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ne s’est pas découragée sous son climat rigoureux. Peu aidée de la mere patrie, elle a continué son développement avec une héroïque patience. Bientôt il lui faut combattre contre une puissance formidable ; elle est dans la détresse ; la famine la dévore en même temps que la guerre; mais sa valeur fait des prodiges,et d’immortelles victoires attachent à son nom une gloire que la défaite postérieure n’affaiblira pas.
La voici soumise à une nation,ennemie depuis des siècles de sa race, tout récemment encore adversaire de son culte jusqu’à la plus fanatique persécution. IL faut donc qu’elle périsse. Non, la conquéte la préserve des épouvantables malheurs de la révolution française ; la prudence politique qui distingue le gouvernement anglais nous reconnut des droits politiques, dans la crainte d’une annexion à la répu- Llique voisine. Mais surtout la loyauté et en même temps la fermeté du clergé canadien, la parole éloquente élevée avec persévérance et énergie par des citoyens au patriotisme éclairé pour défendre tous nos droits, ont été les moyens dont là Providence s’est servie pour la conservation de notre nationalité.
Toute l’histoire de notre patrie nous la montre sauvée des dangers qui l’ont menacée, par un dévouement généreux de ses enfants à tous ses intérêts. R
Le dévouement, voilà ce qui sera encore sa sauvegarde pour l'avenir. Quelle belle œuvre que de travailler à la conservation d’une société, à la prospérité de la patrie à laquelle on appartient, à la gloire du nom national que l'on porte !
Eh bien ! lu patric, elle fait un appel à tous ses enfants qui sont en mesure de la servir. Elle dit à ceux que le ciel a doué de hautes facultés intellectuelles et à qui il a donné les moyensd’acquérir une forte éducation : n’enfouissez pas vos talents et vos connaissances dans un ignoble repos; en toute occasion, parlez, écrivez, agissez pour défendre mes droits et faire mon honneur. Elle dit à ceux que la fortune comble de ses dons : la richesse ne doit pas être seulement pour vous un moyen de jouissance, de luxe,
d'amusement.. Si vous ne pouvez personnellement me consacrer vos services, que votre main soit assez généreuse pour aider de votre or, les institutions qui entretiennent ma vie, ou les hommes qui peuvent travailler efficacement à maprospérité. Elle dit à coux que l’avidité du gain ou l'ambition dos dignités publiques inclinerait à sacrifier l'intérêt du pays à ce qu'il croient leur avantage personnel; honte à vous si vous méconnaissez le sang qui coule dans vos veines et le nom que vous portez, si l'égoisme l'emporte en vous sur le patriotisme ;. votre mémoire sera flétrie de la note infamante d’apostasie nationale.
Le citoyen, ami de son pays, songe qu'il a à remplir
” envers lui des devoirs qui exigent un dévouement qui va
jusqu'à l’immolation ; ce sera le sacrifice de son repos pour subir les agitations qu'entraine la vie puuliyue ; ce sera le
sacrifice du respect attaché à son nom, pour éffronter les
détractions dont il sera l‘objet de la part d'‘adversaires se croyant tout permis contre quiconque n'appartient pas à leur parti ; ce sera le sacrifice d’une augmentation de richesses,en consacrant l'industrie, qui aurait pu la procurer, aux soins des affaires publiques. Mais voyez: la patrie, quand son territoire est menacé par une force étrangère, elle appelle aux armes tous les citoyens en état de les porter. Le dévouement qu’elle leur demande etque tous s'empressent de lui offrir, c'est l’offrande de leur propre sang prêt à être versé pour sa défense. Une société peut avoir aussi des ennemis intérieurs, qui voulant la détruire, font la guerre à ses institutions, à ses droits, à tout ce qui peut maintenir son existence distinctive. Chacun de ses membres en état de combattre ne doit-il pas se faire soldat pour lui venir en aide. L’inaction dans laquelle on resterait par amour du repos, ou par crainte de s’exposer, ferait porter le nom de lâche, et sur le front de celui que l'intérêt personnel ferait servir la cause de l'ennemi serait | inscrit.ce mot ignominieux : Traitre.
Joignons à ces considérations le - souvenir. d'exemples fameux. Que de traits héroïques de dévouement l'amour de la patrie a inspiré ?
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Voyez chez le peuple de Dieu. Mathathias brave toute
la puissance d’Antiochus pour défendre la loi d'Israël, et
sur le point d'expirer, il fait jurer à ses onfants de mourir pour ce qu'il appelle le testament de leurs pères,serment si généreusement et si glorieusement accompli par Judas Machabée et ses frères.
L'antiquité payenne nous présente des traits de dévoue. ment patriotique qui excitent vivement l'admiration.
Sans doute il y a eu chez les peuples anciens un intérêt :
pour la gloire nationale qui a été excessif, et souvent est devenu un fanatisme auquel ont été sacrifiées la justice et l'humanité. Mais Codrus chez les Athénions, Decius chez les Romains se dévouant à une mort certaine pour assurer le triomphe de leur armée, Régulus donnant
au Sénat dans l'intérêt de la patrie un conseil qu'il sait
devoir amener pour lui d'atroces tortures, ont agi sous l'influence d’une noble et généreuse impulsion du cœur. : Le christianisme a sanctifié l'amour de la patrio, comme tous les autres sentiments légitimes. Chez les peuples éclairés de la foi, le dévouement pour le bien public's’est exprimé par des actes admirables. Je rappellerai un trait entre mille autres. Edouard III, roi d'Angleterre, assiégeait la ville de Calais, il rencontra une longue et opiniâtre résistance. Mais la famine fit demander une capitulution à laquelle ne consentit le vainqueur qu’à la condition que six des principaux habitants de la ville se remettraient entre ses mains pour subir la mort. La population de Ca. lais était dans la consternation ; on n’entendait de toutes parts que des cris déchirants. Mais voici qu'Eustache de St. Pierre se lève et s'offre comme viciime de la vengeance d'Edouard ; cinq autres citoyens imiteni son exemple. Ils sont conduits nuds-pieds et la corde au cou au roi d'Angleterre; celui-ci, dans son exaspération contre la ville qui avait si longtemps résisté à ses attaques, porsista dans son dessein de les faire mourir. Il fallut les sapplications et les larmes de la reine pour arracher à la ‘mort ces hommes qui avait exprimé un si généreux héroisme, Le dévouement à une cause sacrée, c'est là ce qui fait la
gloire de cette magnifique institution du moyen âge, la Chovalerie. Alors quand il s'agissait d’accomplir un devoir, le temps, le lieu, le péril, la dignité n’arrêtait per: sonne. Nul sacrifice personnel, pas même celui de la vie, ne coûtait à accomplir. “ On no calculait pas, a dit Lacordaire, s’il y avait perte ou profit. Lo sang so donne pour rien, ou ne se donno pas, la conscience le paye ici-bas et Dieu là-haut.”
Au siècle dernier, le Chevalier d’Assas s'était éloigné du régiment qu'il commandait pour reconnaître les postes, il est surpris par une colonne ennemie. Aussitôt il est menacé d’être égorgé, s’il ditun seul mot. IL recueille ses forces et il crie : À moi, voici l'ennemi. Il tombe percé de coups, son cri d’alarmes a sauvé son régiment.
Chateaubriand rapportant ce trait dit qu'il a empêché la prescription contre l'honneur dans ce siècle où ce sentiment était déjà si effacé. Le célèbre écrivain que je cite a lui même donné un exemple d'honneur et de courage qu’il est bon de rappeller. Il venait d'être chargé d’une ambassade en Suisse par Bonaparte, alors premier consul ; il apprend le meurtre du duc d'Enghien, il proteste contre ce crime en envoyant le jour même sa démission, bravant la colère de l’homme tout-puissant qui venait de montrer ce que ceux qui lui étaient opposés pouvaient attendre de lui, Cet acte forme un contraste avec le servilisme que bientôt Napoléon, devenu Empereur, allait voir se manifester de toutes parts à ses pieds. À la chuto de Charles X, Chateaubriand, dans la chambre des Päairs, exprima seul et dans les termes les plus énergiques son dévouement à la branche ainée des Bourbons, et renonça à un traitement de 12 mille francs pour ne pas servir le Gouvernement de Louis Philippe. Peu de temps après, par sa parole fameuse à la duchesse de Berry ; Madame, votre fils est mon roi, il s‘est attiré l’emprisonnement. À la même époque vivait un autre personnage d’une grande importance politique, qui après avoir abjuré la dignité épiscopale, s'était fait le serviteur de tous les gouvernements qui s'étaient succédés en France, et quia dit lui aussi une parole célèbre,
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“ Voici le treizième serment de fidélité que je prête, puisse-t-il être lo dernier.” Auquel de ces deux noms Chateaubriand Talleyrand, s'est attachée une gloire plus pure et plus éclatante ? |
Quand on lit lesannales du patriotisme, et dans l'antiquité et chez les peuples modornes,on y voit,le dévouement, le désintéressement briller d’un vif éclat. Que de grands citoyens sont morts pauvres, ayant négligé leur fortune personnelle pour se vouer au service de leur pays. Il serait facile de citer des noms ; il suffit de rappeler ce fait en général pour protester contre le désir de parvenir à la richesse, comme soul motif animant le citoyen à so destiner aux charges de la vie publique.
Sans doute le dévouement est un sacrifice : mais no peut-
on pas diro cependant qu’il est un bonheur ?
Il donne a la conscience la satisfaction que produit l’accomplissement d’un devoir, et au cœur cette exaltation de sentiments pleine de délices, causée par toute belle et grande action que l’on a opérée ; il fait jouir à la pensée de laisser un nom dont l'honneur soit pur de toutes taches, et de donner un noble exemple à des enfunts dont cé serait le plus précieux héritage, ou à des concitoyens qui en seraient les généreux imitateurs. Mais la plus grande récompense de l’homme dévoué à sa patrie, c’est l'aspect même de la part de félicité et de gloire qu’il lui a apportée, et siun motif surnaturel a animé les services qu'il lui a rendus, c'est la conviction qu’il a été agréable à Dieu qui, auteur de la société politique et civile, fait à chacun de ses membres un devoir de travailler, dans la mesure où il le peut, à sa prospérité morale et matériviia.
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