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IIVRE III, CHAPITRE IV

du monde, l'affection des créatures , le soin des affaires me dérobent voire vue, me font perdre voire souvenir, occupent ma mémoire , remplissent mon esprit , appesantissent mon âme et étouffent en moi cette vive ardeur, cette sainte activité qui devrait ni'élever vers vous et m'y unir. Si je pense à vous, je le fais dune manière faible, distraite et lanjjuissante, je vous adresse des paroles va;{ues, vides de sentiment; qui ne forment qu'un son inutile que l'air dissipe et qui ne parvient pas jusqu'à votre trône. Je vous soustrais mon cœur pour le livrer à des bajjatelles : il n'entre pas dans ce que prononcent mes lèvres, il n'y a nulle part. Ingrat que je suis! comment est-ce que j'en agis à l'égard de mon Dieu ? Puis-je perdre sans regret, sans honte et sans remords la vue de sa beauté infinie et le souvenir de sa bonté sans égale. Quelle injure une telle conduite ne fait- elle pas à notre Créateur, s'écrie saint Bernard. Nous lui parlons, il nous écoute, et nous ne nous écoutons pas nous-mêmes (1). Eh ! comment voulons-nous , dit saint Augustin, qu'il ait plus d'attention pour nous, que nous n'en avons pour lui?

Je sais que la légèreté de notre esprit nous distrait malgré nous ; mais ne se faire aucune violence pour fixer cet esprit volage, qu'estce qui peut nous excuser ? Apporter à la prière les impressions de ce qu'on a vu, le souvenir de ce qu'on a fait, l'idée de ce qu'on a dit ou entendu ; s'occuper des actions qui ont précédé la prière , prévoir , projeter, disposer celles qui doivent suivre ! hélas! quel mépris pour notre Dieu. Est-ce donc qu'il ne mérite pas de nous occuper? Est-il quelqu'autre objet plus digne de fixer notre attention? Que ceux qui prient ainsi se plaignent ensuite de ce que le Seigneur ne les exauce pas, et moi je suis surpris de ce qu'il ne se venge point , de ce qu'il ne les punit pas. Rendons-nous justice. A quel titre voulons-nous qu'il nous accorde ce que nous lui demandons ? il nous traite comme nous le traitons. Nos prières, qui devraient le fléchir, ne servent qu'à l'irriter. Elles devraient nous obtenir la rémission de nos péchés , elles ne servent qu'à les multiplier. Elles devr-uient nous attirer les grâces du ciel , et elles nous y amassent un trésor de colère. Hélas I faut-il que nous devenions coupables par cela même qui devrait nous sanctifier? Qu'est-ce qui nous justifiera , si nos prières nous condamnent?

(1) Magnam injiiriam Deo facio , depiecor illum utmihi intendat ^ ego vero nec mihi nec iiii iatendo.

Pour éviter ce malheur , entrons dans les différens scntimens d'amour et de confiance, de reconnaissance et de zèle, dont l'Église est animée dans toutes les piières qu'elle nous met à la bouche. Unissons nos intentions aux siennes. L'esprit de Dieu est répandu dans ces prières , c'est lui qui les a dictées , c'en est assez pour nous les faire estimer. Elles renferment les affections les plus tendres , les aspirations les plus dévotes, les senlimens les plus vifs, les mouvemens les plus saints d'une piété solide. Nous y trouvons les désirs que nous devons former, les actes qu'il faut produire, les demandes qu'il convient de faire pour la gloire de Dieu , le bonheur de lÉglise, la sanctification des fidèles et notre propre salut.

Telles sont les prières qui composent l'oflice divin , et que nous sommes obligés de réciter. Pour nous en acquitter avec plus de mérite, n'attendons pas l'extrémité du jour, évitons ces honteux délais, effet trop ordinaire de l'indolence et de l'indévotion. Eh ! quel autre devoir doit précéder celui que l'Eglise nous impose, et auquel il nous est si avantageux d'être fidèles? Pour commencer de parler à Dieu , faut-il que nous attendions que les ténèbres de la nuit ne nous permettent plus de converser avec les hommes? Ne voulons-nous penser à l'afïaire de notre salut que lorsque nous sommes hors d'état de vaquer aux autres ? Attendrons-nous pour prier que le sommeil nous appesantisse , et nous mette dans le danger de manquer à un devoir si essentiel; ou que la journée qui expire nous force de précipiter et d'abréger nos prières? Et voilà ce que nous devons encore observer , c'est d'éviter celte rapidité scandaleuse qui ôle à notre langue le temps de s'exprimer. A peine prononce-t-on les mots -, eh ! comment veut-on en saisir le sens, ainsi qu'il convient de le faire? On ne s'arrête pas à la lettre , comment enirera-t-on dans l'esprit ? Pourquoi donc celte précipitation ? Est-ce qu'on s'ennuie avec Dieu et que l'on souffre de s'entretenir avec lui? La prière est un saint commerce qu'il veut bien avoir avec nous -.on n'y devrait trouver que des douceurs; faut-il qu'il soit à charge? Être avec Dieu et lui parler, sera une gêne? On n'aura durant la prière d'autre sentiment que celui que produit l'ennui et le dégoût que cause ce saint exercice. On ne s'y portera qu'avec peine , on s'en acquittera avec indolence ; on n'y éprouvera d'autre joie , d'autre satisfaction que celle de finir. On abrège les momens, c'est un supplice que d'être avec Dieu. On le quitte le plus tôt qu'on peut. Ah! que nous mériterions bien qu'il nous abandonnât le premier. Par cette précipitation on veut gagner du temps. Hé I

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