CHAPITRE V
De la nécessité de l'oraison mentale pour les ecclésiastiques.
(3) Merveilleux effets de l'oraison et de la méditation ! Elle soutient l'homme dans les dangers , dans les peines et dans les disgrâces de celte vie : en faut-il d'autre preuve que l'exeniple et le témoignage du plus saint des rois , quand il nous déclare le péril évident où il était de périr sans la méditation des lois de son Dieu (4) ? Ce moyen de sanclifiration si sûr et si aisé que la divine miséricorde met entre les mains de tous les chrétiens, combien parmi nous qui le négligent, et, en le négligeant, qui périssent misérablement asservis sous la tyrannie de leurs passions! Les plus coupables de tous sont sans contredit les ecclésiastiques qui , contens de quelques prières vocales, ne pratiquent point et ne connaissent pas même l'oraison mentale , malgré le besoin pressant qu'ils en auraient.
Ce qu'un père de lEglise a dit de tout chrétien , qu'il ne pourra être vertueux , s'il n'est homme d'oraison, on doit le dire à meilleur titre de tout ecclésiastique qui veut remplir les devoirs de son état (5) : s'il n'excelle pas dans lart de prier et de méditer, jamais il n'aura l'esprit de son état, jamais il n'en aura les vertus; pût-on les supposer en lui , ces vertus , elles se perdront , elles se détruiront bientôt , si elles ne sont soutenues par une méditation at-
(d) Domine , doce nos orare. (^Luc. cap. 11. v. 1.)
(2) Effundam super domum David spirituin grati» et precura. (Zac/j. cap. 12. V. 40.)
(3) Sevoy.
(4 Nisi quod lex tua meditatio mea est , tune forte periissem in humililate mea. {Psal. 118.)
(5) Aibitror cunctis esse nianifestnm , quod simpUciter impoisibile sit absque precationis prsesidio cum virtute degere.
tentive et continuelle de la loi de Dieu , nisi quoi lex tua , etc. C'est ce que j'entreprends de montrer en ce chapitre , où nous verrons d'abord la nécessité de l'oraison mentale pour tous les ecclésiastiques , les avantages qui leur en reviennent , et ensuite la frivolité des prétextes dont quelques uns se servent pour en éluder l'obligation.
I. Si j'écrivais pour des chrétiens du commun, je leur dirais, pour les convaincre de la nécessité de faire la méditation, que sans elle il est difficile, pour ne pas dire moralement impossible, de se sauver. On ne peut réussir dans une affaire importante, difficile , traversée de toutes parts , telle qu'est l'affaire du salut, sans y penser et sans y réfléchir ; or'c'est ce qu'on ne fait et ce qu'on ne peut bien faire que par la méditation. Sans elle on ne connaîtra jamais Dieu de cette connaissance parfaite , de cette connaissance pratique qui porte à l'aimer et à le servir comme il veut et comme il mérite de l'être. On ne peut connaître soi-même les mouvemens de son cœur, ses penchans vicieux , ses misères , ses faiblesses et les fonds inépuisables de corruption qui s'y tiennent cachés , sans réfléchir profondément sur tout cela. Enfin il est impossible de bien connaître ses obligations et les devoirs de son état sans les étudier, sans s'y rappeler de temps en temps et sans s'animer à les remplir par des réflexions également sérieuses et profondes ; tout autant de connaissances absolument nécessaires pour le salut; connaissances cependant qu'on n aura jamais et qu'on ne pourra jamais avoir sans la méditation. C'est ce qui fait dire au docte Gerson que , sans un miracle de la toute-puissance de Dieu , il est impossible de parvenir jamais à la perfection du christianisme et de TEvangile, par une autre voie que par celle de la méditation (1).
Mais , ayant à montrer à des ecclésiastiques l'obligation où ils sont de s'adonner à la méditation , à l'oraison mentale , c'est par des raisons prises de leur état que je dois m'efforcer de les convaincre. L'état de perfection qu'ils ont embrassé et les secours qu'ils trouveront dans l'oraison pour y arriver ; la fidélité avec laquelle ils doivent remplir les devoirs attachés à leur profession et qu'ils ne rempliront jamais bien s'ils ne sont des hommes d'oraison ; enfin les exemples de Jésus-Christ et de tout ce qu'il y eut jamais de plus saint dans le sa-
(1) Absque meditationis exercitio , nullus , secluso miraculo Dei spécial! , ad rectissimam cluhtiai.se veligionis normam altingit. {Tract, de vicdiiai. consid, 7.)