‹ Devoirs des prêtresChapitre 21 sur 54 · LE MONDE ET DIEU SE PRÉSENTENT · texte numérisé non relu

LE MONDE ET DIEU SE PRÉSENTENT

Pourquoi les deux maîtres se présentent-ils? Prétendent-ils être servis simultanément et concurremment? Saint Chrysostome va constater que la simultanéité de ces deux services est impossible. Écoutez-le ! « Dieu a porté la sentence et il a dit que les deux services ne pouvaient entrer en concurrence. L'un dit qu'il faut voler mais adroitement; l'autre, qu'il faut se dépouiller. L'un, qu'il faut être chaste ; l'autre qu'il

(I) Jerémie, xxxn, 19.

faut se livrer à la volupté. L'un, qu'il faut jouir des délices de la table; l'autre, qu'il faut se modérer. L'un, qu'il faut un grand confortable; l'autre, qu'il n'y faut pas penser, L'un, qu'il faut mépriser les biens présents ; l'autre, qu'il faut s'y attacher. Comment les choses peuvent-elles se convenir ? Deus tulit sententiam, dixitque non posse hune et illam servitutem unà concurrere... ille rapere, hic sese expoliare jubeat ; hic castum esse, iïle fornicare : hic mensœ deliciis frui, ille ventrem moderari; hic despicere prœsentia^ ille Us hœrere : quomodo possunt hœc convenir e (1) ?

Si la doctrine des deux maîtres ne concorde pas, les actes non plus. Voyez les excès du monde, ses vices, ses crimes, ses grands débordements comme un fleuve qui a quitté son lit et qui roule ses eaux, emporte tout dans ses torrents. Les actes de Dieu sont des actes de bonté, de générosité, de bienfaisance et de vertu, mais dans un autre sens que les hommes. A quelle distance sont ses inspirations de celles du monde ! « 0 monde immonde, s'écrie un docteur, tu es tout trompeur, injuste, menteur, inconstant ! » En sommes-nous convaincus? Il ne nous aime pas, lé monde, il nous déteste ; pourquoi donc désire-t-il que nous lui appartenions? Est-ce pour se justifier dans ses désordres? Comme les anciens païens, qui, pour voiler leurs crimes, tenaient pour sujets aux mêmes crimes leurs dieux et les appelaient même du nom de ces crimes , ainsi le dieu de la volupté, le dieu du vol, etc.. . Ah ! c'est bien

(l) Hora. xxi sur le chapitre vi, de saint Matthieu.

cela, et pour cela et ces vices-là nous servirions le monde infâme et nous lui serions encore attachés î Tout prêtre doit donc «renoncer au monde ; ce n'est pas assez, il doit haïr, mépriser, détester le monde, comme ennemi de Dieu, ne garder avec lui aucune relation sérieuse : car, dit Jésus-Christ, celui qui n'est point avec moi est contre moi, et celui qui n'amasse point avec moi dissipe: Qui non est mecum contra me est, ci qui non colligit mecum , dispergit (1). Pas de milieu.. .

Dieu seul, Vénérés Confrères, Dieu seul! Dieu audessus de tout... Voilà tout! Son domaine absolu sur toutes les créatures raisonnables ne permet aucune division : Sanctifica mihi omne primogenitum tàm de hominibus quàm de jumentis : measnnt enim omnia (2). Quels sont les caractères du domaine de Dieu ?

Essentiel. Vous direz i il n'était pas nécessaire que Dieu me tirât du néant... mais dès lors que Dieu m'a créé, il est nécessaire que je sois à lui. Il cesserait d'être Dieu, si, étant mon créateur, il cessait d'être mon souverain et mon maître.

Suprême. Je suis à Dieu avant tout et par-dessus tout. À vrai dire, je suis à Dieu seul, et les hommes n'ont sur moi d'autres droits que ceux que le Seigneur leur a donnés.

Absolu. Dieu peut disposer de moi à son gré ; il est le maître de me donner ou de me retirer la fortune, la santé, l'honneur, la vie. Mon devoir est de tout rece-

tl) Luc, \i, 23. — (2) Exode, xi», 2.

voir de sa main avec soumission et sans me plaindre.

Universel. Tout en moi est de Dieu; donc tout en moi est à Dieu. Le domaine du Seigneur s'étend donc à tous les âges de ma vie, à toutes les situations où je puis me trouver, à toutes les facultés de mon âme, à tous les sens de mon corps, à toutes les heures et à tous les instants démon existence. Tout à Dieu... tout à Dieu !...

Étemel. Le domaine de Dieu est immortel comme moi; il commence dans le temps, si nous voulons dire qu'il commence, et il se continue dans l'éternité : la mort, qui ravit aux hommes tous leurs droits, ne peut rien contre les droits de Dieu : Sciatis quia ego Dominus (1), et ce sera toujours : inœtemum.

Irrésistible. On peut se soustraire à l'empire des hommes ; comment échapper à l'empire de Dieu? Bon gré, mal gré, il faut se soumettre ; ou vivre sous l'empire de son amour, ou sous celui de sa justice ; ou glorifier son domaine par une libre obéissance, ou le glorifier par un inévitable châtiment ; ou aller au centre du cercle, trouver Dieu et sa bonté, ou courir à la circonférence où l'on trouvera Dieu et sa justice... nager au centre du Grand Océan et s'y dilater ou aller à la circonférence trouver des rivages où Ton périra...

Mais c'est à vous, Vénérés Confrères, que l'on peut dire : Nonestisvestri. Empti enim estis pretio magno (2). Vous n'êtes plus à vous... Outre ce que vous venez de méditer, à savoir qu'à titre de créateur Dieu avait sur

(i) Ezécbiel, vi, 7. — (2} I Cor, \j, 19, 20.

vous un plein domaine, Jésus-Christ vous a achetés à un grand prix qui est son sang ; il vous a choisis et appelés pour être ses ministres ; il vous a constamment inspiré la désappropriation, le renoncement à vousmême, et à tout pour être à lui qui est le seul bon maître... Vous l'aviez parfaitement compris et vous aviez commencé à l'exécuter... pourquoi avez-vous reculé, regardant derrière vous et voulant retourner au monde.

Entendez Jésus-Christ ! Sic ergà omnis ex vobis qui non renuntiat omnibus quœ possidet^ non potest meus esse discipulus (1). Omnibus... à tous sans exception... Omnibus : à tous et à toutes... 11 est des sociétés bien attachantes pour le jeune prêtre ! Mais Jésus-Christ vient tout détruire impitoyablement... Omnibus...

Voyons encore ! Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo et ex totd anima tua et ex omnibus viribus tuis (2). Point de partage... tout le cœur, toute l'âme, toutes les forces... Ah! c'est vraiment tout. Eh bien! c'est avec ce tout qu'il faut être à Dieu ! C'est donc un Dieu jaloux ! Vous l'avez dit : Noli adorare deum alienum. Dominas Zelotes nomen ejus, Deus est œmulator (3). Son nom, c'est jaloux, il veut être aimé uniquement; ainsi, ne vous avisez pas d'adorer un autre Dieu que lui. Si vous violez les lois que vous entendez prêcher, vous êtes méprisé de Dieu et des anges, indigne d'entrer au royaume des cieux. Qui ergà sokerit unum de mandatis istis minimis (Decalogi minimis) et docuerit sic

(I) Luc, xiv, 33. —(2) Luc, x, 27. — (3) Exodtf, xxxiv, 14,

homines. minimus vocabitar in regno cœlorum (1) : Celui donc qui-viole l'un de ces commandements, même les plus petits dans l'estime du Pharisien, et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé dans le royaume des cieux d'où il est exclu comme le plus petit des hommes.

Après cela, disons avec saint Paul : Si adliàc homiuibus placèrent , Christi servus non essem (2). Ah ! la belle conséquence, ne plus plaire aux hommes, car si l'on cherche à plaire aux hommes, l'on n'est plus serviteur de Jésus-Christ...

Mihi autem 'pro minimo est ut à vobis judicer mit ab humano die. . . Qui autem judicat me, Dotftinus est (3) : Que m'importe d'être jugé par vous ou par d'autres ! Le Seigneur est mon juge. Les jugements humains ne me feront pas sortir de la voie droite... Si je veux éviter le monde, fuir le monde et le mépriser, c'est mon affaire.. . c'est même ici qu'il faut se décider; le temps est favorable : nunc tempus acceptabile (4).

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