‹ Devoirs des catholiques envers l'EgliseChapitre 8 sur 30 · Jbid · texte numérisé non relu

Jbid

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sur la terre avec TÉglise militante, succède le bonheur de le voir dans le ciel avec TÉglise triomphante.

Ainsi, comme V esprit de foi constitue le principe, la loi de croire constitue la règle de notre vie catholique; et Tune et l'autre^ en s'unissant, en constituent, comme vous allez le voir, la vraie force et la vraie puissance.

Oui, Messieurs, et aujourd'hui, plus que jamais, il importe de le proclamer aussi haut que possible; ce qui fiiit la vraie force du catliolique, c'est la foi ; fortes in fide, selon le beau mot de l'apôtre. Sans doute, dans le croyant il peut y avoir d'autres puissances et d'autres forces que sa foi. Le catholique, lui aussi, peut avoir et la force de la raison, et la force de l'intelligence, et la force de l'imagination, et la force du génie, et la force de la science, et la force de l'éloquence, et la force de la volonté, et la force du caractère. Mais, remarquez-le bien, là n'est pas la suprême force du croyant. En face des grands dangers à repousser, des grandes luttes à soutenir, des grandes tentations à vaincre, des grandes puissances à braver, des grandes choses à faire, des grandes souffrances à supporter, la force du ca-

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tholique, c'est-à-dire du vrai croyant, c'est la foi; cette foi qui triomphe du monde, et hœc est Victoria quœ vincit mundum fuies nostra. Oui lè monde, et tout ce qui vient du monde, et tout ce qui en nous et hors de nous conspire avec le monde, est vaincu par notre ïo'i; hœc est victona quœ vincit mundum fides nostra.

Résumons en quelques mots cet abrégé des victoires remportées par la force de notre foi.

Et d'abord, puissance de notre foi, puissance de vaincre toutes les erreurs. Voyez d'ici à travers le monde cet immense conflit d'erreurs, les philosophieSj les systèmes, les scepticismes, les négations; et, quelles négations! hélas, il faut bien le reconnaître, les négations les plus radicales et les plus absolues ; négation naturaliste, positiviste^ panthéiste, athée, etc.

Eh bien, Messieurs, je le demande^, qui parmi vous reçoit sans en être blessé toutes ces flèches ardentes que Terreur, de toutes parts, lance à travers les ténèbres, contre toutes les vérités les plus saintes, les plus conservatrices et les plus respectées? Qui supporte, même sans en être ému, les chocs successifs et quelquefois simultanés de tant de philosophies subversives et

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de tant de systèmes destructeurs? Qui résiste, sous vos yeux, au perpétuel et universel assaut de cette barbarie intellectuelle menaçant d'envahir les derniers remparts et d'enlever la dernière citadelle de la vérité ? Qui ? l'homme de la foi, de la foi robuste, de la foi inébranlable, de la foi vraiment catholique.

Vous essayerez vainement de vous le dissimuler; les disciples de la raison, les hommes de science et de philosophie pure, ne tiennent pas contre le choc des grandes erreurs contemporaines. La plupart tombent sur le champ de bataille; ou ils passent, en trahissant la vérité même rationnelle, dans le camp de l'ennemi. Ah ! c'est que contre les traits enflammés et contre les glaives acérés de l'erreur militante, ils n'ont pas Timpénétrable bouclier, le divin bouclier de la foi. Ce bouclier, nous l'avons, nous; nous le portons à notre bras gauche, tandis que nous tenons dans notre main droite le glaive de la parole, ce glaive de l'esprit, gladiiim spiritûs. Et à toute erreur qui menace, à toute négation qui attaque, nous opposons l'invincible bouclier ; nous suivons le conseil de l'apôtre ; nous résistons à Satan et à ses soldats par la

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force de notre foi, cui resistite fortes in fide. Puissance de notre foi, puissance de vaincre toutes les passions. Ah ! la conviction des âmes, la possession de la vérité, n*est pas seulement attaquée par les erreurs, elle est attaquée aussi par les passions. Soldats de la vérité dont la garde et riionneur nous sont confiés, c'est ici surtout que nous sentons au plus intime de nous-mêmes cette puissance toujours vivante, qui conspire contre nous, et menace de nous enlever, avec notre trésor de la terre, nos espérances du ciel. Les passions 'du dehors, sous ce rapport, elles aussi, nous menacent ; mais bien plus menaçant encore est Tassant des passions du dedans. D'où vient que notre cœur trop souvent se met en lutte avec notre intelligence, nos amours avec nos convictions, notre passion avec notre foi, et par dessus tout, notre chair avec notre esprit ? earo conciipisciL adversiis spiritum^ et spiritus adversus carnem. D'où vient cette discorde et cette guerre intestine ? unde bella et lites ? Ah ! l'apôtre lui-même vous le révèle par ces paroles qui vous résument la science de l'homme et la philosophie de son histoire ; nonne ex concupiscentiis vestris^ quœ militant in menibris vestris?

Or, savcz-vous Messieurs, qui triomphe en cette effroyable guerre où la vie est aux prises avec elle-même ? Qui ? les hommes de foi : non pas tous, hélas ! non pas tous; car la foi, si forte qu'elle soit, n'enchaîne pas la volonté. Mais, je le sais, les forts chrétiens, les hommes de foi, dans le sens le plus élevé de ce mot, d'ordinaire, résistent même aux violences de leurs propres passions. Autour d'eux, rationalistes, sceptiques^ philosophes, défendus par l'armure débile de leur raison sans foi, montrent à ceux qui veulent voir, ]e spectacle de leurs défaites; et ici^ les hommes de grande lutte se trouvent être partout les hommes de grande foi.

Est-ce assez de victoires remportées par la foi? Non, pas encore. La vérité dans les âmes a trop souvent hélas ! d'autres ennemis sur la terre. Ce sont les puissants de ce monde. C'est leur propre mallieur de s'armer contre la vérité, de combattre la vérité, d'essayer de la tenir captive, et quehjuel'ois de tirer contre elle le glaive de la persécution. Eh bien, Messieurs, quand les princes, les rois ou les empereurs en viennent lu ; quand ils menacent de la servitude, du cachot, du glaive, de la mort, la vérité, la liberté

et la vie elle-même ; qui donc, je vous prie, contre ces brutalités de la force^ se sent armé d'une invincible puissance? Qui sait alors donner au ciel et à la terre, aux anges et aux hommes, aux amis et aux ennemis de la vérité, le spectacle d'un indomptable courage et d'une opiniâtre résistance? Qui donc, alors, en face des prisons qui s'ouvrent, des bûchers qui s'allument et des glaives qui étincellent, sait dire et redire le non possumus des inébranlables convictions et des certitudes invincibles ? Qui? demandez à l'histoire de tous nos saints, de tous nos apôtres, de tous nos martyrs, de tous nos grands évêques, de tous nos grands pontifes, de tous nos grands chrétiens; en un mot, demandez à tous nos vrais croyants. Àh! le divin ?ion possumus de la résistance courageuse et de l'héroïque intrépidité, en face de la tyrannie qui menace, il n'y a pour le dire et le redire, que les hommes de foi. Appuyés sur leur foi comme sur un roc immobile, ils ne peuvent être ébranlés ; et ils disent hardiment avec le Prophète : etiam si consistant adversum me castra^ non timebit cor meum... Que des armées rangées en bataille se lèvent contre moi, je ne serai jamais ébranlé, non jamaiS;, in œternum.

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Puissance de notre foi, force devant toutes les tyrannies et toutes les persécutions ; puissance de notre foi, force devant toutes les souffrances et tous les maux de la vie.

Ah ! c'est ici qu'éclate dans tout son jour la force incomparable de notre foi : elle seule nous rend assez forts pour porter le poids du malheur. Et qui ne sait jusqu'où peuvent aller sur notre vie infirme les oppressions de la souffrance et les accablements de l'adversité? qui ne connaît, par quelque expérience, au moins, ce que peuvent être et ce que sont pour nous, trop souvent, les martyres de la vie ? Quels martyres ? Ah ! tous les martyres : martyres des corps ; martyres des âmes ; martyres des cœurs. Corps broyés par toutes les douleurs, Ames accablées par toutes les humiliations , cœurs abreuvés par toutes les tristesses, oh ! que j'en ai rencontrés dans la vie depuis que j'ai connu des hommes ! Et quelles histoires, (juelles tragédies j'aurais à vous redire, si j'entreprenais de vous retracer seulement une part de ce que j'ai vu ! Quelquefois, en quelques jours seulement, j'ai vu, dans les mêmes existences s'accumuler toutes les ruines, ruines de

la fortune, de la santé, de l'honneur, de la considération, des amitiés et des affections. Oh! dites-moi, qui donc saura, sur tant de ruines, demeurer debout sans ployer sous la tristesse et sans mourir de désespoir? Vous seuls, hommes de la véritable foi ; vous seuls, race de vrais croyants: mieux que le sage de l'antiquité, vous verrez tomber sur vous, sans en être accablés, et même sans en être effravés, tous les écroulements de vos félicités , impavidum ferient ruinœ.

Ah î ce que peuvent, pour tout supporter et pour tout vaincre, les hommes de la foi, l'apôtre l'a dit; je me trompe, il l'a chanté dans des paroles qu'on prendrait pour l'hymne de la foi victorieuse et triomphatrice de tout. Écoutez avec quel enthousiasme saint Paul célèbre et exalte dans la race des croyants les triomphes de leur foi ! Tous les patriarches passent devant lui, depuis Abel jusqu'à David, et avec eux tous les prophètes ; ils passent montrant dans leurs mains les trophées de leurs victoires, et les palmes glorieuses cueillies par leur foi triomphante ; et entendez-vous comme il s'écrie en les saluant et en les acclamant :

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« Par la foi ils ont vaincu tous les empires et toutes leurs puissances : per fidem vicenmt regyia. Par la foi ils ont triomphé de tous les vices, et ils ont accompli toute justice, operati sunt justitinm. Par la foi ils ont brisé la gueule des lions, c'est-a-dire ils ont dompté leurs passions pareilles à des lions rugissants : obturaverunt or a Jeoniun, Par la foi, ils ont éteint en eux comme un incendie, avec toutes leurs ardeurs les feux de la concupiscence, extinxerunt impetum ignis. Par la foi, ils ont été forts dans la guerre, dans la guerre déclarée au monde, à Satan, à eux-mêmes : fortes facti siint in bello.

Ah ! Messieurs, que puis-je, pour vous montrer ce phénomène inénarrable, si ce n'est de vous redire les paroles par lesquelles Tapôtre résume ici les combats et les héroïsmes de la race des croyants? Écoutez, écoutez encore : « Ils ont c( supporté les opprobres, les dérisions, les ((. fouets, les chaînes, les prisons ; ils ont été (( lapidés, sciés, flagellés, tourmentés. Ah ! le (( monde n'était pas digne de contempler tant « de vertus, et d'admirer tant d'héroïsme ; et « ils s'en sont allés, dans les montagnes, dans

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(( les solitudes, et jusqu'au fond des cavernes, « cacher les miracles de leurs vertus et les « prodiges de leur sainteté ^ »

Et ces merveilles opérées par la foi des patriarches de l'Ancien Testament, elles n'ont été surpassées que par les merveilles bien plus grandes encore accomplies par la puissance de notre foi catholique : triomphes de tous nos saints, triomphes de tous nos apôtres, triomphes de tous nos martyrs. Que vous dirai -je ici? quid amplius dicam ? Ces triomphes comment les nommer, les compter, les dérouler devant vous ? Ah ! beaucoup mieux que saint Paul redisant les victoires des saints de la religion d'Israël, je pourrais m'écrier en parlant des victoires remportées par les saints de la religion du Christ : deficiet tempus enarrantem ; pour les raconter le temps manquerait à ma parole.

Je m'arrête, et après avoir dit. que la foi est pour nous, l'esprit, la loi et la puissance de notre vie ; je dois vous dire maintenant ce que nous devons être devant notre foi, en d'autres termes, comment nous devons croire.

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