LIVRE III, CHAPITRE V
ment abandonné de ses disciples. On peut ie suivre en esprit dans les diflërens liibunaux où il est cité ; chez Caïphe où il est outrugé, chez Hérode où il est moqué, chez Pilale où il est faussement accusé, dans le prétoire où il est cruellement flagellé et couronné d'épines , au Calvaire où il verse pour nous les dernières {gouttes de son sang, sur la croix où il expire et où il consomme son sacrifice, en butte à toutes les malédictions des hommes et à toutes les rigueurs de la justice de son Père , etc.
IL Du corps de l'Oraison. On commence la méditation par se bien pénétrer du mystère , ou par se bien convaincre de la vérité qu'on médite; on s'en fait ensuite l'application à soi-même, pour faire naître par là de saintes alïéctions dans la volonté, et la porter à former de fortes résolutions pour la réformation» des mœurs et de la conduite. Cette partie de la méditation renferme donc ces quatre choses, savoir : la considération d'une ou plusieurs vérités, l'application qu'on s'en fait à soi-même , les affections saintes qui en résultent , et enfin les résolutions que la volonté produit de régler sa conduite sur tout ce qu'on a considéré.
La considération est une opération de l'esprit par laquelle on s'efforce de pénétrer et d'approfondir le sujet de son oraison ; c'est une attention sérieuse de celui qui médite sur quelque mystère ou sur quelque vérité, pour en connaître la nature , les propriétés , les circonstances, les suites ; tirant de ce mystère et de cette vérité toutes les conséquences qui en résultent, et regardant son sujet par tous les endroits et sous tous les points de vue qu'il peut avoir, et sous lesquels il peut faire impression. Pour réussir dans la considération, il ne faut souvent que repasser dans son esprit ce qu'on vient de lire ou d'entendre, sans faire de grands et longs raisonnemens; observant seulement de s'arrêter à ce qui touchera davantage , faisant un acte de foi sur la vérité que Ton considère , protestant à Dieu qu'on en est persuadé , et le priant de nous en faciliter la pratique , afin qu'elle ne serve pas un jour à notre condamnation. Il n'est pas nécessaire de parcourir toutes les réflexions qu'on peut faire sur un même sujet ; cela emporterait tout le temps de la méditation qui doit être employé à quelque chose de plus essentiel. Il est plus à propos de s'attacher à une ou deux réflexions plus convaincantes et plus touchantes.
En méditant, il faut s'appliquer à soi-même , à sa conduite et à sa vie, les vérités qu'on a considérées, se demandant à soi-miême si l'on en est bien persuadé,., si l'on n'est point coupable de ce vice... si
216 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
l'on pratique bien cette vertu... si l'on entre bien dans l'esprit de ce mystère... se confondre ensuite du peu de rapport qu'on aperçoit entre sa conduite et ce qu'on vient de considérer. Sans ces applications, la méditation ne servira presque de rien , et les plus belles réflexions demeureront stériles.
De ces réflexions naîtront, comme naturellement , dans le cœur et dans la volonté , diverses affections, selon les différons sujets qui auront fait la matière de la méditation. On entend par affections, de pieux mouvemens dans le cœur , qui le portent efficacement à fuir tout ce qui a l'apparence du mal, et à embrasser la vertu. Mouvemens de crainte et d'aversion, d'horreur et de fuite, quand les objets sont représentés comme tristes, terribles ou funestes ; sentimens d'estime , de désir et d'espérance, d'amour ou de joie, quand les objets paraissent aimables, a{}réables ou avanta{Teux. Ainsi, par exemple , en méditant les horreurs et l'énormité du péché, on a de la confusion de s'y être abandonné , on se sent pénétré d'une vive douleur de s'en être rendu l'esclave, on craint d'y retomber. Dans ces sentimens , on produit des actes d'admiration sur la bonté d'un Dieu patient qui pouvait se venger sur l'heure, et qui a attendu le coupable pour lui pardonner; de confiance dans les miséricordes d'un Dieu qui promet et qui donne les secours nécessaires pour éviter la rechute. Dans les autres sujets , ce seront des actes de foi sur les mystères, des actes de confiance en Dieu , d'un tendre amour pour lui , de zèle pour sa .;;loire, de crainte de ses châtimens redoutables, de désir d'être tout à lui, de mépris des créatures, pour ne s'attacher qu'à lui seul.
En cette partie de l'oraison , tantôt on se repent du passé , tantôt on remercie Dieu de ses faveurs, tantôt on l'adore, tantôt on le bénit; tantôt, attendri à la vue de ses bontés, ou ravi de ses perfections adorables , on s'élance vers lui , on ne veut plus que lui ; on j<ï0Ûte le bonheur qu'il y a d'être à lui ; on lui jure une fidélité désormais inviolable , etc. Quand on se sent touché de quelqu'une de ces affections, il faut s'y arrêter et s'en laisser pénétrer, pour donner au cœur le loisir de s'en remplir , de les digérer et de s'en nourrir. Quand celles-là sont épuisées, il faut leur en substituer de nouvelles, ou revenir aux premières, si l'on y sentait plus de goût; car en ceci il faut suivre l'attrait de l'esprit de Dieu , le seul maître infaillible en matière d'oraison : vouloir s'astreindre et s'assurer tellement à une mé- Ihode/qu'on ne produise les affections que dans l'ordre qu'elle prescrit , ce serait s'exposer à pianquer à la grâce de l'Esprit saint. En