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PAR LA CHARITÉ LE BON PASTEUR A LE COEUR DE DIEU

Dieu est amour, et l'amour c'est Dieu : Deus charitas est (3), Mais quel amour! aimer un Dieu... c'est un

(1) Tite, h, 11.— (2) Actes, x, 38. — (3) 1 Jean, iv, 16.

INSTALLATION D'UN CURÉ DANS SA PAROISSE 30 i

amour infini. Le pasteur doit aimer ses paroissiens, dit saint Chrysostonie (1)," comme un bon père aime ses petits enfants : Oportet similiter pastorem ergà subditos afftci, ut si pater ergà liberos suos admodùm infantes afficeretur. C'est les aimer en Dieu. Par sa charité, il devient: Indoctis doctorem, consolatorem pauperum, solatium oppressornm, patrem orphanorum, defensorem viduarumy et omnibus debilorem... tout à tous: Omnibus omnia (2). L'on ne devient pas le docteur des ignorants, le consolateur des pauvres, le soulagement des opprimés, le père des orphelins, le défenseur des veuves et le débiteur de tous, se sacrifiant pour tous, s'il le faut, sans être Dieu et Dieu de charité.

La charité fait encore mieux un Dieu du pasteur que la foi et f exemple, parce que l'amour c'est la consommation en Dieu, soit que ce soit l'amour de Dieu, soit que ce soit l'amour du prochain. Allez donc tous avec confiance, vous avez un Dieu au ciel et vous avez un Dieu sur terre. Pauvres, affligés, désolés par les chagrins, les revers et les malheurs, allez au consolateur, allez, il séchera vos larmes, vous tranquillisera et vous redonnera le bonheur.

Avez-vous, mes Frères, médité votre bonheur ? Vous recevez aujourd'hui un bon pasteur... l'homme de Dieu et le Dieu de l'homme, l'administrateur par excellence, le directeur expérimenté des consciences, le père de ses chers paroissiens, le bras droit de ses amis, le bien- Ci) De Sactrdotio, liber quintus. — (2) 1 Cor., ix, 22.

faiteur de ses ennemis, le docteur de la loi, le prédicateur de la morale, le maître de la paix, le vrai berger de ses ouailles. Suivez ses avis, écoutez-le : Ipsum audite (1). Prenez garde de le contrisler; car, dit le Prophète, celui qui vous touchera me touchera à la prunelle de l'œil : Quienim tetigeritvos, tangit pupillam ocali mei (2). Quand le pasteur n'est pas écouté ni obéi, la paroisse est perdue. Ah ! ce serait bien malheureux, si vous vous jetiez dans des voies perverses et que la paix ne subsistât entre vous et votre pasteur. 11 faut qu'il puisse dire ce que disait la Bouche d'or, il y a quatorze cents ans : « Vous êtes pour moi mon père, ma mère, ma vie, ma grâce : si vous progressez, je suis heureux. Vous êtes ma couronne, ma richesse, mon trésor. Je suis prêt à m'immoler mille fois pour vous... Vous êtes mes concitoyens, mes frères, mes enfants, mes membres, mon corps, ma lumière, et mille fois plus doux que la lumière... voilà que pour votre amour une couronne éternelle m'est préparé : » Vos estis mihi patres, vos mihi mater, vos mihi. vita, vos mihi gratia : Si vos proficitis, mihi placebit. Vos estis corona mea et divitiœ meœ, vos estis thésaurus meus. Ego millies pro vobis immolari paratus sum... Vos mihi cives, fratres, filii, membra, corpus, lux, imb et istâ luce dulciores... Ecce pro charitate vestrâ, corona mihi paratur in future sœculo (3).

N'oubliez jamais, mes Frères, le jour de l'installation,

(1) Mattli., xvu, 5. — (2) Zacharie, n, 9. — (3) Chrysost., page 383 du cinquième volume.

ni les sentiments qu'il a fait naître dans vos cœurs. Oh ! qu'heureux serez-vous avec votre*saint pasteur si vous y persévérez ! Amen.

AFFEL A IiA CHARITE PUB&I^fUE POUR IiA OMifMJDflM lî'UNE ÉGMSE

Zelus domûs tuœ comedit me.

Le zèle de votre maison me dévore.

Ps. lxviii, 10.

Rare et sublime disposition clu saint roi-prophète, sacrifice de bonne odeur devant Dieu ! Il est de l'essence des sacrifices de détruire ou au moins de changer la victime... Or ici la victime est détruite, l'holocauste est parfait ; le zèle de la maison de Dieu s'est infiltré dans son corps comme dans son âme pour pousser ces deux substances à ses fins ; ce zèle l'a dévoré, l'a immolé : Zelus domûs tuœ comedit me. Qu'attendez- vous, mes Frères, d'un zèle si brûlant? ce qu'il a produit en effet. Les préparatifs immenses d'un temple au vrai Dieu, d'une des sept merveilles du monde, la gloire de Jérusalem, le centre d'unité d'Israël, le lieu d'adoration, le pied de Farche d'alliance, la consolation du peuple choisi.

Voilà notre modèle. Dansl'ancienne loi, c'était le zèle des figures qui dévorait les patriarches ; mais dans la

nouvelle loi c'est le zèle de la réalité qui doit animer les chrétiens ; il s'agit ici d'un temple a la Divinité, d'un autel pour le sacrifice réparateur du irenre humain, d'un tabernacle pour Jésus- Christ lui-même : n'est-ce pas que j'éveille votre foi, que j'aiguillonne votre charité ? Le zèle de la maison de Dieu doit vous dévorer, les intérêts de sa gloire doivent vous brûler; comme le bien de votre prochain vous touche vivement, et le vôtre justement ne vous trouve jamais insensibles. Si c'est ainsi que nous aimons Dieu et l'ornement de sa maison, nous ferons avec autant d'empressement que de générosité des sacrifices agréables à ses yeux et utiles à nos frères. La victime que nous immolerons à la gloire de Dieu et au salut clu prochain sera vile et du temps; mais son œuvre sera précieuse et de l'éternité. Notre holocauste gardé et perdu dans nos affaires nous eût peu servi ; mais ici il nous ouvrira la porte du ciel ; notre offrande se changera en fleuron de notre couronne éternelle.

Les motifs qui doivent vous animer au zèle de la maison de Dieu sont pressants; écoutez-les, mes chers Frères, et pénétrez-vous-en profondément.

Trois motifs doivent être comme les trois genres d'aliment qui nourrissent ce zèle. La gloire de Dieu, le bien des âmes, le nôtre propre.

APPEL A LA CHA-RITÈ TUBLIQUE 305

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