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VOS INTÉRÊTS

Votre aumône sera connue de Dieu et récompensée par des bénédictions spirituelles et temporelles : Benedicti erunt qui œdiftcaverint te (1). En contribuant à édifier cette maison de pierre, vous en bâtirez une pour vous qui ne sera pas faite de main d'homme et qui sera éternelle dans les cieux u JEdificationem ex Deo habemus, domum non manufactam, œternam in cœlis (2). Ce que l'homme aura semé, il le recueillera : Quœ seminaverit homo, hœc et met et (3). Si, dit saint Basile, vous avez semé des bénédictions à l'église, vous recueillerez d'amples bénédictions de l'Église : Si seminaveris benedictionem in ecclesiâ, benedictionem de Ecclesiâ metet (A). Faisons le bien à l'égard de tout ce peuple : Operemus bonum ad omnes (5) . Nous en ferons un bien plus grand pour nous-mêmes : Oui, si vous vous montrez généreux, comme je n'en doute pas, les pierres d& cette église déposeront un jour en votre faveur : Lapis depariete cîamabit : et lignum quod inter juncturas œdificiorum est respondebit (6). Votre nom sera gravé sur chacune

(i)Tobie,xin.— (2) II Cor., 5. — (3) Galates, vi.8.^. (4) Saint Fulgence. — (5) Ibid., iO. — (6) Habacuc, h, lt.

d'elles, elles auront reçu le secours de votre bienfaisante charité, elles vous abriteront des dangers de vos ennemis.

Écoutez l' Esprit-Saint, celui qui fait des dons acquerra de l'honneur : Honorem acquit et qui dat munera (1). Honneur devant les hommes et devant Dieu; le mérite en est infini. Parlez, Seigneur : le don que vous avez fait à ce peuple, je le tiens fait à moi-même, puisque c'est pour m' élever une demeure : Mihi fecisti (2). Je vous en récompenserai au centuple : Centuplum accipiet (3). Vous avez bien fait de travailler à ma gloire ; Bene fecisti (4). Si vous le pouvez, faites-le et vous gagnerez beaucoup : Si voies benefac (5) . Qui quinque talenta acceperat, operatus est in m, et lucratua est alia quinque (6).

La reconnaissance de ce peuple sera éternelle. Vous ne sortirez jamais de sa mémoire ni de son cœur. Vos bienfaits passeront de bouche en bouche, de génération en génération, car vous aurez posé la pierre angulaire de ce temple. La liste de votre nom et de votre bienfait se lira et se relira ; Ton proférera ce nom avec respect et vénération, les nobles diptyques en déposeront : réjouissez- vous, non pas de ce que vos noms seront écrits sur du papier, mais de ce qu'ils seront écrits dans le ciel : Gaudete autem,, quod nomina vestra scripta sunt in cœlis (7). Cieux, ouvrez-vous pour rece-

(1) Prov., xxii, 9. — (2) Matth., xxv, 40. — (3) Matth.,xix, 29.— (4) Rois, vin, 18. — (5) Prov., ni, 27. — (6) Matth., xxv, 16.— (7) Luc, viii , 20.

voir, comme des parfums d'agréable odeur, les prières ferventes que ce peuple adressera chaque jour au ciel pour vous. De plus, chaque année, à jour fixe, l'on célébrera une messe solennelle pour les fondateurs de cette église : Hâtez-vous de prendre place dans ce riche Mémento.

Le peu que vous aurez donné sera d'un grand prix. N'hésitez pas de vous faire des amis éternels avec des richesses d'iniquité : Facile vobis amicos de mammond iniquitatis (1) ! Acquérez un trésor que la rouille et les voleurs ne peuvent détruire : Thesaurizate autem vobis thesauros in cœlo : ubi neque œrugo, neque tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt, nec furantur (2). Dieu vous regarde attentivement du haut du ciel, il étend à l'éternité votre bienfait, votre intention, votre bonne volonté : Omnipotent causas singulorum intuebitur (3). Dites alors : Je donnerai avec grand plaisir : Ego libentissime impendam (4). À qui? A vos frères, à vos amis, à des chrétiens comme vous. Si vous étiez privés comme eux de l'avantage incomparable d'avoir une église, vous seriez charmés que l'on vînt à votre secours. Envers ces frères ou plutôt envers Dieu, appauvrissez-vous pour vous enrichir, et vous vous enrichirez précieusement en vous appauvrissant matériellement : ou, plutôt, vous vous enrichirez et ne vous appauvrirez pas, nous Pavons dit.

Nous venons de parler en général ; mais appliquons

(1) Saint Luc, xvi, 9. — (2) Malth., VI, 20.— (3) Job, xxxv, 13. — (4) II Cor., xn, 15.

nos principes à la commune en faveur de laquelle je voudrais ouvrir vos cœurs et vos bourses.

C'est un village de sept ou huit cents âmes, éloigné de toute paroisse, situé au-dessus d'une montagne presque inaccessible ; sol froid, stérile et ingrat, qui toujours a laissé les habitants sinon dans un état d'indigence, à peine dans celui de médiocrité. Les chemins escarpés, les montagnes couvertes de neige depuis octobre jusqu'en juin sont un obstacle souvent invincible aux communications : les offices de la paroisse assise aux pieds des Alpes sont déserts, les catéchismes abandonnés, l'instruction négligée : ou si la jeunesse active veut affronter les rigueurs de la saison ; juvenes eorum comedit ignis (Psaume lxxvii), que n'a-t-elle pas à souffrir des frimas de l'hiver, de la violence impétueuse des vents, des pluies froides, des neiges abondantes de ces hautes montagnes qui perdent leur front dans les nues et dont la cime semble menacer le ciel. Pendant ce temps, les infirmes etles vieillards demeurent privés de toute assistance spirituelle et des secours religieux ; et tel homme qui eût fréquenté les sacrements plusieurs fois dans une année, qui chaque jour eût fait sa visite au saint sacrement, eût assisté à la sainte messe , ne le fera que très-rarement à défaut d'église. Dirai-je sans exagération qu'il est des temps où à peine le ministre de Jésus-Christ peut vaincre les obstacles pour rendre les derniers devoirs aux mourants? Saint François de Sales lui-même l'a éprouvé.

Bon peuple d'un caractère franc et obligeant, ami

de la religion et désirant dans son enceinte élever un temple à la divinité. Manquant de ressources, ce peuple n'a pas oublié que l'Eglise est un grand corps composé de plusieurs membres, que si l'un est faible, l'autre vient l'aider et le fortifier ; épuisé par l'abondance de son offrande, humble et aux pieds de ses frères, il les conjure dans les entrailles de Jésus-Christ de compatir à son malheur et de lui faire son oblation. Permettez-moi de me faire connaître en m' humiliant : je suis l'organe de ce peuple vers vous; je fais le sacrifice de mes aises et de mes moments pour cette bonne œuvre; que celui qui a du zèle pour la maison de Dieu le fasse connaître en cette circonstance : Omnis qui zelum habet, exeat post me (1).

Eh bien, mes Frères, vous reconnaissez la nécessité de bâtir cette église dans votre diocèse, d'aider par conséquent vos compatriotes : la gloire de Dieu, leur bien et le vôtre vous ont touchés ; jetez donc les fondements de cet édifice sur les montagnes : Fundamenta ejus in montibus sanctis (2). Montez sur cette montagne, dit le Seigneur, portez-y les bois, placez les pierres solides, bâtissez donc ma maison ; elle me sera agréable et j'y serai glorifié : Ascendite in montent, portate ligna et œdifîcate domum : et acceptabilis mihi erit, et glorificabor (3). Que la montagne de Sion se réjouisse et que les filles de Juda tressaillent d'allégresse : Lœtetur mon* Sion, et exultent filiœ Judœ {II). Réjouissez-vous, peuple

(I) Machab., u, 27. — (2) Ps. lxxxvi, 1. — (3) Agfgée, 1. — (4) Ps,

XLY1I, 12.

fidèle, dans ce que je vais vous dire : vos vœux seront accomplis, et nous irons tous dans la maison du Seigneur et dans le temps et dans l'éternité : Lœtatus sum in his quœ dicta sunt mihi : in domum Domini ïbimus. Amen.

CARACTÈRE MOMAL BIT prÈTRÎÏ

Le scandale a fixé sur terre son empire, il a marché en conquérant et il a séduit tous les hommes. Le prêtre lui-même a été scandalisé par le peuple et par le prêtre, et le prêtre a scandalisé lui-même Je peuple et le prêtre. L'imitation est une loi de l'humanité; l'on imite le bien, l'on imite le mal. Selon que Ton voit agir une puissance, l'on se jette à la vertu ou l'on se précipite au vice. Cependant la propension au mal est plus forte que la propension au bien, et outre cela l'on peut avancer que nos mœurs actuelles sont tellement délayées, nous avons hérité d'un passé de cinq siècles qui embrouille tellement nos idées et nos habitudes, que le mal fait un procès interminable à la vertu ; et le prêtre y participe autant et pent-être plus que les aiitres.

Le prêtre sans doute n'a pas la prétention de changer la signification clés mots, et les voici, les mots : Celui qui ne vit pas dans le détachement de toutes choses,

(f)Ps. cxxi, i. -

dans la mortification des sens et dans Y abandon nement de sa propre volonté, devînt-il pape, ne sera jamais disciple de Jésus-Christ; il se servira du monde entier etmême le servira, mais son âme et ses actes sont au démon: Si guis vult post me venir e, abneget semetipsum, et toliat crucem suam, etsequatur me(l). Mortificate ergo membra vestra quœ surit super terram: fornicationem, immunditiam, libidinem, concupiscentîam malam, etavaritiam (2). Nuncautem rcconciliavit in corpore cornu ejus per mortem.; exhibere vos sanctos et immaculatos, et irrépréhensibles coram ipso (3) . Arrachez les oracles des saintes Ecritures. Oh ! méditez-les, au contraire, prêtre du Seigneur, et vous remplirez votre devoir, et vous embaumerez l'univers de vos vertus.

La parole de Dieu qui a condamné l'homme à la pénitence n'a pas fait d'exception en faveur du prêtre : In sudore vultûs tui vesceris pane, donec reverteris in terrain de quel sumptus es : quia pulvis es, et in pulverem reverteris (h). Et la parole divine ne se rétracte jamais, parce qu'elle est infaillible. L'homme qui veut s'unir à Dieu doit porter sur lui-même le signe de sa mission, sans cela il sera désavoué par son maître. Faisons attention ! 11 est une loi dans l'humanité, et c'est ici la deuxième que je cite, c'est que la civilisation, puis le sensualisme et enfin le confortable ont désorganisé la vie des nations, précisément parce qu'ils sont opposés à la vérité évangélique, et cette loi générale devient

(l)Matth., xvi, 24.— (2) Col., m, 5.— (3) Coloss., i, 22.— (4) Genèse, III, 19.

individuelle ; et c'est pour le prêtre plus" que pour les fidèles.

Le prêtre, qui a étudié aux premières sources de la parole divine la nécessité d'imiter le Fils, dont la loi unique était d'être obéissant à son Père, devrait chercher par tous les moyens à sanctifier sa vie, à suivre l'Évangile et à en glorifier la vérité. Quelle transformation s'opérerait en lai-même !

Mais lachair de l'homme est bien faible, et, si l'esprit du prêtre a reçu une culture divine, son initiation à toutes les faiblesses humaines produit chez lui un effet de combustion dont il ne semble pas pouvoir rester le maître. Alors il devient accessible à la vie des sens et il s'y précipite ; l'imagination, qui n'est pas la conscience, proteste de l'innocence de sa vie s'il arrive à commettre l'iniquité et à s'écrier avec les hommes du monde, cela est-il croyable? je n'ai ni tué ni volé. J'ai la triste expérience de ceque j'avance.

Quand un prêtre se ment à lui-même : mentiia est iniquitas sibl (l), et que les lois de la conscience n'ont plus d'effet sur lui, il n'y a plus de Dieu en lui, mais l'homme : plus de chrétien, mais le païen : et ne croyez point que j'exagère ; plus de prêtre, mais le profane administrateur; plus de Dieu, plus de chrétien, plus de prêtre, et voilà ses titres de gloire î Mais le pur homme, le vrai païen et le profane administrateur; voilà ses abaissements et tout son avilissement ! Se comprend-il? Et homo9 cùm in honore esset, non intellexit;

(1) Ps. xxv f, 12.

comparalus est jumentis imipientibus, et similis factns est Mis (1). Ceci ne se traduit pas.

Si r ambition s'offre à ses yeux, pour lui c'est naturel et il n'en est pas ébloui du tout, parce que l'orgueil lui dit toujours qu'il n'est pas à sa place. Il a entendu cle ses oreilles le bruit du crime, la boue de la chair débattue par la chair ; il a ressenti l'enivrement d'une satanique extase ; il a reçu de la bouche de l'homme le souffle d'une infinité de crimes; le poison qui tue tant d'âmes opère sur lui d'une manière infaillible les résultats les plus désastreux... Os super os... conjuncti sunt filiabus vel midieribus eorum et ipsi (sacerdotes)... et mistum est semen sanctum alienigenis gentibus terrœ (2) . Devenu plus furieux sensualiste, il veut être bien nourri, bien vêtu, bien logé et comme à l'abri de toutes les poursuites qui pourraient incommoder sa personne. Il a de l'esprit et du cœur ; il lui faut une occupation pour son esprit et pour son cœur ; il cherche, il recherche, il développe en lui toutes les facultés qui peuvent servir à la fausse mission qu il s'est donnée. Ses attachements deviennent scandaleux, ses amours sont connues, ses vanités sont manifestes et comme affichées. Ambassadeur d'un Dieu: pro Christo ergo legatione fungimur (3), il prend pour soi le respect, les honneurs accordés à son ministère et non pas à lui : supérieur par les immunités et les privilèges de sa condition, il veut attirer à lui tout ce qui sert à l'entretenir dans ses plus douces passions. Dans le monde la loi

il) Ps. xlviii, 13. — (2) III Esdras, vin, 71. — (3) II Cor, x, 20.

n'atteint que les crimes visibles, mais quelle loi pourra donc atteindre* le prêtre qui n'est ni marié, ni banquier, ni magistrat, ni négociant, et qui remplira toutes ses attributions ? Seulement ses délits, selon le langage énergique de l'Apôtre, sont les richesses du monde, de l'enfer et des passions : Delictum illorum divitiœ sunt mundi (1).

Ah ! ici qu'il y aurait à pleurer! à rougir, à se confondre, à se convertir et à rendre gloire à Dieu ! Domine, confusus sîim, et reveritus sum ante faciem tuam, Peccata nostra multiplicata sunt super capita nostra, et iniquitates nostrœ exaltatœ sunt usque ad cœlum (2). Montagnes de crimes, élevées jusqu'aux nues... notre œuvre... nunc date confessionem, et magnificentiam Domino Deo... Et perfidie voluntatem ipsius et discedite à gentibus terrœ, et ab uxoribus alienigenis (3) . Faites la volonté de Dieu qui vous dit: Allez-vous-en, éloignezvous de toutes vos occasions, de ces jeunes gens... de cette femme, épouse étrangère qu'il faut laisser à son

mari... Il faut que monseigneur l'Evêque du diocèse, à sa propre sollicitation, s'il veut se changer, éloigne ce prêtre et lui donne un autre poste.

Quand un homme marche pendant nn temps et qu'il se détourne pour regarder le chemin parcouru, il s'étonne de l'éloignement des montagnes, puis il continue sa route... L'activité des choses qui se passent dans le monde est si grande, que l'homme le mieux

(l)Bom., xi, 12.- (2) III Esdras, vm, 75-76. —(3) III Esdras, », S, 9.

332 REVOIRS DES PRÊTRES

organisé et le plus honnête répond à ses amis qu'il n'a jamais le temps de faire ce qu'il veut. Les fonctions du prêtre, qui s'allient à tout ce qui se passe dans l'intérieur des familles, se multiplient tellement pour son esprit, qu'il est pressé, dévoré par cette fatalité qui s'attache à ses faux plaisirs, qu'il ne peut plus s'apercevoir que l'esprit de Dieu a cessé de bénir toutes ses œuvres et de les féconder. Trésorier des dons de Dieu, dispensateur de ses mystères : dispensatores mysteriomm Dei (1), il devait donner aux autres l'aliment spirituel, et c'est lui qui le reçoit: il devait les former, et c'est lui qui est formé par eux, Sicut populus^sicsacerdos (2). Le prêtre devient comme le peuple, aussi et plus vicieux; aussi et plus orgueilleux; aussi et plus voluptueux ; aussi et plus avare ; aussi et plus envieux. Il perd la charité à un degré bien plus pernicieux que le peuple ; ses médisancessont plus malignes, ses haines plus invétérées, ses détractions plus envenimées, ses rancunes inextinguibles. Au lieu d'être et de rester ce que Dieu l'a fait, trésorier des dons célestes et dispensateur des grâces, il devient le foyer de toutes les concupiscenceshumaines, et, si Dieu n'avait pourvu aux besoins de son Église par des moyens dont il n'a rendu compte à personne, le prêtre infidèle aurait détruit l'harmonie des droits de Dieu : et c'est dit sans exagération.

Parce que le prêtre est devenu foyer des concupiscences, il est nécessaire que ses passions soient plus vives

(1) 1 Cor., îv, I. — (2) ïsaïe, xxiv, 2.

GARACTÈBE MORAL Ï>U PRÊTRE 333

que celles des hommes ordinaires. Il a aussi plus de facilité sous certains rapports pour les satisfaire. 11 est souvent oisif, et vous savez ce que ne manque jamais de produire l'oisiveté, surtout chez le prêtre : Multam malttiam docuit otiositas (1). Il devient désordonnément sensualisteetne cherche qu'à se satisfaire. Les occasions s'offrent à lui, il les saisit avec empressement et l'incendie chez lui est plus brûlant, le feu plus vif, la volupté plus effrénée.

Le moins que Ton puisse dire aujourd'hui du curé, c'est que c'est un bourgeois. Il est logé comme un bourgeois, habillé plus précieusement que le bourgeois, nourri comme le bourgeois. De tout cela il ne voudrait souffrir aucun retranchement, aucune soustraction. Le confortable de la vie qui est un sensualisme, il le connaît parfaitement, se le définit, prononce le mot avec dé lices et veut absolument l'exécuter pour et sur sa chair Il dîne toujours bien: potage, entrées, rôti et bons vins il ne s'embarrasse pas que Jésus-Christ mangeait du blé broyé dans sa main et il se moque du saint prêtre qui aurait en partage la simplicité évangélique : il veut absolument marcher sur les traces du bourgeois et, s'il pouvait, prendre le ton et les allures de seigneur.

Que l'on ne s'étonne pas, dit saint Grégoire de Nazianze, que la science ne ramène pas à Dieu : Scientiam ad Deum non convertere ne mireris (2). Car la science seule, existât-elle à un haut point, ne produit rien ni sur le cœur ni sur la volonté, si le médecin des âmes a

(1) Eccli., xxxiii, 29. — (2) Oratio xix, 5.

dévié de la route qui lui a été tracée ; le parallèle existe également, disons-le à la honte de notre siècle, pour le médecin du corps. Il devait être le coadjuteur du prêtre, glorifier Dieu, le faire glorifier; et les dons qu'il a reçus n'ont servi qu'à le rendre athée. C'est que l'Évangile avec ses saintes austérités, ses commandemens de se faire violence, a disparu et n'a plus été le vade mecum ni du prêtre ni du médecin : Violenter rapiunt illud (1) . Ceux qui se font violence et qui se mortifient violenter ravissent et emportent la joie, le plaisir^ le bonheur, la santé, la force et finalement la longue vie et le royaume des cieux. Les deux médecins de Târne et du corps devraient s'entendre et être unis, s'aider mutuellement, appuyés sur les vrais principes de la foi, et ils guériraient l'humanité.

Il serait inutile de chercher ailleurs la source du mal : quand on connaît la cause, l'effet doit se produire. Le chrétien est appelé à gagner le ciel et non pas à perfectionner ses sens, à les restaurer et à les mettre dans un état splendide; plus l'on voudra le faire, plus l'on sera malade sous tous rapports : celui qui s'insurge contre cette grande vérité tombera dans la faute d'Adam qui voulait devenir Dieu par la science, lui qui n'était que cendre et poussière.

Parce que le prêtre n'est plus évangélique, il commet de grandes fautes; les crimes surprennent Dieu, écoutez -le : Quid est quod dilectus meus in domo med fecit scelera multa (2)? Quoi donc? qu'est-ce? mon ' (1) Matth., il, 12. — (2) Jérémie, xi, 15.

bien -aimé, mon prêtre commet beaucoup de crimes dans ma maison, dans mon église? Ces crimes sont plus grands que ceux des autres parce que le prêtre pèche avec plus de connaissance, avec plus d'ingratitude et avec plus de malice : parce qu'il est revêtu d'un caractère de sainteté qui fait que tous ceux qui connaissent ses crimes sont ébahis et scandalisés, et puis il est ministre de Jésus-Christ ! Sic nos existïmet homo ut ministros Christi (1).

Mais cela est-il bien vrai que le prêtre commet ces crimes? Erat ergb peccatum puerorum grande nimis coràm Domino : c'étaient des prêtres, les enfants d'Héli; Ophni et Phinées,tels étaient leurs noms, filii Belial, nescientes Dominum (2) ; leurs crimes étaient trop grands devaut le Seigneur : grande nimis (3). Les crimes de nos prêtres d'aujourd'hui sont plus grands et plus multipliés. Il faut l'avancer sans crainte.

Un saint homme dit : Qu'est-ce que le prêtre ? Vous croyez qu'il va répondre comme à l'ordinaire : C'est le ministre de Jésus-Christ, son lieutenant, un autre Jésus- Christ, alter Christus (h) . Pas du tout, c'est le contraire.

Qu'est-ce que le prêtre? C'est les sept péchés capitaux dans leur intensité réunis sur la tête d'un homme. L'orgueil, il en est pétri : Vanus in superbiam erigitur{h) . L'avarice, c'en est un scélérat : Avaro nil scelestius ((5). La luxure, il s'y vautre : Sus Iota in volutabro luti (7).

(1)1 Cor., iv, 1.— (2)1 Rois, u, 1*2. — (â) Ibid., verset 17.— (4) Saint Moa, — (5) Job, xi, 12.— (6) Eccli., x, 9. — (7)11 Pierre; n, 22.

33(3 BEYÛIRS DES PRÊTRES

L'envie, elle le ronge : Cum invidiâ tabescente (1). La gourmandise, elle le subjugue et l'ivrognerie le ravale ou bien il la porte bien : c'est un consommé gastronome : Multos exterminavit vinum (2). Vœ qui patentes estis ad bibendum vinum, et viri fortes ad miscendam ebrietatèm (3). La colère l'emporte, il ne peut rien supporter cet orgueilleux, cet homme de plaisirs : Exaltabit iram suam (4). La paresse le domine et Fétend mollement : Sollicitudine non pigri (5). Sicut ostium vertitur in cardine suo, ita piger in lectulo suo (6).

Figurez-vous des prêtres, rappelez-les à votre souvenir, et, si vous les avez connus, vus dans les détails de leur conduite, vous me direz si je ne peins pas au vrai. Otez le caractère sacerdotal, et vous trouverez les hommes les plus vils et les plus méprisables, je vais jusqu'à dire, des êtres dégradés. Alors je m'écrie avec le prophète royal : Salvum me fac. Domine, quoniam defecit sanctus (7), il n'y a plus de saint, ce n'est pas cela; car il y en aura toujours, mais c'est qu'il n'y a plus de saint prêtre; le saint ici, c'est le prêtre; or defecit : pourquoi ? Quoniam diminutœ sunt veritates à filiis hominum (8). Et Vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum (9), la vérité a disparu du monde, elle est remontée au ciel, lieu de son origine, parce que les hommes l'ont rejetée. Et alors tous, le prêtre comme

(1) Sugesse, vi, 25. —(2) Eccli., xxxi, 30. —(3) Isaïe, v, 22.'— (4) Eccli., xxvin, 12. — (5) Rom., xn, 11. — (6) Prov., xxvï, 14.— O Ps. xi, 2. — (8) Ifoid. — (9) lbid., verset 3»

les autres, disent le mensonge et chantent la vanité. Ici je parle de la conversation, je ne parle pas de la chaire.

Ou le prêtre est impie ou sa foi est morte. Des impies, j'en connais, et je les couvre de ce témoignage comme d'un anathème : Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus(i). Que le prêtre arrive à l'impiété, c'est presque incroyable ; et cependant cela est. Disons, et hâtons-nous de le dire, que c'est par rares exceptions; Mais, s'il n'est pas impie, sa foi est tellement endormie qu'il agit comme s'il était impie : Omnes declinaverimt, simul inutiles facti sant (2). Comme le sacerdoce a dégénéré ! Combien de prêtres inutiles, qui ne font rien, qui laissent en friche la vigne du Seigneur, qui mangent, qui boivent et qui dorment ! Voilà tout ! Ils ne prient pas, ils n'étudient pas, ils n'administrent pas, ces vrais ministres d'un Dieu. Inutiles : êtres inutiles, êtres parasites î

Mais les autres ! Corrupti sunt, et abominabiles facti sunt in studiis suis (3) , les paroles du prophète ne sont pas trop fortes : Corrupti, corrompus jusqu'à la moelle des os : abominables dans leurs recherches, dans leurs investigations, dans leurs désirs et dans le choix de leurs victimes. Abominabiles facti sunt in studiis suis.,.% une jeune personne, une servante, une femme mariée, une veuve. Je n'oserais traduire les saints que j'ai lus à cet égard, surtout dans une double traduction. Oserai-je prononcer ces mots qui sont de Dieu, puisqu'ils

(l) Ps. xni, 1. — (2) Ibid., 3.— (3) îbid., 1.

se trouvent dans nos Écritures sacrées ! Fornications, adultères^ monstruosités ! Et quelquefois ils ont dérobé à la lumière le fruit de leurs crimes ! Propter quod iradidit illos Deus in desideria cor dis eorum, in immunditiam... Qui commutaverunt veritatem Dei in mendacium; et coluerunt, et servierunt creaturœ potins quàm creatori, qui est benedictus in sœcula. Amen (1).

Mais en outre, voici leurs caractères et leurs vices : Tradidit illos Deus in reprobum sensum, ut faciant ea quœ non conveniunt. Replelos omni iniquitate, malitiâ, fornicatione, avaritiâ, plenos invidiâ, homicidio, dolo, malignitate, detractores, superbos, incompositos, sine misericordiâ (3). Les voilà caractérisés par le détail du grand Paul. Mais voici ce qu'il ajoute : Qui talia agunt, digni sunt morte : et non solùm qui ea faciunt, sed etiam qui consentiunt facientibus (3) . Ils sont dignes de mort, ceux qui tuent leurs enfants, qui empoisonnent leurs concubines, qui s'aident à donner la mort à un homme, qui se débarrassent violemment d'une parente pour se

livrera une étrangère ceux qui ne sont poussés

dans les actes de leur vie que par Ja haine, l'envie, la jalousie, la rancune, la ruse, l'astuce, l'hypocrisie,

la fourberie, la dissimulation, la concussion les

prêtres injustes, dissolus, fiers et orgueilleux, durs pour le prochain et sans charité. De tels prêtres ne s'estiment plus et ne s'aiment plus entre eux. Ils parlent contre leurs confrères, ils se dénoncent, se ja-

(i) Rom., î, 24, 25.— (2) Ibid., versets 28, 29, 30, 31. — (3) Rom., l, 32.

lousent et voudraient pouvoir se ruiner mutuellement : Et qui amat primatum gerere in eis, Diotrephes, non recipit nos. . . Verbis malignis garriens in nos (1) . Dans le clergé il n'y a plus de charité, plus de concorde, plus d'union, plus de paix, mais la lutte. Dans les autres états de la société, les gens de la même profession se soutiennent; dans le clergé l'on se déprime. Et soyez sûr que ce que vous dites et ce que vous faites contre vos frères vous retombe dessus. Dans ce corps divin qui devrait être si saint et si uni, il n'y a plus de bénignes interprétations des paroles et des actions; mais tout est empoisonné. Le mal est grossi, les défauts triplés, les vues dénaturées, les intentions transformées. Grand Dieu ! que de mal dans ce corps ! Il est cependant destiné à donner la lumière au monde, à diriger les peuples, à régénérer la société en moralisant les hommes ; et puis, lui est immoral ! Il doit sanctifier les âmes, et les prêtres se perdent! Il doit montrer les sentiers de la vérité, et lui marche dans les routes du mensonge !

Il en est qui, après avoir commis ces crimes, montent à l'autel avec audace, sans s'être réconciliés avec Dieu non-seulement par l'absolution reçue, mais par les larmes répandues sur leurs forfaits : ah ! ceux-là sont de grands scélérats. Ils abusent du sang de Jésus-Christ, mangent leur condamnation et consomment leur réprobation.

Qu'avons-nous à faire, nous qui sommes coupables?

(1) III Jean, 9,10.

340 DFVOIRS DES PRÊTRES

Ah ! nous convertir, faire pénitence, abandonner le monde qui nous a perdus, reprendre notre .règlement du séminaire et le suivre ponctuellement. Si nous avons scandalisé les peuples, il faut réparer nos scandales par l'éclat de notre conversion Que si

les prémices de notre ministère étaient saintes dans notre personne innocente, la masse le redeviendra dans notre personne pénitente; et, si la racine Tétait aussi dans le principe, les branches le seront dans la suite : Qubd si delibatio sancta est, et massa : et si radix sancta, et rami(i). Prions le Seigneur et les anges qu'il en soit ainsi.

Confirmate corda vestra exempta accipite exitûs

mali, laboris et patientiœ.*. quoniam misericors Dominus est, et miserai or (2). Amen*

Glorificate et portate Deumin corpore vestro.

Glorifiez ketJ portez Dieu dans votre corps.

I Cor., vi, 20.

En ce grand jour pour la paroisse, à la vue de l'édifice monumental qui nous réunit ici, je n'ai pas pensé trouver dans tout le code de nos saintes Écritures un

(1) Rom, xi, 16. — (2) Jacques, v, 8-10-1K

texte à mon discours mieux adapté à la circonstance et plus fécond en salutaires réflexions. Voici vraiment la dernière maison du corps et en même temps, tout son triomphe. C'est pourquoi le grand Paul dit : Glorifiez et portez Dieu dans votre corps : Glorificate et portate Deum in corpore vestro. Portez-le pendant votre vie, portez-le jusqu'à [la mort, et votre-corps trouvera ici le gage de l'incorruption et le champ de l'immortalité : Oportett enim corruptibile hoc induere incorruptionem et mortale hoc induere immortalitatem (1).

Tes corps, ô paroisse ! portant Dieu dans leurs yeux, dans leurs oreilles, dans leur langue, dans leurs mains et leurs pieds, par la sainteté, la vertu et les pratiques du christianisme ne seront point apportés ici comme morts mais comme dormant, car, dit toujours saint Paul, nous ne voulons point vous laisser ignorer le sort de ceux qui dorment, afin que vous ne soyez pas centristes comme ceux qui n'ont point d'espérance : Nolumus autem vos ignorare, fratres, de dormientibus, ut non contristemini sicut et cœteri qui spem non habent (2). Jésus-Ghrist ressuscité devient les prémices des dormants : Nunc autem Christus resurrexit àmortuis primitice dormientibus (3) . Un jour la mort de ces saints dormants sera absorbée par la victoire de résurrection et une voix s'écriera : 0 mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon? Ubi est, mors, Victoria tua? Ubi est, mors, stimulus tuus (4) ?

(1) I Cor., xv, 53. — (?) I ThcbsaL, iv, 12. — (3) I Cor., xv, 20. — (4) 1 Cor., xv, 55.

342 DEVOIRS DES PRÊTRES g

Mes Frères, la circonstance ne peut être plus belle pour vous instruire : je la saisis avec avidité, et, remontant jusqu'au principe de notre être, je vous parle du corps et de l'âme, mais surtout du corps, notre cérémonie ayant trait au corps. Sous le rapport que je vous le présenterai il est excellent, de là, ce que les nations ont fait pour l'honorer après la mort, et vous, en faisant un superbe cimetière : de là de pratiques conséquences.

Avant de commencer, je me suis insensiblement entraîné à voir les morts de cette paroisse que j'aime, et à les soulager par une prière : nous prierons Marie de la porter au trône de Dieu :

Deprofundis.

Nous sommes corps et esprit : voilà ce que Dieu nous a donné et comment il nous a faits. Remontons et voyons. Le Seigneur Dieu forma l'homme du limon de la terre ; il répandit sur sa face un souffle de vie et l'homme devint vivant et animé \ Formavit igitur Dominus Deus hominem de limo terrœ, et inspiravit in faciem ejus spiraculum vitœ, etfactus est homo in animant viventem (1).

Notre esprit est destiné au bonheur, indépendamment de notre corps et de son destin. Ainsi, que le corps soit inhumé honorablement ou non, qu'il repose dans un beau lieu comme celui-ci, ou qu'il soit jeté à la voirie, roulant dans les torrents, englouti dans les

(I) Genèse, u, 7.

abîmes de la mer, l'âme, notre âme, s'envole toujours vers les célestes régions.

Considérons notre corps et voyons combien il est noble et excellent sous les rapports que je vais signaler. 1° Enfant de la terre. 2° Ouvrage de Dieu. 3° Habit de l'âme et son intime. h° Membre de Jésus-Christ, temple du Saint-Esprit. 5° Destiné à la résurrection et à la spiritualisation.

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