‹ Devoirs des prêtresChapitre 15 sur 54 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

Réfutation des Prétextes»

Les prétextes que l'on allègue pour se dispenser de l'oraison sont faciles à réfuter et le sont en quelque sorte déjà., par tout ce que nous venons de dire des motifs qui doivent nous engager à faire oraison ; d'ailleurs ces prétextes sont divers pour les divers états, et demandent une réfutation spéciale qui se donne toujours avec grande facilité parce qu'ils sont toujours futiles.

(l) Ecclés., vu, 9.

Seulement, ce que je dois remarquer ici, c'est de ne jamais abandonner l'oraison pour quelque prétexte que ce puisse être, j'en prends la ferme résolution. En effet, autrement je me perdrais, non-seulement moi-même, mais je courrais grand risque de perdre les autres, car il est impossible qu'un prêtre persévère dans le chemin du salut sans la salutaire pratique de l'oraison ; il y a même des hommes prudents et expérimentés, saints et éclairés, qui n'ont pas fait difficulté d'avancer qu'un prêtre qui avait abandonné le salutaire exercice de l'oraison ne pouvait pas persévérer dans la vertu.

Pour section quatrième, il nous reste à dire que, s'il est possible, nous devons faire notre oraison le matin, dans notre chambre, à genoux, généralement parlant, car on peut avoir des raisons d'agir autrement ; mais alors il faudrait suppléer à ce défaut ou *en faisant notre oraison plus longue, ou en s'en occupant pendant la journée.

Article septième. — De l'office divin.

La récitation de l'office divin ou du bréviaire est une des principales et même la principale fonction du prêtre ; fonction noble dans son prin-

cipe et dans sa fin, instructive et très-efficace; touchante et consolante.

Dans les premiers temps, dans l'ancienne loi les lévites avaient été établis pour remplir cette noble et sublime fonction, et comme le ministère se propage et que les prêtres de la Nouvelle-Alliance sont successeurs de ceux-là, il s'ensuit qu'ils doivent chanter les louanges de Dieu, réciter les psaumes de l'office divin.

On se plaint quelquefois, et l'on dit que l'on ne sait pas comment il faut prier, mais ici cette plainte ne peut plus avoir lieu, car l'Eglise, toujours si sage, parce qu'elle est inspirée de Dieu, a établi des prières par le moyen des conciles, lorsque le relâchement a commencé à s'introduire non-seulement dans la chrétienté, mais encore dans le sacerdoce ; car dans les premiers siècles de l'Eglise il n'y avait pas besoin des canons des conciles pour forcer à prier, on s'adonnait sans peine et avec joie à ce saint, facile et doux exercice ; la bonne volonté tenait lieu de loi obligatoire.

Ne devrions-nous pas nous croire heureux de pouvoir proférer des paroles inspirées immédiatement de Dieu à ses prophètes et à sa sainte Eglise ?

Comme les occupations des fidèles les empê-

116 DEVOIRS DES HIÊTRES

chent de pouvoir continuellement adresser des vœux au ciel, à Dieu, leur père, ils se déchargent de ce soin sur les ministres du Seigneur, qui sont établis pour faire monter jusqu'au trône du Très-Haut les supplications des mortels ; c'est pourquoi on dit la prière : Dominusvbbiscum, quoique les fidèles soient absents, et l'on répond pour eux : Et cum spiritu tuo.

Si cela est possible, on ne doit pas réciter son office immédiatement après de grandes et sérieuses occupations, parce que l'esprit n'est pas encore bien remis et propre à goûter les choses de Dieu.

On doit réciter son office dans le lieu et la posture les plus convenables pour éviter toute distraction.

Article huitième. — Des oraisons jaculatoires.

Selon Tétymologie du mot, les oraisons jacula- * toires sont des sentiments qui partent du cœur comme des traits enflammés pour aller frapper celui de Dieu ; elles sont courtes, très-utiles, douces et consolantes pour une âme qui aime sincèrement son Dieu; aussi elle en produit souvent pendant la journée ; cependant il ne faut pas commencer en se forçant, pour ainsi dire, à en produire, il faut s'en former insensiblement une

habitude et cet exercice ne doit rien avoir de pénible : Cogita Deum. On doit préférer les oraisons jaculatoires tirées de l'Ecriture sainte et des saints Pères à celles que nous pourrions tirer de notre propre fonds, parce que les premières sont inspirées de Dieu d'une manière particulière, tandis que les dernières sont souvent remplies de confiance en nos propres forces et quelquefois même d'orgueil.

On produit donc des sentiments de foi, d'espérance, de charité, de confiance en Dieu, de pénitence, etc.

Article neuvième. — Du saint sacrifice de la messe.

On parle, 1° de la nature et de l'excellence du sacrifice; 2° la manière de bien entendre la sainte messe : attention de l'esprit, dévotion du cœur et modestie extérieure; on indique ici les méthodes, voyez les auteurs qui en traitent; car chacun est libre dans le choix d'une méthode à suivre.

Sacra Missœ oblatione nulla major, nulla utilior, nulla oculis divinœ majestatis est gratior (1) ; nul sacrifice plus grand, plus utile, plus agréable à Dieu que la messe.

Sacerdos est ipse offerens, ipse et oblatio (2).

(1)S. Laurent Justinien. — (2) S. Aug.

Le prêtre, comme" Jésus-Christ, est, en même temps, sacrificateur et victime... Quelle dignité ! Quelle puissance 1 Se confondre avec Jésus- Christ!... C'est ce que les prêtres ne comprennent pas assez...

pour les ecclésiastiques.

Homo videt ea quœ parent, Dominus aulem intuelur cor.

L'homme ne s'en lient qu'au dehors, mais le Seigneur pénètre le fond des cœurs. (I Rois, xvi, 7.)

Vénérés Confrères,

Comment suivre l'œil de Dieu dans les profondeurs du cœur humain ? Cela vous paraît: difficile et à moi aussi, et cependant nous chercherons à pénétrer dans cet abîme. Laissons les choses extérieures et voyons les intérieures. Suivons aujourd'hui, avec plaisir et courage, le Seigneur qui va nous montrer la véritable terre promise où il nous appelle, où il nous attend, où il nous prépare ses richesses et sa grâce, et dans elle le seul bonheur désirable et réel. Que ferions-nous, si nous refusions d'entrer dans cette voie ? Nous

esprit Intérieur 119

resterions imparfaits ou pécheurs et nous nous perdrions. Ecoutez:

Terre de la promesse, terre des richesses incalculables, terre de fertilité qui rapporte au centuple ; voilà la terre où nous devons entrer : Surge, et transi Jordanem istum tu, et omnis populus tecum, in terrain, quam ego dabo filiis Israël (1). Surge, levez-vous ! Courage! Il en faut du courage, car il s'agit de traverser le Jourdain du monde, de le laisser de l'autre côté, de l'abandonner ; voyez comme il est méprisé par l'Esprit-Saint : Istum. Ce mauvais Jourdain, ce pessime fleuve si agité. Tu, c'est vous qui m'écoutez... Et omnis populus tecum, votre peuple vous suivra, votre exemple l'entraînera, il trouvera dans vous un influx divin qui l'emportera à la vie intérieure qui est cette terre féconde que je vais vous donner. Levez-vous donc : Surge, courage ! Marchez et entrez !

Personne ne pourra vous résister tous les jours de votre vie : Nullus poterit vobis resistere cunctis diebus vitœ tuœ (2) ; vous serez fort : Confortare, et esto robustus, car je serai avec vous : Ero tecum, non derelinquam te; je ne vous abandonnerai jamais : Ut custodias et facias omnemlegem...ne déclines ab eâ ad dexteram vel ad sinistram, ut intelligas cuncta quœ agis-, pour que vous accomplissiez

(l) Josué, i, 2. — (2) Ibid., 5.

toute la loi, ne vous en écartez ni à droite ni à gauche, et pour que vous compreniez tout ce que vous faites ; car il n'y a que l'homme intérieur qui se connaisse, se comprenne avec ses actes.

Viriliter âge (1), marchez en homme, agissez en homme, car il y a bien des hommes qui ne sont pas des hommes... force, grandeur d'âme, générosité et courage ; voilà les quatre roues du char qui doit vous emporter. Dieu vous appelle, allez! Formez-vous le sanctuaire de votre intérieur, entrez-y, restez-y, aimez-y, travaillez-y !

Yoilà la Terre promise ! Yoilà l'Esprit intérieur, le Maître des vertus, le Triomphateur des vices, le Phare lumineux des âmes, le Rempart de la vie spirituelle, le Père de tout bien, l'Etoile polaire du monde mystique, l'Instrument de la sainteté, le Soleil des justes, le Feu des tièdes, le Puissant excitateur des pécheurs, la Clef du ciel !

C'est de l'esprit intérieur que je veux vous entretenir, faisons-nous-en une juste idée et voyonsen l'importance pour chacun de nous.

Esprit-Saint ! quel besoin j'ai de votre assistance aujourd'hui ! 11 s'agit de vous faire connaître avec vos caractères et vos influences; il s'agit . de vous appeler au fond des cœurs et de vous y

(1) Josué, I, 18.

former un temple pour que vous y restiez. Demandons ces grâces par la sainte Vierge : Ave Maria.

PREMIER POINT

Page 1