LE CITOYEN DOIT ÊTRE HONNÈTE
Les qualités intellectuelles, enrichies, fécondées par les connaissances dues au travail, peuvent sans doute permettre à un citoyen de rendre d'éminents services à sa patrie. Mais pour cela, il faut, on le sent, qu’elles soient dirigées par une intention honnête, exploitées par l'amour du bien. Si la rectitude du cœur ne se joint pas à la puissance de l'esprit, celle-ci détournée de sa fin, devient une arme dangereuse qui sera employée au détriment de l’ordre, de la paix, du bonheur public.
Que serait une société d’où la probité serait bannie ? L'intérêt privé, la satifaction des passions personnelles, voilà ce qui serait l'unique mobile des actes des divors citoyens. Dans ses rapports avec les autres, chacun ne chercherait qu’à assouvir son ambition, à satisfaire son amour propre, à trouver une chance de gain. Un citoyen n’eir regarderait un autre, ne considérerait la patrie elle-même, que comme une matière d'exploitation.
La société ne repose que sur une confiance mutuelle entre ses membres. Comment vivre avec ceux dort on se défierait sans cesse ? Comment un homme entrerait-il en relation amicale avec un autre s'il voyait dans les yeux de celui-ci un regard qui cherche à deviner un endroit faible par où il puisse l’attaquer, s'il entendait dans sa parole l'accent de l’astuce et du mensonge, s’il sentait sa main s'approcher de lui pour le dépouiller ?
Vous figurez-vous la société possible avec des hommes qui ne se mettraient nullement en peine d'exprimer !a vérité dans leurs rapports habituels, qui seraient toujours prêts À tromper dès qu’il s'agit de leur moindre intérèt ?
Voici une ville : un certain nombre de ses citoyens, à raison de leur éducation, de leurs relations commerciales, civiles, littéraires ou politique*, des alliances de famille qui
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ont des ramifications dans nombre de maisons, de ce besoin d’épanchement, d'entretien, de communication réciproque d'idées, de sentiments qui cherche à se satisfaire dans les visites, les réunions’ de salon ; voici, dis-je, un certain nombre de citoyens qui à raison de tout cela,forment entre eux ce que l’on appelle la bonne société. Il pout y avoir entre
eux une certaine dissidence. sur des matières d'opinions, :
mais si les uns et les autres sont animés d’une bienveillance mutuelle, s’ils observent la franchise dans leurs procédés, les relations continuent, et avec elles Ja paix, une cortaine affection, une certaine estime qui font de ces rapports sociaux un des grands Churmes de la vie. Mais supposez le manque de sincérité se faisant sentir dans les communications, la perfidie apparaissant sur les lèvres de ceux avec qui on se plaisait à converser, une recherche d'intérêt personne] qui se montre dans tous les procédés, alors la confiance se retire, los bons rapports se rompent, et la cité offre le douloureux spectacle de discordes, de haines qui ne font que s’accroître sous l'influence des détractions mensongères.
La société demande l'honnêteté dans les transactions privées. Sans doute la loi en détermine les çonditions et les sanctionne de son autorité, mais il est facile de l’éluder eu mille circonstances ; et la justice à laquelle on appelle d’une fraude, d'une atteinte à ses biens, à sa réputation, est souvent bien lente à forcer à une restitution, qui d’ailleurs est rarement une réparation adéquate du tort qui a été reçu. Il importe donc qu’il y ait dans les membres du
corps social un sentiment délicat de probité quai fasse hor- .
reur de la possession du bien d’autri en quelque minime quantité qu’il souillât la main. Comme le saint vieillard de l'écriture, l’honnête homme craint d'entendre le bèlement d’un chevreau étranger dans ses étables ; il paye jusqu’à la dernière obole la dette qu'il a contractée : il s’empresse de l’acquitter à la pensée du détriment que le délai ferait souffrir à son créancier. Tout objet reclame un maitre, selon l'adage légal : res clamat domino. Il élève sans césse un cri pénible dans la conscience de celui qui n’en est pas le possesseur légitime : Ceci n'est pas à moi, cette
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