‹ Devoirs des prêtresChapitre 4 sur 54 · Le R. P. Grou, qui, à mon avis, est un grand maîlre · texte numérisé non relu

Le R. P. Grou, qui, à mon avis, est un grand maîlre

20. Paradisus animai christianœ, d'Hortius de Cologne, qui est un des plus grands chefs-d'œuvre de spiritualité que nous ayons.

Et combien d'autres que je ne puis citer! Mais iimeo virum unius libri) il n'en faut qu'un et toujours le lire. Saint François de Sales a porté le

Combat spirituel dans sa poche pendant plus de vingt-deux ans, et c'est ce petit livre qui lui a appris toute sa charmante spiritualité.

Le prêtre peut, en outre, se livrer à d'autres études, mais avec modération et pensant toujours que l'Ecriture sainte, la théologie et l'ascétisme sont les trois fleurs à cultiver dans son jardin. S'il en croît d'autres, et qu'elles soient belles et odorantes, il ne les arrachera pas, mais il ne leur donnera pas les mêmes soins qu'à ces trois belles roses.

Quel ordre à suivre dans ses études? Quo ordine?

Le premier ordre dans les études d'un prêtre, c'est l'ordre du devoir qui presse. Commençons par celuilà. Ainsi, un curé préparera son prône, son catéchisme, ses avis à donner. Je suppose qu'il s'absente le lundi, il préparera son prône le mardi, le mercredi et le jeudi; le vendredi, il vaquera à d'autres affaires paroissiales, et le samedi, en confessant et faisant autre chose, il répète et se prépare immédiatement. Je regarde comme un désordre qu'un pasteur attende au samedi pour préparer son instruction. Je vous en donnerais quarante raisons. Un curé qui a sa besogne paroissiale, qui prépare bien son instruction et qui lit son chapitre de Eible et ses deux pages de théologie, a rempli parfaitement son devoir.

Le deuxième ordre, c'est V ordre général des études. Les plus importantes les premières. Ainsi, l'Ecriture sainte, la théologie,' l'ascétisme. Puis les autres sciences selon qu'elles lui pressent.

L'ordre du temps de la journée. Le matin est le temps précieux ; alors, c'est le matin q'il faut lire le chapitre de la Bible, qu'il faut étudier les difficultés théologiques. C'est le matin qu'il faut se livrer à une étude sérieuse et qu'il faut composer, si Von compose. L'après-midi, il faut se promener, se récréer ; c'est nécessaire pour la santé. On lira le journal ou autre chose peu appliquant. Vers le soir, l'on fera sa lecture spirituelle, sa visite au très-saint sacrement, et puis, si l'on veut, l'on étudiera encore quelques heures avec sobriété, sagesse et modération.

L'ordre des saisons. Dans une saison vous pouvez étudier ce que vous ne pourriez pas étudier dans une autre. L'hiver, un curé qui a une paroisse populeuse et un peu religieuse ne peut que remplir son devoir quotidien, et même les jours sont trop courts. C'est pendant l'été que l'on peut entreprendre les études sérieuses, s'il est possible. Dans les diocèses où l'on fait des conférences, voilà un travail pour les prêtres.

Si l'on ne suit aucun ordre dans ses études, l'on s'égare et l'on perd son temps. Si vous lisez

un ouvrage grave, une histoire sérieuse, et que vous ne preniez aucune note pour vous fixer sur les époques, les grands faits, les célèbres événements, vous perdez encore votre temps. Si l'on n'étudie pas du tout, c'est bien pis. Il est des prêtres qui s'occupent d'affaires étrangères, frivoles, vaines, petites, mondaines ; de fadaises, de bagatelles : il faut si peu pour les absorber! D'autres voyagent beaucoup... ils s'absentent presque tous les jours de la semaine... abus, abus criant ! Ils ont perdu le goût de l'étude, et Dieu sait s'ils pourront jamais s'y remettre.

Vous êtes soldat, et vous n'avez que deux armes pour combattre et vous sauver : la prière et l'étude. Si vous les négligez, vous serez vaincu. Point de lumières dans l'esprit, vous n'étudiez pas î Point de vertus dans "le cœur, vous ne priez pas ! Le découragement s'empare de vous, vous tombez dans l'indifférence et dans l'endurcissement; vous n'en sortirez pas et vous serez perdu.

Quelles fins se proposer? Quo fine?

Si je reste, en humilité, courbé vers la terre, je me propose mon salut. Si j'étends mon regard, c'est le salut des autres et surtout celui de mes paroissiens. Si je lève les yeux vers le ciel, mes études ont pour but la gloire de Dieu. Voilà les

trois fins : fins sublimes, clignes de Dieu, dignes de la société, dignes de l'Eglise, dignes de moimême! Tu sais donc maintenant, dit saint Bernard, dans quel ordre, par quelles études et pour quelles fins tu dois devenir savant : Ut scias quo ordine, quo studio, quo fine te nosse oporteat (1). Rappelle- toi cette grande maxime : Ut id prius, quod maturius ad salutem (2). Si tu l'oublies, tu es damné; rappelle-toi-la tous les jours; et d'abord ce qui est pour le salât : tel est le meilleur ordre.

L'orgueil, la vaine gloire, le désir de la renommée, ne doivent point venir troubler et salir ces fins magnifiques et glorieuses, cette pureté d'intention qui réjouissent les anges, consolent l'Eglise de Jésus-Christ, affermissent la société humaine et couvrent de gloire le grand Dieu; c'est trop vil l'orgueil, le renflement, la gloriole du renom : à bas ces poisons, ces noires ombres qui viennent tout ternir ! Etudions avec zèle, étudions saintement, étudions sans relâche !

Si vous n'avez pas étudié, ou si vouz avez perdu le fruit de vos études, réparez une si grande faute le mieux que vous pourrez. Saint Ignace et saint Camille ne commencèrent leurs études qu'après trente ans ; et cependant quel

(1) Sermon xxxvi, in Cant. — (2) Ibid.

bien n'ont-ils pas fait? fnssiez-vous déjà vieux, suppléez à ce qui vous manque par des lectures journalières de théologie, comme nous avons dit, de livres de piélé, de la Vie des Saints : celle-ci est une excellente lecture, parce que nous voyons la vertu en actions. Et si vous vous êtes appliqué à des lectures vaines, inutiles ou dangereuses^ défaites-vous de tout livre qui serait contraire à la gravité, à la pureté, à la religion. Si, ayant fait de bonnes études, vous êtes instruit, ne cessez pas pour cela d'étudier toute votre vie; mais redisons-le, que votre sanctification et celle des autres soient la fin de vos études ; joignez-y l'oraison afin d'arriver à la science des saints et du Crucifix, qui était le livre chéri de saint Philippe Benizzi, et où saint Bonaventure et saint Thomas apprirent plus que dans tout autre livre : car toutes vos sciences mondaines, dit un saint, vous ayant rendu inutile à l'Eglise et rempli d'orgueil, vous précipiteront en enfer, tandis que beaucoup d'autres, moins instruits que vous, arrivent au ciel par la voie de l'humilité et de la simplicité. Procurez-vous quelque bon interprète, afin qu'en récitant l'office divin vous puissiez, non-seulement psalmodier de bouche., mais psalmodier avec piété et intelligence : Orabo spiritu, orabo et mente: psallam spiritu , psallam et mente (1). Ce

(1) ICor., xiv, 15.

qui est l'essentiel. C'est une chose bien honteuse de ne pas entendre ce qu'on dit : mais ce qui rend le malheur encore plus grand que la honte, c'est que celui qui ignore les choses de Dieu sera ignoré et méconnu de Dieu même : Si quis ignorai, ignorabitur (1).

Iiaque fratres œmulamini prophetare et loqui... Omnia autem honeste et sccundùm ordinem fiant (2).

0 utinam saperes etintelligeres, acnovissima provider es ! Saperes quœ Dei sunt : intelli gères quœ mundi sunt; provider es quœ inferni sunt. Profeetb inferna horrereSy superna adpeteres, quœ ad manus sunt contemneres (3).

Prima scientia est vita laudahilis, et apud Deum pura mens per quam puri puro junguntur, et sancti sancio sociantur (à-). Et en réalité c'est le dernier terme où nous puissions aspirer. Fiat!

»E IiA SANCTIFICATION

»ES ACTIONS »E IiA JOURNÉE

On peut diviser les actions de la journée en deux parties : la première traitera des actions en

(1)1 Cor., xiv. 38. - (2) Ibid., 40. - (3) Saint Bernard, in Epislolâ. — (4) Saint Grégoire de Nazianze, in Apol.

général , et la seconde des actions en particulier; c'est l'ordre que nous allons suivre dans la composition de ce petit traité.

Page 1