LE CHOIX D'UN MAITRE AUJOURD'HUI
Jamais temps aussi favorable que celui de la Retraite. Les réflexions sérieuses que vous avez faites, les appels de la grâce qui les ont suivies, les lumières qui vous ont éclairés sur votre vie antérieure et la nécessité de
(1) Matth., v, 19.— (2)Galates, i, 10.— (3)1 Cor., iv, 3.-(4)IIGor.,
VI, 2. r
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l'améliorer ou de la changer, sont de nature à favoriser une résolution finale. Il y aurait de grands dangers à attendre... L'âge où vous êtes... les infirmités qui vous environnent, me paraissent devoir hâter votre détermination et la faire prendre irrévocablement sans en revenir jamais. Qu'attendrez-vous ? Des circonstances si favorables dans vos idées que vous ne les rencontrez jamais... Si vous abusez de ce temps, t&mptts non erit ampliàs (1). Vous croyez l'avoir à une autre retraite... près d'un autre confesseur... dans quelques années ?. .. Tempus non erit ampliùs ; avant la mort ? non erit ampliùs...
Adhùc quadraginta dies et Ninke subverletur (2). Encore quarante jours et vous serez mort... Vous serez changé, ne gardant point vos bonnes résolutions...
Me oportet operari opéra ejus qui misit me donec dies est; venit nox quandb nemo potest operari (3J. Empressons-nous de faire nos œuvres, tandis qu'il est jour... tandis que nous le pouvons ; la nuit viendra et nous ne pourrons plus rien. La nuit des faiblesses.. . la nuit des ténèbres spirituelles... la nuit de l'endurcissement... la nuit des habitudes invétérées : Venit nox... Nous ne pourrons plus rien ou plutôt nous ne voudrons pas sérieusement... Quandb nemo potest operari...
Écoutez, Vénérés Confrères, les leçons de la Providence là-dessus. La conversion de la Madeleine es^t due à la rencontre de Jésus dans la maison de Simon. Kt ingressus domum Pharisœi discubait. Et ecce millier quaj
(1) Apec, x, 6. — (2) Jonas, ni, 4. — (3) Jean, ix, 4.
~1\\ DEVOIRS DES Muh'RF.S
erat in cicitale peccatrix.. slam relrb secùs pedes cjus. lacrymis cœpil ri gare pedes ejus... rcmillimtur ci peccata multa, quoniam dilexit mullùm (1).
La conversion de la Samaritaine, à la rencontre de Jésus au puits de Jacob : Jésus ergb fatigatus exitinere, sedebat sic suprà fontem. Yenit mtilier de Samaria hau* rire aquam... Èomine, video quia prophetaes tu... Ego sum (Messias) qui loquor tecum (2) .
La conversion de Pierre au regard de Jésus : Et conversas Dominus respexit Petrum,., egressus foras Petrus flevit amarè (3). Un regard... le regard de Jésus... Comme cet œil divin a plongé dans les profondeurs de cette âme pour la remuer et la transformer. Eussiezvous cru qu'un regard, un seul regard, eût pu produire cet effet? Ce regard était doux, mais il était scrutateur ; Pierre l'a compris, et, en le comprenant, il a compris son crime, alors egressus, il est sorti. Quand on veut se convertir, il ne faut plus de compagnie... il faut sortir... et flevit amarè, tellement que les larmes sillonnèrent ses joues. Ce que c'est qu'un regard ! Le regard d'un bon maître, d'un tendre ami, d'un père î...
Jésus vous regarde, Vénérés Confrères.. . Considérezle ! 0 Dieu ! Que porte ce regard pour ce prêtre prévaricateur, infidèle, intempérant, voluptueux, avare? Ce regard parle et bien haut... comme à la Samaritaine : Siscires donum Dell Ce don de Dieu, c'est peut-
(I) Luc, vu, 36, 37, &8, 47* — (2) Jean, iv, 6-7, 19, 26. ~~ (3) Luc, xxii, 61,62.
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être cette retraite... peut-être n'en reverrez-vousplus. Ah ! ne laissez pas passer le don de Dieu...
La conversion d'Augustin est due à un sermon iV Ambroise. L'on prétend que saint Ambroise s'écriait : 0 bonté de mon Dieu, qui te connaît, qui te comprend, qui te savoure ? Ces mots dits avec les accents de la grâce emportèrent le cœur d'Augustin... il sort de l'église, arrive à la maison et trouve sa Bible ouverte à cet endroit : Honestè ambulemus, non in comessationibn$, et ebrietatibus, non in cubilibuset impudicitiis,non in contcntione et œmulatione ; sed induamini Dominum Jesum Ckrislum, et carnis curam nefeceritis in desideriis(\) . Par cet oracle sa vie passée lui est reprochée, et sa vie future est réglée ; il se revêt de Jésus-Christ, et il quitte à jamais les voies de la chair.
Ce sont donc les circonstances qui favorisent et qui font les conversions. Sans la maison de Simon pour Madeleine, sans le puits de Jacob pour la Samaritaine, sans le regard de Jésus-pour saint Pierre , sans la parole puissante d' Ambroise pour Augustin, ces illustres conversions ne se fussent pas opérées. Les saints les ont saisies avec avidité, et voilà leur salut. Judas, lui, n'a pas obéi à la grâce, et vous connaissez sa destinée. Hélas ! vous feriez comme lui, vous trahiriez... si vous sortez d'ici sans avoir réglé, résolu, confirmé toute votre vie.
Car que feriez-vous? Scribe vif uni istum sterilem (2). Ecrivez le nom de ce prêtre stérile, inutile. Quel
(t) Rom., xiii, 13.-» (2) Jérémie, xxn, 30,
fléau clans la vigne du Seigneur ! Quel dégoûtant parasite! Marquez-le pour le feu, car jàm securis ad radicem arborum posita est. Omnis ergo arbor non faciens fructumbonum, excidetur et in ignem mittetur (1). Son sort est décidé, c'est un arbre de Dieu, mais un arbre stérile... Il sera coupé et jeté au feu. Comment ! point de fruits après une retraite?. .. Excidetur... Toujours les mêmes?... Et miser et miserabilis, et pauper, et cœcus et nudus (2). Cette vie est un cercle d'inutilités. .. Ce prêtre a eu Pair de s' éviscérer comme l'araignée, pour faire des toiles : à quoi bon? pour prendre des mouches : Telas araneœ texuerunt... opéra eorum... opéra inutilia (3). . . S'il se contentait de faire des œuvres inutiles ? mais opus iniqnitatis in manibus eorum... Il commet l'iniquité... le crime... pedes eorum ad malum currunt(h)... Cogitationes eorum, cogitationes inutiles, non est jiidicinm in gustïbus eorum...
Le père de famille a planté une vigne, l'a entourée d'une haie, l'a taillée, soignée, mise en plein rapport. .. il l'a louée. . . Les vignerons du propre fils de l'héritier. . . alors auferetur à vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejns (5) : Ton ôtera à ce prêtre meurtrier le royaume et on le donnera à cet autre qui fait des fruits dignes du royaume. Prêtre meurtrier ! Oui, meurtrier I oui. Il a immolé les serviteurs du père de famille, ses serviteurs... son fils... Ah! combien de fois à l'autel I Le malheureux ! Otez-lui donc le royaume
(1) Luc, in, 9. — (2) Apoc, m, 17. — (3) Isaïe.ux, 5-6. — (4) Ibid., 7. — (5) Matth., xxi, 33.
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de Dieu et donnez-1 eà ce saint prêtre qui est à son devoir et qui fait les œuvres de son ministère... Quelle punition! quel déshonneur! quelle damnation !
Pauvre figuier stérile... il n'a que des feuilles et point de fruits.. . qu'il sèche, et il sécha, et après il fut brûlé (l). Combien de prêtres qui ne font rien, quoique dans les fonctions pastorales!...
Enfin, mes Vénérés Confrères, vous av^z entendu tous les motifs que vous avez de vous donner à Dieu irrévocablement. Vous êtes pour cela placés dans la circonstance la plus favorable, qui est celle de cette fervente retraite ; vous avez considéré tous les dangers de reculer et de remettre ; dangers du temps, dangers de l'éternité... vous semblez résolus, arrivons à notre solennelle détermination. Voici mes paroles d'invitation : Testes invoco hodiè cœlum et terrant, quàdproposuerim vobis vitam et mortem, benedictionem et maledictionem. Elige ergo vitam, ut et tu vivas, et semen tuum.
Et diligas Dominum Deum tuum, atque obedias voci ejus, et illi adhœreas (2).
Testes vos estis quia ipsi eîegeritis vobis Dominum ut serviatisei. Responderuntque : Testes.
Domino Deonostro serviemus, et obedientes erimus prieceptis ejus (3).
Il y a un péché dans votre conscience, qu'il faut confesser... il est là depuis vingt-sept ans, cinquante ans... Un vicaire général me disait qu'il connaissait un prêtre qui était en péché mortel depuis quarante
(l) Matth., xxi, 19,— (2) Deut., xxx, 19, 20.— (3) Josué, XXiv, 22, 24 DEV. t)ES FR, M
ans... Romps et rends. Romps le commerce criminel... cette société... Rends ce que tu dois : Redde quod debes (1). Oh! alors quelle délivrance ! quelle paix ! quel sort ï quel bonheur !
Le choix est fait... ce n'est pas le monde... c'est Dieu, la vie, la gloire, la grandeur. Servez -le tous les jours de votre vie avec ferveur, empressement, bonne volonté, courage, désintéressement et constance. Ah ! le bon maître, s'écriait saint Ambroise en pleurant ! Habemus bonum dominum... Vous le remarquez mieux encore que les fidèles... Car vos intimités avec lui sont bien plus fréquentes et bien plus suivies !
Le calme, la joie, le bonheur, la sérénité d'une conscience où sont descendues les saintes harmonies du ciel : voilà les effets du règne souverain de Dieu. Là, tout est dans l'ordre ; les sens sont soumis à la raison et la raison obéit à la foi ; la volonté bien réglée ne s'occupe que de chastes et saintes pensées. C'est un fleuve riche et fécond qui roule majestueusement ses flots et fait couler la vie à pleins bords dans les pays qu'il arrose ; au lieu que le cœur où Dieu n'est plus et qu'il tourmente sans cesse de la magie de son absence, c'est une mer tourmentée par la tempête, agitée de vagues mugissantes, et qui redemande inutilement à ses bases ébranlées le repos et le calme.
Mon cœur, Vénérés Confrères, ne peut plus faire l'hypothèse du prêtre ennemi de Dieu ni des scènes lugubres que ce triste état appellerait. Nous sommes tous <l)Mattb.;*vw>$8.
ainis de Dieu et nous l'avons choisi pour maître; con^ templons donc, en terminant, le sort que Dieu réserve au boa prêtre qui aura passé sa vie à son service. Il aura pour récompense les joies éternelles du ciel. Dieu lui-même essuiera ses larmes ; elles se changeront en perles immortelles qui orneront sa couronne. Assis sur un trône très-élevé de gloire, il entrera dans toutes les joies de son Seigneur et de son maître. Il avait souvent semé dans les peines, les angoisses du cœur, les insultes des méchants et des ennemis de la religion, il recueillera dans l'ivresse du bonheur et les chastes voluptés des élus. Il s'était décidé difficilement, mais que son sacrifice lui sera cher et agréable quand il recevra le diadème de gloire de la main même de celui qu'il a choisi pour son maître éternel ! Amen.
Teipsum castum cwtodi.
Conservez-vous pur.
I Tim.5 v, 22.
C'est l'avis que le grand Apôtre donnait à Timothée, et voilà où éclate la grande sagesse de saint Paul. La vertu du saint évêque d'Éphèse ne lui était pas suspecte, il savait qu'il veillait sur son cœur, qu'il était attentif sur lui-même, que sa conduite était réservée
* Ce sermon a été prêché à des séminaristes., quelques jour* avant l'ordination.
et sa vie austère. Cependant, comme si Timothée avait donné lieu à des soupçons, son Maître lui remet sous les yeux l'étroite obligation où il est de se conserver pur et sans tache, il l'avertit de veiller attentivement à la garde du précieux trésor de sa chasteté : Teipswn castum cuslodi.
Or, si le grand Apôtre craignait tant pour la pureté de son disciple, que n'avons-nous pas à craindre pour la nôtre ? nous qui sommes si faibles et si peu en garde contre notre faiblesse, nous qui au milieu d'un monde corrompu et corrupteur n'avons de l'indulgence que pour notre corps, de la sensibilité que pour les objets qui nous flattent, point ou presque point d'empire sur nos sens !
Souffrez donc, Messieurs, que j'adresse aujourd'hui à chacun de vous l'avis que saint Paul donnait à son disciple : Veillez et conservez-vous pur comme l'ange : Teipsum castum custodi.
Que ne puis-je vous faire connaître la beauté de la pureté, vous persuader que c'est la plus aimable de toutes les vertus ! Vertu la plus précieuse et la plus nécessaire aux ecclésiastiques, premier point ; sévère et vigilante^ second point.
PREMIER POINT
Indépendamment de l'excellence de notre ministère, de la sainteté de nos fonctions, des rapports que nous avons avec les hommes, qui ne peuvent être parfaits
sans la pureté, la chasteté a des qualités qui doivent nous la rendre précieuse et nous la faire aimer ; cette vertu est si belle et si privilégiée , elle nous est d'ailleurs d'un si grand secours pour aimer Dieu de tout notre cœur, qu'il n'est pas possible de lui refuser notre estime.