‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 106 sur 331 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

quelque chose de plus hideux et de plus odieux dans son propre cœur. C'est ainsi que Toraison devient pour lui un bouclier impénétrable contre les traits de rennemi du salut, un rempart assuré , qui rend inutiles toutes ses ruses, toutes ses fureurs et tous ses artifices : Con^ tra hosfium insidlas et hlanclimsnta fallacia erudit ; c'est dans ce saint asile , et, pour ainsi dire , sous les ailes de son Dieu, qu'il peut dire avec autant de confiance que le roi prophète : Au moment de la tentation , j'ai invoqué le Seigneur , et , louché de mes soupirs , ce Dieu de bonté n'a pas dédaigné de venir à mon secours ; les cris redoublés que j'ai poussés vers le trône de sa miséricorde, sont parvenus à l'oreille de son cœur, et, du haut de son saint temple , il a exaucé ma prière (1). Couvert de sa protection toute-puissante, je poursui-vrai mes ennemis, je les briserai , je les foulerai aux pieds, je me sentirai capable d'insulter à toutes les puissances des ténèbres , conjurées pour ma perte (2).

Rassuré contre ses ennemis par la méditation , le prêtre y trouvera encore de quoi se dédommager de toutes ses pertes spirituelles; il y reprendra cet esprit intérieur , cette ardeur, ce zèle que le commerce du monde et lagitation des fonctions ne manquent guère d'altérer dans les âmes les plus religieuses et les plus ferventes. C'est là que , selon l'expression du prophète , il sent sa jeunesse se renouveler et ses forces se ranimer pour fournira de nouveaux combats, à de plus nobles efforts, pour la gloire de son Dieu et le salut des âmes (3).

Au lieu de ces heureux effets de la méditation , si nous n'éprouvons que faiblesse en combattant l'ennemi du salut, ne nous en prenons qu'à nous-mêmes; nous ne succombons si souvent à ses tentations, nous ne nous laissons prendre à ses pièges, que parce que nous négligeons de venir puiser dans l'oraison les lumières et les forces nécessaires pour prévenir ses artifices et ses fureurs, et pour rendre inutiles tous ses efforts. Si nous ne trouvons que de la peine et de la gêne dans un ministère qui devait faire toute notre consolation , n'en cherchons la cause que dans notre lâcheté.

Car, en second lieu, tout ce que nos fonctions ont de plus pénible,

(1) In tribulatione mea invocavi Dominuni , et exaudivit de templo sancto suo vocem meam ; et danior meus in conspectn ejus inUoivil in âmes ejus. {Psalm. 17.)

(2) Persequar inimicos meos , et comprehendam illos; confringani illos ,

nec poterunt stare ; cadent subter pedes nieos. (Ibid.)

(3) Renovabitur ut aquilœ juventus tua. {Psal. 102.)

l'oraison mentale l'adoucit. A considérer le minisière en soi , rîpn de plus découlant , de plus désagréable et de p'us rebutant; c'e>t une gêne contiiuiolle, qui demando tons les momens de celui qui s'y trouve engagé, le déiobe à lui-même et le dévoue tout enli; r au service de Dieu et de l'Eglise ; c'est une servitude pénible, marquée par des disgrâces, des traverses, des contradictions de tontes les sortes; une fois consacré par l'onction sainte , le prêtre ne doit plus se regarder que comme une \iciime toujours prête à s'immoler pour le salut de ses frères; il peut bien dire avec l'apôire, que les tribulations, les croix, les peiséculions sont les signes de son apostolat (1).

Heureux encore s'il en était quittepour cela; il trouverait de quoi se consoler de ses peines dans les fruits de sanctification opérés par son ministère; mais une chose plus capable de le décourager et de déconcerter les plus zélés, c'est de voir qu'en travaillant beaucoup , on a travaillé en vain , qu'on a travaillé pour des ingrats, qu'on ne voulait que sauver , et qui , pour prix des peines , des soins qu'on a pris pour eux , ne rendent qu'indocilité , qu'insensibilité , que murmures , quelquefois même que la haine la plus envenimée. Quelle tentation de se voir invariablement aitaché à un ministère pénible dont on n'aperçoit ni les fruits, ni la fin ! Tentation délicate que les saints ont surmontée, et que nous devons surmouler à leur exemple par notre assiduité auprès de Jésus-Christ , et par la ferveur de no-; gémissemens dans l'oraison ; c'est là qu'épanchant nos cœurs en sa présence , nous déposerons dans son sein paternel toutes nos points, nous nous adresserons àluicoinme au souverain pasteur qui peut seul nous consoler; c'est là que, comparant nos faibles travaux avec ceux de tant de prêtres qui ne les virent pas toujouis couronnés du succès, nous nous sentirons animés d'une nouvelle force et d'une nouvelle ferveur pour nous soutenir dans les dangers et dans les fatigues qui sont inséparables du ministère où nous nous trouvons engagés.

C'est ainsi que le prêtre , fidèle à la pratique de l'oraison , sort de de ce saint exercice avec un nouveau goût pour ses fonctions , avec un zèle plus ardent et une détermination plus furie à tout souffrir pour Dieu, à tout entreprendre pour sa gloire. Dédaignant toute consolation humaine, il n'en veut d'autre que celle de souflrir davantage pour l'objet de son amour; l'oraison lui adoucit tout, lui aplanit tout,

(1) In persecutionibus , in angustiis, signa apostolatus mei facta sunt

super nos. (2 ad Cor, c. 12. ». 10 et 12.)

Page 1