LIVRE III, CHAPITRE V
lions avec Dieu , il interroge le Seigneur sur sa vocation , et il en est éclairé ; il sort de ses divins entretiens, comme un autre Moïse tout investi dune lumière céleste, qui lui fait connaître les desseins que Dieu a sur lui pour sa propre sanctification , et pour la sanctification de ses frères.
En éclairant nos esprits, la méditation échauffera nos cœurs et les rendra dociles aux impressions de la grâce ; elle les arrachera à la tyrannie des passions , elle les guérira de toute attache au monde et à ses vanités , el'e deviendra pour nous un remède et un préservatif assuré contre toutes les tentations de la chair et des sens (1). Ce sont les paroles de s:iint Isidore de Séville. En nous détachant du monde, e'ie nous nuit à Dieu par de saintes atTeclions d'amour, de joie de complaisance, d'actions de grâces, d'adorations, de louanges; parles sentimens d'une dévotion tendre et solide; car voi'à , dit saint Thomas , le fruit hpurenx de la méditation et de la contemplation des choses divines (2). En nous accoutumant à ne plus voir que Dieu dans les créatures, à ne plus aimer que lui dans tons les objets qui sont présens à nos yeux, à ne plus agir que pour sa gloire, la méditation tient nos cœurs toujours élevés vers le souverain Etre , et nous fait goûter, dans son sein, des consolations qui passent infiniment tous les plaisirs des sens ; pleins de Dieu , et pour ainsi dire transformés en Dieu par l'oraison, nous ne goiitons que Dieu, nous ne vivons que de Dieu , nous devenons en quelque sorte des hommes divins. Et comme le feu imprime ses qua'ités au fer qui en est embrasé , Dieu remplit, pénètre, embrase tellement une âme qui lui est unie par l'oraison, qu'elle ne fait plus , pour ainsi dire, qu'une même chose avec lui ; sa ferveur et son amour augmentent à proportion qu'elle sent croître en elle le goût et lamour de ce saint exercice (3),
Au contraire, qu'est-ce qu'un clerc qui n'a point de goût et qui ne s'est point exercé dans la pratique de loraison, sinon un fantôme d'ecclésiastique, un profane s )us un habit saint, un homme charnel et grossier qui n'a que des affections basses; un homme courbé vers la terre , qui n'est plus en état de s'élever vers le ciel ou de goûter les choses de Dieu ? On peut bien , avec saint Bonavenlure , lui ap-
(i) Hoc est reniedium ejiisqni vilioinm leiiiamentis exanstuat , quia ficquens
oi-alio iinpngnalioneni vitioium exslingiiii. {Lib. 3. de summo lono c. 7.)
(2) Causa vero extiinspca devotionis , ex parte nostia , oportel quod sil nieditatio seu conteniplnlio. (2. 2. quœst. 82. art.)
(3j In nieditalione mea exardescet ignis. (Pml. 3S.) II. 13
594 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
pliquer ce qui est dit de l'ange de Laodicée, et de celui de Sardes , qu'il est pauvre , misérable , dénué de tout et aveugle ; que c'est un homme mort; ou s'il vit encore, que ce n'est plus qu'en traînant un reste de vie languissante dans un cadavre animé (1). Dans l'ordre de la nature , le poisson ne vit pas hors de l'eau ; la fleur se fane , l'herbe se dessèche , dès que la pluie leur manque , ou qu'une main bienfaisante cesse de les arroser. Dans l'ordre de la grâce , le cœur d'un ecclésiastique se dessèche , dès qu'il abandonne l'oraison; c'est sa nourriture , c'est l'élément où il respire, et dans lequel il faut qu'il vive. Manque-t-il de se nourrir de ce pain céleste , il change à vue d'œil, il dépérit, et son âme perd loute sa vigueur (2). Privée de cette rosée céleste , elle n'éprouve plus que langueur ; ses vertus disparaissent , et font place à cette foule de vices qui la rendent le jouet et la victime de ses passions ; Aruit , etc.
C'était aussi la maxime du grand saint François de Sales, cet homme si spirituel , si intérieur et si uni à Dieu par la contemplation. Il disait qu'il est d'une extrême importance pour tous les ecclésiastiques de s'appliquer à l'oraison mentale; quil y avait pour eux une obligation indispensable d'y donner tous les jours quelque temps ; il voulait qu'ils s'en fissent une loi tellement inviolable, qu'ils n'y manquassent que dans le cas d'une nécessité inévitable ; de peur, disaitil , qu'en se relâchant insensiblement sur ce points ils ne vinssent enfin à abandonner tout-à-fait un exercice qui est 1 âme de tout le sacré ministère ; exercice si essentiel à leur état, que sans lui ils n'en pourront jamais remplir toutes les principales obligations, tant par rapport à Dieu que par rapport à leurs frères.
Le Seigneur vous a choisis , disait autrefois le saint roi Ezéchias aux prêtres et aux lévites anciens , le Seigneur vous a choisis pour être presque continuellement auprès de lui , comme ses ministres , pour l'adorer en son sanctuaire, pour y servir aux ministres de son culte , et pour y offrir tous les jours sur son autel un encens d'une agréable odeur (3). Or, dans le langage de l'Ecriture , cette présence continuelle des prêtres et des autres ministres de l'autel dans le sanctuaire , les hommages qu'ils doivent lui rendre , et l'encens pré-
(4) Nomen habes qiiod vivas, et moituus es. (Jpocal. c. 3. v. 1 et 17.)
(2) Ariiit cor nieiim quia oblitus sum coniedere panem meum. {Psal, 401. v. 5.)
(3) Yos elegil Dominiis ut stelis coiaiu eo et luinistretis iili, colatisque euQi, et cremelis ei incensuni. (,2 Parai, c. 29, v, 11.)