‹ Devoirs des prêtresChapitre 32 sur 54 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

SIGNES GÉNÉRAUX DE LA TIÉDEUR ET ENSUITE SIGNES PARTICULIERS ET DONNÉS AVEC ORDRE (l).

Cette âme est tiède, dit Bellécius, quf a seulement en horreur les péchés mortels et regarde comme rien les fautes vénielles ; qui s'acquitte négligemment de ses exercices spirituels, seulement par coutume, ou par respect humain avec les pensées intenses d'une volonté languissante : qui prie sans attention, se confesse sans amendement, communie sans dévotion et sans fruit ; qui fait ses actions de chaque jour sans intention, sans méthode, sans ordres, qui* livrée aux choses extérieures, est rarement présente à elle-même et encore plus rarement présente à Dieu : qui néglige les vertus sublimes, se contentant d'une piété médiocre ; qui fuit la société des religieux, amis de la perfection,

(1) Louis filosius, page 764, Description des tièdts.

IÏIA1TK StJB LA TIÉDEUR ~2(ÏA

et recherche celle de ceux qui sont avides de liberté. Ce religieux, ce prêtre se forme par de fausses maximes, une conscience erronée sur laquelle il s'appuie pour adoucir les aiguillons des remords. Quoiqu'il frf'J quente de temps en temps les saints mystères, ou crol~ dise la sainte messe tous les jours, cela ne l'empêchP pas de nourrir, contre son prochain, contre ses frères, contre ses confrères, des aversions intérieures, des envies, des jalousies, des orgueils, des familiarités messéantes, un certain esprit de murmure et d acrimonie avec une langue mordante et critique. Il conserve et caresse un amour-propre secret qui empoisonne de son venin et corrompt toutes ses actions en s'y glissant sans bruit; ennuyé du travail et de l'abnégation, il cherche partout ses aises, son repos, ses consolations.

Voilà, dit ce savant maître (1), des marques non équivoques de la tiédeur ; que si vous les remarquez en vous, ne doutez pas que vous ne soyez tiède.

Mais, en voici encore d'autres, sinon plus positives, du moins plus ordonnées et plus détaillées. Je vous les donne dans l'intérêt de votre âme, en vous présentant ce miroir pour vous y voir et reconnaître, si vous avez le malheur d'être tiède, et vous empresser de vous guérir.

1° Grande facilité à omettre ses exercices de piété, oraison, lecture spirituelle, communion, visites au Saint-Sacrement sous le moindre prétexte, Occupa-

(1) Page 423, édit. in-8° de 1827.

tions non nécessaires, visites à rendre ou à recevoir, voyages à entreprendre... Voilà souvent des prétextes qui sont spécieux. Tellement que chez le prêtre tiède le service de Dieu tient le dernier rang, et il y satisfait seulement quand il plaît à son génie et que d'ailleurs il n'a rien autre chose à faire.

2° La négligence à remplir ses œuvres de piété. Il les fait à demi, nonchalamment, comme en dormant et singulièrement ennuyé, il y trouve le temps long : il trouve le temps long en disant la messe ou en l'entendant ; il trouve le temps long à l'oraison, à l'office, à l'examen, pendant la sainte messe. L'irrévérence, les distractions, l'indévotion dans la prière ; point de fruit de la méditation, c'est un bout de bois à l'oraison. Il n'est pas comme cet ecclésiastique fervent qui me disait en direction et avec la simplicité d'un enfant : « J'entre quelquefois en oraison au milieu de la cour; le coup de cloche à peine achevé, l'esprit de Dieu me saisit tellement, qu'arrivé à la chapelle je me trouve dans toutes les ardeurs de l'oraison. » Je lui dis : Mon frère, les moments de Dieu sont inconnus aux hommes, il vous aime beaucoup, beaucoup, beaucoup, avancez et marchez; voilà le retour d'amour. A peine le tiède fait-il la moindre préparation pour se confesser ; il le fait au sortir des œuvres les plus dissipantes ; il se confesse sans douleur de ses péchés, sans résolution de mieux faire et sans amélioration. C'est la même chose pour la communion ; exiguë préparation, rien que la célébration ou l'audition de la sainte messe ; peu ou point

(raclions de grâces, s'il l'osait, point de foi vive, point de ferveur, point d'amour, point de faim vraie pour Jésus dans la sainte Communion.

3° Le prêtre religieux tiède est continuellement dissipé et livré aux objets vains, frivoles, dangereux, peccamineux ; rarement à son affaire, il voudrait être aux affaires des autres, non par charité et pour les aider, mais pour passer son temps agréablement et prendre des moments de relâche. D'ailleurs il est curieux, et sa curiosité le conduit à des indiscrétions. Investigateur, il recherche des choses étrangères à son état ou à connaître amicalement des gens, des parents d'enfants du grand monde; connaissances inutiles, frivoles et quelquefois dangereuses. On dit que dans les couvents il ne faut pas de serrures aux portes, soit à cause de la simplicité religieuse, soit à cause que les religieux étant morts à tout, ils n'auront pas l'indiscrétion de faire des recherches indélicates; mais, par exception, il faudra des serrures aux portes de cette maison habitée par ce curieux tiède, ou bien il voudrait lire tous les papiers, prendre connaissance de toutes les opérations, ne rien ignorer d'affaires qui, à proprement parler, ne le regardent pas.

Il ne s'étudie point au renoncement de lui-même, au recueillement intérieur, à l'esprit de son état, à la parfaite exécution de ses vœux. H aime une ignorance affectée de ce qui ne peut être ignoré par un religieux et il y vit ; ajoutez àxela l'endurcissement aux remords de sa consciente. Et pour arriver là que d'effo'rts ! que

de biais! que de fausses maximes! Je le dirai, que d'hypocrisie peut-être !

h° La coutume ou, biei\ mieux, la routine. Il fait tout par routine ; il prie par routine, il lit par routine, il esta l'oraison par routine, il se confesse et communie par routine, il travaille par routine. Familiarisé avec les devoirs religieux et les choses saintes, il les traite à la légère et peut-être sans foi. Il agit sans réflexion, sans bonne intention ; mais presque toujours par goût naturel, par boutade, par passion, par amour-propre, par sensualisme, par respect humain ; et les religieux, qui ne sembleraient pas en avoir, en ont cependant beaucoup ; ou bien il agit pour une autre foi privée et mauvaise que lui connaît et que Dieu réprouve.

5° Incurie complète pour acquérir les vertus : ((d'humilité, fondement des autres ; » d'obéissance, brisement de la volonté propre ; de chasteté... que d'imprudences il fait qui la blessent ! de pauvreté... de patience. . . Pour mortifier ses passions, la passion d'indépendance, d'insubordination, l'orgueil du siècle.. . il se fait gloire de n'être pas soumis, de résister aux supérieurs, de les amener à changer de dessein... Ah ! ditil, s'il y avait beaucoup de religieux comme moi, les affaires changeraient de face ! Oui, oui, mais ce ne serait pas heureusement... Pour exercer les bonnes œuvres de son état... S'il est professeur... s'il est maître d'études...

6° Enfin le mépris des petites choses, dans l'affaire de l'âme et du salut, C'est d'abord une erreur; car il

n'y a rien de petit dans les affaires spirituelles et surnaturelles. La perfection ne consiste pas tant dans les grandes choses que dans les petites; c'est même une grande chose que d'être fidèle dans les petites choses qui arrivent à chaque instant, qui forment le poids de notre journée, dans lesquelles nous sommes plongés ; taudis que les grandes arrivent plus rarement et ne se maintiennent que par les petites. Profitons des occasions infinies des petites choses pour les bien faire, et nous gagnerons tout; tandis que l'occasion des grandes se présente rarement, et, notre disposition n'étant pas meilleure pour en profiter, nous perdons tout. Au lieu d'envisager tout cela, on se lasse de ces menues observances, on ne les croit bonnes que pour les commençants, on n'y prend plus garde, et de ce degré l'on descend bientôt à un autre, jusqu'à ce qu'on en soit venu à un attiédissement parfait. Car la nature humaine tend à descendre ; une fois dans la pente, qui est toujours terriblement rapide, qui l'arrêtera?

En dernier lieu, la négligence de tous les moyens de se corriger caractérise le tiède. Il ne s*estime pas pécheur, ou du moins pas grand pécheur, il ne songe qu'au peu de bien qu'il fait et il dit : Voilà quelque chose. Il se compare à d'autres religieux qui semblent ne pas le valoir et il dit : Je vaux encore mieux. D'autres fois il lui viendra des doutes ou contre la foi en elle-même ou contre la vérité des conseils évangéliques. Quel déplorable aveuglement! quel funeste état, puisque l'état du péché mortel lui serait préférable !

Voilà les signes caractéristiques de la tiédeur. Ah ! si vous vous y reconnaissez, acceptez franchement et avec reconnaissance cette lumière qui vous vient de Dieu, et puis, en lisant le reste du traité, vous serez éclairé davantage , convaincu jusqu'au fond de l'âme des dangers terribles de votre état, et vous ferez le

Page 1