‹ Devoirs du citoyen [microforme]Chapitre 4 sur 16 · RE A TS · texte numérisé non relu

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tout ce qu'imposent de fatigue à nos professeurs la préparation de leurs leçons et l’enseignement qu'ils nous donnent dans les classes. :

Demandez à l'homme de lettres quel labeur de pensée a exigé de lui un livre ou simplement une brochure. Voyezle la plume à la main, et la tête dans l'attitude de la réflexion. Quelle contention il impose à son esprit pour le fixer au sujet qu'il veut traiter : quels efforts il fait pour y ramener ses idées si promptes à s'égarer ! Comme il crouse par la méditation son fonds intellectuel pour y trouver une pensée qui corresponde à son désir ! Il réfléchit péni. blement, appelant l'inspiration, et celle ci est quelque fois longtemps sans venir : elle ne se laisse atteindre qu'après de laborieuses recherches. D’autres fois les idées se présentent en assez grand nombre,mais mêlée: les unes aux autres d’ane manière confuse. Alors doit se faire un travail de discernement, de coordination qui fatigue l'esprit. Et puis, il faut apprèter une forme à tout cela. Telle pensée, eommune de soi, a besoin d’être revèêtue d’une image qui lui donne un certain éclat ; à telle autre idee il faut chercher une expression qui en fasse sortir la justesse et la force. Les mots n'arrivent pas toujours si aisément que l’a dit Boileau. Si l’on s'empresse trop d'employer ceux qui se présentent, on ne tarde pas à s'apercevoir que ce sont des vêtements qui ne s'adaptent pas à la conception que l'on veut habiller de manière à la faire paraitre avantageu. sement. Il faut en essayer d’autres. Voici une expression qui, ce-semble, fera bien; mais on remarque, en se relisant, qu’elle a été employée quelques lignes plus haut; elle va faire une répétition contraire au goût, ou bien elle a avec d’autres mots une assonance qui blesse l'oreille. Puis il faut

passer etrepasser la lime sur les divers membres de la phras, pour qu'ils s'adaptent l'un à l’autre, ne forment pas les périodes trop allongées, et présentent un ensemble qui ait une certaine harmonie. Et souvent, que de fois, selon Fexpression du poëte, il faut remettre sur le métier tout son ouvrage, parcequ'on aura remarqué des incohérences dans les pensées, des incorrections ou des inégalités dans le

style. Ce manuscrit, chargé de ratures, de mots interlignés, vous dit toute la fatigue et les soucis de celui qui en est l'auteur. On le pout croire, c'est un rude métier que celui des lettres. Au milieu du travail qu'il impose, on serait tenté de l'appeler avec Salomon, la pire de toutes les occupations. (Eccle. 1. 13.) On a kesoin d'y être encouragé par léspérance de puuvoir en s'y livrant être utile à la cause de la vérité.

Et qu'on ne croie pas que ce soit la faiblesse du talent qui fmpose à l'esprit un si pénible labeur. Fénélon a laissé 18 manuscrits du Télémaque, remplis de corrections. Bossuet se levait à deux heures du matin pour faire travail. ler sa plume à ses immortels ouvrages. Il était là, selon l'expression d'Ozanam, suant sur ses livres, comme le laboureur sur le sillon. Chateaubriand nous dit qu'il passait quelque fois quinze heures de suite à la table où il écrivait, et l’on sait que la magnificence de son style lui a coûté uno laborieuse compusition. On le voit, le génie lui aussi est forcé de subir la loi du travail; les illuminations soudaines qui le constitnont, pour parler lo langage de Bossuet, ne sont que la récomñense donnée par le ciel aux efforts de l'esprit ; c'est l’étincelle qui ne sort de la pierre qu'après un choc quelqre fois péniblement répété.

Tout est dù au travail, l'alimentation qui soutient la vie, l’aisance qui donne des jouissances à l'existence terrestre, le succès qui couronne les entreprises, les productions de l'esprit qui honorent leurs auteurs et servent la société. Dans un pays comme le nôtre où la fortune héréditaire est si rare, le travail personnel est le moyen de remplir une carrière honorable, etde parvenir dans un avenir plus ou moins éloigné à un repos qui sera glorieux, parce qu'il aura été mérité. Mais supposons qu’il ne soit pas nécessaire au bien-être individuel, il reste comme un devoir à remplir envers les autres.

Les riches doivent prendre part aux œuvres d'intérêt publie, favoriser par leurs largesses et lour action personnelle les développements de l’industrie, apporter nn con-

cours efficace aux entreprises propres à faire la prospérité :

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de la ville dont ils sont les citoyens, ou celle de la patrie dont ils sont les enfants. Si leur. instruction et leurs aptitudes le leur perment, qu'ils se fassent un devoir, en ontrant dans les affaires publiques, de servir leur pays dans

les conseils municipaux, dans les assemblées parlementaires,

dans les charges administratives ou gouvernementales aux-

quelles’on les appellerait. L'indolence, même dans les richesses, est indigne de l’homme. Il est né, a dit Job, potr

travailler, comme l'oiseau pour voler. Ilfaut qu'il exeree

cette activité qu'iltient de Dieuet qui doit avoir le bien

pour terme. Quoi ! cet homme voit partout autour de Ii

le travail le plus pénible : la nourriture délicate dont f1

s'alimente, la magnifique demeure qu'il habite, l’ameuble-

ment somptueux de ses salons, tout ce quile fait jouir, à

couté, à nombre de ses frères les plus laborieuses fatigues,

et lui, il insulterait au travail public, général, par. une

ignoble oïisiveté. Qu'il s'en souvienne ; la richesso qui

n'est pas acquise par l’industrie personnelle ou qui se ren-

fermant dans une jouissance égoïste, ne se transforme pas

usqu’à un certain point en bienfaisance pour les autres,

sera remplacée par une ignominieuse indigence, qui selon

l'expression de l’Ecriture, arrivera à pas précipités comme

un coursier rapide (Prov ; 35.) Que de fois l’on a vu là

paresse dissiper de brillantes fortunes !

Ji est des positions sociales, où celui qui les occupe, tout en y cherchant un moyen légitime de parvenir à l’aisance, à la richesse même, a des devoirs à remplir envers des autres, qui demandent de sa part un travail assidu.

Voyez le médecin : ayant reçu une mission, qui n'a pu lui être conférée que par une autorité consciencieuse, laquelle à dû s'assurer de ses aptitudes, il se présente dans la société et il dit: Venez à moi vous qui souffrez,et je vous güérirai ou je vous soulagerai. Et la douleur, sous les formes les plus nombreuses et les plus variées viont à lui en implorant son secours par des supplications touchan. tes, et une famille désolée lui demande la conservation d’un père, d’une mère qui fait tout son soutien, ou la société celle d'an citoyen qui lni rend d'éminents services. Mais i! n'est

pas ua thaumaturge qui puisse guérir par une parole, ou le simple contact. Sa puissance à lui, c'est sa science. Or cette science si importante, il n'a pu l’acquérir que par de daborieuses études, et il faut qu'il l’entretienne, la développe en lui, en consultant souvent ses auteurs pour y tronver Îa lumière qui l’éclaire dans le diagnostic qu'il va établir, et Ja.direction pour le traitement qu'il va employer. La mémoire, on le sait, est loin d'être fidèle à garder dans son enticr le dépot des connaissances qui luiont été confiées. Et puis l’art médical fait des progrès comme les autres ; il 2 505 découvertes au courant desquelles doit se tenir celui qui comprend le devoir de sa profession. Faute des con: naissances que lui donnerait une étude habituelle, cet art ne srait plus qu'un métier empirique. Toute maladie sé. rieuse appelle le médecin au labour d’une profonde réflexion ou à celni de la recherche dans les livres de son art. Je mal s'est insinué quelquefois avou tant de complication dans les plis et replis secrets de l’organisation humaine qu'il faut pour le deviner ou l'atteindre, une grande hab: leté, formée par la science que l’on a acquise, et l'habitude d'une observation pathologique qui a demandé une vigoureuse application des facultés intellectuelles. Et puis, le médecin doit se livrer à une fatigue pénible, à une sollicitude pleine d'anxiété près du patient. Dans nombre de cas, l'ignorance ou la négligence le rendrait homicide. Mais s’ilse livre a l'étude de son art, s’il le pratique avec dévouement, il est l’objet d'une confiance dont il recoit le témoignage dans le grand nombre de ceux qui ont recours à lui : il voit l'honneur attaché à son nom par ses succès, et il éprouve la joie la plus douce à l’aspect de ses triompbes fréquents sur la douleur ct la mort.

Qu'elle est importante aussi pour la société la fonction de l'avocat, du jurisconsulte ! De lui dépend la fortune, la séputation, le bonheur de nombre de familles. Le droit pésente les questions les plus difficiles ; dans nombre de cas il y a tant de complication que les principes généraux de Ja jurisprudence et le texte précis de lu loi ne suffisent pas à les résoudre. Aussi tout code est-il suivi de nombreux

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cularités des faits, se livrer À une mûre réflexion pour ja. ‘

er de l'équité de la reclamation ou de ln défense dont il s'agit de se charger, éclaicir les difficultés par la consult:tion des autours qu'il faut lire quelquefois en assez grand nombre à cause de la variété des opinions qu'on rencontre chez eux ; voir comment telle loi, telle décision des tribnnaux peut s'appliquer au cas en litige, rochercher et trouver le moyen de résoudre les difficultés qui peuvent être offertes à l'opinion que l'on a cru devoir se former.

Après cotte laborieuse amplication de l'espri!, il en fhut une autre pour préparer un plaidoyer où les faits soient exposés avec netteté, les prouves disposées avec ordre, ét l'expression revêtue d’une certaine élégance, qui peut n’êtro pas inutile pour le succès de la cause, et que doit exiger la réputation de l'avocat, surtout si son discours doit être livré à la publicité.

Aussi je le vois cet homme à qui les plus graves intérèts

sont confiés ; il est dans son cabinet, réfléchissant,"compulsant des livres de jurisprudence, prenant des notes, travaillant quelquefois jusqu'à une heure avancée de là nuit. Mais il peut se dire: maintenant je vais faire prévaloir la justice, ramenér l’aisance dans une famille privée frauduleusement de ses biens, réhabiliter une renommée blessée par la calomnie, servir la société en appelant une juste condamnation sur un grand coupable, ou sauver la vie d'un homme dont des accusations fausses ‘ou mal prouvées demandaient la mort. Et lo:squ'il touchera l'émolument que son client lui présentera, il pourra l'accepter avec une conscience satisfaite ; c’est un tribut qu'aura justement mérité son travail.

Et si ses succès au barseau, la réputation de sa science et de son habileté l’appellent sur un siége où il n'a pas à demander, maïs où il à à rendre justice, il sent tout ce que demandent de connaissances légales les sentences qu'il va prononcer sur Îles questions les plus variées, présentées à son tribunal ; alors le travail devient pour lui un devoir

continuel qui ne lui permet guère de connaître le loisir : la nécessité de s’y livrer, tout autant que le sentiment de sa dignité, l'éloigne des délassements du, monde, où lo temps 80 dissipe futilement : la justice est un sacerdoce qui impo. se les plus laborieux devoirs.

La France a été de tout temps distinguée par ses éminonts jurisconsultes ; on les voit assidus à un labeur permanent, et dans l’exercice de leurs charges, et dans leurs études diverses, Le Chancelier l’Hopital et le Président de Thou siégeaient à six houros du matin, donnaient tout lo jour aux soins de leurs emplois, le soir à l'éducation de leurs enfants, et ils partagoaicont encore une grande partie de la nuit entre l'étude etla prière. D'Aguesceau po: édait huit langues mortes ou vivantes, se reposait de ses fatigues de jurisconsulte, en ouvrant un livre d’algèbre, et faisant aux moments perdus des vers que lisait Boileau. Traçant un plan d'étude pour son fils, il veut la lecture des écrivains grecs et latins tout entiers ; il incline pour la connaissance de l’hébreu, conseille celle des diverses langues modernes comme passe-temps pour les vacances ; il professe que l'esprit se délasse suffisammont par le changement seul des matières d'études. Il nous est permis de le dire : ces exemples de travail et de dignité de l’antienne magistrature de la France, ne sont pas sans imitation dans notre pays.

Considérons maintenant le citoyen livré à la vie politique. Membre des assemblées législatives, il prend part à la confection des lois dont le butest d'assurer l'ordre, la sécurité, la justice dans la société, de protéger tous ses intérêts, de lui ouvrir des voies de richesses et de prospérité. Il a sollicité ou du moins accepté le mandat de législateur, quelle charge il s'est imposée ! Le voici sur son siége de - sénateur, de député; on lui demande son opinion sur telle loi. .Va-t-il donner son vote sans avoir examiné si ce projet est utile ou funeste à ses concitoyens ? |

S'il le fait, il agit à l’aveugle ; il serait coupable comme . uu magistrat jugeant une cause sans avoir entendu les parties opposées. Ne doit-:1l pas, avant de se prononcer

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pouvoir dire : je sais ce que je fais : je suis convaineu de l'avantage de cette mesure législative ; j'ai pesé ce qui est pour et ce qui est contre elle ; j'ai des motifs parfaitement raisonnables do lui donner mon assentiment. Mais pour que sa conscience lui permette de parler ainsi, il lui’a fallu se livrer à un travail, qui a consisté à lire attentivement le projet de loi, à en examiner les diverses dispositions, à ré. fléchir mûrement sur les effets qu'elle peut produire, à s'éclairer par une discussion avec quelques-uns de ses collégues qui lui inspirent une juste confiance. Or, vu la multiplicité des projets de loi, dont un certain nombre touchent aux plus graves intérêts de la société, qui sont présentés dans une seule session parlementaire, il est facile de voir quel labeur est imposé à celui qui porte le nom honorable de législateur. La discussion publique ne le dirpense pas d’une étude antérieure des questions débattues : car la variété des opinions qui s’afirment ne permet pas de porter sur le moment un jugement assuré, et la parole habile de tel oratour peut enlever par surprise an assentiment qu'aurait refusé une mûre réflexion. Et ce travail d’un membre du parlement ne devrait-il pas se faire jusqu’à un certain point, en dehors même du temps des réunions législatives, relativoemont du moins aux mesures dont on peut prévoir la discussion à l'assemblée prochaine ? On ne saurait être trop préparé à servir la cause de son pays par une connaissance approfondie detout ce qui concerne ses intérêts.

* Ilest un autre labeur auquel sans doute tous les hommes politiques ne sont par appelés ; mais auquel doivent se livrer ceux qui ont de l'aptitude pour la parole publique. I! faut qu'un eertain nombre de membres d’une législature élèvent la voix pour soutenir ou défendre une loi qu'ils croient utile à leur patrie. Le talent seul ne suffit pas , il faut des connaissances syr la question qui donnent de l’au-

torité à la parole. Non seulement l'intérêt, mais aussi .

l'honneur national demande des orateurs parlementaires qui de la tribune où ils parlent fassent faillir la gloire sur leurs pays. Et si ce n’est relativement qu'un petit nombre

qui aient à prendre part dans des discours d'éclat aux grandes joutés parlementaires,il est p'usieurs membres;qui,sans aspirer à l'honneur d’une brillante éloquence, peuvent faire entendre une opinion qui serait écoutée avec respect, s'ils se donnaient le labeur de préparer un discours où un langage correct èt suffisamment élégant, exprimerait des vues solides qu’on sentirait être le fruit d’études particulières sur la question.

On le voit donc, par ces considérations diverses, ce n’est | aussi qu'à la sueur de leur front, que les hommes d'Etat ji peuvent donner une législation qui entretienne une vie ai torte et heureuse dans la société.

| Oui, notre patrie, elle doit être servie par le travail. Quel encouragement pour nous, qui aspirons à lui être uti les, à nous livrer de tout cœur aux études auxquelles neus sommes appelés. Nous sentons d’ailleurs un avantage précieux de l'éducation classique dans l'habitude qu'elle fait prendre à l'esprit de réfléchir, de concentrer ses facultés sur des objets sérieux. Nous entrevoyons que K labeur : intellectuel rencontrera dans l’indolence de la nature laissée : à elle-même et dans la séduction des futilités mondaines,un obstacle qu’il surmonterait difficilement, si l'on n'y était formé dès le jeune âge. Etnous tacherons de mettre eu pratique la leçon qui nous est souvent répétée.

quil “ Au sortir de cette maison, nous estil dit, vous | | rencontrerez le plaisir sous toutes ses formes vus an demander de lui abandonner ce qu'on appelle les | heures de loisir, ct vous le verrez bientôt tenter d’enva- | hir vos jours tout entiers. Des lectures molles. énervantes,

| propres à séduire l'imagination, volà tout l'aliment qui sera offert à l’avidité de votre esprit. Si vous n'êtes sur à | vos gardes, bientôt vous perdrez cette force intellectuelle 1 | que vous tenez de Dieu, et qui cultivée par le travaï peut être si puissante pour votre félicité, votre honneur ‘et l’a- | vantage de Ja société. L’indolence est la mère de tous les vices, le ver rongeur de toutes les nobles dispositions ; elle

peut tuer dans tel d'entre vous un citoyen destiné à servir glorieusement son pays. L'étude au Collége, l'étude dans

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les diverses conditions de la vie civile où vous serez placés, voilà pour vous le principe de la dignité morale qui conservera votre honneur, la cause du succès qui couronnera vos | œuvres, le moyen de contribuer efficacement à la prospérité de la patrie. Vous trouverez votre récompense dans le devoir que vous aurez accompli, dans les services que

vous aurez rendus, dans l'estime et la gloire méine dont vous recevrez l’hommase.”

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