DES MOTIFS DE SANCTIFIER NOS ACTIONS
Les motifs que nous avons de sanctifier nos actions se tirent : 1° du côté de Dieu ; 2° du côté du prochain ; 3° enfin du côté de nous-mêmes.
1° Motifs pris du côté de Dieu. Dieu a tout fait pour sa gloire : Universa propter semetipsum operatus est Dominus (\), et les œuvres de ses mains sont parfaites ; après avoir créé tout ce qui existe aujourd'hui soit dans le ciel, soit sur la terre, après avoir créé l'homme à son image et à sa ressemblance, il fit comme l'inspection de ses créatures et il vit que tout était bien fait : Vidit cuncla quœ fecerat et erant valde bona (2). Or l'homme, étant
(1) Prov., xvi, 4. — (2) Gen., i; 31.
l'image de Dieu sur la terre, doit suivre l'exemple de son Créateur et, par conséquent, sanctifier toutes ses actions : Inspice et fac secundùm exempter (1). Cet exemple proposé, ce modèle parfait est Jésus-Christ. Maintenant je dis que nous sommes obligés de sanctifier nos actions parce que c'est la volonté de Dieu et qu'il nous intime des ordres pour cela et nous en fait un précepte : Sancti estote quia ego sanctus sum (2).
2° Motifs pris du côté du prochain. Nous sommes chargés de notre' prochain en ce sens que nous ne devons point le scandaliser ; or cependant, c'est ce qui arriverait si nous ne sanctifiions pas nos actions, car les hommes sont portés à suivre leurs exemples mutuels, surtout s'il s'agit de faire le mal ; en effet, notre perverse volonté se tourne toujours plutôt vers le mal que du côté du bien, et l'on voit facilement combien l'exemple est fort surtout sur l'esprit des jeunes gens : ainsi quelle ne serait pas ma faute si, par le mauvais exemple que je donnerais, j'étais la cause de la ruine spirituelle de quelques-uns de ceux qui vivent avec moi ! J'aurais toute ma vie à me reprocher d'avoir fait manquer le séminaire, la vocation à des condisciples qui peut-être auraient eu tous les succès possibles dans l'exercice du saint
(1) Exod., xxv, 40. — (2) Lévit., xix, 2.
ministère. D'ailleurs, un prêtre, un ecclésiastique zélé, vertueux, sanctifiant toutes ses actions : Quœ placita sunt Deo facio semper (1), est capable d'opérer un bien incompréhensible, soit qu'il soit envoyé en qualité de collaborateur à un autre prêtre relâché qui a charge d'âmes, car il est capable de le faire sortir de cet état léthargique; soit que luimême il ait charge d'âme?, car il les édifiera, les détournera du mal, les portera au bien et les conduira avec lui au port assuré du salut. Et pour cela il n'est pas nécessaire d'avoir une perfection extraordinaire, d'être homme à miracles, il suffit de bien sanctifier toutes ses actions, de les faire toutes : Ad major cm Bel gloriam (2), en un mot d'imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ ; or, excepté quelques miracles qu'il a opérés pendant sa vie, nous voyons qu'il ne faisait que des choses bien communes. Enfin, un prêtre vertueux sanctifiant ses actions fait régner l'ordre partout (dans sa maison), s'attire l'estime publique et produit des fruits étonnants dans le saint ministère ; et c'est à ce genre de perfection que je dois tendre moimême.
3° Motifs de sanctifier nos actions tirés du côté de nous-mêmes, de nos propres intérêts. En sanctifiant ses actions on vit heureux sur la terre et
(1) Jean, vin. — (2) Saint Ignace.
l'on meurt plein de mérites pour le ciel. En effet, le monde et ses biens peuvent bien faire des dupes, mais jamais ils ne feront des heureux. Saint Augustin disait que, quand il n'avait pas les biens passagers du monde, il les aimait, et, une fois qu'il en était en possession, ils lui devenaient fastidieux : Cîim non habuero, amo; secl, cum habeo, contemno. 11 faut donc s'attachera Dieu seul, puisque lui seul est capable de satisfaire toute la capacité du cœur humain et que tous les autres biens sont des misères d'autant plus dignes d'être pleurées qu'elles ne le sont pas : Falsa félicitas, vera miseria, tantb magis flenda, quanta minus fletur. Aussi saint Augustin dit-il, au premier livre de ses Confessions, chap. Ier, que notre cœur est toujours agité de trouble et d'inquiétude jusqu'à ce qu'il trouve son repos en Dieu : Fecisti nos ad te, Deus, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. Oui, mon Dieiv, vous nous avez faits pour vous, et, si nous ne faisons pas consister tout notre bonheur ici-bas à vous aimer et à vous servir, nous serons malheureux partout sur la terre et dans l'autre vie,, comme aussi si vous nous faites la grâce de ne jamais nous éloigner de la voie de ses commandements, non-seulement nous vivrons heureux ici-bas, mais encore nous mourrons pleins de mérites pour le ciel.
Il faut ajouter à la paix que nous goûterons icibas et qui surpasse tout sentiment : Et pax Deiy quœ exsuperat omnem sensum (1), que les bonnes œuvres que nous aurons faites sur terre nous suivront dans l'éternité : Et opéra eorum sequuntur eos (2), Ici-bas je goûte des délices ineffables au service de Dieu : Servir e Deo regnare est; quelles ne seront pas mes délices dans le ciel si je quitte cette terre avec des jours pleins de mérites ? Or il dépend de moi d'acquérir beaucoup de mérites, car quel poids immense de gloire et de mérites n'acquerrai-je pas pour l'autre vie si je suis fidèle observateur de la règle qui gêne mes penchants et contrarie mes caprices. Je dirai à Dieu comme Job : Vous me tourmentez, Seigneur, d'une façon merveilleuse : Mirabiliter me crucias (3).