LIVRE III, CHAPITRE V, ïg
cerdoce et l'état ecclésiastique , sont autant de preuves parlantes de l'obligation dont nous parlons , et de puissans motifs pour tous les clercs de devenir des hommes d'oraison.
Je dis d'abord la sainteté de leur état et la perfection sublime oii ils sont appelés comme prêtres et comme ecclésiastiques ; perfection et sainteté dont on ne leur donne point de moindre modèle que Jésus-Cbrist , souverain prêtre et fondateur de tout l'ordre ecclésiastique. Elle consiste pour eux, cette sainteté, non dans une vertu particulière , mais dans l'assemblage de toutes les vertus. Foi vive qui , perçant tous les voiles, captive leur esprit et le rende docile à toutes les vérités révélées ; confiance en Dieu qui les fasse espérer contre l'espérance même ; mortification continuelle qui réprime la convoitise des sens , qui fasse mourir à tous les penchans vicieux, à toutes les passions ; détachement de tout , jusqu'à se quitter soi-même ; crainte salutaire des jugemens de Dieu qui retienne puissamment dans la fidélité qui lui est due; charité parfaite qui unisse à Dieu et rapporte à lui seul toutes les affections ; zèle ardent pour sa gloire qui fasse tout entreprendre et tout exécuter pour la procurer ; voilà les vertus qui font les saints ecclésiastiques , mais vertus qu'ils n'auront jamais sans l'amour et la pratique constante de l'oraison. La foi s'altère et se perd insensiblement, si l'on n'a soin de la ranimer par une méditation sérieuse des grandes maximes de notre sainte religion. L'espérance s'affaiblit si elle n'est soutenue par la contemplation des biens célestes promis à la constante fidélité ; on n'arrive à la mortification et au détachement des créatures que par des réflexions solides sur la caducité et sur le néant des ùux biens que le monde peut donner ; il n'y a que la méditation profonde des jugemens de Dieu et de ses châtimens redoutables qui puisse produire en nous une crainte salutaire du péché et de ses suites funestes ; le feu de l'amour divin s'éteint insensiblement dans un cœur, si l'on n'a soin de l'y ramener continuellement par le souffle d'une méditation non interrompue; enfin le zèle sera'euiii dès qu'il n'est plus excité par les grands motifs des intérêts de Dieu et par la considération du prix d'une seule âme rachetée de son sang.
C'est ce qui faisait dire au cardinal Cajetan, expliquant saint Thomas, que les personnes qui sont dans un état plus parfait et qui doivent tendre continuellement à la perfection, telles que sont les religieux et les ecclésiastiques, n'y arriveront jamais, et ne deviendront jamais des hommes spirituels , s'ils ne sont fidèles à donner tous les jours
quelque temps à la méditalion (1). La raison qu'il en apporte, c'est que, comme on n'arrive à la fin que parles moyens , et au port que par la navigation , on ne peut aussi arriver à la perfection sacerdotale et religieuse, que par la voie de Toraison. Ne soyons donc plus surpris de voir tant decclésiastiques qui rampent toute leur vie dans les roules de la perfection , peut-être , hélas ! tant d'ecclésiastiques déréglés qui n'eurent jamais l'esprit de leur état, ou qui en sont malheureusement déchus; c'est qu'ils ne furent jamais des hommes d'oraison ; c'est qu'en quittant la sainte retraite où l'on avait pris soin de les former à ce pieux exercice , ils en abandonnèrent bientôt la pratique , et qu'ils en perdirent tout-à-fait l'habitude. En s'éloignant de cette voie sûre de la perfection , ils s'éloignèrent de Dieu , ils perdirent tout sentiment de piété , et insensiblement ils se sont trouvés réduits eux-mêmes à un état de sécheresse et d'un dégoût mortel des choses de Dieu et du salut.
Autre raison de la nécessité de l'oraison mentale pour les ecclésiastiques : ils y trouvent les moyens les plus sûrs , les secours les plus efficaces , pour parvenir à la sainteté de leur état. Tels sont les effets merveilleux qu'elle produit en ceux qui s'y appliquent; elle éclaire leur esprit, elle échauffe leur cœur, elle les détache des créatures pour les attacher à Dieu seul , et leur faire goûter, dans son aimable sein , d'ineffables douceurs.
« Point d'exercice plus lumineux, disait sur cela un saint du dernier » siècle (2), point d'exercice plus doux et plus consolant que celui de » la sainte oraison : elle dissipe les ténèbres qui nous environnent , » elle ouvre les yeux aux plus grandes vérités , elle nous découvre »et nous dévoile tous les trésors de la grâce. » En ce genre de discipline , c'est Dieu lui-même qui se rend le maître de ceux qui s'y appliquent; et sous la direction d'un tel maître , quels progrès ne fait-on pas dans la science des saints , dit le grand suint Léon ! Uhi Deus magister est ^ quam ■cito discitur quod doceturP En s'approchant de ce principe et de cette source inépuisable de lumière, un ecclésiastique fidèle y puise des connaissances que jamais il ne pourrait trouver dans l'étude la plus contentieuse , ou dans la lecture de tous les livres de l'univers. En ces momens heureux de ces communica-
(1) Nec leligiosi aut spiiitualis nomine vocavi polest , qui sallem seniel in (lie ad ejusniodi meditationes se non transfert. (/« 2.2. quœsl. 82. art. 3.)
(2) M. Bourdon , Mèijne de Dieu dans Voraison mentale. .