‹ Devoirs du citoyen [microforme]Chapitre 13 sur 16 · LE CITOYEN DOIT ÊTRE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE CITOYEN DOIT ÊTRE RELIGIEUX

Nal ne s'étonnera, jo ponse, { s'entendre dire que le citoyen qui veut servir efficacement sa patrie doit être religieux. La raison de cette assertion est bien évidente. En effot il a été démontré que le vrai citoyen doit être un homme plein de probité et de dévouoment. Or sans la religion il ne saurait y avoir de fondement solide aux ver. tus morales. Logiquement, l'homme qui n'attend rien au delà de la tombe où il doit nécessairement entrer, doit

chercher, non ce qui peut fhire le bonheur des autres, mais ce qui est le plus utile, le plas agréable à lui-même. Les limites étroites dans lesquelles doit se renfermer son existence le forcent de chercher * ouissance par tous les moyens qu'il croit propres à la. .onner. Par l'effet de l'instinct invincible qui le porte à désirer le bonheur, l'égoïsme devient pour lui une nécessité.

Qui donnerait en effet un motif aux services qu'il rendrait à la société ? L'amour de la gloire ? Je le conçois, c'est un mobile puissant sur certaines âmes. Toutefois la gloire, elle n'est attachée qu'à certaines actions d'éclat, à Certaines hautes fonctions dont on a été revêtu. La plupart des citoyens, qui travaillent au bien public le font sans qu'il en résulte pour eux d'autre honneur que celui de la réputation de leur honnêteté et de leur dévouément, qualilités dont l’hypocrisie ne saurait longtemps affecter l‘apparence. D'ailleurs l’orgueil, l'ambition qui se trouveraient au fond des actes de soi glorieux que l’on accomplirait, ne tarderaient pas à se montrer, et ce serait bientôt aux yeux de tous, une fumée qui en rbscurcirait la splendeur,

On va dire : l’homme peut être moral, avoir l’idée du devoir et la force de le remplir, sans être religieux ; ily a des cœurs naturellement généreux, qui se portent par un aoble instinct au dévouement. Ce n’est pas l'avis de Jean

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Jacques Rousseau qui a dit en termes formels : ‘ J'ai longtemps cru que l'on pouvait être honnête homme sans religion, mais l'expérience m'a demontré le contraire.” Toutefbis je ne nie pas que tels et tels individus, qui ne font profession d'aucune croyance religieuse, ne puissent avoir an sentiment moral qui les engage À respecter los droits des autres et même jusqu'à un eertain point, à s’

des sacrifices pour eux. Mais assurément, cela ne se verre pas dans toute une société, ce ne sera que des cas excep> tionnels. Et je dirai que ces hommes doivent, à leur insu, les dispositions morales de leur cœur, à la foi qu'ils rejettent

de leur esprit.

La religion domine la société ; elle proclame une loi que Dieu a enseignée, et pour engager à l'accomplir, elle pré. sente aux hommes le motif de la reconnaissance ot de l'amour qu'ils doivent à leur créateur, etla crainte des châtiments dont il punit la transgression de ces préceptes, Voyez le Christianisme, je dirai plus particulièrement, le catholicisme. Sans cesse il rappelle les devoirs que Dieu a imposés ; il expose l'exemple du Christ pour encourage ment aux plus hautes vertus. Non seulement il fait une obligation rigoureuse de la justice : mais il fait de la charité, ‘du dévouement, une loi dont la violation sera sévèrement punie. Et sa doctrine sur la dignité surnaturelle de l'homme porte, selon l'expression qu'il emploie, à aimer le prochain comme soi-même, à se sacrifier pour lui, jusqu'à la mort même, en certaines circonstances. Ces principes, pénètrant toute la société soumise à son influence, de. viennent les premiers enseignements donnés à l'enfance : ils se gravent dès les premiers jours dans l'esprit et le cœur ; ils forment une conscience qui a horreur de l'injustice et qui sent la beauté du dévouement.

Or voici un homme qui perd la fui ; mais il conserve jusqu’à un certain degré telle disposition à aimer la vertu, à détester le vice, que la religiona mise en lui. Devonu incrédule, il reste honnête homme. C’est une suite de l'enseignement reçu ; le cœur n’est pas si mobile que l'esprit, Aussi tel homme qui ne croit plus au baptème, conserve un

du devoir, et dans le cœur, des sentiments vertueux, ne soit.

plus respirée, peu à pou la conscience se pervertira : s’il en.

reste:assez pour rendre coupable devant Dieu, il n’en restera. pas assez pour Contrôler les passions ; celles-ci aveuglent et.

finissent par ôter a l'âme ce qu’elle avait d'horreur pour tout ce qui est contraire à la probité.

La foi de la société au milieu de laquelle il vit peut

maintenir un citoyen incrédule dans des principes d'équité:

et de générosité : mais quand la religion n’anime plus le. corps social, la vie morale s’y éteint bientôt, et l’égoisme prend dans tous les cœurs le place de la justice et du dévouement.

On répondra peut-être à ces considérations : IL est de l'intérêt de tous que l'ordre soit maintenu dans la société ; chacun trouvant sa protection dans les lois qui régissent celle-ci ne doit rien faire qui trouble l'ordre public. Cette maxime est vraie sans doute comme théorie : mais en réalité est-ce que tout particulier s’en fera dans la pratique une règle de conduite? Rousseau a dit : ‘ Ce que les intérêts particuliers ont de commun ne balance pas ce qu’ils ont d’opposé.”

En effet, dans une foule de circonstances, l‘homme que nulle espérance ou nulle crainte pour la vie future ne contrôle, que nulle loi morale ne guide, croira trouver une jouissance dans un acte que la loi condamne. S'il est sûr de l'impunité, qui lui imposerait une obligation qui tournerait à son détriment ? Si la morale est opposée à son intérét, à quel titre serait-il contraint de la respecter ? Pourquoi laisserait-il à un autre un bien dont il pourrait jouir lui-même, s’il ne reconnait aucun principe de justice ?

Mais va-t-on dire, la raison, un sentiment naturel disent à tons les hommes qu'ils ne doivent point faire aux autres cejqu'‘ils ne voudraient pas qu’on leur fit. La raison ! oh! la passion en triomphe facilement, en la bravant sans cesse, ou en lui opposant un sophisme à l’aide duquel elle croit pouvoir se justifier. La nature dit à l’homme de chercher son plus grand bonheur. ÆEh‘bien! l’homme en proie à une ardente passion, où à un besoin impérieux n'hésite pas

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