‹ Devoirs du citoyen [microforme]Chapitre 11 sur 16 · RES RES SAR 2 IE · texte numérisé non relu

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C'est sur la terre de la patrie que nous avons reçu l’éducation qui a développé n0s fucultés intellectuelles et morales, enrichi notre esprit de connaissances précieuses, et mis en nous l’aptitude a servir los autres. A elle se rattachent les plus doux souvenirs du jeune âge, et c'est dans son sein que nous nous flattons de réaliser les espérances que nous formons pour l'avenir. La patrie, elle nous donne un nom, une physionomie qui nous distinguent de ceux qui forment les autres nations. C’est pour nous une autre famille qui demande nos affections, et nous impose des devoirs à remplir à son égard. L'indifférence envers elle, le refus de la setvir n'infligeraient-ils pas quelque chose du déshonneur qui flétrit l'enfant dégénéré qui méconnait ou méprise les auteurs de ses jours? Qui, lorsqu'il entend les accents suppliant de la patrie reclamer son secours, serait sourd à sa voix et lui refuserait le service qu'il pourrait lui rendre ?

Notre patrie, à nous, n'a pas sans doute encore l'importance, la richesse, la gloire des grandes nations: son histoire qui ne remonte guères qu'à trois siècles n'est pas remplie d'événements fameux qui aient eu un retentissement entendu par le monde entier. Mais est-ce que le devoir de l’affection ou de l'assistance filiale ne regarde pas les enfants dont les parents sont de condition obscure ou privés de la fortune ? N’est-il pas au contraire plus urgent, ce semble, lorsque la famille est dans cette condition ?

Notre patrie, au reste, a des titres bien forts à notre zèle pour la servir. Elle n’a sans doute, ni la puissance, ni l'éclat que de long siècles ont acquis à d’autres nations. Toutefois, elle n’est pas si obscure que nous pouvons l’entendre redire. Elle a son renom à l'étranger par ses beautés matérielles, la magnificence des ondes du roi des fleuves qui l’arrosent, ses lacs aux vastes contours, ses rivières aux bords gracieux, ses milliers d’iles féériques, ses promontoires si pittoresques, la situation magique de sa cité de Québec et ce pont gigantesque jeté sur le St, Laurent la plus

grande merveille du monde en ce genre. Elle a une his-

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toire qui rappelle des traits nombreux de courage héroïque, des actes do vertus sublimes, des combats où la gloire s’est attachée à son drapeau, des luttes nationales qui ont fait honneur à notre énergie, à notre persévérance patriotique. Elle a une réputation morale qui est plus honorable que celle des peuples d’un nom plus bruyant, mais qui porte l'éclat du crime. Elle a des institutions d'éducation et de Charité qu'admirent les étrangers qui nous visitent et que, en tenant compte de la population et des ressources, on ne trouve aussi nombreuses, aussi prospères, aussi utiles, en aucune autre société. Elle a un commerce, qui bien loin et dans les plus grandes cités fait compter avec lui. Elle a une littérature que la renommée commence à glorifier.

A ces divers titres, notre patrie doit nous être chère, Pour qui d‘entre ses enfants pourrait-elle être l'objet du mépris ou du moins de l'indifférence ? Qui au contraire ne désire la conservation de tout ce qui constitue notre nationalité, c’est à-dire notre religion, notre langue, nos institutions, les principales dispositions de notre droit civil, et les mœurs qui nous sont propres.

Serons-nous Canadiens Français, ou ne serons-nous pas ?

C’est là la question. C'est le mot fameux du grand tragique : ‘‘{o be or not to be.

Cette horreur que nous sentons à l’idée d’un anéantissement personnel ne nous saisit-elle pas à la crainte d'une extinction nationale ? Sans doute toutes les chances sont contraires au maintien de notre existence comme peuple ayant un nom à lui, une physionomic qui le distingue. On peut appréhender pour un temps plus ou moins éloigné une absorption de notre race dans une population étrangère où ses traces iront s’effaçant de plus on plus. Mais le souvenir du passé est pour nous une espérance pour l’avenir.

Voyez-vous cette colonie française, si peu nombreuse à son origine, disseminée sur un si vaste territoire, luttant avec tant d'énergie et d’intrépidité contre ces ennemis sauvages dont l'intelligence égalait la cruauté ; elle en est victorieuse, et elle les soumet en grand nombre à sa foi et jusqu'à un certain point à seslois. Cette mème population

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