CHASTETÉ, VERTU PRÉCIEUSE
Est-il rien de plus beau que de se conserver intact dans une chair de corruption ? que de vivre dans les faiblesses de la chair sans en suivre les penchants ? N'est-il pas glorieux de ne porter un corps déréglé que pour le soumettre à l'esprit et pour l'offrir à Dieu comme une hostie d'agréable odeur ? de pouvoir dire avec saint Paul : In carne enim ambulantes, non secun- (lion carnem mUitamm (1) ; cette vie, je ne crains pas de le dire, est plus qu'humaine, elle est beaucoup audessus des forces de la nature, et peut-être en aurionsnous toujours ignoré la noblesse si le Fils de Dieu ne fiH pas descendu du ciel pour nous en donner l'exemple. Elle nous rend, en quelque sorte, supérieurs aux anges, c'est la remarque de saint Bernard. « S'il y a, dit- il, de la différence entre un ange et un homme chaste, elle vient de, l'état de cet esprit céleste et non de sa vertu : Différant quidem inter se homo pudicus et angélus, sed felicitate, non virtute. La pureté de l'ange est plus heureuse mais celle de l'homme est plus mé-
(1)11 Cor., %,?
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ritoire ; l'ange est pur par état et par nature ; pour conserver sa pureté, il n'a ni effort à faire ni combat à soutenir, ni victoire à remporter ; l'homme au contraire n'est chaste que parce qu'il est vertueux ; il n'est redevable de sa pureté qu'à la grâce et à son courage ; pour la conserver il a des efforts à faire, des ennemis redoutables à terrasser, il faut qu'il triomphe de la chair et de ses convoitises, du monde et de ses charmes : II lias castitas felicior; hujus tamen fortior esse cognoscitar. »
Aussi n'y a-t-il pas de vertu chérie de Dieu comme la chasteté. Il en fait l'objet de ses délices et de ses complaisances, il semble n'avoir de grâces et de bienfaits que pour les âmes chastes ; il les prévient de ses plus riches faveurs, il répand sur elles ses bénédictions les plus abondantes.
S'il a eu des amis intimes, tous se sont distingués par une chasteté plus qu'ordinaire : je ne parle pas de Marie, qui est inimitable. Mais, parce que l'apôtre saint Jean aima toujours la pureté et qu'il demeura vierge, il fut constamment l'objet de la plus tendre affection du Sauveur, le dépositaire de ses secrets, le témoin de ses prodiges ; il mérita d'être donné à Marie pour fils et d'avoir Marie pour mère. Parce que Joseph fut assez chaste pour aimer mieux exposer sa fortune, sa liberté et sa vie, que de condescendre aux sollicitations de sa maîtresse, Joseph devint le favori de son prince, la ressource de l'État, le libérateur de sa famille. Parce que Judith encore à la fleur de l'âge, riche et belle, voulut rester veuve et que, pour conserver plus sûre-
ment sa pureté, elle prit le parti de la retraite, Judith fut l'instrument des merveilles du Seigneur; elle trancha la tête à Holopherne, et par ce coup de vigueur délivra Béthulie.
Ces exemples et bien d'autres nous disent que la chasteté est la vertu favorite de Dieu, et que c'est aux âmes pures qu'il réserve ses plus riches faveurs et ses plus grandes récompenses. Qui habitera dans votre tabernacle? qui montera, Seigneur, sur votre montagne sainte ? Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo ? Aut quis requiescet in monte sancto tuo (1) ? Celui qui entre sans tache dans notre état : Qui ingreditur sine macula (2) ; et ailleurs : Innocens manibus et mundo corde (3).
Messieurs, vous avez le cœur pur et vous aimez Dieu uniquement ; tout le reste que vous aimez, vous ne l'aimez que pour lui. Détachés de la créature, affranchis de la tyrannie des sens, vous aimez Dieu sans partage, vous ne travaillez qu'à lui plaire, vous vous mortifiez pour lui, vous vous retirez des objets dangereux, vous vivez comme des anges. Oh ! que vous assortissez bien votre vie avec la sainteté de l'état ecclésiastique ! Et quand l'Église n'ordonnerait pas à ses ministres de vivre dans la pureté, les rapports de cette aimable vertu avec notre sainte profession ne devraient-ils pas nous la rendre chère et précieuse ?
Disons plus et montrons que ce n'est pas seulement une convenance que nous soyons chastes ; mais encore
(I) Ps, xiv, 1 . — (2) Ps. xiv, 2. — (3) Ps. xxin, 4.
une nécessité, fondée et sur l'excellence de notre ministère, et sur la sainteté de nos fonctions.