ex fide vivit, La foi, c'est son aliment ; la foi, c'est comme la respiration de sa poitrine ; c'est comme le sang de ses

veines ; c'est comme la sève de sa vie ; c'est sa vie elle-même, respirant en Dieu le surnaturel, l'immortel, l'infini.

Voilà notre esprit catholique par excellence ; voilà Vesprit de corps qui doit circuler dans tous les membres : vivre de la foi, respirer dans la foi, se nourrir de la foi, se mouvoir dans la foi, et par la foi ; porter, en un mot, dans notre âme, comme le principe de notre vitalité surnaturelle, la foi à l'enseignement de l'Église nous transmettant avec la parole la vie de Jésus-Christ.

Mais la foi n'est pas seulement Vesprit de la vie catholique ; elle en est la loi, la loi souveraine et fondamentale. La foi est le souffle intime qui l'inspire, et la foi est la loi suprême qui la gouverne.

En effet, Mes Frères, la loi radicale, la loi fondamentale, la loi souveraine de toute vie catholique, comme de la vie de l'Église, c'est ce que saint Augustin nommait bien la loi de croire, lex credendi. Sans doute, une autre législation peut se superposer et s'appuyer sur cette loi fondamentale ; mais cette loi de croire est essentiellement constitutive et régulatrice de notre vie chrétienne.

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Je pourrais vous dire: cela résulte de la force, de la nécessité et de Tessence même des choses. Otez la coQimune obligation pour les chrétiens de croire à la parole de TÉglise, que devient notre association religieuse, notre communion religieuse, notre organisme religieux? Rien. Le lien de notre unité se brise ; le ciment qui joint la pierre à la pierre pour former un édifice se pulvérise et s'anéantit: il n'y a plus d'Église, parce qu'il n'y -a plus de communion des âmes, et nous retombons avec toutes les philosophies et tous les rationalismes dans le chaos rehgieux et l'anarchie intellectuelle.

Mais n'insistons pas sur l'essence et la nécessité des choses, nous imposant ici la loi de croire comme la suprême loi de notre vie. J'aime mieux vous dire : cette obligation souveraine, elle résulte de la parole de Jésus- Christ lui-même fondant la société des crovants, de la parole des apôtres faisant écho à la parole de Jésus-Christ, et de la pratique constante et universelle de l'Église appliquant partout, toujours, et à tous, cette loi radicale du vrai christianisme.

Et d'abord, que dit ici Jésus-Christ à ceux

<|u'il envoie pour fonder, sur la terre, la grande société des âmes ? Écoutez : « Ite^, docete, allez enseignez; enseignez toutes les nations. » Telle est la loi imposée à l'apostolat par le Maître de la vérité. Et qui ne voit, tout de suite, que Tobligation d'enseigner entraîne avec elle, et fonde en elle-même et sur elle-même l'obligation de croire ? Écoutez plutôt: qui non crediderit cojidcmnabitur, — Et encore : qui vos audit me audit; qui vos spernit me spernit,.. Et après que Pierre a proclamé, sous l'inspiration du ciel, sa foi à la divinité de Jésus-Christ, entendez-vous ce divin architecte, jetant tout l'édifice de l'Église sur cette foi de Pierre acclamée par lui-même, prononcer sa grande parole : tu es Petrus : Oui, ta foi à ma parole portera toute mon Église ; car « j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas; ut non defieiat fuies tua, »

Vous le voyez, l'obligation de croire et de croire avec Pierre, chef visible de l'Église, a ses racines jusque dans les paroles divines qui posent les fondements de l'Église. Il y a plus, Jésus- Christ fait des miracles, il guérit les malades, il redresse les boiteux et les paralytiques, il ouvre les oreilles aux sourds et les yeux aux aveugles...

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Et que demande -t-il à ces infirmes pour appuyer en eux, comme sur une base nécessaire, sa puissance de guérir ? il demande la foi : allez, votre foi vous a guéri ; allez, votre foi vous a sauvé,

Lex credendi : loi suprême portée par le Maître de la foi, par le révélateur de toute vérité.

Mais écoutez comme la parole des apôtres fait ici écho à la parole de Jésus-Christ : Écoutez saint Paul : « Sans la foi, impossible de plaire à Dieu : sine fide impossibUe est plaeere Deo. » Ainsi voilà la foi au point de départ. La foi et le salut se tiennent dans une chaîne formée par la main de Dieu même. .Admirez la merveilleuse dispensation du mystère réparateur où la foi engendre le salut, et où le salut sort de la foi. Confessez Jésus-Christ et croyez à lui dans votre cœur, et vous serez sauvé ; si confitearis Dominum Jesinn, et in corde tuo crediderisy salvus eris. C'est par le cœur, en effet, qu'on croit pour être justifié ; la foi intérieure nous prépare à la justice, et la confession de notre foi par nos actes nous assure le salut : corde enim creditur ad jnstitinm ; confessio autem fit ad saJutem. Écoutez encore : « Celui qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » Mais comment l'invoquer si

on ne croit en lui ? Comment croire en lui, si on n'en entend parler? Comment en entendre parler, si on ne le prêche? Et comment le precherat-on, si l'on n'en a reçu la mission ? Omnis qui invocaverit nomen Dominiy salviis erit... Quomodo invocahunt in quem non credideriint? Qtiomodo credent ei quem non audierunt ? Quomodo audient sine prœdicante ? Quomodo vero prœdicahunt, nisi mittantur * ?

Ainsi tout se tient et s'enchaîne : le salut par la foi, la foi par l'ouïe, l'ouïe par la prédication, la prédication par la mission, et la mission par l'Église elle-même, c'est-à-dire par le Verbe vivant et constitué pour envoyer dans le monde entier les porteurs de la parole, les messagers de la foi, les organes du salut. Telle est l'obligation de se sauver, telle sera partout et toujours l'obligation de croire, lex credendi ; c'est la loi du monde nouveau, c'est la loi de la vie surnaturelle, c'est la loi de salut.

Et qui ne connaît aussi la merveilleuse harmonie que saint Paul établit entre la foi et la justification ; entre la foi abolissant la loi ancienne,

t. Rom. X, 14 et siiiv

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OU plutôt devenant elle-même toute la loi nouvelle, et la justification œuvre propre de la foi à la parole du Christ devenue toute la justice ? Écoutez : Voici que la justice de Dieu descend par la foi à Jésus-Christ en tous ceux qui croient en \u\, justitia autem Bel per fidem Jesu Christi in omnes et super omnes qui credunt in eum, « Où donc est-elle la raison de vous glorifier, ô hommes de la foi ? Elle est exclue : et comment? est-ce par la loi de faire ? non ; mais par la loi de croire : car nous croyons que l'homme est justifié par la foi. « VU est ergo gloriatio tua ? Eœclusa est. Per quam legem ? factoinmi ? Non ; sed per legem fidei.,. Arhitramur enim homineni justifie ari per fidem, »

Que faisons-nous donc, nous, la race des vrais croyants? Est-ce que par la foi nous supprimons la loi? A Dieu ne plaise. Loin de la détruire, nous l'étahlissons ; nous fondons sur la loi nouvelle le monde nouveau. « Legem ergo destruimus per fidem? ahsït • sed legem statuimus \ »

Tel est le mot décisif : nous ne détruisons pas la loi, nous la fondons; nous établissons,

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