‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 109 sur 331 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

points de doctrine que vous discutez ; vous méditez sur les moyens de vous assurer la protection , la faveur d'un grand qui dispense les grâces; sur tous ces points et sur une infinité d'autres dont le détail serait infini , vous savez réfléchir, raisonner, peser les raisons, démêler les inconvéniens ou les avantages, prévoir les obstacles, prendre des précautions, entrer en des sentiniens, produire des affections , former des résolutions ; vous pensez à tout cela en tout temps , en tout lieu ; vous y pensez aisément , sans contrainte, sans ennui, sans distraction et avec l'attention la plus soutenue. Quelque chose de plus sensible encore : quand il s'agit pour vous davancer dans les saints ordres , ou de vous procurer un poste honorable dans le sanctuaire , vous ne trouvez pas qu'il soi impossible ou qu'il en coûte trop pour réfléchir. Tous les temps , tous les lieux et tous les momens vous paraissent propres à penser aux moyens d'arriver, d^^ parvenir au terme désiré ; et vous trouvez qu'il en coûte trop ou qu'il est impossible de méditer sur ce qui regarde le salut ! Ce que vous faites si aisément et si volontiers pour la terre , vous ne pouvez le faire pour le ciel ! Illusion grossière ; l'impossibilité , s'il y en a ici , ne vient que de votre lâcheté , de votre amour pour le monde et de votre indifférence pour le ciel ; voilà , si vous voulez sonder votre cœur, et si vous ne cherchez pas à vous tromper vous-même, voilà ce qui vous rend la méditation impraticable. Ayez pour la pei feclion et pour le salut , la même ardfur que vous avez pour les biens créés , vous penserez aux choses spirituelles , Comme le monde pense à sa fortune , à ses plaisirs et à son avancement ; le cœur étant en ceci , comme en tout le reste , le maître de l'esprit et le directeur de toutes ses opérations.

Autre prétexte : le peu de disposition qu'on se sent pour méditer ; on a l'esprit trop dissipé pour pouvoir le fixer, on a l'ir.iagination trop vive et trop volage pour pouvoir la captiver à l'exercice de la méditation. Excuse frivole , qui n'est que l'effet de la paresse ou de la tentation du démon : rien qui soit p'us à la portée de tout le monde que la méditation ; sans effort et sans art , tous les jours nous méditons sur ce qui nous intéresse , sur les objets de nos espérances ou de nos craintes, de nos désirs ou de nos répugnances, de noire amour ou de notre haine. Qu'un homme , comblé de nos bienfaits , nous ait trahis ; indignés de son ingraiitude , outrés de sa perfidie , la noirceur de l'action nous révolte ; 1 amour-propre nous représente aussitôt les moyens de nous venger , nous en prenons la résolution ,

et nous ne sommes que trop fidèles à l'exécuter. Dans ces senlimens , entre plusieurs moyens qui se présentent à notre esprit , pour tirer raison de l'injure , nous écartons les uns , nous saisissons les autres ; de ceux-ci , quelquefois nous revenons aux premiers ; nous prévoyons tout, nous fermons à l'ennemi toutes les voies et tous les faux fuyans par lesquels il pourrait échapper : or, faire tout cela , qu'est-ce autre chose que faire la méditation ? méditation naturelle , méditation criminelle , il est vrai , mais qui n'en est pas moins méditation. Pour la rendre chrétienne et salutaire , il n'y a qu'à lui donner un autre objet : cette indij^nation contre un ennemi, toujours injuste , quand c'est la passion qui l'inspire , tournons-la contre le péché , notre ennemi capital , parce qu'il est l'ennemi de Dieu ; ou plutôt tournons-la con^ tre nous-mêmes , comme pécheurs , elle n'aura rien que de juste et de légitime ; c'est nous qui sommes véritablement , par rapport à Dieu , ces ingrats qui avons outragé le meilleur des maîtres et le plus libéral des bienfaiteurs, jusque dans ses donsj enfans dénaturés , c'est nous qui avons attenté à la vie du plus tendre des pères. Varions sur cela tant que nous voudrons nos réflexions et nos affections ; considérons , comme chrétiens , tantôt les miséricordes du Seigneur, et tantôt ses justices , ses récompenses ou ses chàtimens ; pour exciter notre reconnaissance et noire amour, rappelons-nous tantôt les travaux de la vie agissante d'un Dieu Sauveur, tantôt ses souffrances et sa mort cruelle pour des ingrats. Comme ecclésiastiques, admirons la bonté d'un Dieu charitablement prodigue à notre égard, qui , sans aucun mérite de notre part , nous appela à son sanctuaire et nous associa aux ministres de son culte ; songeons au compte terrible qu'il nous fera rendre d'une grâce si privilégiée , et de tant d'autres dont elle a été suivie. Pesons surtout les obligations redoutables attachées à notre état , les dangers continuels ou l'on est de s'y perdre ; Uvrons-nous sur tout cela aux divers mouvemens de crainte ou d'espérance , de vigilance et de zèle qui naîtront de ces réflexions ; formons des résolutions conformes aux senlimens qui nous auront le plus touchés ; tournons-nous ensuite vers le Dieu des miséricordes ; conjurons-le de soutenir nos faibles efforts ; demandonshii les grâces nécessaires pour bien remplir nos devoirs et nos fonctions ; faisons tout cela , et notre oraison se trouvera faite.

Je voudrais bien méditer, dit un autre ; mais une imagination volage , un esprit naturellement distrait sont pour moi des obstacles inçupmontables, C'e5t assez que je veuille méditer, ou me mettre en

Page 1