LIVRE m, CHAPITRE IV
gagne-t-on ce qu'on refuse à Dieu? Il nous donne les journées et les années entières , et nous voulons lui disputer , lui enlever un quart d'heure. On veut gagner du temps , c'est-à-dire qu'on veut le refuser à Dieu pour le donner au monde ou à de vains amusemens. C'est qu'on aime mieux s'occuper avec les hommes par des conversations inutiles, que de s'occuper avec Dieu par des conversations salutaires j c'est qu'on préfère des affaires temporelles à celle du salut.
Que doit-on penser de ceux qui prient dans les lieux où tout dissipe, dans des postures qui n'ont rien qui édilie? Ministres indévots, qui , par l'immodestie de leur contenance, manifestent assez que leur intérieur est aussi peu réglé que leur extérieur paraît négligé. Que TEghse doit gémir sur eux , qu'elle est sensible à de tels abus ! En empruntant notre voix , en nous choisissant pour ses organes , elle a prétendu que nous entrerions dans les dispositions dont elle est animée. Faisons-nous quelque violence pour en être pénétrés.
Purifions notre cœur pour que nos prières soient agréables à Dieu. Quelque pécheurs que nous soyons, il nous permet d'approcher de son trône et de lui adresser nos vœux. Hélas ! où en serions-nous , si nos péchés nous empêchaient de lui exposer nos misères? Nos iniquités ne doivent pas nous empêcher d'élever notre voix vers le ciel. Les plus coupables trouvent Dieu sensible à leurs gémissemens , il se laisse fléchir par leurs prières ; mais il faut qu'ils renoncent à l'affec-" lion au péché , qu'ils en aient de la douleur et qu'ils prennent la résolution d'en faire pénitence. Sans cette disposition, leurs péchés, selon l'expression d'un prophète , forment une nuée qu'ils opposent entre Dieu et eux, et qui empêche leurs prières de monter au I ciel , et les grâces d'en descendre (1). Avant d'attirer les miséri- • cordes du Seigneur, il faut désarmer sa justice, au moins par le dé- ; sir de sortir de l'état du péché. Pour obtenir ce que nous demandons j à Dieu, il faut commencer à faire ce qu'il nous commande. Comment ). voulons-nous qu'il fasse notre volonté si nous résistons à la sienne ; 1 qu'il nous remette notre dette , si nous ne voulons rien céder à notre ; prochain; qu'il nous délivre de la tentation, si nous nous y exposons ; qu'il nous accorde des jours plus heureux , si nous n'en jouissions que pour devenir plus coupables? Il faut que la voix de nos actions s'accorde avec la voix de nos prières. C'est le cœur qui doit parler, c'est lui que Dieu regarde, s'il trouve en lui du pen-
(1) Opposuisli nubem tibi , ne transeat oratio. {Thren, cap. 3. v. 44.)
188 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
chant pour le péché , il y voit un obstacle à sa jjrâce {]). Ainsi le pensait David. Ce saint roi ne dit point, si je suis pécheur , Dieu ne m'exaucera pas; celte qualité de pécheur , bien loin d'éloi{]ner Dieu de nous, ne contribue souvent qu'à le rendre plus sensible. David pria après sa chute , et Dieu écouta sa prière, quelque {jrand que fût son crime. C'est qu'il délesta ses iniquités , et c'est ce que nous devons faire. Celles que nous pouvons nous reprocher , ne doivent pas nous empêcher de pi'ier, pourvu que nous en soyons contrits et humiliés, nous trouverons un Dieu propice (2).
Entrons dans cesseniimens d'humilité, regardons-nous comme de pauvres criminels qui ne paraissent qu'avec honte en présence de leur juge , et comme ces indigens que la vue de leurs misères rend timides et confus. Convaincus de noire indignité , persuadons-nous que nous ne mériions pas que Dieu nous écoute. Rien n'attire plus les miséricordes du Seigneur que de pareils seniimens de nousmêmes (3).
A ces dispositions , ajoutons la persévérance. Si Dieu diffère de nous exaucer, ne nous rebutons pas, supportons ces délais (4). Hélas ! nous l'avons bien fait attendre ; combien a-t-il été d'années à nous demander ce sacrifice , cette violence , cette victoire , sans l'obtenir ? n'est-il pas juste qu'il nous refuse à son tour ? Ne nous décourageons pas ; Dieu a ses desseins. Il veut éprouver notre foi et notre confiance , et donner par ce moyen plus de mérite à nos prières. Il sait ce qu'il nous faut , nous pouvons compter sur sa bonté et nous abandonner à sa providence. Les délais et les refus nous rebutent-ils dans le monde? ne nous rendent-ils pas au contraire plus actifs et plus ardens à solliciter et à presser ceux de qui nous attendons quelque faveur? Quelle constance , lorsqu'on espère quelque bien temporel ! ne manquerions-nous de fermeté que pour les biens du ciel? Ne nous décourageons pas; si Dieu ne nous exauce point aussi promptement que nous le souhaitons , il ne tardera pas de nous donner des marques de sa bonté (5), Il arrive souvent que le moment où l'on cesse de
(1) Iniquitateni si aspexit in corde nieo , non exaudiet Domiiius. (Ps. 65. v. 48.)
(2) Cor contrituni et liumiliatum , Deus , non despiciet. {Ps. 50. v. i^.)
(3) Respexit in orationem iiuniilium , et non sprevit preces eorum. {Ps. 104. V. 18.)
(4) Sustine sustentaliones. {Eccli. cap. 2. r. 3.)
(5) Si niorani feceril, exspecta iiluni ; quiaveniens veniet,et non taidabit. (Bahac, cap. 2. v. 3.)