‹ Devoirs des prêtresChapitre 7 sur 54 · PS. XVI · texte numérisé non relu

PS. XVI

nos actions puissent être dites dans Tordre, il faut qu'elles aient une certaine conformité et convenance avec notre état et condition ; en second lieu avec la majesté de Dieu, en vue de qui nous agissons; en troisième lieu avec l'esprit et les mérites de Jésus-Christ, par qui nous agissons, et enfin nos actions doivent avoir des rapports de convenance avec le temps et les circonstances où nous agissons ; si nos actions ont ces rapports, certainement nous ne travaillons pas pour nous-mêmes, mais bien pour la gloire de Dieu,

I. Nos actions doivent être conformes à notre état, car Dieu dans la création l'a ainsi réglé ; il a donné aux créatures diverses conditions, et c'est pour que, remplissant leurs fonctions, elles arrivent au but qui leur a été assigné par le Créateur (1). Germinet terra herbam virentem et facientem semen, et lignum pomiferum faciens fructum juxta genus suum, cajus semen in semetipso sit super terrain (2). Ainsi chaque état a ses règlements à suivre pour sanctifier ses actions, et il ne faut pas vouloir s'en détourner pour se singulariser, pour s'élever peut-être plus haut que l'on ne lest en effet, ou pour faire des actions souvent indignes de son état et de sa condition. Très-souvent ces actions extraordinaires qui nous parais-

(1) Voyez Vlnlroduciion à la Vie dévote de saint François de Sales, I'9 partie, ch. m. — (2) Gen., i, 11.

sent excellentes, sont des pièges que le démon nous tend pour nous faire déchoir de notre état, de notre vertu, nous faire tomber dans ses filets et nous conduire plus sûrement dans l'abîme. Nous devons donc beaucoup nous défier de ces sortes de tentations du malin esprit. De ces voies extraordinaires que Ton voudrait suivre et que l'on suit quelquefois imprudemment, il en résulte de très-mauvais effets, car l'on donne occasion aux médisances, peut-être aux calomnies, aux railleries, l'on manque peut-être de charité envers ses confrères, comme eux-mêmes peuvent en manquer envers nous. Je ne prétends cependant pas qu'une voie extraordinaire dans ses actions soit tout à fait impossible, car nous voyons une multitude de saints qui l'ont suivie ; mais pour cela nous devons bien réfléchir, consulter notre directeur qui est l'interprète de la volonté du Seigneur et suivre ses avis. En conséquence je dois prendre la résolution de faire en sorte que mes actions soient toujours en rapports de conformité et de convenance aTec mon état.

II. Il est encore nécessaire qu'elles soient en harmonie avec la majesté divine ; or la majesté divine demande que nos actions soient faites avec attention, ferveur et persévérance.

1° Les actions d'un chrétien et surtout

d'un aspirant au saint ministère doivent être faites avec la plus grande et la plus sérieuse attention; en effet, le Seigneur est esprit, et comme il le dit lui-même, il veut être adoré en esprit et en vérité : Eos qui adorant Patrem in spiritu et ve- ■ vitale (id est in Filio et Spiritu sancto) oportet adorare: nam et Pater taies quœrit (1). Or nous ne pouvons l'adorer en vérité, si nous n'apportons à toutes nos actions l'attention la plus sérieuse.

2° La ferveur est une qualité qui doit encore accompagner nos actions; mais c'est pour ainsi dire une conséquence de l'attention, par conséquent celui qui est attentif est souvent fervent : Servite Domino in lœtitiâ (2). Lœtelur cor quœrentium Dominum. In via testimonium tuorum delectatus sum (3). Hilarem enim datorem diligit Dominus (4). Car l'attention est une sérieuse application à quelque chose, et la ferveur est le fruit de cette sérieuse application, c'està-dire que,, quand on est véritablement fervent, on fait ses actions, quoique difficiles et gênantes, avec plaisir et avec joie, on a même de grandes délices de pouvoir assujettir sa volonté à celle de Dieu dans les actions épineuses ; or ces deux choses ont des rapports de convenance si étroits, que, quand on a une de ces choses

(i) S.Nil., cap. de orat. 55. — (2) Ps, xcix. — (3) Ps. cxvm. — (4) lad Cor., ix, 7.

on les possède toutes deux. Ainsi je suis bien attentif à mes prières tant vocales que mentales, alors la ferveur est aussi comme nécessairement concomitante. Oui, une personne qui fait avec grande attention toutes ses actions aura aussi certainement la ferveur pour compagne fidèle et presque inséparable, l'expérience journalière en est une preuve invincible. En effet, voyez une personne qui, du matin jusqu'au soir, travaille avec attention, elle est fervente dans ses actes; cela est si vrai, que l'homme ne peut pas donner une attention sérieuse à une chose qui lui déplaît. Cependant il peut arriver quelquefois que, quoique bien attentifs et appliqués, nous éprouvions des sécheresses et des stérilités dans nos exercices de piété surtout : Maledictus qui facit opus Dei negligenter. Inutilem servum ejicite in tenebras exteriores (1). Mais ce sont ou des punitions ou des épreuves de la divine Providence, et voici la pierre de touche : si malgré ces aridités et ces sécheresses qui nous surviennent nous continuons nos exercices comme à l'ordinaire, c'est une marque infaillible que nous sommes véritablement fervents ; comme aussi si nous abandonnons nos actions sur le coup, c'est un signe du défaut presque entier de ferveur dans nous. Quand il

(1) Matth., xxv, 30.

nous arrive de semblables moments de sécheresse, nous ne devons pas nous déconcerter, mais au contraire nous animer; nous suivrons en cela l'exemple de notre divin Sauveur, car nous voyons que dans sa Passion même il faisait de plus longues prières : Factus in agoniâ prolixiùs orabat. Les sécheresses sont pour nous un sujet de mérite. Si nous n'éprouvions point de sécheresses, nous serions bien plus heureux qu'un grand nombre de saints et de saintes, entre autres sainte Thérèse, qui fut pendant vingt ans dans ces sortes de stérilités, et elle sut enfin, de Dieu même, que c'était une épreuve de sa fidélité; mais, au milieu de tout cela, elle ne se décourageait pas, au contraire elle redoublait d'efforts, s'humiliait et enfin elle fut dédommagée par les torrents de délices que le Seigneur versa ensuite avec profusion dans son âme. La ferveur est nécessaire pour persévérer. Pour ne point se dissiper, il ne faut jamais faire qu'une chose à la fois, Dieu n'en demande pas davantage : Age quod agis; l'attention tombe nécessairement quand elle est partagée : Impar guisque invenitur ad singula diim confusâ mente dividitur (I).

3° Agissons enfin avec persévérance : Esto firmus in via Domini (2) ; c'est peut-être le point le

(1) S. Grég. - (2)Eccl., v, 12.

plus difficile à remplir, et saint Bernard l'appelle une espèce de martyre. En effet, on voit dans les communautés bien des personnes travailler avec ferveur quand elles se sentent de l'attrait pour Dieu; mais il est bien rare de les- voir agir sans se rebuter ; cependant la persévérance est nécessaire : N&mo mittens manum ad aratrum, et respiciens rétro, aptus est regno Dei (1). Esta fidelis usquè ad mortem et dabo tibi coronam vitœ (2) . Qui autem perseveraverit usque ad finem, hic salvus erit (3). Hic> disait M. d'Aranthon, évêque de Genève : Hic et non alius.

III. Pour que nos actions soient dans l'ordre, il faut qu'elles aient une entière conformité avec l'esprit de Jésus-Christ par qui nous agissons. Cette relation de convenance de nos actes avec l'esprit de Jésus-Christ est nécessaire, parce que c'est une certaine union qui rend nos actions agréables à Dieu et méritoires pour nous; en effet, nous sommes les membres de Jésus-Christ, et Jésus-Christ est le chef ; comme les membres d'un corps doivent être unis à leur chef, ainsi nos actions doivent avoir de l'union, de la conformité avec l'esprit de Jésus-Christ pour être méritoires selon ces paroles : Sicut palmes non potest ferre fructum à semetipso, nisi manserit in

(1) Luc, îx. — (2) Apoc, u, 10. — (3) Matlh., x, 22.

vite : sic nec vos nisi in me manseritis (1). Voilà pourquoi l'Eglise, notre mère, qui est chargée de promulguer aux chrétiens, ses enfants, la loi de Jésus-Christ, son époux, termine toutes ses oraisons, ses prières par ces paroles :Per Dominum nostrum Jesum Christum. Nous voyons que M. d'Aranthon, évêque de Genève, dans sa disposition à la mort, prie ses directeurs de lui faire des actes d'adhérence à Jésus-Christ en ces termes que l'Eglise emploie dans le saint sacrifice de la messe : Per ipsum, cum ipso, et in ipso est tibi Patri in unitate Spiritûs sa?icti omnis honor et gloria. Si nos actions sont douées de cette qualité, elles seront agréables à Dieu et méritoires pour nous.

ÏV. Mais, pour que nos actions soient entièrement dans Tordre, il faut encore qu'elles soient faites dans le temps et le lieu convenables. En effet, un séminariste qui ne donnerait pas cette qualité à ses actions troublerait Tordre de la maison, ne suivrait pas le règlement, et par conséquent ne ferait pas la volonté de Dieu, puisque la règle est l'expression de cette divine volonté. Je dois donc faire tous mes exercices, même ceux qui paraissent les moindres, en temps et lieu convenables, fixés par la règle, de cette sorte je

(1) Jean, xv, 4.

ferai la volonté de Dieu, en exécutant les ordres de mes supérieurs, et j'acquerrai des mérites pour le ciel. Un bon séminariste doit encore faire ses actions de la manière convenable et comme le prescrit le règlement, parce que autrement, faisant sa volonté propre, il ne ferait pas celle de Dieu, et ses actions seraient rejetées.

Nox prœcessit, mais aussi dies appropinquavit : que nous reste- t-il donc à faire ? Apprenons- le du même apôtre : Abjiciamus ergb opéra lenebrarum et induamus arma lucis (i). Disons encore avec le saint roi David : Persequar inimicos meos et comprehendam illos et non convertar donec deficiant (2).

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