‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 127 sur 331 · LIVRE m , CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE m , CHAPITRE VI

puisse être offert à Dieu. C'est l'abrégé le plus magnifique des louanges que le Seigneur a tracées de son être , dans les divines Ecritures, et qu'il a inspirées à son Eglise , et pour parler comme la théologie , l'office divin est une prière publique de chaque jour et à diverses heures , faite par des personnes spécialement destinées à cet emploi. Ces notions différentes bien développées , serviront à nous faire connaître la nature , l'excellence , le caractère spécifique des louanges qu'on y donne au Seigneur , et l'ordre qu'y observent ceux qui sont tenus de le réciter.

Si nous bornions à nos pensées , à nos idées et à nos expressions , les louanges que nous donnons à l'Etre divin , quelle faiblesse et quelle imperfection dans notre culte ! Mais quand , pour célébrer les grandeurs de Dieu , nous empruntons des Ecritures les expressions dont nous nous servons, c'est alors que nous pouvons nous flatter de lui rendre l'hommage le plus agréable qu'il puisse recevoir , et le plus parfait qu'il puisse exiger de nous , et c'est précisément ce que nous faisons par les heures canoniales. Elles sont l'abrégé de [tout ce qu'il y a dans les livres saints de plus propre à nous donner une grande idée du Dieu que nous adorons. Où trouver ailleurs des images plus nobles de l'Etre divin , des descriptions plus vives , plus naïves et plus magnifiques des ouvrages de sa puissance ? Tout ce qu'il y a de plus incompréhensible dans la Trinité des personnes, de plus impénétrable dans les décrets de sa sagesse , de plus admirable dans sa providence, de plus redoutable dans sa puissance et dans sa justice ; son souverain domaine sur tous les êtres ; les devoirs de la créature envers son Créateur ; tout ce qu'un Dieu magnifique dans ses dons fit pour l'homme encore innocent, tout ce que l'homme rebelle fit contre le meilleur des maîtres et le plus tendre des pères ; les inventions de sa divine miséricorde, pour trouver dans la faute du coupable, et jusques dans sa chute , des ressources de salut et un remède à son péché : voilà ce que l'Eglise retrace à ses ministres pendant le cours de l'année, dans les divins cantiques qu'elle leur met à la bouche , et ce qu'elle a su admirablement réunir dans les offices des différens temps, et dans les offices particuliers de chaque semaine.

Un ministre fidèle à les bien réciter , y voit, comme dans un tableau abrégé , tout ce qu'un Dieu Sauveur a fait pour nous arracher à l'enfer, et pour nous attirera lui. Ses anéantissemens dans l'incarnation,' sa naissance abjecte au sein de la douleur et de l'indigence , sa re- Vraite clans le désert; les miracles de sî< vie agissante , les persécu»

lions qu'il essuya dans Texeicice de son ministère, sa mort ignomi-^ nieuse, sa triomphante résurrection, son ascension glorieuse, les victoires qu'il remporta sur le monde, sur le démon et bur les puissances des ténèbres ; la descente de son Esprit Saint sur ses apôtres ; enfin, le plus grand eft'ort de sa tendresse et de sa puissance dans le sacrement de son amour; voilà ce que l'office divin ofl're tour à tour à la piété d'un ministre des autels, pendant le cours de l'année ecclésiastique. Il y voit tous ces mystères long-temps auparavant annoncés par les prophètes , ébauchés dans les ombres de la loi , liés ensemble par une chaîne admirable d'événemens qui se soutiennent mutuellement les uns les autres, et qui tous about ssent au Rédempteur promis, comme à l'objet qui devait les terminer; il voit tous ces événemens heureusement amenés au salut des hommes , comme à la fin à laquelle ils devaient aboutir. Eh ! quelle occupation plus sainte, mais en même temps quelle occupation plus délicieuse et plus digne d'un ecclésiastique , que de consacrer presque toute sa vie à chanter, tantôt les grandeurs et la puissance d'un Dieu créateur qui nous forma pour lui seul , tantôt les miséricordes d'un Dieu sauveur qui nous affranchit par sa mort de la tyrannie des passions et de la servitude du démon? A ce double flambeau des perfections et des amabilités de son Dieu , s'allume insensiblement dans son cœur le fl imbeau du divin amour. Les nouveaux bienf.nts dont il se voit comblé à chaque instant, et que toutes les parties de son office lui retracent, sont comme autant d'étincelles et de traits enfl immés qui eniretiennent , qui animent et auj^mentent le feu sacré dont il est dévoré ; la méditation et le chant des psaumes excitent en lui tout ce que l'amour de Dieu a de plus vif et de plus tendre (1).

En parcourant chaque semaine le psautier de David , il y voit accomplies, dans le Nouveau Testament, toutes les figures de l'ancien, II y envisage le chef et les membres, je veux dire Jésus-Christ et son Eglise, soit qu'ils y soient ouvertement prédits, soit qu'ils n'y soient qu'obscurément indiqués. Dans les anciens patriarches , mais surtout en David et eu Salomon , il voit caché , et mystérieusement enveloppé, Jésus le roi de gloire, qui vient donner la paix au monde, et briser les liens qui nous tenaient asservis à Satan. Dans les Pharaon, les Saiil, les Achitophel, les Séméi , les Antiochus, il considère les per.sécuteurs des saints, ces ennemis visibles et invisibles avec lesquels

. (1) In meditatione mea exardescet ignis. {Psal. 38.)

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