LIVRE III, CHAPITRE YI
David, elle contient l'oraison dominicale , la salutation angélique, le symbole des apôtres , répétés plusieurs fois chaque jour ; elle esÇ variée par des antiennes , des capitules , des hymnes , des répons , des versets , des cantiques qui ne respirent que lu plus tendre piété. Cependant , pour prévenir l'ennui qu'une prière trop longue pourrait causer, on a inséré dans l'office des leçons ou des lectures édifiantes. Ce sont des morceaux choisis, tirés de l'ancien et du nouveau Testament , ou extraits de ce qu'il y a de plus beau dans les ouvrages des pères et des auteurs ecclésiastiques. A ces iutructions, on a ajouté des exemples , et ces exemples sont ceux des saints qui ont le plus édifié lEglise par leurs vertus , qui l'ont sanctifiée par leurs travaux, ou fertilisée de leur sang. Nos saints offices, en les peignant tous sous des traits communs à la vraie sainteté , nous représentent chacun deux en détail avec les caractères propres par lesquels l'Esprit sanctificateur prend plaisir à différencier ses élus, variant ^ l'infini ses divines opérations , et transformant sa grâce en toutes les manières capables de contribuer à la plus parfaite beauté de la Jérusalem céleste. Pour instruire notre foi , pour nourrir notre piété , pour animer notre ferveur, l'Eglise dans ses offices nous propose ces illustres héros de la sainteté , comme des modèles achevés de toutes les vertus. Dans les uns, elle nous fait envisager une pureté presque sans tache et une innocence conservée jusqu'au dernier soupir. Pour condamner notre lâcheté , elle nous fait apercevoir dans les autres une pénitence , une mortification et des auslériiés qui ont de quoi effrayer la nature, et qui furent portées jusqu'à de saints excès. En nous montrant , attachés au crime et à l'enfer, tant d'hommes qui marchaient dans les voies de l'iniquité , qui couraient à une perle assurée , elle nous fait admirer les bontés du Seigneur, et nous écrier avec le plus saint et le plus pénitent des rois , que les miséricordes de notre Dieu sont au dessus de tous ses autres ouvrages : Miserationes ejus super omnia opéra ejus (1). El!e nous fait voir les uns se dérober à tout ce qu'un monde enchanteur leur offrait de douceurs, pour aller chercher, dans la retraite et dans la sohtude , un asile assuré à leurs vertus ; les auires au milieu du monde , délester le monde, fouler aux pieds ses promesses , ses caresses , braver ses terreurs et ses menaces pour garder à Dieu une fidélité inviolable. La foi vive et agissante des patriai"ches , le zèle intrépide des apôlres , le courage invincible
(1) Psal.\m.
des mnrtyrs , la fermeté inébranlable des confesseurs, la fidélité constante des justes, la sainte retraite' des solilaiiTs, la pureie généreuse des viei{jes , les vertus liéroïqnes des femmes chrétiennes ; tout cela se trouve heureusement réuni dans Ic.fïice de l'Eglise -, elle y a disposé avec tant d'art le culte public quelle rend aux saints , que leur mémoii e se trouve consacrée dans ses prières , comme elle était long-temps avant consacrée dans ses fastes.
On n'a eu garde de nég'iger, dans les divins offices, Marie, la reine des saints, qui les surpasse tous en gloire , comme elle les surpasse en sainteté. Pour l'honorer comme elle mérite de Têire , l'Eglise ne s'est pas contentée de dresser pour chacune de ses fêtes , et pour chacun des mystères de sa vie , des offices propres qui nous rappellent ses vertus et toute la part qu'elle eut au grand ouvrage de la rédemption. Pour nous faire rendre à Marie tout ce que nous lui devons en qualité de ministres de Jésus-Christ, elle a voulu que nous célébrassions plusieurs des mystères du Fils , sous le titre des mystères de la mère : tels sont les mystères de l'incarnation et de la présentation au temple , solennises sous les noms de l'Annoncialioa et de la Purification de Marie. Elle a voulu encore qu'il y eût un jour particulier et piivilégié, consacré chaque semaine à publier les grandeurs et à honorer les vertus de cette Vierge incomparable. Dans ses offices , après s'être épuisée en éloges , elle avoue son impuissance, elle proteste que les expressions lui manquent pour célébrer la digne mère qui eut le bonheur de porter en son sein celui que l'univers entier ne peut contenir (1). Enfin , l'Eglise a voidu que tous les offices de l'année commençassent par l'invocation de Maiie, et qu'aucun ne fut terminé que par une prière propre à chaque saison, adressée à la reine du ciel et à la mère de miséricorde. Heureux si , en nous rappelant tous h'S jours , dans la récitation de notre office , tant et de si grands modèles , nous y trouvons des leçons qui nous corrigent et qui nous animent , sans y trouver en même temps des exemples qui nous condamnent !
En récitant les Heures canoniales d.ins l'esprit de l'Eglise, et avec les dispositions qu'elle demande , le ministre des autels s'instruit par l'historique des Ecr tures ; il loue le Seigneur par les hymnes et par les cantiques ; il s'édifie par les exemples des saints , il s'élève à
(1) Qnibus te laiidibiis efferam ? nescio , quia queni cseli capere non poterant , tuo gremio contulisli. (.Offic. Ecdesiœ.)
LrvRE iir, CHAPITRE vr. 233
Dieu par le paihéiique des sei mons' et des homélies des pères ; il prie , il {îémit , il pleure ses péchés par les psaumes; il demande à Dieu les besoins de toute l'Eglise , par les versets et par les oraisons qui contiennent les \œux des fidèles. Car c'est pour toutes ces raisons qu'on appelle Tollice divin Bréviaire, comme é(ant l'abrégé ou des saintes Ecritures, ou des offices de l'Eglise, ou des prières publiques qu'on doit adresser à Dieu : Breviarium Scripturœ : officiiim ahreviattim : brève horarium. On l'a distribué en plusieurs parties appelées heures, parce que, devant êlre récitées à plusieurs fois , elles servent à nous rappeler de temps en temps à Dieu , à ses bienfaits, aux mystères de notre sainte religion accomplis à pareilles heures , et à nous faire remplir, autant qu'il est possible , le précepte de prier toujours et de ne se relâcher jamais , imposé par le Sauveur : Oportet semper orare et non deficere (1). Les raisons particulières qui ont déterminé lEglise à distribuer ainsi son office , ont été premièrement de nous faire imiter le saint roi David , qui , sept fois le jour, se dérobait au tumulte du monde, aux charmes flatteurs d'une cour brillante et aux aOaires de son empire , pour chanter les louan;;ps du Seigneur aux heures qu'il s'était prescrites : Septies in die laud"m dixi tihi (2). C'est en second lieu pour nous remeitre en mémoire les mystères que le Sauveur a opérés pour le salut de nos âmes, à peu près dans les mêmes heures où nous récitons. Nous prions la nuit, pour nous rappeler ce qui s'est passé la nuit qui précéda la passion , dans le jardin des Olivieis. INous prions le matin à Laudes , pour honorer le Sauveur. La prière de Prime est pour compatir aux outrai^es et aux indignes traitemens qu'il eut à essuyer choz Hérodo et chez Pilate ; celle de Tierce est pour célébrer la descente de 1 Esprit saint ; celle de Sexte , pour nous remeitre en mémoire le crucifiement de Jésus -, celle de None , pour nous souvenir du moment de sa mort. Enfin nous prions à Vêpres et à Compiles , pour nous retracer l'ouverture de son côté sacré , sa déposition de la croix et son sépulcre g!o^i^•ux. Telle est l'excellence de l'office canonial ; mais quelle ea est l'obUgation , et quels sont les ecclésiastiques qu'elle regarde ?
II. Selon la discipline présente de l'É^dise, trois sortes de personnes sont tenues à la récitation des heures canoniales en public ou en
0) Luc. c. 48. -y. 1. .
(2) Psal. 118.
234 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
parliculier: les religieux et les religieuses, quand cette obligation est attachée à leur ordre par son institution, et qu'ils ont fait profession pour le chœur. Cette obligation n'étant point de notre objet , nous n'en parlerons point ici. En second lieu, tous les prêtres et tous les piinistres de l'autel qui sont dans les ordres sacrés , soit qu'ils aient lui bénélice, soit qu'ils n'en aient point, sont obligés, sous; peine de péché mortel, à réciter l'office divin, dit saint Thomas (1). Enfin, tous les clercs , en quelque ordre qu'ils soient , dès qu'ils sont pourvus d'un bénéfice suffisant au moins pour une partie de leur subsistance, sont tenus à la récitation de l'office divin par une coutume universellement reçue, qui a force de loi dans l'Eglise d'Orient , comme en celle d'Occident. C'est ce que tous les conciles ont prononcé d'une voix unanime. Celui de Bàle avertit de cette obligation tous les clercs pourvus de bénéfices ou constitués dans les ordres sacrés (2). Le cinquième concile de Latran, sous Léon X, prive et des fruits de leurs bénéfices , et des bénéfices mêmes ceux qui , sous un certain temps , ne se mettront pas en peine de satisfaire à l'Eglise en ce point (3) ; maxime invariable et si connue qu'elle a passé en proverbe ; maxime confirmée par le saint pape Pie V, qui a marqué dans le dernier détail jusqu'où doit aller la restitution , selon la nature et la qualité de l'omission. Conformémenlàla disposition des ordonnances du concile de Latran, celui qui ne dit pas matines, perdra la moitié des fruits de ce jour-là; pour l'omission des autres heures , il perdra l'autre moitié , et la sixième partie , pour une seule petite heure omise. Si l'on demande quelles sont les raisons qui ont porté l'Eglise à imposera ses ministres l'obligation de réciter le saint office, il sera aisé de satisfaire à cette question .
Première raison : modèle de tout le troupeau , les ecclésiastiques ^ioivent aux peuples des exemples de toutes les vertus^ et par conséquent de la prière continuelle recommandée à tous, mais plus nécessaire aux ecclésiastiques, pour arriver à la perfection de leur état, et pour en bien remplir les obligations. Seconde raison : étant obligés de droit divin, de rendre à Dieu le culte qui lui est dû, ils doivent ré-
(1) Dicendum quod lias septem hoias tenenluv sacerdotes et alii clerici constituti in saciis ordinibns , sive habeant bcnericiiim , sive non. {Opusc. 63. v. 4.)
(2) Qiioscuinqne beneliciatos, seu in saciis ordinibns conslitiilos, ut pote qui ad hoias canonicas teneantnr, admonet haec sancta synodus. {Scss. 21.)
(3) Beneficio privelur, cuin propter ofïicium dcUir keneûcium. {Cap, per ani' litios.)