‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 104 sur 331 · LIVRE m, CHAPITRE V. d · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE V. d

cieux qu'ils sont chargés de lui offrir, ne sont autre chose que l'hommage de leur esprit et de leur cœur, par une prière fervente et continuelle.

Comme médiateurs entre Dieu et les hommes , c'est aux ecclésiastiques à apaiser sa colère , à lui réconcilier les coupables , à solliciter la conversion des pécheurs , à prier pour tous les fidèles , à négocier l'affaire de leur salut (1) , dit saint Bonaventure. C'est à eux encore , comme sanctificateurs des âmes , à instruire les fidèles , à les détourner du vice, à les porter à la vertu, à leur inspirer le goût de l'oraison , à leur en apprendre la méthode et la manière de la faire avec fruit; car, dit le pieux et savant Louis de Grenade, ce saint exercice étant si nécessaire au salut pour tous, c'est faire tort aux laïques de le leur laisser ignorer, de ne pas les en instruire (2).

Mais le moyen pour un ecclésiastique de remplir tous ces devoirs, s'il n'est pas homme d'oraison ! le moyen d'obtenir pour les autres ce qu'il ne pourrait obtenir pour lui-même par la prière ! Comment persuader ou faire goûter aux autres des vérités dont il ne se serait pas pénétré dans l'oraison? Comment leur inspirer l'horreur du péché , l'amour des vertus qu'il n'aurait pas puisé dans la ferveur de ses entretiens avec Dieu? Enfin comment réussir à apprendre ou faire pratiquer aux autres un exercice dont il n'aurait ni l'usage ni la connaissance ? Aussi comment la plupart s acquittent-ils de ces différens devoirs? Hélas! on ne le voit que trop tous les jours, avec une tiédeur et une lâcheté qui scandalisent; ou bien ils n'exhortent point, ou s'ils exhortent, c'est sans fruit; s'ils récitent les divins offices, c'est avec un dégoût, un ennui mortel ; parce qu'ils n'attirent point sur leurs travaux, par la prière, les bénédictions du ciel, toujours prêtes à couler sur des cœurs unis à Dieu ; tout leur ministère est un ministère stérile; ils y éprouvent tout ce qu'il a de pénible^ sans rien éprouver ce qu'il a de consolant; leurs fonctions, pour tant d'autres, source intarissable de mérites et de délices, faute d'être soutenues par l'oraison , n'ont rien pour eux que de rebutant et deviennent même quelquefois une matière de péché.

Ce furent toutes ces raisons qui portèrent saint Charles-Borromée,

(1) Negotia eorum studeat apud Deum fideliter proniovere pîacando , gratiam impetrando. {De sex alis.)

(2) Bulle ae Benoît XIV, au 16 décemke 174G.

iOÔ OBLIGATIONS D'ÉTAT DU SACERDOCE.

à marquer roraison mentale pour matière essentielle de l'examen des aspirans aux saints ordres en son diocèse. Il défend d'en admettre aucun, sans s'être auparavant assuré qu'il est ver.^é dans la science de l'oraison, qu'il est assidu à la faire, snffîsainment instruit des parties qui la composent, d^ la méthode qu'il y faut {jarder, des préparalions qu'on y doit apporter, des fruits qu'on en reln'e; en un mot, de tout ce qui a rapport à un exercice si intéressant et si nécessaire (i). Ce que ce grand saint prescrivait à ses clercs, il le pratiquait le premier, et , les jours lui paraissant trop courts pour satisfaire la sainte passion qu'il avait de s'entretenir avec Dieu, il se dédommageait la ïiuit de ce que le zèle et la sollicitude pastorale du jour lui avaient ravi de délices et de consolations spirituelles.

Et celte pratique, le saint cardinal l'avait puisée dans les exemples de son divin maître, le modèle de tous les prêtres et de tous les les ecclésiastiques. Il est dit de lui dans l'Evangile qu'il consacrait les nuits entières à l'oraison ('2). Telle était la vie de cet Homme-Dieu : il passait le jour auprès de son peuple et la nuit auprès de son Père; il donnait tout le jour à l'action et toute la nuit à la contemplation; le jour, il convertissait les âmes par la vertu de ses miracles et par la prédication de son Evangile ; la nuit , il traitait avec son Père, il apaisait son courroux par la ferveur de ses prières et par l'abondance de ses larmes. Formés sur ce modèle, les apôtres témoignent qu'ils ne se délassaient des travaux de la prédication que par le repos d'une fervente oraison (3). Tous les hommes apostoliques qui les ont suivis, les Grégoire de Nazianze , les Jérôme , les Ambroise , les Basile, les Auj^ustin, les Grégoire pape; et de nos jours les Vincent Terrier, les François-Xavier, les François de Sales, les Vincent de Paul , les Nobletz, eurent constamment pour maxime d'allier le repos de la coniemplation avec une action sans relâche. C'est dans cette source toujours féconde qu'un saint Bernard, presque sans étude et sans travail, presque sans livres et sans maître, puisa ces connaissances si sublimes et si étendues qu'il avait des choses de Dieu ;

(4) Exaniinis autem omnium ea ratio institiita sit An in orationis studio

Usuque versalus sit? Onibns medilationil)us inslnictnsDenm lacitiis oret ? Qui orationis modus , qui illiiis fniclus , qnaeve ulililates , qnot qiiibusve partibus illa constet? Qnœ regulae prnpparalionis ad orationeni , et caetera nuilta ejusmodi. (Concil. Med. F, parte 3. De examinandi modo.)

(2) Et erat pernoctans in oratione Dei. (Luc. c. 6. t. 42.)

(3) ^os vero oialioni et niinislciio vcrbi instantes crinui?. {Acl, c. 6. v. 4.)

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